Flame Turns Blue /!!!\ CLOS
Jason
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Jason Lecter
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MessageSujet: Flame Turns Blue /!!! CLOS Mer 8 Jan - 15:12

" Ice Road "

La nuit tombe, on annonce une tempête de neige et on préconise la plus grande prudence sur les routes. Autrement dit on attend pas grand monde niveau trafic, annonce la voix monocorde d’un présentateur radio insipide. Tant mieux, songe-t-il en balançant sa serviette sur le rebord du lavabo, ils auront la paix. Coup d’oeil au miroir, on est loin de son habituel grimage tricolore mais il faut ce qu’il faut. Ce n’est pas comme s’il pouvait quitter la ville en affichant sa tête de jours ordinaires et d’ailleurs loin de lui l’envie de se retrouver avec les flics collé au train ; Jason Lecter prend des vacances et elles commencent ce soir ! Coup d’oeil à l’horloge murale et il retourne à sa chambre pour achever de préparer un sac au moins. Certes il est question de filer dans la précipitation afin de profiter de la concentration des autorités à l’Académie Weins, mais pas question d’oublier le minimum syndical voir, vital.
L’idée n’a pas été mal accueillie, c’est même tout le contraire. Il est largement temps que les têtes pensantes pensent à autre chose et qu’elles se posent loin de New York. Alonso n’a rien dit mais il a semblé soulagé, rassuré même de les savoir ensemble loin de tout ça. Qu’ils s’accordent un temps mort enfin après dix ans de mauvais et loyaux services, ils l’ont mérité. Cigarette aux lèvres, Jason fouille rapidement ses tiroirs à la recherche des faux papiers nécessaires pour s’assurer une certaine tranquillité ainsi que les cartes bancaires et passeports. Le Clown a toujours été prévoyant en la matière, poussé par sa tendance au déguisement il a mis un point d’honneur à travailler des personnages jusqu’à leur créer une vie et faire en sorte qu’elle puisse être traçable, là où les données bancaires ne le sont pas toutes en revanche. En forçant les banques à retourner à des systèmes plus précaires la nano-bombe a rendu bien plus complexe le traçage des actions financières et à moins de posséder les techniques de pointes c’est peine perdue. Même encore, les comptes basés loin des états-unis ne sont pas tant surveillés. Il suffit juste de connaître quelques ficelles pour assurer ses arrières, ou d’avoir les bonnes relations. En ce qui le concerne, il a assez volé et truandé pour connaître pas mal des ficelles en questions, sous ces jolies identités il est insoupçonnable autant que le sont les deux autres.

Il enfile une veste, laisse dans son antre ce cher costume violet pendu sur le devant de l’armoire qu’il effleure du bout des doigts avant de récupérer le bagage fermé et de filer. Le géant patiente à l’entrée, adossé contre une voiture et il n’est pas sans sursauter lorsque Lecter vient ouvrir le coffre. « Bon sang je m’y ferai jamais. » Grommelle-t-il, jetant un regard sur son patron qui ne manque pas de se moquer. Pour les habitués de ce visage balafré et clownesque le voir ainsi transformé force autant la surprise que l’admiration. Ses cheveux fraîchement décolorés lui donneraient bien un côté angélique si on ne savait rien de lui, ses joues semblent n’avoir jamais été endommagées et son regard a viré au vert grâce aux lentilles. « Je ne balance pas une fusée de détresse à moins qu’ils décident de raser le quartier. » Lecter balance le mégot, sourit en accordant une caresse à chaque membre de sa meute dont Bob aura la charge. « Bien entendu, de toute manière ça va grouiller de flics partout sauf au Sud dans les jours à venir, ce sera tranquille. L’autre va gagner une opportunité rêvée de calmer les vilaines actions avant les fêtes de fin d’année et faire remonter sa côte de popularité en prenant en charge les étudiants, les familles choquées avec l'aide de la Sainte Baker. Qu’ils nous croient HS pour le moment, ça m’arrange. » Autrement dit il a quelque chose en tête mais ça ne verra pas le jour rapidement. Le Clown a un plan, ou quelque chose qui y ressemble mais il n’expliquera rien dans l’immédiat. Alonso s’étire, retient une grimace lorsque son épaule lui rappelle sa récente bêtise. Lecter a passé l’éponge, il n’aura pas oublié pour autant mais il lui fait toujours assez confiance pour lui confier les clés du royaume. Ainsi, il devra gérer la clique seul... des vacances pour eux également. « Vous faites pas enfermer, j’ai plus de bombe pour faire péter les murs et j’irai pas en faire une moi même. » Et le Clown éclate de rire tout en prenant place côté conducteur alors que la silhouette du Croque Mitaine apparaît, rejoint celle de leur maître dans le véhicule... certaines choses ne changent pas, costume ou non.

[…]

Comme prévu la frontière de New York était vide, une faille qu’il suffisait de trouver en sachant très bien qu’elle existait. Toute la sécurité s’est concentrée en ville, à l’académie Weins et au commissariat, on a revu les priorités pour protéger la « retraite » du président, les citoyens et voilà l’occasion rêvée. Au loin derrière les lumières sont bientôt avalées par la tempête de neige promise, les monstres s’en vont voir ailleurs.
C’est fait, ça semble simple mais ça ne l’est pas tant. Sans toutes ces histoires, ils ne seraient sans doute pas partis et le Sud aurait encore ses trois têtes mais comptes tenus des événements que dire des trois tête en question ? Il aura eu bien plus d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase cette fois, il est l’heure de faire le point. Plus que temps même.
Les yeux rivés droit devant, Jason allume la radio non pas pour profiter d’une fréquence musicale mais seulement pour le bulletin d’informations, météo surtout. La prudence est de mise disent-ils, mais rien de dramatique à l’horizon sinon de quoi gêner la visibilité. Bah, depuis le temps qu’il vit surtout la nuit il en faudrait bien d’avantage pour le déranger. L’info obtenue, il éteint le poste et soupire. « Pas plus mal qu’on s’éloigne hein ? Je n’aurai pas supporté les discours de la momie et des journalistes pour plaindre les morts et leur famille. » Pour peu qu’ils organisent une marche blanche en ville, ce sera le comble de la tragédie larmoyante. Leur évasion sera citée, bien entendu mais on finira par la reléguer en dernier plan pour se concentrer uniquement sur les malheurs du petit peuple. Autrement dit, ce sera d’un ennui mortel et ils n’auront rien de bien passionnant à faire si ce n’est rester au fond de leur trou en attendant une nouvelle idée explosive. Sincèrement, mettre les voiles est bien la meilleure chose à mettre en pratique, il n’y a rien à regretter. Pas leur genre de regretter quoi que ce soit d’ailleurs. Dernier regard au rétroviseur pour ne voir qu’une étendue noire fouettée de neige et la lueur blafarde des phares arrières... Bye bye New York ; à la prochaine.    

