Hard time & Broken legs

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MessageSujet: Hard time & Broken legs Dim 3 Mai - 20:17

Hard time & Broken legs...

« Tu n'as pas de goût, en fait. »

Sydney regarde l'accoutrement de la demoiselle en face d'elle, fraichement sortie de la salle d'essayage et ce depuis la septième fois dans ce magasin uniquement. À dire vrai, le Zinc est lassé de devoir donner un avis à chaque fois et il se demande bien pourquoi il a accepté d'accompagner celle-là à cette séance-boutique en ville. Il aurait été heureux de faire quelques achats aussi s'il avait eu de l'argent : chose qu'il ne possède pas dans l'immédiat. À défaut de pouvoir se payer des trucs, il n'a qu'à observer une autre le faire et depuis sa patience a suivi une pente descendante.

« Je pensais que tu avais de bons conseils ! »

Question vêtement, le travesti sait s'habiller correctement pour le moins et superbement pour le mieux en ce qui le concerne lui et seulement lui. Lorsqu'il s'agit des autres, à devoir juger si tel ou tel fringue allait avec les yeux ou une paire de chaussures, il est davantage un critique qu'autre chose. C'est pourquoi on l'invite rarement à ce genre d'activités : Sydney n'est pas amusant et, contrairement à ce qu'on pourrait penser, il est loin d'être une grande folle. Sur un petit fauteuil rouge, il conserve son attention sur la demoiselle de même année que lui à l'académie. Ses habits hivernaux blancs et rosés sont posés à côté de lui.

« Je dis surtout la vérité : t'hésites toujours et pire encore tu hésites entre deux mauvais choix. Tu as mauvais goût et tu devrais laissé un magazine t'habiller, tu perdrais moins de temps, voilà mon conseil. »

Méchanceté gratuite et hautaine. Il enfonce une lame mentale en gardant d'une froideur égalant son visage inexpressif alors que ses yeux sont levés. L'autre rougit promptement, visiblement fâché de la remarque. Le Zinc sait bien qu'il n'est pas commode. Il ne cherche pas à l'être non plus : il est fatigué et en a marre de suivre cette fille, de perdre son temps, tout ça parce qu'il avait été un peu gentil tout à l'heure.

« T'es-tu vu, toi ?! »

Il en est suivi d'une valse d'insultes toutes les plus superficielles les unes que les autres, en passant du traditionnel « t'es moche » pour terminer avec une injure sur le fait que ce très cher serpent ait un pénis et pas une vulve, or, il aimerait que le contraire soit. Bref, rien de réellement nouveau sur ce qu'il a pu entendre autrefois. Finalement, elle s'en va, frustrée. À la bonne heure !

***

Humanité à la con. Il était resté calme il y a quelques minutes mais maintenant qu’il est sorti du commerce, qu’il repense aux mots tandis que le soleil couchant envoie ses derniers rayons lumineux orangés sur New-York, il s’imagine toutes les bonnes répliques qu’il aurait pu lui dire en pleine face. Mais c’est impossible : la dispute est passée, l’autre conne est partie sans lui, vexée, et il est seul à broyer du noir. Oh il n’est point en furie le travesti : il est plongé dans une espèce d’amertume latente à chaque fois qu’un humain abruti fait en quoi il mérite l’adjectif abruti. Il n’est pas laid, non ? Bien sûr que non : il fait trop attention à son image. Enfin, c’est subjectif mais Sydney ne se considère guère comme étant affreux. Il l’était peut-être à une époque mais pas aujourd’hui. Non. Elle ne savait pas de quoi elle parlait.

