[Flashback] Carcasses[PV]

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MessageSujet: [Flashback] Carcasses[PV] Mer 11 Mar - 20:58

The sound of iron shocks is stuck in my head,
The thunder of the drums dictates
The rhythm of the falls the number of deaths
The rising of the heights ahead

C'est un enfer de pierre et de métal étalé à perte de vue.
Aux monstres épars de géants qui faisaient autrefois office de refuge pour des êtres humains se sont ajoutés des blocs de taule éparpillés, vieilles carcasses de véhicules abandonnés par leur propriétaire assassiné. Des poutres de fer hautes et oblongues tranchent les silhouettes massives de masses de pierre disséminées, au milieu d'un entassement de poussière opaque. Dans ce décor abandonné par l'humanité, de temps à autre seulement, une marque de civilisation pointe. Une bouteille d'alcool échouée, une seringue qu'il faut prendre soin d'éviter, une plaque de tôle posée entre deux murs fracassés pour faire office d'abris, même une paire d'yeux estomaqués de voir encore quelqu'un marcher ici, debout, seul. Une silhouette spectrale dans une chemise légère, avec pour se protéger les pieds rien d'autre que des pantoufles lacérées par son périple. Et si dans n'importe quel autre endroit, l'allure de cette créature malingre aurait de quoi surprendre, c'est seulement de la voir encore debout dont on saurait s'étonner ici. A vrai dire, elle sied presque à la perfection à se paysage mort, son corps épuisé déambulant au milieu d'une poussière si épaisse qu'elle pourrait faire office de brouillard perpétuel. Il faut reconnaître à cet être ridicule le mérite de marcher encore sur ses deux jambes.
Ou du moins l'aurait il fallu, quelques mètres plus loin.

Jane a dit bonsoir.
Elle s'en sortait bien, jusque là. Elle ne s'est pas blessée une seule fois en se faufilant entre géants de métal. Elle a enjambé deux alcooliques et trois toxicomanes sans les déranger dans leur sommeil. Et puis il y a eu ce type qui avançait jusqu'à elle. Elle a dit bonsoir. Un élan de panique, peut-être.

Son visage grince quand il frotte le béton et les gravats, agité par son corps secoué de spasmes inutiles. Le type est assis sur son dos à l'en écraser, il tient ses poignets et veut la retourner comme une crêpe. Il a posé son couteau près d'elle, qui l'encombrait plus qu'autre chose face à un être si maigre. Dans un jeu sadique, il relâche une main, parfois, au milieu de cette lutte endiablée pour l'une et si aisée pour l'autre, la regarde essayer de se saisir de la lame et manque de lui déboîter l'épaule quand il l'entrave à nouveau. Elle entend son rire au dessus d'elle, sent la chaleur de sa peau en étau autour de la sienne. Les jambes nues de Jane, qui battent l'air à la fréquence des cris qu'elle lâche, s'épuisent et s'écorchent sans le moindre impact sur sa défaite. Quelque chose fatigue déjà en elle, ses muscles trop sollicités après tant de mois d'inerties brûlent à s'ankyloser sous ses chairs. Et l'espace d'une seconde, Jane s'affaisse. Et l'un des cris s'étrangle dans sa gorge en un sanglot bref.
Victoire attendue mais trop facile de l'homme venu lui arracher dieu sait quoi et qui n'attendait qu'elle pour la retourner enfin, face à lui, le dos contre le sol.
Sans doute qu'il veut lire cette victoire sur son visage. Ou alors son ventre est plus confortable que son dos.

Mais Jane a abandonné la lame et s'est contentée d'un amas de poussière dure, tranchante, empoigné à pleine main pour la lui jeter au visage. Elle se dégage sitôt la prise relâchée, se retourne cherche à se ruer sur la lame, son seul espoir de salut qu'est l'arrogance de ce type à la lui avoir laissée à portée, au milieu de ce combat inégal. Elle est jetée contre un muret avant d'espérer l'atteindre.

Ses côtes frappent les bords rugueux et son corps s'écrase de l'autre côté, avec une violence qui la laisse sans souffle pour respirer. Dans sa chute quelque chose s'enfonce dans son bras et en lacère jusqu'aux chairs les plus profondes. Le corps qui a déjà poussé tant de cris s'exprime une dernière fois, en un gémissement bref, pâle reflets des vaines tentatives qui l'avaient animé pour survivre.