[…]

Une heure trente du matin passée, aucun arrêt depuis que la voiture a quitté New York et il est grand temps d’y penser histoire d’éviter la panne sèche. Ce serait du plus mauvais effet et aucune envie d’attendre après une dépanneuse avec un temps pareil. La tempête promise est bien installée et à demander autant d’attention sur les routes elle en devient tout bonnement épuisante. Station en vue, Lecter balance une énième cigarette par la vitre et s’engage sur le chemin à peine dégagé. Peu de passage dans le coin, logique à cette heure et pas âme qui vive devant les pompes, ce n’est pas plus mal. Cinq minutes à peine le temps de refaire le plein et lorsqu’il revient à sa place, c’est avec les cheveux aussi trempés par la neige que s’il avait pris une douche. « Bon, logiquement je tenterai le diable et je continuerai de conduire de nuit mais là... c’est tout juste bon pour nous envoyer dans un fossé. On va s’arrêter quelque part... si c’est possible. » Aucune envie de dormir dans la voiture, il doit bien y avoir un truc potable où se poser dans les environs tout de même ce n’est pas le désert.
Pas le désert non, mais les kilomètres se sont néanmoins enchaînés une bonne heure encore avant de trouver un hôtel qui ne soit pas fermé pour la nuit et où les réservations sont faisables via une borne. Vu le nombre de camions arrêtés, l’endroit doit être surtout fréquenté par les routiers autant dire pas des gueules de prix de beauté, pas les esprits les plus lumineux et ces messieurs s’intéressant surtout au boulot à faire dans les temps ils seront bien les derniers à remarquer leur présence. La belle affaire. C’est au pas de course que le Clown file récupérer le passe pour une chambre et payer les frais s’y rattachant, rien de bien onéreux vu l’endroit, il faudra faire avec. Retour à la voiture garée sur le parking et il récupère son sac, laisse au Croque Mitaine le temps de faire de même et referme le véhicule avant de remonter la distance qui les sépare de l’établissement à peine éclairé.

Comme prévu, la chambre est spartiate au possible et Jason n’est pas sans grogner entre ses dents  à constater -une fois le plafonnier allumé- la présence d’un chauffage électrique qui mettra un temps considérable à rendre à cette pièce une température convenable. Le radiateur doit être mort, à moins que la tuyauterie n’est gelée... Branchant l’appareil après avoir abandonné son sac au pied d’un des deux lits, le balafré ne tarde pas à s’y poser, bien plus fatigué qu’il est frigorifié. « Je ne me souviens même pas de ma dernière nuit dans un hôtel...  ma folle jeunesse. » Pouffe-t-il, songeant à quelques errances passées. « Mais au fait... comment tu as fini à New York en partant du Canada ? C'est pas la porte à côté... » Il ne lui a jamais posé la question, ça ne revêtait pas une grande importance avant. Aucun ne s’interrogeait sur le passé de l’autre, que ce soit par un accord muet ou un genre de j’m’en foutisme profond guidé par des idées n’allant jamais que vers le futur. C’est assez différent maintenant, des voiles se lèvent un à un et Lecter apprend, jamais réellement surpris, jamais déçu non plus. Leur parcours respectif est atypique, on ne saurait dire le contraire mais ils seront sans doute seuls à connaître ces faits d’une autre époque, la tombe à secret de l’autre parce qu’au final, personne d’autre ne mérite de savoir et personne ne comprendrait. Jason sait qu’il devrait dormir, depuis combien de jours et de nuits n’a-t-il pas réellement fermé l’oeil ? Sans cesse à bondir, arme à la main au moindre bruit inhabituel même depuis que cette foutue pieuvre est reléguée au rang d’histoire ancienne ? Enfin, ancienne par existence mais pas par souvenirs. Leurs actions sont trop récentes, les plaies loin d’être cicatrisées et effacées...

Ses gants ôtés et laissés sur le chevet, le Clown -qui n’a d’ailleurs plus aucun aspect clownesque- allume une nouvelle cigarette et se laisse tomber en arrière, tournant la tête pour capter le regard de son second. Tout s’est fait tellement vite depuis leur évasion qu’ils ont à peine pris le temps de parler et même en route, ce fut particulièrement silencieux... par concentration ou par besoin de méditer, allez savoir, la fatigue n’a pas aidé non plus. « J’ai l’impression que ça fait une éternité qu’on ne s’est pas retrouvés seuls, comme si cette foutue ville avait pris un malin plaisir à nous séparer. Il était temps... ça me manquait diablement ce petit monde égoïste. » Foi de Jason Lecter ce séjour est le leur et le premier qui osera se mettre en travers y perdra des morceaux qu’on ne retrouvera pas avant le dégel. Si on les retrouve seulement un jour...

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 16 Jan - 14:20



N'étant pas superstitieux et ne croyant en aucune bondieuserie quelle qu'elle soit, Boogie n'avait jamais été de ceux à déplorer le destin ou à maudire un karma peu reluisant. Chaque chose a une conséquence et si des torrents d'ennuis se déversaient sur des échines, les victimes étaient également les coupables ou au moins la source de tout cela; il n'y a pas de fumée sans feu, dit-on. Pourtant, il devait bien l'admettre, ces derniers temps n'avaient pas été spécialement réjouissants pour le Sud et en particulier pour deux de ses monstres. La vendetta entreprise contre la Cosa Nostra s'était soldée par une cruelle perte de rythme qu'ils avaient peiné à retrouver. Cette victoire avait pris des aspects de victoire à la Pyrrhus bien désagréable. L'après-Mafia avait vu un Croque-Mitaine encore plus paranoïaque que de coutume. Obnubilé par un éventuel survivant, il avait passé au peigne fin le passé de leur moindre employé, ne tolérant aucune zone d'ombre et ne laissant pas de place au bénéfice du doute. La horde déplora la perte de quelques uns de leurs éléments qui n'avaient su satisfaire l'obsession du second de Lecter.
Et il y a quelques heures, la malchance les a rattrapé. Trahison d'un de leurs fournisseurs, celui qui était au-dessus de tout soupçon, le plus fiable, le plus ancien et qui paya de sa vie la stupidité de les avoir vendu aux autorités le jour de la visite de Gordon. A partir de là, la police de New York avait multiplié les impairs. Ce n'était pas une si bonne idée que cela de séparer les deux monstres, c'est s'exposer à la pire facette de leur personnalité malade. Le Clown énuméra rapidement ses exigences quand au Croque-Mitaine, un automate aurait été plus expressif. Affichant un masque indifférent, il éluda chaque question en énumérant avec aplomb les lois qui protègent les ressortissants étrangers. Il n'est pas américain mais canadien. Attendre, c'est tout ce qu'il y avait à faire. Attendre. Aucun mur ne peut retenir les monstres. La police new-yorkaise croyait pouvoir savourer une victoire et elle a bien failli apprécier cette saveur particulière si elle avait pris dans ses filets les trois têtes du Sud. Mais voilà, elle avait oublié comme un petit détail qui mesurait deux mètres...
La journée avait été explosive pour le centre de New York et son académie. La façade du commissariat central avait été pulvérisée et Weins prise en otage. Autant dire que ce soir, les autorités avaient autre chose à penser que traquer deux évadés aussi recherchés soient-ils que le Clown et son Croque-Mitaine. La police devait amèrement parier que les monstres avaient retrouvé leur territoire de où ils étaient intouchables et ils devaient gérer un adversaire tout aussi redoutable, les médias et l'opinion publique. On oublia rapidement les sudistes pour se concentrer sur l'autre attaque bien plus largement diffusée sur les ondes et qui dévastait l'âme même de la population.