Derrière son épaule, un petit groupe composé de quatre jeunes hommes dans la fleur de l'âge, en quête de sensations fortes, de violence cruelle et de sens à leur vie, avait remarqué le transsexuel qui se promenait là, tout seul, alors que l'aube était à son apogée. Sydney a souvent été perçu comme étant une victime idéale étant donné sa différence manifeste et pourtant, à l'académie, il sait se faire respecter la plupart du temps par son caractère bien affirmé, ses notes qui forcent le respect et le fait qu'il ne ressemblait pas tant que ça à un garçon donc la vue n'était pas immédiatement dégoûtante pour les hommes en général. Il est assez méchant de nature, comme on a pu le constater, et dans ce repaire à loups qu'est Weins, on peut dire que ça peut être une qualité si on est Zinc. Néanmoins, ce ne l'est point pour un Platine (puisqu'il doit montrer l'exemple) ni pour un Plomb (car considéré dans l'erreur). Toutefois, le voilà dans les rues de New-York sous l'oeil rapace d'un groupe suffisamment observateur pour ne pas le confondre avec une vraie femme : malchance de malchance ! Le blond se retourne pour apercevoir les gens qui l'épient de près depuis un bon moment déjà et accélère le pas. Il ressent une certaine appréhension mais aucunement la peur : ce n'est pas son genre quand bien même les visages normaux de ses suiveurs auraient porté des cicatrices, des bandeaux de pirate ou autres marques stéréotypés des voyous. À proximité d'une ruelle quelconque, ils courent tous uniformément dans leur démarche plutôt anarchique avant d'y pousser brutalement le Zinc qui, malgré ses doutes et son état d'alerte, n'avait pas planifié une attaque aussi rapide. D'abord, il a eu, en quelque sorte, l'impression qu'une voiture l'a frappé de plein fouet. C'est quand il se rend compte qu'il a été propulsé, fesse contre le sol, à l'intérieur d'une sombre crevasse, où les derniers rayons du soleil lui semblaient trop loin et les ombres des agresseurs trop proches. Ses poings se crispent. Le travesti affiche une mine fière : l'orgueil étant un de ses nombreux défauts. L'un des agresseurs lâche un « sale pédé » grave auquel Sydney a l'arrogance d'aviser que ça manque terriblement d'originalité avant qu'un pied s'enfonce entre son torse et son entrejambe, le maintenant par terre. Le lion a ouvert le bal. Sa meute avance tranquillement derrière. Smith se sent chanceux, durant un court instant, qu'il n'y ait pas de ponts près d'ici en se disant qu'il doit bien y avoir un policier ou une âme charitable qui le sortira de ce trou avant qu'il soit trop amoché puisqu'il n'est pas au Sud tout de même. Moins d'une seconde après, la semelle d'une chaussure sale vient se frotter contre son visage désormais bruni. L'espoir que quelqu'un vienne l'aider s'évanouit alors, comme si sa misanthropie venait de l'assommer tout d'un coup pour lui faire perdre l'espérance qu'on vienne aider un misérable transsexuel. Sydney attrape la jambe grâce à ses deux bras libres pour la retirer de sa figure, toutefois, le garçon en profite pour lui donner un coup de pied dont la puissance a été fortement diminuée par la résistance du blond. Là, quelqu'un a eu l'idée de s'en prendre à ses bras en lui crachant les offenses homophobes classiques. Sydney ne sait pas s'il doit fermer les yeux avant qu'on lui assène une pluie de sauvageries, de sévices, auquel il ne pourra que se mettre en position fœtale le plus possible pour éviter qu'on lui casse quelque chose. Ou de se battre. La deuxième solution l'anime plus mais serait la moindre prudente car elle animerait les agresseurs. Alors qu'on lui livre un autre coup de pied, il commence à se débattre furieusement dans cette masse d'ennemis. Le crépuscule est sombre...


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MessageSujet: Re: Hard time & Broken legs Ven 29 Mai - 13:46

" La bibliothèque va fermer mademoiselle. "

Un clignement de paupières, sur des yeux fatigués.
Arraché à son écran, le regard quelque peu hébété de Leah se tourne vers l'inopportun sans comprendre, une petite seconde. Puis se rappellent à son esprit les murs de l'immense bâtiment, les artères paisibles entre les rayons de bois noble et de prestigieux ouvrage. Un sourire déforme ses lèvres en réponse, automatisme poli, auquel l'individu austère offre un hochement de tête compréhensif. Il est sans doute pressé de rentrer chez lui mais la jeune femme a pour elle son visage doux et son élégance naturelle, auxquels la plupart des individus sont assez sensibles pour ne pas vouloir risquer de la heurter. Telle est l'une des inégalités de ce monde, que la facilité d'un faciès agréable et de grands yeux à faire fondre les murs.

Dans un soupir fatigué, la jeune femme retire les lunettes qu'elle avait mise sur le nez pour se protéger de la lumière de l'écran et range ses feuilles noircies de notes encore approximatives dans son sac. Son esprit s'arrache aux théories des grands économistes pour renouer avec des considérations plus terre à terre; l'heure tardive et le trajet qu'il lui reste à parcourir jusqu'à l'Académie, son corps engourdi et l'heure du dîner qui approche, l'appel de son ventre vide, la perspective d'une douche brûlante. En se relevant de son assise, elle constate la rareté des silhouettes encore éparses entre les rayonnages, cinq ou six courageux qui auront tenu leur poste jusqu'à la fermeture. Elle peut presque tous les compter de l'Académie, à l'exception d'un seul peut-être, qu'elle ne reconnaît pas. Elle voulait profiter de sa journée pour changer d'environnement de travail mais finalement, seule l'élite de son école a encore besoin de veiller si tard à la bibliothèque un samedi soir.

Les épaules appesanties par les heures d'immobilisme, Leah noue une étoffe de soie émeraude autour de son visage fatigué et enfonce ses bras dans une veste noire, tenue dont elle a privilégié le confort en quittant les dortoirs ce matin là. Ses tennis frappent bientôt le plancher d'un pas fermement décidé à rentrer chez lui, elle adresse aux quelques visages qu'elle croise encore un sourire dissimulé derrière le tissu de son écharpe. Les mains campées dans les poches de sa veste et son sac à main collé contre sa hanche, elle franchit enfin les portes de la bibliothèque et s'enfonce sans un regard parmi la masse mouvante des passants de New York. Son corps habitué à faire ce chemin par coeur tourne aux angles et aux carrefours pour s'assurer de l'itinéraire le plus rapide, sous un soleil qui décline. Ses pensées complètement accaparées par des perspectives plus douillettes peinent à trouver un raccord avec les sons que ses oreilles perçoivent, jusqu'à ce qu'un cri plus fort que les autres ne la fasse sursauter. En relevant les yeux du trottoir qu'elle fixait résolument pour ne pas risquer un contact visuel qui aurait incité à venir lui adresser la parole, elle aperçoit une bande agglutinée, bruyante et, à ses pieds, un autre corps en position moins enviable. Le premier réflexe de Leah est de se réfugier dans le premier renfoncement de mur qu'elle trouve, pour ne pas être vue.