Haletante, Jane frotte son visage au sol. Elle sent l'air traverser faiblement sa cage thoracique meurtrie, repartir en arrière et revenir à son visage. Elle a l'impression de le sentir percer, cogner, enfoncer chacune de ses côtes, mutiler sa gorge à chaque inspiration. Et l'haleine que son souffle expire a déjà l'odeur cadavérique d'une mort lente et pitoyable. Le filet de sang qu'un coup de poing a fait jaillir de ses lèvres s'emmêle aux relents d'un jour et demi d'égouts, de marche dans les déjections d'une ville entière. Elle qui les pensait assez repoussantes pour dissuader les prédateurs de lui trouve des airs de proie intéressante. Sans doute que sa chair a l'air encore trop tendre en dessous de la crasse. Sans doute que dans cette tenue de mauvais augure mais si légère, si prompte à faire dépasser la peau, ses os sont appétissants ou encore, que sous la cascade crasseuse lui servant de cheveux, on voit de loin ses yeux clairs au milieu des géants de métal.
Alors quand un nouveau rire signe à ses oreilles son arrêt de mort, Jane ramène seulement le bras devant son visage, lâche et sans volonté à lutter en vain, seulement pour ne pas regarder la mort venir.

Et le plus doux bruit qu'elle ait jamais entendu résonne dans l'air étouffé par la poussière.

Tintement merveilleux, cristallin, semblable au chant d'une sirène en pleine tempête. Le cul d'une bouteille roule et s'en va presque de lui-même échouer contre sa paume. A son somment, le vert criard d'un tesson contondant porte le rouge et l'odeur du sang de Jane, récolté en y laissant dans son bras des débris épars. Un sang frais, qu'elle n'a pas mâché entre deux relents d'égout, une preuve presque caressante de vie au milieu des embruns morts. Et la main de Johnny-Jane se serre autour du morceau de verre. Elle se satisfait presque de le sentir déchirer sa paume. C'est une douleur réelle, vivace, plus tangible que toutes les sensations qui l'ont traversée ces derniers mois, comme une piqûre de rappel à sa condition d'être de chair. Et la douceur de ce verre caressant sa peau parmi les gravats abrupts et le fer rugueux des géants...

Le hurlement qui perce aussitôt le silence et conclut cette mise à mort n'est pas celui de Jane.

C'est aussi facile, aussi libérateur, que de craqueler le glaçage d'un gâteau pour en atteindre le centre avec, en son coeur, le coulis de fruits rouges. Johnny-Jane ignore la douleur dans ses côtes et bondit sur le corps qui s'est jeté en arrière pour s'écraser avec lui au sol. Elle enfonce et arrache le tesson de bouteille à tant de reprises que le verre lisse devient aussi rugueux que le reste, parsemé de chairs et de morceaux de cartilage épars. Et quand il devient si réduits en éclats de verre qu'elle ne peut plus le saisir à pleine mains, Jane referme sa paume meurtrie et déchire l'autre face en frappant à coups de poing les morceaux de bouteille et d'os que résument désormais le visage sous elle, en un cri devenu parfaitement animal. Elle frappe encore quand sa cage thoracique est réduite à une salve de sanglots atrocement douloureux, quand son souffle lui manque et qu'à entendre des craquements elle craint que ça ne soit ses phalanges qui soient entrain de se rompre.
Elle craint encore plus le réveil du prédateur.

Et les minutes passées en cette chorégraphie macabre la laissent enfin s'effondrer à nouveau au sol, tremblante, victorieuse et défaite. Jane ne parvient plus à savoir si elle espère s'être échappée de l'asile ou que tout ça soit seulement un mauvais rêve.

Elle trouve dans d'autres minutes la force de se relever et aller s'emparer du couteau échoué sur les premiers mètres de la scène de crime, méprisé par le géant qui se croyait intouchable. Si tout ça n'est pas un rêve et quand bien même ça le serait, il faut qu'elle aille au bout des choses. Que ce type ne soit pas mort juste pour qu'elle le rejoigne quelques mètres plus loin, qu'à défaut de raison il reste un fil conducteur au milieu du chaos. Jane est haletante de son ventre qui gronde, elle peine à ressentir autre chose que le goût du sang dans sa bouche et le souvenir des craquements contre ses doigts. Dans un effort incommensurable pour ne pas perdre pied, elle retourne vers le cadavre et s'empare de ses jambes, traîne son butin quelques mètres plus loin, entre un muret assez haut pour les cacher et une carcasse de voiture, comme un charognard irait jalousement dissimuler sa dernière prise. Elle s'accroupit près du corps et s'appuie sur le mur, le couteau serré contre son buste, à chercher la force de repartir, à devoir se convaincre une fois de plus qu'il faut repartir.