Si les Bêtes attendaient une occasion de mettre les voiles, c'était celle-ci. La surveillance policière aux alentours de la mégalopole allait se relâcher, la plupart des effectifs seraient mobilisés dans le centre pour gérer journalistes, curieux, proches d'étudiants et des visiteurs. Enchaînement de crises de nerfs et d'hystérie collective, avalanche de questions hurlées derrière un micro et caméra au poing, organisation des secours, protection des survivants et début d'une enquête bien plus obscure que Cimarro explosant une façade pour libérer ses petits copains. Il n'y aura pas de circonstances plus idéales pour quitter cette satanée ville pour un temps aussi indéterminé que leur départ est précipité. Il suffit d'un échange muet de regards pour que les deux monstres décident en même temps de prendre congé ce soir de leur fief. La nouvelle ne fut pas mal perçue par Alonso et encore moins par la horde. L'absence provisoire des deux têtes malades du Sud allait peut-être signer la fin de ces procès expéditifs perpétrés par un Croque-Mitaine parano. L'épisode de la mafia était peut-être passé, la pilule avalée mais elle était encore loin d'être intégralement digérée et avec cette dernière trahison dont il avait été victime - trahison qui se soldait encore par un enfermement, lui qui hait les espaces confinés et clos - Boogie n'allait certainement pas arrêter d'exercer sa justice arbitraire. Il pourrait bien l'étendre à l'entièreté de leur réseau. Mieux valait que les esprits dérangés se calment bien loin et que si les offenses doivent être lavées, cela soit par du sang autre que sudiste.
A peine rentré au repaire, Boogie s'était dirigé vers les sous-sols. L'ultime survivant connu de la mafia italienne n'a plus rien du fier mafieux d'avant. Ce n'est plus qu'à quatre pattes qu'il se déplace dorénavant, créature muette après que le Croque-Mitaine lui ai arraché la langue pour le punir de propos infamants. Pourtant, la chose recherche sans cesse sa présence et quand il apparait dans la cellule plongée dans le noir, quelque chose rampe jusqu'à lui, jusqu'à frôler avec vénération le bout de ses chaussures. Pour ne pas ruiner tout le travail fourni jusqu'à maintenant pour éclater et reconstruire la psyché de Mancini, Boogie annonce d'une voix onctueuse qu'il part et que même s'il n'est pas là, les règles et leurs châtiments ne changeront pas. Une fois ceci fait et la porte refermée sur une silhouette gémissant pitoyablement en se recroquevillant au sol, le Croque-Mitaine retrouve ses quartier pour préparer le peu de bagages qu'il emportera. Pragmatique et logique, il ne s'encombre de rien de superflu, se contentant de l'essentiel. Secouant la tête en soupirant, il repense à la seule fois où il a du faire une chose pareille...en quittant le Canada parce que les autorités commençaient à nourrir de sérieux soupçons sur l'étrange Mr Burton terré au fond de sa propriété dans un coin de forêt.

Lorsque Boogie sort de ses appartements un sac noir jeté sur l'épaule, Jason attend déjà plus bas, près d'une voiture préparée par Cimarro. N'ayant aucune envie de se jouer de leur chance qui semble enfin refaire son apparition, le Clown et le Croque-Mitaine ont abandonné leurs peaux respectives et ces caractéristiques qui les rendent reconnaissables. Pas de couleurs vives pour l'un, pas de costume austère pour l'autre. Pas de fards criards mais un visage nu, pas d'yeux bleu polaire mais des iris d'un marron terne. Etrange de ne pas croiser ces abysses familiers mais un vert artificiel.
Jetant le sac noir dans le coffre de la voiture, Boogie contourne le véhicule pour s'installer sur le siège passager. Les monstres s'apprêtent à abandonner leur repaire et pour une fois, ils ne partent pas en guerre. Première fois en une décennie qu'ils délaissent volontairement New York et leurs desseins, première fois qu'ils repoussent leurs responsabilités cédant les pleins pouvoirs à un seul. Au pas, la voiture quitte le hangar, prête à avaler des kilomètres pour une destination inconnue et dont l'importance n'est au final que ténue. Etrange de voir que pour une fois, ces sacs ne sont pas remplis d'armes à feu, de munitions ou de billets de banque.

[...]

La surveillance à la périphérie de New York s'est relâchée. Même si la cité est coutumière des débordements, des attentats et des actions terroristes, les effectifs policiers ont été amoindris par les récents événements. L'attention se concentre sur le centre, sur ce bon vieux Gordon et sur les petites pousses prometteuses de cette société en plein dégénérescence. Les faux papiers changent de mains et c'est presque trop facilement qu'on laisse passer Lecter et Boogie. On les gratifie même de quelques conseils de conduite. Ca serait fort dommage que ces deux citoyens au-delà de tout soupçon se plantent en route ou se retrouvent pris dans la tempête. On leur souhaite bon voyage, on espère les accueillir de nouveau en ville et on s'écarte pour laisser leur voiture filer. Ca en serait presque désopilant.
Boogie lève les yeux sur le rétroviseur qui lui renvoie le reflet de la ville qui s'éloigne à grande vitesse, engloutie par les ténèbres de la nuit et le blanc des flocons qui tombent dru.