Le bruit était en réalité une puissante clameur de satisfaction poussée par l'une des brutes. Maintenant qu'elle est passée, la jeune femme a tout le loisir d'entendre des gémissements plus douloureux s'élever dans les airs, et nombre d'insultes à l'homophobie évidente. Fébrile d'inquiétude, d'avantage pour elle que pour cet homosexuel que l'on corrige, elle jette un oeil aux alentours désespérément déserts et pianote un numéro à trois chiffres sur son portable. L'appel à la police pour signaler la scène dont elle est témoin et la position où elle se trouve est bien plus rapide que ce qu'elle espérait, aussi rapide que l'espoir de renforts est incertain quand elle raccroche. Elle n'est pas sûre d'avoir été très prise au sérieux et regrette dès la conversation terminée de ne pas avoir évoqué sa place à l'académie. L'arrondissement dans lequel elle se trouve n'est pas bien réputé, on aurait peut-être mieux traité l'appel d'une élève d'une prestigieuse école que d'une habitante supposée de cette rue là. Se morigénant elle-même, Leah tasse encore d'avantage son corps au sein de sa cachette.

Et les secondes passent.


Que pourrait-elle bien y faire ?


C'est ce qu'elle s'efforce de se répéter, très fort en son esprit, pour ne pas entendre les gémissements qui s'élèvent toujours derrière elle. Elle n'est pas une héroïne, a tout juste assez de muscles pour taper dans des balles mais n'a même jamais donné un coup de sa vie. Elle ne lui serait d'aucun secours, et risquerait sa propre vie. Elle est terrifiée à la seule idée d'être remarquée par ces types, au point que chaque clameur la fasse sursauter et que certaines lui paraissent se rapprocher, comme poussées juste derrière elle. Figée, Leah ferme les yeux et les dents, très fort. Elle ignore la culpabilité distillée dans chaque centimètre de ses entrailles.


Tout ce qu'elle veut c'est rentrer chez elle.


Elle est fatiguée. Elle a passé une longue journée. Elle rêve de son lit et d'une bonne tisane. Et puis ce ne sont pas ses affaires, après tout. Elle n'est pas policier, ni médecin ni même pompier. Ni même un homme. Juste une simple citoyenne qui veut rentrer dîner et se coucher.
Mais le devoir de citoyen, dans tout ça.
Tandis que Leah prie pour l'arrivée prompte des secours, depuis la bonne minute qu'elle a passé cacher là à écouter un homme se faire battre; qu'elle prie presque d'avantage pour avoir l'esprit tranquille de tout remords que pour la santé de ce pauvre homme, pas bien lourde dans la balance de sa propre sécurité, une phrase lancée par l'un des types l'électrise de terreur.
Je vais te saigner comme un port.

" Eh ! "

A peine Leah est elle sortie de sa cachette à la face de ces brutes, qu'elle regrette déjà l'élan ayant poussé ses jambes au dehors et sa voix à se faire entendre. Les yeux effrayés, elle essaye malgré tout de reprendre consistance, chercher quelque chose à faire maintenant qu'elle a agi sans réfléchir. Arrêtez, elle lance, en s'avançant, sans se départir de sa frayeur ou son sentiment de stupidité suicidaire. Les types la contemplent un instant. Il suffit que l'un d'eux se mette à rire pour que tous se marrent. Elle qui avait espéré les surprendre assez pour les faire fuir, renoncer à leurs desseins, voit bientôt le plus petit de la bande courir vers elle sur un signe de son chef. Elle n'a pas le temps de se raviser et faire demi tour que déjà on l'empoigne, on la traîne, on la pousse contre un mur. Le meneur des troupes, qui a un couteau dans la main, menace déjà sa gorge tremblante de terreur.
Et Leah regrette, comme elle n'a jamais regretté.


Elle aurait dû rester bien cachée.


Ses yeux se braquent sur le visage tuméfié de la victime. Derrière les cheveux collés et le sang gluant, elle reconnaît le visage d'un des élèves de l'académie. Sa terreur se fait un instant balayer par un sentiment de fureur solidaire, de ceux qu'on ressent quand une victime anonyme devient soudain un visage connu. Le coeur serré par la révolte se voit pourtant bien vite rappeler à l'ordre, quand son corps sent une main le presser, et que ses oreilles entendent des intentions clairement formulées à son encontre. Son coeur s'arrête de battre, que ce soit d'angoisse ou de colère. Le choc fait s'ejecter son esprit hors de son crâne.

Quelques uns des types ont l'air effrayés à leur tour, pourtant. Ils échangent des regards. L'un d'eux secoue la tête et recule devant cette nouvelle, dangereuse initiative.