D'un geste, elle répand une traînée de sang sur son visage en chassant une poussière qui la démange. Un violent haut le coeur la secoue, qui ne rejette que de la bile dans sa gorge, le vide d'un estomac n'ayant pas mangé depuis plus d'un jour.

Trop tendre, Jenny.
Beaucoup trop tendre.

Les yeux de Johnny-Jane se baissent vers le visage réduit en bouille sous elle. Elle renifle les larmes qui ont décidé de couler sur son visage, passivement, épuisée qu'elle est devenue à devoir sangloter inutilement. Elle dévie le regard et le dépose sur ses mains ensanglantées, sur son bras où des morceaux de verre toujours enfoncés ont laissé des traînées noirâtres. Jane regarde son corps dénudé sous sa blouse d'hôpital grotesque, ses cuisses dont on devine la tendresse à travers la brume et la poussière, à des centaines de mètres. Ce n'est pas grave, si tu es trop tendre, elle songe entre deux absences. C'est seulement grave si on s'en rend compte.

Alors avant de voler au cadavre des vêtements dont il n'aura plus l'utilité, Jane plonge les mains dans la bouillie de son visage pour les recouvrir de sang, d'un camouflage suffisant pour dissimuler la tendresse qui se cache en dessous.
Parce que la seule chose qui importe, maintenant, c'est d'être allée au bout.

From the dawn of time to the end of days
I will have to run away
I want to feel the pain and the bitter taste
Of the blood on my lips again

Jason
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Jason Lecter
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JE SUIS: un(e) new-yorkais(e) aux habitudes plus ou moins douteuses


MessageSujet: Re: [Flashback] Carcasses[PV] Jeu 12 Mar - 7:34

" Main de Cendres "


You don't understand me,
and you probably never will
I got a tendency to self destruct,
and a soft spot for the filth
A hair trigger temperament,
a switchblade for a tongue
I'm a walking one-man genocide
with a black belt in corrupt


Ça gueule dans le coffre, ça enrage ça cogne. Devant ça soupire, ça crache une fumée grise du coin des lèvres. Ça roule des billes noires comme le goudron, ça donne un coup de frein et beugle un « Ferme ta putain de grande gueule ! » tellement mauvais qu'après plus rien ne répond. La gomme des pneus s'incruste dans le bitume sale, patine sur des couches d'huile qu'on a cessé de compter et la bagnole file à travers les Ruines. Les carcasses désossées d'immeubles jouent un bras de fer, penchées les unes sur les autres quand elles ne sont pas réduites en gravas, beaucoup de gravas. C'est gris, c'est fade, c'est carrément laid quand y'a pas la nuit pour en couvrir le squelette... Et des voitures -ou ce qu'il en reste- empilées là par centaines, fracassées ou non ça forme des lignes, ça fait un dédale traversé sans même un regard, sans même une grimace. Puis une place, entourée d'autres carcasses de métal où ronflent des moteurs de motos, leurs chauffeurs massifs sirotant une bière et en attendant d'autres. Pourtant ils s'arrêtent, se retournent sur ce qui vient comme on fait volte face pour un courant d'air désagréable. Le frisson passe, la bagnole se pose, l'inquiétude gagne.

La poussière vole, colle à ses jambes dés qu'il pose un pied dehors et se déplie comme on sort un pantin bizarre d'une vieille boite. Autour ils font deux ou trois fois son poids les bikers des ruines mais aucun ne bouge, ça pue l'embrouille. Monsieur ne se pointe jamais avant minuit, parce que la nuit c'est salement plus glauque ici alors là, vraiment ça sent le pourrit. C'est les ruines ; ça pue tout le temps... possible mais y'a que lui, juste lui pour laisser voler ce parfum là. Pourquoi ? Parce que le Clown sourit pas.
D’une main il tire la portière arrière, laisse descendre le molosse noir et un type s’amène, l’air pressé malgré une surcharge pondérale plus qu’évidente. Colosse de taille, le vieux motard de la vieille qui pourtant ralentit, tend lentement les doigts en direction du visiteur fardé et puis se contente d’attendre, sage comme le serait un gosse face au maître d’école. Oeillade morne, trop vide de celui qu’ils connaissent autant pour ses pitreries que pour ses vices. Si étrange cette fois. Néanmoins la poignée de mains a lieu, ferme et respectueuse parce qu’il faut ce qu’il faut. Là alors on se permet une expiration, on ose regarder ailleurs pour ceux que la conversation à venir ne concernera pas. « Sors moi le rat du coffre. » L’autre acquiesce, récupère sans attendre un bagage vivant et ficelé qu’il ne portera pas tant il le répugne. C’est par le dos de sa veste qu’il sera traîné. « Tu descends ? » Interroge le Biker. La flamme d’un briquet embrase une éternelle cigarette et Jason répond, la voix grinçante d’avoir trop fumé, trop hurlé, trop rit aussi. « J’aime pas les commerçants qui jouent sur deux tableaux. » Le gros hoche la tête, abandonne sa charge à la gueule d’une antre infâme, n’en franchissant même pas le seuil du bout du pied. « Au plaisir Boss. » Un regard en guise de salut, Lecter rend à la vermine le droit de marcher en le débarrassant de ses liens et sans ménagement lui assène une claque sèche à l’arrière du crâne. « Avance. » Et l’autre déchet à beau savoir, connaître ce qui se cache au cœur des ruines, en avoir vue les artères... il s’étrangle tout de même avec sa salive.