Grésillement de la radio tandis que Jason cherche une station qui ne les assomme pas de flashes spéciaux sur la tragédie venant de se dérouler à Weins. Diantre...même pas un mot sur leur évasion fracassante. Une voix monocorde résonne, claire et sans ce ton débordant d'obligeance et de désolation inhérente au récit des drames, La tempête de neige approche et contrairement aux prévisions, elle ne sera pas aussi effroyable que ce que l'on attendait. Prendre la route n'est ni déconseillé ni particulièrement recommandé. L'important, répète la voix, c'est d'être prudent. Prudent...Boogie coule une oeillade sur son chauffeur, l'être le plus prudent de la Création. Eteignant la radio avant l'épanchement en règle et sans trémolos, Jason soupire, annonçant que quitter New York maintenant est plus que judicieux. Les grandes démonstrations larmoyantes ne les ont jamais touché, on laisse ça à ceux qui ont l'impression d'appartenir à une communauté humaine. Le Croque-Mitaine hoche silencieusement la tête avant de relever les genoux pour poser les pieds contre la boîte à gants. Ne m'en parles pas...je n'aurais pas supporté la minute de silence réglementaire, la marche funèbre dans toute la ville, les rideaux de fer baissés...le deuil, c'est d'un ennui. soupire-t-il avec une moue blasée. Il n'a jamais compris ce besoin d'affliction, cette tendance irrépressible de s'autoflageller avec la peine d'une perte qui ne vous concerne en rien. Les médias parleront d'une communauté durement frappée alors que les victimes étaient de parfaits inconnus pour 99% des new-yorkais. On ressortira tout le champ lexical de la tragédie, de la souffrance, de la peine, chaque article puisant dans les dictionnaires de synonymes pour alimenter lourdement la plus petite ligne qui traitera de Weins dans les jours à venir. On aura droit à des discours sirupeux, bouffi de contrition. On allait subir les laïus de la mairesse dans tous les supports médiatiques. Pourvu que les gens soient passés à autre chose quand on rentrera. Tendant le bras, il baisse l'un des pare-soleil pour croiser son regard marron. Effacez le signe particulier d'une personne et vous en aurez une autre face à vous. Sèchement, Boogie fait disparaître le miroir et son reflet avant de reporter son attention sur le paysage qui défile de son côté. Une fois qu'ils auront quitté l'état de New York, il pourra retrouver son apparence coutumière.  

[...]

Le trajet se fait presque dans un silence religieux et il y a quelque chose de profondément contemplatif chez Boogie dont le regard se détache à peine des paysages déserts ou habités qui filent autour d'eux. Les heures et les kilomètres filent sous les roues et le  Croque-Mitaine prend lentement et pleinement conscience qu'une chaîne vient de se rompre. Celle qui retenait la Bête dans une forêt urbaine. New York est depuis longtemps derrière eux et plus la distance qui l'en sépare s'accroît, plus les responsabilités et le poids d'une couronne d'épine se font de moins en moins sentir. L'heure n'est plus aux interrogations, aux tâches à planifier et à cette foutue chasse aux sorcières épuisante dans laquelle il commençait à vraiment s'enliser. C'est éreintant la paranoïa et les doutes. Les flocons s'épaisissent et le paysage nocturne teinté de noir et blanc a des allures d'un vieux métrage à l'image granuleuse. Les rafales glacées qui s'engouffraient dans l'habitacle cessent lorsque Jason referme la vitre ouverte pour jeter une énième cigarette avant de s'engager sur une route dépouillée menant vers une station service dont les lumières lointaines peinent  percer les ténèbres. Ilot d'un semblant de civilisation au milieu de nulle part. Malgré la neige qui tombe en bancs serrés, Boogie sort de la voiture en même temps que Jason, autant pour pouvoir tendre les jambes et dérouler le dos que pour respirer les yeux fermés, le vent froid agressif. L'air est saturé par l'odeur de l'hydrocarbure mais derrière ce fumet qui n'est que trop humain, il y a la saveur indéfinie des espaces sans fin où l'homme normal n'a au fond jamais vraiment eu sa place. De retour dans la voiture et trempés jusqu'aux os, la perspective de trouver un endroit où jeter leurs carcasses devient une évidence. Mourir de froid au milieu de nulle part et au fond d'un fossé...tu parles de vacances... Amusant cette façon de mettre côte à côte dans la même phrase "logiquement" et "tenter le diable". soupire-t-il amusé. D'un geste vague de la main, il indique la route qui s'enfonce dans le noir par-delà le halo lumineux de la station-service. Soit. Trouvons un endroit pour nous poser. N'importe quoi plutôt qu'un fossé.

[...]