" Déconne pas, Dan... Ca va trop loin, là. "

Mais apparemment le chef qui la tient toujours par la gorge n'a pas ce genre de réserve. Il se contente de leur dire de partir, s'ils ont trop les boules. Ce que trois d'entre eux s'empresse de faire, sans un regard pour la scène de crime. Ils détalent à toutes jambes, ôte de leur esprit la culpabilité de ce qu'ils auront laissé se produire, plus facilement que Leah a su le faire.
Et elle les déteste, pour ça. Pour l'avoir abandonnée derrière. Mais aussi parce que eux, ils vont s'en sortir.
Et elle déteste ce type qui saigne par terre, sans qui rien de tout ça ne serait arrivé.

D'un geste fluide, le type lance son couteau au seul acolyte encore en lice, qui comprend sans avoir besoin d'ordre, et trouve la même satisfaction malsaine à ce qui est entrain de se produire. Un genou posé à terre, il retourne le garçon le dos au sol et tire ses cheveux emmêlés d'une poigne dure pour placer la lame sous sa gorge. Le type qui la maintient contre le mur grogne à son oreille, de cette voix de pourceau déjà satisfaite par anticipation, les mains pressées sur elle.

" Tu bouges et ton petit copain est mort. "

Tremblante comme une feuille, Leah ne parvient plus à détacher son regard embué de larmes de l'homme à terre. Elle n'est même pas sûre qu'il soit encore conscient. Quel piètre duo ils font, tous les deux.
Il ne reste plus qu'à prier pour un miracle. Ou des secours. Les deux sont sans doute intimement liés entre eux.


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MessageSujet: Re: Hard time & Broken legs Sam 6 Juin - 21:41

S'il avait vécu la violence ? Oui, ce n'était certainement pas la première fois qu'il entendait de telles injures crachées d'une façon aussi brutale, stupide et primale. De la colère à l'état pure venant du fond de sales gorges qu'il aimerait bien couper, et surement qu'il le ferait sans le moindre petit remord s'il avait pu, n'a rien de nouveau en soi. Seulement, Sydney, bien qu'il soit quelqu'un de hautement insensible et désabusé, ne s'habitue pas à un tel comportement. D'abord, il n'est pas cette victime, au quotidien, qui subit les sévices sans répliquer et qui, au final, finit par assimiler l'injustice à l'ordinaire. Son caractère veut qu'il soit une sorte de lion, ou lionne, atypique par ses couleurs tout à fait différentes, voir complètement bizarres, mais il reste, dans cette allégorie, un grand félin. Il n'aime pas qu'on lui enlève sa couronne et comme chaque être humain relativement équilibré mentalement l'humiliation n'a rien d'une activité plaisante. Il faut être tordu pour qualifier les choses actuelles comme plaisantes alors qu'on est victime : pour les bourreaux, faut croire que c'est leur plaisir et paradoxalement Sydney conçoit qu'on puisse vouloir casser la figure à des inconnus. Est-il plus compatissant envers ses bourreaux pour autant ? Absolument pas : il les tuerait sous les yeux de leur famille respective s'il en avait le pouvoir et que, en dépit des conséquences, ça en vaille la peine.

Bien sûr, c'était là une explication tout de même reculer : au présent, il avait bien de la colère en lui mais également une agitation compréhensible pour un être humain en train de se faire passer à tabac. On ne pourrait pas dire qu'il a peur : le mot n'est pas exact et ce n'est pas une émotion qu'il ressent souvent. Disons simplement qu'il lui en faut beaucoup pour ça : plus qu'une bande d'extrémistes violents en tout cas, sans vouloir dédramatiser ce qui se passe. En fait, bien qu'une dose non-négligeable d'adrénaline circule dans ses veines et que la haine lui donne férocement l'envie de rendre les coups, une part raisonnable de lui-même lui dicte de protéger le plus possible les zones importantes et d'attendre qu'ils se lassent de le frapper. Au diable l'orgueil ! Et c'est là qu'une phrase qui semblait si anodine, mêlée au torrent de déchets verbaux, prenait une importance particulière.

Une sauveuse ? Que fait-elle là ? Même si le premier réflexe humain de Sydney a été de se réjouir de voir humain venir ne serait-ce que voir l'acte et apercevoir les malfaiteurs, dans le but d'avertir les autorités compétentes toujours, la venue n'a pas fait l'effet d'une baume sur le coeur. Qu'est-ce qu'elle attend pour courir, celle-là ? Et la voilà dans la même galère que lui, à vivre l'humiliation. Un naissant mépris, accompagné de la douleur physique des coups, se dirige envers la seconde victime tandis qu'une lame, scintillante durant une moitié de seconde, se niche sur son petit coup. Elle est venue. Par conséquent, les agresseurs se sont sentis plus menacés et ils sortent les armes. C'est de sa faute. Néanmoins, le travesti ne pipe mot à ce sujet alors que trois des complices dégagent car ils sont dits plus humains, paradoxalement au plus grand soulagement du Zinc. Toutefois, c'est une semi-joie d'une courte durée puisque les vraies brutes de cette histoire, eux, s'empressent de passer au niveau supérieur. À son tour, Smith sent la froideur coupante du couteau contre sa gorge. Il saignait déjà avant qu'on le mette plus explicitement devant le gouffre s'ouvrant de toute sa grandeur vers la mort. Cependant, cette désagréable sensation qui accompagne le métal sur son propre coup et l'hémoglobine lui provoque une sensation proche de l'hallucination, du délire. Durant un court laps de temps, c'était comme si ses veines éclataient sous la pression et qu'il se vidait avant de se transformer en immense flaque qui monterait jusqu'au ciel qui s'offre dorénavant à lui, puisqu'il est dos au sol. Par contre, le visage haletant de son preneur d'otages en cache la plus grande partie, ce qui empêche son expérience bizarre de se poursuivre. Il revient à ce qu'on appelle à la réalité alors et il se rend compte lucidement du merdier où il se trouve.