[...]

Les portes d’un ascenseur -auquel peu de monde accède- s’ouvrent sur l’ultime étage du sous sol et le Clown avance, suivit de sa victime du moment elle même talonnée par le chien. Le « marché » des Ruines ne tardera pas à ouvrir et les commerçants présents qu’on vous le dise ne sont pas ceux de votre épicerie locale. De celui proposant les enregistrements les plus dégueulasses à celui fournissant l’humain comme on fournit le bétail la liste est longue et la marchandise d’autant plus inimaginable. Nul regard pour ces gamines à peine pubères qu’on expose nues et menottées derrière un stand, pas d’avantage à l’étalage d’armes n’ayant jamais subi les vérifications d’usages, prototypes d’un nouveau genre, non Lecter sait où il va et n’est pas d’humeur à « faire les boutiques » ; loin de là. Ça se tait sur son passage, ça cherche à l’ignorer mais la curiosité les bouffe tous.

Le fond du gouffre, un black affalé dans un sofa en compagnie d’un pipe à crack. Lorsqu’il aperçoit le Clown par dessus ses lunettes de soleil -qui avouons le ne lui sont d’aucune utilité ici- il s’étrangle et tout en cognant régulièrement sa poitrine, balance sur un immense sourire doré à 24 carats. « Putain Man, j’ai cru à une putain d’hallucination qu’est ce que tu viens foutre ici ? C’est pas ton heure ça ! » Ses dreadlocks balancent des perles multicolores aux extrémités et la soie hors de prix de son costume ivoire ne bruisse même pas lorsqu’il arrive à la hauteur du balafré bras grands ouverts. Et ils resteront ouverts, l’homme recule même d’un pas à aviser le visage crayeux dont les yeux pourraient tout aussi bien s’être changés en mitraillettes. « Putain... y’a un problème Man ? » Le ton est soucieux, le black est homme d’affaire et ça pue pour les siennes si un de ses plus précieux clients tire une tronche pareille. Le « propio » du marché a bien des ennemis, mais celui-là… il en veut pour rien au monde.
Sans un mot, Lecter pointe le rat à sa suite qui s’est déjà plié à genoux, face contre terre. « Ton... rat raconte de drôles de choses... » Explique-t-il enfin, du sirop sur la langue. « ...Du genre ? » Le noir a levé un sourcil au dessus de ses yeux ambrés, semble gérer la discussion mais la façon dont il ne cesse de faire tourner la chevalière qui orne son majeur à l’aide de son pouce prouve bien que la tension monte.

« Les Italiens... parait qu’ils sont venus ici ? »