Débarquer tardivement dans un motel perdu au sein du néant offre au moins l'avantage non négligeable de ne pas avoir à en croiser les autres occupants. Clé en main et sac jeté sur une épaule, c'est dans une chambre austère qu'ils pénètrent. Au moins, la literie est propre. Le froid ambiant ne perturbe pas plus que cela Boogie qui une fois délesté de son bagage, se débarrasse de son épais manteau sur une patère. Les lieux évoquent autant à l'un qu'à l'autre une époque révolue d'errance. Balayant l'endroit du regard, le Croque-Mitaine esquisse une moue indéfinissable. Il a connu bien plus miteux en ce qui le concerne. En cavale, on a pas le temps de faire la fine bouche. Surtout quand on a encore du sang séché sous les ongles et sur les vêtements. Rejoignant son lit près duquel il a abandonné son sac, Jason lui demande en étouffant un rire comment il a bien pu finir à New-York. Les raisons en étaient simples, se noyer dans la masse pour qu'on ne mette pas la main sur lui
Mais comment Alastor Burton a-t-il débarqué à New-York? La distance est conséquente de Vancouver à la mégalopole. Lorsqu'une démoniaque Providence a permis à ces deux-là de se croiser, l'un et l'autre se sont contentés d'accepter cette rencontre sans jamais s'interroger sur leurs passés respectifs. Ce qu'ils avaient été, ce qu'ils avaient perpétré et comment leur importait peu. Si le Clown s'était déjà lui-même construit une nouvelle identité, on en avait offerte une à Alastor. C'était bien plus qu'un nouveau départ, c'était une renaissance qu'il avait pleinement acceptée et à laquelle il s'était soumis sans heurt ni question. Son passé avait été mis sous scellés, jamais évoqué, jamais convié à être décadenassé et révélé. Le peu d'informations qu'ils avaient pu laisser filtrer ne s'était fait que par l'entremise de brefs sous-entendus, de mentions subtiles. Des coups de pinceaux rapidement esquissés sans les orner de beaucoup de détails.
Boogie détourne les yeux de Jason pour le river sur un point fixe devant lui. Personne n'a jamais entendu le récit de ces mois de fuite. A croire que le Croque-Mitaine est simplement apparu comme ça, soudainement, au beau milieu de New York. Mais il y a toujours une histoire avant l'histoire. Penchant légèrement la tête sur le côté, il plisse les lèvres en songeant un court instant à ces longues semaines errantes, sans but, sans point d'attache. Peste galopante, traversant villes et villages en emportant parfois un habitant ou plusieurs, quelque fois aucun. Monstre sans chaîne ni laisse, anomalie noyée dans la norme, dont la déviance n'était ni maîtrisée ni dirigée et qu'une soif de sang et de violence tenaillait sans cesse.
Et bien, pour commencer, j'ai fait comme ce que ferait n'importe qui devant partir précipitamment. J'ai pris mon véhicule que j'ai rapidement abandonné d'ailleurs...une fois le signalement diffusé. Cela avait égaré pendant de précieux jours les autorités lancées à ses trousses qui avaient perdu suffisamment de temps à filer un infortuné voleur ravi d'avoir trouvé un véhicule déserté avec les clés encore sur le contact. L'avion, tu te doutes bien que j'ai préféré éviter. Il y a eu ces bus infâmes et le train avec leur lot de populace qui justifierait n'importe quel massacre. Mais j'ai rapidement laissé tomber les transports en commun après avoir incendié un wagon. Je ne me souviens plus exactement pour quelles raisons...une voix qui a du me déplaire...ou un visage qui m'a interpellé. Boogie plisse un instant les paupières en se frottant la nuque à l'évocation feutrée de son anomalie. C'est certainement le symptôme le plus criant de ce que beaucoup considèrerait comme de la démence pure. Tueur en série sans modus operandi clairement défini, sans aucune victime préférentielle. Comment choisissait-il ses proies? Lui-même n'en sait rien. C'était ainsi et c'est tout. Une évidence qui lui sautait aux yeux. Tout devenait flou à part une personne. Une simple démarche, un geste banal, une parole lancée innocemment, une couleur particulière portée, les raisons étaient multiples, incompréhensibles, toujours différentes et ses martyrs ne se ressemblaient jamais. C'était ainsi que la Bête jetait son dévolu sur un sac de viande avant de le prendre en chasse. Ce hasard morbide et pulsionnel lui aurait à la longue coupé les ailes et déposé sur une chaise électrique. Et puis, le stop avec ces épuisantes plaisanteries légères sur les auto-stoppeurs serial killer que j'ai du entendre des dizaines de fois. reprend-il d'un ton égal en haussant les épaules. Boogie se relève avant de changer de lit et de s'installer au bord de celui de Jason. S'emparant de la cigarette aux lèvres du Clown, il en tire quelques bouffées avant de s'étendre sur le dos à ses côtés. Rien de bien exceptionnel dit comme cela. On est loin de l'odyssée d'Ulysse malgré quelques épisodes intéressants.

Les yeux pâles s'égarent sur les lézardes et écailles de peinture rongeant le plafond avant que la voix de Jason ne le tire de sa contemplation. Ces derniers jours avaient filé à la vitesse de l'éclair. Entre recherche d'un rythme de croisière convenable, traque obsessionnelle de tout traître, ils s'étaient abîmés dans un tourbillon hyper actif où ils retrouvaient leur rôle de chef d'orchestre. Si le caractère du Croque-Mitaine s'était un peu assoupli, il a rapidement retrouvé son intransigeance et son exigence d’antan, dans une volonté farouche de ne plus avoir à subir et d'être celui qui inflige. Les occasions avaient presque été inexistantes où les Bêtes avaient pu se retrouver seules. New York ne leur laissa pas le temps de totalement se rétablir car elle envoya ses incompétents de flics qui pour une fois eurent la chance sous leur bannière. Pour un temps. Se tournant sur le côté, Boogie fait face à son alter-ego,un demi-sourire approbateur aux lèvres. Le monde a été un peu trop réel et terne en effet. murmure-t-il en glissant ses doigts dans le cou de Jason. Il devrait essayer de le convaincre de dormir, avancer des arguments, agir comme le ferait le sage, le sensé Croque-Mitaine. Mais pourquoi? En prévision de quoi? La question a quelque chose de délicieusement risible, il n'a aucune idée de ce quoi demain sera fait. Etrange de n'avoir rien à prévoir et rien de prévu. Le regard limpide croise les iris faussement émeraude. Bref claquement de langue tandis que son souffle effleure les lèvres de Si tu retires pas ces affreuses lentilles vertes, je m'en charge moi même.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 16 Jan - 18:02

" Ice Road "

Pour sur, l’un comme l’autre ont connu bien pire. La pièce est propre même si loin d’être luxueuse et les murs ne menacent pas de s’écrouler. L’errance a pour elle de forcer à se contenter de peu, à vivre au jour le jour et se satisfaire de ce qu’on trouve même s’il s’agît du plus sordide. Il lui semble pourtant loin, ce temps là... Aventure datant de l’enfance, seul et ne connaissant rien du monde puis plus tard, dans une vie d’adulte à peine commencée, cette fois bien moins maladroite. Il avait pour lui cependant, cette aura bizarre forçant la sympathie et une simplicité lui ayant ouvert un nombre incalculable de portes sans même qu’on le soupçonne. Fut une époque oui... où Jason n’était pas encore Lecter et pas encore ce Clown, mais d’avantage un manipulateur, virus au stade d’incubation... pandémie en devenir.

Alors naturellement il demande, questionne le Croque Mitaine sur cette errance loin d’être si facile. On ne débarque pas comme ça dans un ville telle que New York sans avoir quelques souvenirs en bagages et le connaissant, ils doivent être sanglants. La curiosité est un vilain défaut, faut-il le rappeler, mais Jason gardera pour lui ce récit comme les précédents, jaloux et possessif jusqu’au bout des ongles. Et il se doute bien au fond que ce périple ne fut pas si drôle... pas pour Boogie pour des raisons que seul un monstre entend et saurait comprendre. Sans un mot, il écoute et apprend non sans esquisser un sourire de temps à autre, pas tant surpris. Toujours logique, prévoyant le chat noir qui s’enfuyait alors, égarant ses poursuivants à gauche puis à droite. « Je me doute... forcément. » Dit-il, tendant le bras pour faire tomber la cendre dans le cendrier laissé sur la table de chevet. L’évocation d’un wagon incendié lui tire un haussement de sourcil, puis un léger sifflement, admiratif. « Je ne te voyais pas jouer avec les allumettes en ce temps... c’est assez séduisant je dois dire. » Parce qu’il n’envisageait pas qu’Alastor Burton -non second à cette époque- ait pu trouver plaisir dans un carnage autant dépourvu de contrôle. Lui tellement désireux de maîtriser son art, déclenchant un incendie... la chose prête à sourire mais certainement pas à se moquer. Lecter aime trop les surprises, celle-ci lui plaît bien ; dommage qu’il puisse seulement imaginer la chose. « Ha le stop... y’a certainement pas pire. » Il grimace à peine, vaguement dégoûté par ces rares visages croisés de profil qu’on retrouva morts chaque fois, abandonnés sur le bas côté d’une route quelques heures plus tard. Pas préteur pour deux sous, pas partageur non plus ; il profitait de l’objet de son vol pour mieux le laisser une fois l’utilité passée. Sans remord aucun, c’était juste comme ça et on imagina peut-être jamais qu’une gorge avait été tranchée pour quelques malheureux kilomètres en direction de nul part.