Sydney comprend subitement que d'attendre que tout se finisse ne sert à rien : ceux qui se seraient contentés de la bastonnade sont partis. Il ne reste que les vrais prédateurs. Ainsi, le Zinc se traite mentalement comme misérable faible d'avoir pu croire qu'on pouvait s'en sortir en étant passif et une rage animale s'enflamme tel un feu de forêt de la préhistoire. Quelqu'un d'observateur aurait pu voir ses mains se crisper, ses yeux projetés une fureur rarement vue par ceux qui le côtoyait et un instinct de survie combatif et indéniablement vivant surgir, rugissant, de sa faiblesse. Il sait évidemment qu'un seul mouvement de sa part aurait de terribles conséquences sur sa compagne d'infortune, qui lui rappelle vaguement une fille à l'académie, mais son côté bestial en a comme qui dirait rien à faire. Tandis que, inattentif, son assaillant regarde son chef pour il-ne-sait-quel-raison, Sydney agrippe le bras tenant l'arme blanche et le repousse d'un geste vif dont la brute ne s'attendait pas. Pourquoi ? Surement que dans l'esprit des homophobes, ils avaient pris pour acquis que leur victime initiale était déjà abattue et ils ont concentré leurs efforts, en se communiquant sans dire énormément de mots, vers la fille car techniquement la plus grande menace pour eux malgré le fait que le travesti considérait les garçons comme de potentiels misogynes. Peut-être voulaient-ils la violer mais ça, Smith n'en sait rien. En tout cas, ce manque d'attention et ce soudain retour en force du Zinc ont permis à celui-ci de se dégager de son attaquant. Même s'il est toujours au sol, il recommence à prendre un contrôle certain sur ses mouvements et donne quelques coups pour repousser l'autre connard. En ce qui concerne le chef, le travesti n'y pensait guère. Le garçon, frustré de voir sa prise fuir entre ses doigts, tente de planter son couteau dans la chair de Sydney mais échoue de justesse, laissant une déchirure sanguinolente sur la cuisse gauche du travesti. Était-il fou de se battre ainsi, sans prendre gare à sa sécurité et celle des autres ? C'était surtout désespéré, en réalité.


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MessageSujet: Re: Hard time & Broken legs Sam 15 Aoû - 19:37

Rien ne vous prépare à ça.

En tous temps, les jeunes femmes ont été bercées d'hypothèses d'agressions. D'histoires sordides entendues au coin des conversations ou lues dans la presse, en discussions sur l'utilité d'armes de défenses et de bombes au poivre; les conseils bien avisés de personnes assurées des parties dans lesquelles il faut essayer de frapper pour fuir. N'importe quelle fille voit les premiers avertissements lui être présentés dès son plus jeune âge, sur cet hypothétique homme un peu louche venu offrir quelque chose, ou demander de le suivre quelque part. Tout comme un garçon qui vient de découvrir à son homosexualité doit faire face à l'idée qu'un jour, peut-être, un acte de haine pure et sans véritable sens l'enverra peut-être à l'hôpital. Comme même les garçons, s'ils ne sont pas naturellement nés pour se battre, apprennent à surveiller les alentours parce qu'un autre plus vindicatif pourrait venir chercher à briser des rotules ou voler des portefeuilles, dans cette même absurdité que veut la société et qu'a toujours voulu les sociétés humaines. Si l'animal tue pour vivre, l'homme violente parfois pour le plaisir et nul n'est censé l'ignorer.

Pourtant rien ne vous prépare à ça.

Rien ne vous dit quoi faire et personne ne vous prévient que finalement, il n'y a rien que vous ferez. Que vous resterez là comme un lapin dans les phares d'une voiture à attendre que le véhicule vous passe sur le corps. Que ces histoires d'adrénaline censées reprendre le dessus de la terreur sont une légende pour endormir les mômes après les avoir terrifiés, parce que papa et maman en ont assez des cauchemars provoqués par leurs conseils bien attentionnés. Personne n'ose vous dire qu'il existe des loups, des lions et des buffles mais que la plupart des humains est d'une désespérante faiblesse face au danger. Que la société a anesthésié tous les réflexes censés vous sauver la peau quand vous ne marchiez pas encore assez pour les exercer.
Et que non, par conséquence, vous n'en ferez rien.