Silence. La faucheuse brandit la faux. Le marché a perdu son bruit de fond, des yeux se lèvent, des silhouettes se figent. Ils savent tous autant qu’ils sont que la pieuvre était bannie du Sud. Le temps d’un battement de cils et ni une ni deux, le Black bondit par dessus la corde tressée sensée délimiter la distance la plus raisonnable pour s’adresser à sa personne. D’un coup de pied il cueille le rat humain en plein menton et écrase sa maigre carcasse à nombreuses reprises sous ses talons. « Qu’est-ce ce que tu es allé faire pauvre merde ? Qu’est-ce que t’as foutu comme putain de bordel ? Saloperie de dégénéré ! »
Les cris et les suppliques avouent : pour du fric, pour des doses, pour un semblant de prestige. Le type a vendu Boogie aux Italiens, vendu une heure, une date, un jour qui aurait pu être banal mais sur lequel ils auront festoyé jusqu’à creuser leurs tombes à coups de dents... Lecter inspire, allume une cigarette d’un geste si sec que le Proprio arrête son lynchage pour revenir à sa hauteur non sans remettre un semblant d’ordre à son costume trois pièces. « Merde Man, j’ai rien su j’te promets ! On a toujours été réglo, je vais pas... » Jason oblige le rouge de son maquillage à sourire et achève d’un air cynique. « Risquer de perdre l’une de tes poules aux œufs d’or ? Non... Bien sûr que non c’est mauvais pour les... affaires hein ? » Le rire qui lui déchire la gorge est court, suffisant à lui seul pour alourdir l’atmosphère. « Je te crois. » Achève-t-il, un haussement d’épaule en prime. « Mais tu es responsable de tes... rats. Alors... » « Tout ce que tu voudras Man ! N’importe quoi ! » S’empresse d’ajouter le Proprio, mains levées. Le Clown ricane, lâche la cigarette et lorsqu’il plonge les yeux dans ceux de son interlocuteur, une sueur glacée dévale déjà sa colonne vertébrale. « File moi la lame la moins aiguisée et la plus rouillée du marché. Je vais... vous donner un cours. »

On dit qu’« Il est bien peu de monstres qui méritent la peur que nous en avons. »
Aujourd’hui celui-là les pétrifie...

[…]

I'm a jinx, a curse, some say, "the worst"
I'm a savage, rabid beast
I've been called so many fucking things,
it doesn't affect me in the least
I've stolen, lied, been crucified but I don't regret a thing
I'm an egocentric masochist with a sadist's point of bleak


L’antre souterraine ne vomira le Monstre que deux heures plus tard. Monstre qui ne repart pas, bifurque à travers les gravas et les ordures sans but, jusqu’à se jeter assis sur le capot d’une voiture. Clope aux lèvres il avise à peine ses mains rougies et crasseuses jusque sous les ongles, s’en moque autant que de ses fringues puant la mort. La cendre l’a enlacé, chère et maudite gorgone rongée de haine comme le sont d’autres par la lèpre. Vengeance au goût de « pas assez » malgré ce qu’il vient de faire, obligeant certains à détourner les yeux du spectacle alors qu’ils sont tous issus de la lie même de l’humanité. Prêts à vendre leur frère, leur mère pour une liasse bien garnie. A l’avant de la voiture le molosse dresse les oreilles, se dresse sur ses pattes et hume l’air. Quelque chose approche ou n’est pas loin. Jason s’en moque, siffle un coup pour calmer la bête et se perd dans la contemplation inutile de ses chaussures à la pointe desquelles il pense discerner un éclat d’os... à moins que ce soit un ongle ? Il s’en fout encore plus en fait. Le mal a été fait, la bête fulmine de rage encore et toujours, verrait n’importe qui affublé du mot traître, leur incrustant mentalement sur le front. La mafia chassée, reste-t-il d’autres ennemis ? Il grimace, il en a à ne plus savoir les compter...
C’est lentement qu’il quitte sa place, retourne flâner là entouré de ses cendres maléfiques qui profiteraient de la moindre occasion pour réclamer vengeance quitte à s’en prendre au premier venu. Cette chose le dévore, hors de contrôle et il n’a même pas envie de la remettre à sa place. Au repaire, il lui refusera l’entrée mais ici, là où les limites se fondent, où les natures se confondent jusqu’à la nausée puis l’inconscience qu’elle importance ? Tant pis pour le ou les malchanceux sur son passage ; qu’ils deviennent son défouloir.

Plus bas un corps s’active sur un autre, il tique à peine sur le fait mais bloque sur le genre. Une femme trop, bien trop peu vêtue pour être là. Perché sur un mont de caillasse il observe l’étrange manège qui défile sous ses yeux et il ne sait pour qu’elle foutue raison, ça l’intrigue. Est-ce la blouse ? Un cadavre dont le visage ne sera sans doute jamais reconnu ou bien juste ça, cette nana qui se « maquille » à l’hémoglobine.

« T’as de la chance qu’il fasse pas quarante degrés. » Jette-t-il de but en blanc, sans même savoir si elle entendra tout en expirant une volute grise. « Sinon les mouches seraient déjà en train de te bouffer. » Parce que toi non ? Demande une voix hilare sous son crâne.
Va savoir...

Everything I touch turns to ashes
Falls away, it falls away
Everything I touch turns to ashes
It slips right through my hands


*Ashes, Five Finger Death Punch

© Jason L.

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