Le chat prend place, s’étend à ses côtés non sans lui avoir dérobé sa cigarette au passage. Rien d’exceptionnel, dit-il, dans ce récit qui ne vaut pas l’Odyssée de son point de vue. « Je trouve ça enrichissant, pourtant. En fait, on apprend tellement de trucs à balader de la sorte quand on y pense. » Récupérant sa cigarette, Lecter en tire l’ultime bouffée avant d’écraser le mégot et de poursuivre, laissant le ruban de fumée  blanchâtre se dissoudre au dessus d’eux. « Je dois avouer que très jeune, tu n’apprends pas vraiment tu te contentes de... survivre. Ma première expérience ne fut pas glorieuse en vrai, la seconde était plus drôle. On a ça en commun en fait, avoir choisit... l’exil plutôt que la prison. » Il en rit, il en rira sans cesse de toute manière. Toujours, jusque dans la tombe Jason se souviendra trop clairement de cette scène où s’écrivait un nouveau chapitre de son existence. « Enfin, ils cherchaient seulement à se débarrasser de moi... la prison ou autre chose c’était sans importance. On a pas tant aimé que je jette un... camarade du toit. Ça lui a légèrement scié les deux jambes... » Vilaine bête moqueuse, elle a trop savouré son petit spectacle alors et pourrait décrire chaque visage tordu de peur et les yeux affolés posés sur lui, perché là haut à voir les fourmis s’agiter. Grandiose... vraiment. Mais l’heure n’est pas tant à penser au passé, n‘est-ce pas ?  

Ils n’ont que trop attendu ce moment, se retrouver et écraser d’un coup de talon la paranoïa devenue ambiante au repaire. Ici pas de mafia, rien pas même un relent de traîtrise car ils ne sont que deux, liés par delà cette confiance et cet attachement malades. Les bêtes sont seules, en compagnie préférée. Le monde a été trop... ennuyeux, ne donnait aucune envie de rire c’est certain et Jason ne peut que souffler doucement, acquiescement muet mais bien réel. Il était temps de partir, très sincèrement. C’est presque sifflant que le serpent s’abandonne à cette caresse glissée sur son cou, trouvant une sérénité qu’il pensait disparue depuis des semaines. Le vent glacial vient gifler les vitres et son murmure tellement capable de tétaniser les enfants ressemble à une berceuse, si douce aux oreilles... Le Clown se détend, envisage enfin un semblant de repos lorsque le regard pâle du Croque Mitaine croise le sien. « Et bien quoi ? » Lâche-t-il à son claquement de langue, mais la réponse ne tarde pas et lui arrache seulement un petit air de défi qui dans d’autres circonstances aurait été franchement détestable. « Ah oui ? Je demande à voir. » Répond un ton joueur, presque chantant. Mais loin de Jason l’envie de parier ses yeux, aussi se redresse-t-il le temps de se débarrasser de cet artifice qu’il jette purement et simplement. Profitant d’être assis, il délaisse sa veste pour la laisser tomber sur son sac et chose faite, retourne s’étendre face au Croque Mitaine. « J’ai tellement porté de costumes en tout genre... je fini par ne plus savoir quelle tête j’ai, en fait. »

Sans doute Lecter ne se sent-il plus lui même autrement que fardé et glissé sous le violet de son costume favori. Clown diabolique, c’est là son visage le plus réel et ainsi qu’il s’est élevé. Cette allure qu’il arbore ici lui rappelle une jeunesse passée, pas déplaisante pour autant. Plus insouciante certainement, des responsabilités en moins et autrefois on lui aurait donné le bon dieu sans confession à ne juger que cette tête... à se demander s’il ne l’a pas massacré pour la forme, lassé de cette étiquette supposément angélique. Certes non, la raison était autre mais il n’ira pas dire que le résultat lui déplaît.
« Rien de prévu, rien à penser, rien à envisager... » Souffle-t-il, un regard appréciateur jeté dans le bleu d’un autre, trop aimé à force. « J’ose dire, et maintenant ? » Amusant comme cette tirade prend une toute autre ampleur loin des habitudes, loin des obligations et des tracas quotidiens où le « travail » qui est le leur tient une place d’honneur. Lecter ricane, accrochant un doigt au col du Croque Mitaine. « Je sais qu’il serait hn... préférable de dormir... le fait est qu’il faudrait m’assommer pour ça, sans doute. » Sachant qu’ils sont loin de la destination prévue par le Clown, dormir serait judicieux mais judicieux n’a jamais été très Lecterien alors... « Reste la drogue au pire, mais j’entends déjà tes dents grincer à cette... éventualité. » Non, si peu.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 17 Jan - 17:26



Lui non plus ne se voyait pass jouer avec des allumettes. Le feu est un élément se comportant comme un être vivant, qui dévore tout sur son passage et se nourrit aussi bien d'un combustible quelconque que d'une rafale légère de vent. L'histoire a bien failli s'arrêter pour Alastor Burton ce jour-là. Quand le besoin de tuer se fait pressant au point de s'exécuter sans réellement réfléchir, ça ne donne pas nécessairement quelque chose de grandiose ou de maîtrisé de bout en bout.A l'instar d'un boulimique capable de se jeter sur l'intégralité de son réfrigérateur sans discernement, Boogie avait déclanché un incendie sans se soucier une seconde de ce qui pourrait arriver s'il ne dominait pas les flammes. Bah, ce n'était pas de la pyrotechnie et c'est bien trop spontané pour être remarquable. explique-t-il d'un ton blasé. Dans les premières minutes, le brasier s'était comporté comme un brave petit enfant docile et obéissant, allant là où il le désirait, grignotant les centimètres lentement. Alasstor s'était perdu quelque secondes dans la contemplation des flammes qui dansaient avec fureur. A croire qu'elles étaient frustrées d'être circonscrites à une petite zone et de de voir se soumettre au bon vouloir du monstre qui cherchait à les contrôler. Et puis, il y a eu un brusque courant d'air. Les flammes se sont soudain élevées bien haut avant de se fléchir sur le côté jusqu'à ce que leur extrémité orangée bondisse sur un nouveau territoire à dévorer. A partir de là... Les flammes ont échappé à mon contrôle. soupire-t-il. Au départ, l'idée du feu m'avait paru la plus meurtrière, la plus efficace et quand je l'ai vu se propager, je me suis dit que pour le coup j'avais agi comme le roi des crétins. Ca a bien failli me coûter la vie d'ailleurs... L'alarme du wagon vrillait les tympans, les passagers étaient rendus hystériques par la panique, des vagues de chaleur asséchaient les bouches et les gorges étaient agressées par une fumée âcre. Le frein d'urgence se mit à hurler lorsque le premier humain fut agressé par les flammes. Fasciné par cette chorégraphie sans rythme, le monstre ne dut son salut qu'à l'intervention d'un tiers qui l'arracha à sa transe morbide. A coup sûr, il se serait embrasé à son tour s'il était resté immobile, un drôle de sourire accroché aux lèvres avant que ses nerfs ne lui rappelent brusquement qu'il était en train de mourir dévoré vivant par une entité qu'il a lui-même invoqué.