Vous resterez là, les paupières closes, à ne pas pouvoir regarder le viol, le passage à tabac ou même la mort venus vous prendre sans autre raison que l'absurdité. Et que si par miracle vous y survivez, en un détour encore plus obscène du destin, vous serez celui des deux qui culpabilisera le plus. Que votre esprit traumatisé n'aura de cesses de vous sectionner les tripes de l'intérieur parce que vous n'avez rien fait. Vous avez laissé faire. Qu'on vous avait pourtant bien conseillé.

Mais que vous n'avez pas été capable de résister.

Et c'est dans ce parfait immobilisme que Leah se voit même incapable d'imaginer la suite des événements. Va t'on la violer ? Va t'on tuer cette silhouette molestée au sol ? Ou serait-ce l'inverse ? Elle ne peut pas détacher son regard de ce visage tuméfié, ce sang sorti des orifices faciaux comme une mauvaise oeuvre picturale, cette silhouette maigre et désarticulée au sol. Si elle vit encore après ça, elle ne sait pas ce qui serait susceptible de hanter ses nuits le plus. Les mains de son agresseur sur elle, ce qu'il compte lui faire ensuite, ou seulement la vision de ce corps écrasé pour lequel elle n'a rien fait. Qu'a t'elle fait, jusque là, ne cesse t'elle de se demander, pour ne pas laisser son esprit imaginer ce qui sera fait après. Rien. Elle aurait mieux fait de faire comme prévu, à savoir véritablement rien. De plonger toute entière dans sa lâcheté, comme la plupart des gens avisés, un demi tour sans retour en arrière. La culpabilité aurait été moins pénible à endosser que la vision de ce garçon martyrisé devant elle, impuissante et inerte.

Pourtant il réagit, le corps. Elle le voit tressauter, comme possédé par quelque chose de plus fort que lui, ou en tout cas bien plus qu'elle. Elle le voit se débattre et ne fait toujours rien contre les mains désormais pressées sur les parties les plus intimes de son corps. Et la légende de cette adrénaline devient concrète.

Pas aussi communicative qu'on aurait pu le croire. Pas immédiatement. Elle reste encore là de longues secondes. Son esprit en vient même à le maudire d'avoir prolongé leur probable agonie à son tour, alors qu'elle avait décidé de regarder passer la tempête et de prier pour y survivre, même un peu ravagée. Tu es fou, elle a envie de beugler, tout à coup. Et ça lui brûle les lèvres, ça lui tord la gorge, ça lui fait mal aux dents. Arrête ça, sinon on va crever.
Mais cette colère devient productive à son tour, enfin. Leah sent son orgueil se faire frapper de plein fouet, quand elle réalise que même au bord de l'évanouissement, il s'est débattu et pas elle. Qu'il est capable et elle non. Alors son cerveau figé se remet en route, et se souvient qu'elle pratique le tennis quotidiennement depuis six ans, qu'elle a les épaules bien solides et les muscles efficaces quand il s'agit de frapper une balle. Leah se souvient des conseils parentaux, des discussions un peu macabres et très angoissés à la faveur de soirées entre étudiantes.

Elle écarte les bras pour desserrer la prise autour d'elle. Son agresseur surpris lui laisse le temps de trouver un chemin entre leurs deux corps. Une main repousse son torse du sien de toutes ses forces, dans un grognement de gorge inélégant, une voix qu'elle ne se connaissait pas. L'autre se meut en un poing qu'elle n'avait jamais fermé sinon autour d'un manche de raquette et frappe de toutes ses forces dans la trachée repoussée devant elle. Il se recule, tousse, se prend la gorge et suffoque. Leah profite de son énergie renouvelée pour se jeter sur le second et tenter d'aider son compagnon d'infortune. Mais elle n'a pas le temps de toucher le deuxième agresseur que le premier lui empoigne le bras, pas aussi meurtri qu'elle l'aurait espéré. Une gifle l'envoie droit au sol et avorte ses pitoyables tentatives de rébellion.

" Sale pute ! "

Sonnée, Leah reste un long moment inerte, avachie sur le bitume. Sa joue semble cuire et surtout, la gifle a complètement assourdi son tympan, ne laissant dans ses oreilles qu'un sifflement strident. Elle entend quand même, par dessus, le beuglement furieux de son agresseur.

" Et toi t'es pas foutu de tenir une saloperie de fiotte deux minutes ! A quoi tu me sers ! "

En battant des paupières, les coudes au sol pour tenter de se redresser, elle voit le leader arracher son blessé aux mains du second pour le redresser en le tirant violemment par les cheveux qu'il arrive à empoigner, puis le couteau qu'il presse sur sa gorge, coinçant son corps meurtri contre le sien si fort qu'il a l'air de vouloir l'étouffer.

" Jusque là j'étais gentil mais cette fois je vais vraiment vous buter. T'entends sale folle ? " Il crache à son oreille, comme transcendé par sa soif de sang. " Je vais t'enfoncer ma batte de baseball tellement profond dans le cul qu'elle te ressortira par la gorge. "

Le coeur de Leah bat si vite qu'elle ne distingue plus des palpitations qu'un emballement incompréhensible, embourbé dans sa terreur. Elle n'ose plus bouger d'un millimètre et pourtant, son esprit a retrouvé un peu de clarté. La rage, l'orgueil, l'adrénaline, elle ne sait pas ce que c'est. Mais elle se rend aux évidences. Elle n'est pas douée pour se battre. En revanche elle sait mentir.