Les voyages forgent la jeunesse déclare Jason en terminant sa cigarette. Boogie opine silencieusement. Sa fuite et cette errance à travers les Etats-Unis lui avaient permis d'apprendre à sans cesse s'adapter aux circonstances. La Bête avait confirmé sa présence et cette logique froide, détachée de toute émotion absorbait, décortiquait le moindre de ses gestes - même le plus spontané et impulsif - pour lui permettre des tirer des leçons qui lui ont permis de survivre jusqu'à aujourd'hui. Les manifestations de la sauvagerie de la Bête étaient brouillonnes au départ mais au fil des expériences, elles s'étaient affûtées, déchirant le voile du monde réel avec cruauté, écorchant la peau d'une routine humaine en rappelant avec aigreur la fragilité et l'inutilité d'une existence mortelle. Chez Boogie, ce besoin de tuer qui se faisait aussi tenaillant qu'une faim ou une soif physiologique s'était paré semaine après semaine d'un goût du jeu et de la mise en scène sadique. Le complexe de supériorité et la certitude d'être au sommet de l'évolution humaine l'avait poussé naturellement à endosser à chaque étape, à chaque arrêt des comportements variés, bien souvent opposés. Joignant l'utile à l'agréable, Alastor s'était moqué de ses victimes en leur montrant un masque bien différent de ce qu'il était réellement et par la même occasion, il égarait n'importe quel profiler, rendant la moindre tentative de dresser son portrait psychologique quasiment impossible.
Plutôt que l'enfermement, l'arrestation ou la tentative des gens dits normaux à nier l'existence d'êtres comme eux en les emmurant vivants dans une institution quelconque ou une prison, les monstres avaient choisi l'exil, la fuite. S'ils avaient été capable d'éprouver des regrets ou des remords, ils auraient certainement ralenti leur allure pour laisser l'occasion aux autorités à mettre le grappin sur eux. Mais non. Comment accepter de donner une fin définitive à une partie d'échecs que l'on est seulement en train de commencer? Le monde n'était qu'une immense cour de récréation et les bêtes sauvages lâchées au milieu de la foule pépiant innocemment n'avaient nulle envie de voir l'ivresse des mises à mort disparaître. Ivresse qui s'était alliée à une curiosité malsaine pour Alastor de découvrir jusqu'où il pourrait aller. On ne quitte pas une salle de spectacle avant le tomber de rideau.

Les premières manifestations des monstres tapis au fond d'une âme noire. Aussi gauches que n'importe quelle première fois. Et les victimes sont ceux que les bêtes côtoient le plus fréquemment; parents, proches, autres enfants. Si Alastor avait mutilé un camarade de classe sous une pulsion, Jason avait quand à lui a jeté quelqu'un dans le vide. Les yeux pâles s'étrécirent, les hauteurs...l'une des rares choses à éveiller un semblant de peur viscérale chez le Croque-Mitaine. Ces deux ou trois secondes interminables où on doit se demander comment sera l'atterrissage, s'il n'est pas préférable de mourir plutôt que de se retrouver cloué dans une chaise ou un lit. Sentir tout son corps se tasser sous la vitesse de la chute. Et rien à quoi se raccrocher, aucune alternative à part celle de s'écraser au sol. Ce n'est qu'acculé qu'il a osé sauter un parapet. Et encore. Lors de cette unique fois, confronté à la mafia italienne avant que tout ne dérape sérieusement avec la Cosa Nostra, il avait utilisé un sbire latin pour ne pas se fracasser trop durement au sol. On avait déjà le goût du spectacle et de la mise en scène, hm? Lui, ce fut celui de la duplicité et de la manipulation. Les adultes n'étaient que des marionnettes et c'est sans réelles difficultés que Boogie avait déguisé un acte agressif perpétré avec une totale indifférence en réaction de défense parfaitement recevable.

Ce vert inconnu qu'il a sous les yeux le dérange et la gêne agaçante qui en découle ne passe pas inaperçue. Avant même que Jason n'esquisse un geste pour se lever, Boogie lève la main sur le visage de son alter ego, doigts tendus vers un oeil répondant sans vraiment y prêter attention au défi lancé avec légèreté. Le Clown se redresse et le bras du Croque-Mitaine retombe.Tu sais, je ne t'aurais pas arraché les yeux. lâche-t-il d'une voix innocente avant de se tourner vers Jason qui s'est lui-même débarassé de ses verres de contact et abandonne sur son sac sa veste. L'heure n'est pas encore à ce genre de tentatives sournoises que j'attends de voir contrées ou au contraire parfaitement acceptées. murmure-t-il d'une voix suave. Se dressant sur un coude encore un peu trop raide pour être pleinement indolore, le fauve s'écarte pour laisser place à l'autre monstre qui s'étend de nouveau contre lui. Le regard limpide se baisse sur les abysses, une lueur satisfaite au fond des ténèbres de ses pupilles. A multiplier les identités et à changer sans cesse de peau selon les scènes, Lecter admet pouvoir s'égarer entre ces dernières au point d'en oublier son premier rôle.
Que reste-t-il des monstres de New York, des ennemis publics investis d'une mission? Le Croque-Mitaine délaisse les attitudes rigides presque figées et sans cesse hautaines qu'il adopte instinctivement lorsqu'il est au repaire. C'est un retour aux sources. Il n'y a aucun costume à porter, aucun rôle à endosser. Si j'arrive à me prendre au jeu, ça serait le comble que tu n'y parviennes pas. Le Clown et le Croque-Mitaine sont restés à New York, il ne reste que les fous égoïstes. Ensorcelantes abysses qui font face au bleu et éternel leitmotiv qui reprend sa mélopée poussant au pire. Et maintenant? Un sourire apparaît aux lèvres de Boogie. Hier n'est plus rien, demain n'est que très vaguement esquissé et maintenant n'est que le héraut du ton que prendra les heures futures. Il serait...on devrait... soupire Boogie comme le ferait un ado à qui on assène des conseils qu'il écoute d'une oreille distraite. Courbant la nuque, il obéit docilement à l'index qui le tire vers le bas, Au diable le conditionnel. Rien ni personne ne nous attend demain.
Que reste-t-il de l'iceberg du Sud? A peine une tiédeur diffuse. A quoi bon la mesure, à quoi bon le contrôle et les limites lorsque l'on a pour compagnon de route Jason Lecter? La Bête n'est plus celle d'il y a plus de dix années, seule et errante. Qu'est-ce-qui aurait bien pu se passer si les monstres s'étaient croisés avant la Horde, avant cette quête presque mystique de répandre Chaos et Anarchie dans les rues d'une ville? On remonte le temps et l'absence de toute enclave urbaine autour du fauve réveille des zones sombres en friche.