" Vous voulez buter le fils du Maire ? "

Elle peine à croire que cette voix est la sienne, tant elle est méconnaissable. Les cordes vocales asséchées et tremblantes ne laissent plus passer qu'un trémolo fébrile, grinçant, à peine compréhensible. Son art de trouver les bonnes choses à dire au bon moment perd de sa superbe, pour sûr, mais elle sait qu'elle a quand-même fait mouche à la lueur de panique qu'elle voit s'allumer dans les yeux du second.

" De quoi elle cause, elle ? "

Revigorée par cette réponse, elle inspire un air qui semble lui brûler la gorge et se redresse un peu pour reprendre, avec légèrement plus d'assurance.

" Il s'appelle Sidney Smith. Smith comme un nom d'emprunt pour garder l'anonymat à l'académie. Tout le monde sait qu'elle l'a envoyé là bas. C'est le seul fils de Veronika Baker et si vous le tuez, vous aurez toute la ville aux trousses.
- C'est des conneries !
- Regardez ses fringues si vous me croyez pas. Vous pensez qu'il aurait les moyens de se payer des fringues comme ça si c'était pas le fils du Maire ? " Au loin, comme la providence qu'ils n'espéraient plus, ou seulement un coup de chance à ne pas rater, une sirène de police retentit. Et Leah se raffermit encore. Elle retrouve même ses attitudes froides et sa voix autoritaires, ces choses qui font d'elle une identité et non pas un corps terrifié au milieu d'une ruelle. " C'est pour lui qu'ils sont là. Ils sont entrain de le chercher partout. "

Enragé et moins convaincu que son collègue, le plus dangereux des deux ramène le corps contre elle et fouille la poche de ses vêtements sans ménagement pour en arracher un portefeuille et des papiers d'identité. Leah le voit blanchir à la lecture de la carte, elle se félicite en son for intérieur d'avoir pris du temps à apprendre l'identité des élèves de l'académie, assez pour qu'un miracle ait rappelé l'un des noms à sa mémoire, et que ce nom soit le bon. Elle bénit l'ignorance des gens de cette trempe sur la vie personnelle des politiques.

" Putain !
- Je veux pas buter le fils du Maire, moi. Je veux pas aller en taule. Je veux pas crever. " Le second couine, s'agite, et commence à reculer. Il est déjà hors jeu. La partie passe à deux contre un. " Je laisse tomber.
- Si tu bouges ton gros cul d'un millimètre je te saigne comme un porc ! "

L'écho du hurlement résonne encore longtemps dans la ruelle tant il est poussé avec violence. Aveuglé par la rage et la colère décuplé par la terreur, le tueur jette sa victime au sol dans un mouvement de panique et pointe le couteau vers elle, dans la tentative d'emporter quelqu'un dans sa chute, quitte à avoir signé sa perte.

" Et toi ? Toi t'es pas la fille du Maire, toi ? "

Encore au sol, Leah le regarde s'avancer avec terreur. Ses yeux glissent vers le corps meurtri rejeté plus loin, la brique échouée d'un mur près de lui et le second terré contre les barrières à ne plus vouloir rien tenter sinon la fuite.

Elle prie à nouveau pour un miracle.
Mais un miracle déjà plus concret que tous ceux précédemment invoqués.


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MessageSujet: Re: Hard time & Broken legs Sam 29 Aoû - 22:54


Chose certaine, Sydney ne fera jamais office de modèle pour les jeunes. Ou pour qui que ce soit, en fait. À peine s'échappe-t-il d'une griffe parmi toutes celles qui l'enferment dans cette malheureuse aventure, l'inconnue tente la même et échoue d'une manière que le Zinc juge misérable de ce qu'il a pu observer, soit la chute. Il se tait : inutile d'enfoncer Miss dans ses batailles perdues. La situation ne le permet pas. Et puis, bien qu'il conçoive l'utilité de la femme, le travesti n'admettra jamais qu'il avait besoin d'elle. Le contraire semble tout aussi vrai, forcé de constater le théâtre bordélique. S'accrochant à une paroi de la ruelle, il réussit à sentir un chewing-gum usagé caressé ses doigts, il se lève difficilement en jetant un œil lointain vers ce qui advient de la demoiselle. Plus énervée, plus attaquée : logique. Ça ne durera aucunement longtemps et pourtant, le sentiment d'urgence se dilue et ses nerfs s'apaisent. Le blond n'est pas sanguin : son sang-froid de reptile domine la plupart du temps. Certes, il y a quelques moments où il tape dans le tas : comme maintenant ou autrefois, avec son père. Il met ce comportement sur le dos d'un instinct naturel de défense, de quelque chose qui échappe à son contrôle. Ironiquement, il n'apprécie pas cette idée que ses gestes lui échappent sous une humeur rouge violente : il se fait un devoir de se poser. Pourtant, alors qu'une bonne dose d'adrénaline est nécessaire, mademoiselle Smith ne dit pas non à se déchaîner. Faut dire qu'il ne réfléchissait pas trop, non plus.  

La suite s’avérait être la fuite. Il en était capable. Libéré de l’emprise du second, il suffit juste de le pousser vite fait et de courir. Sortir dans la rue, traverser quelques intersections au pas de course, ne plus jamais revoir ces trois-là. Sa survie avant tout. C’est tout ce qui importe, non ? Les autres le détestent, de toute manière. Cette fille fut seulement très conne de s’interposer. La roue tourne, une nouvelle victime subie. La vie suit son cours. Fin du chapitre. Ses jambes se raidirent. Ses membres inférieurs sont prêts. Le darwinisme vaincra. Au revoir, les cons…

« Je vais t'enfoncer ma batte de baseball tellement profond dans le cul qu'elle te ressortira par la gorge. »

Eh merde… Smith est un odieux connard : il crache son venin et déteste son prochain. Il se croit au-dessus de la masse, il méprise et juge sans état de conscience. Il a un sale caractère, le travesti. Néanmoins… Il est incapable de laisser passer une chose pareille. Que la fille crève ne lui pose aucun problème en soi. Cependant, quand on décide de s’habiller en femme à longueur de journée, il y a, pour ainsi dire, des actions qui ne se banalisent plus. L’insensibilité pourra le rattraper sans doute mais serait-il légitime de vouloir devenir une femme s’il en laissait une vivre ce mal ? Il enfilerait le rôle de la victime certes mais également celui de complice. Le peu d’humanité qui reste à ce cher Sydney ne permet pas. Encore, plus tard, l’idée du viol lui traversait brièvement l’esprit mais sans plus : ses pensées n’étant pas très nourries. Mais là, le brouillard se lève et un vent cinglant dégage les nuits. Il doit agir. Pour lui-même. Pour la mémoire de sa mère.

D’ailleurs, il reconnaît le visage de la demoiselle. Elle étudie à l’académie. Une Platine. Si elle s’en sort en vie et témoigne…

« Vous voulez buter le fils du Maire ? »

Malin. Le Zinc détecte la ruse sans quiproquos. Il conserve une tronche abattue. Pas de sourire vainqueur : ça sentirait le piège. Pas d’air confus non plus. Juste une mine battue, résignée devant le dévoilement de ce faux secret révélé à la racaille du coin. Et hochement de tête s’active automatiquement de la part du transsexuel alors que Leah débite ses histoires, sans plus. Qu’aurait-il à rajouter ? Le barbare vide les poches de la menteuse et voit quelques dires se confirmer. La suite s’annonce sans la moindre surprise. L’un d’eux se retire. Le chien aboie des ordures vocales et c’est à cet instant que le récit devint moins prévisible. À une vitesse folle, les actes se précipitent. Le peureux, la fille, la brute, le mensonge, le sang, l’arme, l’acier, le cœur, la tête, la fuite, les parents, l’académie, les gens, la peau, les menaces, les injures, la violence…

« Ils arrivent ! La police débarque ! »

Ses premiers mots sortent comme si ce fussent les premiers qu’ils prononçaient de son existence. Cette ruse, peu imaginative hélas, fait son effet sur le plus pragmatique des deux qui détale comme un lapin sans même s’apercevoir qu’aucune voiture de police ou agent n’était dans les parages. Il voulait peut-être une dernière motivation pour trahir son copain dérangé. Le stress atteignait probablement son paroxysme chez le complice. Quoiqu’il en soit, il dégage.

Sydney, dans un instant de non-logique, saute contre l’agresseur avant qu’il porte un coup fatal. Il a littéralement bondi, rapide et agile à la manière d’un félin, pour interrompre ce qui aurait pu être un meurtre. Héroïsme ? Certainement pas. Gratitude ? Peut-être, rien qu’un peu. Pas de quoi pouvant être jugé comme une vertu : loin de là, il était prêt à l’abandonner il n’y a pas si longtemps. Il est égoïste, le Zinc. Néanmoins, en dépit de tous ses défauts, mademoiselle Smith reste une humaine. Elle ressent à certains degrés et au fond de son cœur congelé, un feu apaisant survit. C’est cliché, cette histoire de méchante personne possédant un bon côté insoupçonné. C’est indéniable. Pourtant, ça ne change en rien à ce fait désormais vérifiable : Sydney n’est pas un monstre. Que ça soit avant l’académie, pendant la fusillade ou maintenant, il n’a jamais eu ce plaisir pervers pour le sang. La violence est un outil pour atteindre ses fins : cette violence-ci était méchamment gratuite. Et si elle se veut calme comme un cadavre, Sydney est capable de réaction incontrôlée, d’émotions irrationnelles… Ce retour à l’humanité perturberait sans doute mademoiselle si elle ne se tiraillait pas en vain contre le jeune homme devenu ivre de colère, crachant des obscénités dont on n’aurait pas idée. Sans plus attendre, elle encaisse une lame à l’épaule. Puis elle sort pour finalement revenir un peu plus bas. Elle sent ses forces faiblirent et la chaleur de son corps descendre… Quelle idée, sauver son prochain…


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