T'assommer dès les premières heures de liberté serait hautement regrettable. murmure Boogie en dessinant du bout de l'index une ligne en travers du front de Jason repoussant des boucles blondes. Quand aux drogues...Jason... soupire-t-il dans un ronronnement finement désapprobateur à peine audible contre les lèvres du Clown. Un peu plus de subtilité, voyons. Tu ne voudrais pas me mettre en colère si rapidement? conclut-il d'une voix mielleuse alors que la caresse légère sur la joue zébrée de l'autre bête s'achève en étau à peine serré autour de sa gorge.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 17 Jan - 22:35

" Ice Road "

Failli lui coûter la vie dit-il... la confession tire une fine grimace à Lecter. La chose aurait été franchement dommage mais il sait bien, il comprend. Le feu, cher vieil ami. Il aurait tant à raconter concernant ses propres expériences en la matière, bien avant les bombes et la poudre, ces heures entières à cramer les allumettes seul pour en apprécier les flammes naissantes, virulentes... Les mots de son Croque Mitaine le renvoient ailleurs, un autrefois mis de côté et les images défilent à la vitesse d’un éclair. Elle date de loin, très loin sa carrière et un profiler y trouverait son compte pour le restant de sa vie sans jamais mettre un point final au dossier. De codes et de précédant, Lecter n’en a aucun et n’aura jamais que ce chat noir pour lui ressembler dans le pire. La vérité, il ne l’a glissé qu’à son oreille seule et même encore, les zones d’ombres ne se comptent pas. Jason est un menteur pathologique capable de s’inventer une vie entière et la rendre crédible le temps d’un battement de cils, ne livrant que ce qu’il souhaite au fond. Et même encore, qui jurerait que ce qu’il confesse à Boogie ne tient pas de la pure invention... qui ira prouver après tout ? Le Croque Mitaine a traîné derrière lui l’ombre d’un homme, sa première identité dont il a bien été heureux de se défaire mais que dire du Clown dont le dernier lambeau de passé tient en cinq lettres ? Son prénom... rien de plus et rien de moins. Le reste, aucune preuve concrète ne l’appuie pas même ce passage à l’orphelinat dont il rit pourtant fréquemment. Ça et... oui un sens de la mise en scène. L’allusion lui tire un rire, c’est plus vieux encore, cette manie là. « Je te l’ai dit je pense, j’avais sept ans à mon premier meurtre... » Un silence glisse, il n’en parlera pas cette fois, pas celui-là. « Et avant mes dix ans je sacrifiais mes géniteurs. Je dois avouer les concernant qu’ils n’ont pas périt simplement... tout le carcan familiale, ses murs et ses années de travail réduits en cendres. Je n’ai pas profité du spectacle ceci dit, je n’en voyais pas l’intérêt. » Il se débarrassait, s’arrachait de cette demeure glaciale et austère où le silence, le calme de cathédrale régnaient en maîtres absolus. À vivre si proche de la mort, à la côtoyer jours après jours peut-être l’avait-il trop banalisée, ne voyant en ces corps vides de tout que des tas de viande bons à enterrer ou à brûler. Peut-être l’avait-on laissé bien trop livré à lui même avec en mains des paroles et des réponses qui n’étaient pas de son âge, trop crues et les conclusions tirées par son esprit trop jeune encore ne pouvaient en faire un « bon garçon » ; pas lui, pas avec ce diable fou furieux de frustration qui s’agitait sous les boucles blondes en permanence. Il n’était que ça, un gosse étriqué dans sa peau et ses vêtements sur mesure rêvant de tout ce qu’il n’avait pas... la bombe avait explosé et libéré la bête. « Concernant ce... type et ses jambes, il l’avait cherché. Me prendre à parti avec ses petits copains a sans doute été la pire idée de sa vie. » Sourit-il, cruel mais non sans un clin d’oeil adressé à son voisin.

Parlant d’yeux, même si Boogie dit qu’il n’aurait pas eu l’idée de les lui arracher, Lecter pouffe rapidement et à la tirade suivante, plisse un œil avec suspicion. « Aurais-tu l’obligeance de mentir avec un peu moins d’innocence ? Bien sûr que tu l’aurais fait si je n’avais pas cédé. Pas l’envie qui manquait de te résister pourtant. » Mais on touche là une chose sacrée. Le regard qu’une bête pose sur une autre ne doit souffrir d’aucun artifice, il le gâcherait tout bonnement. On ne joue pas sur ces notes car elles dépassent la simple provocation, dignes du blasphème. Le noir et le bleu vont trop bien ensemble après tout. Quant à quitter tout les costumes, Boogie semble y avoir pris goût rapidement là où Jason reconnaît s’y perdre plus ou moins. Dix ans à vivre sous des fards, acteur de son meilleur rôle et ici, sans doute se sent-il dépourvu d’un morceau d’âme. Les habitudes ont la vie dure, celles là ont dix ans et s’en défaire n’est pas tant aisé. « Une affaire d’heures, juste le temps d’oublier ma parure d’oiseau rare. Je suis comme certaines filles, je tiens à mon maquillage. » Minaude-t-il non sans un vague air outré, digne de ces donzelle refusant de quitter la maison sans leur couche de fond de teint. Dans son cas, on est loin de l’envie de plaire et de faire bonne impression cela dit.

Et maintenant hein ? Boogie sourit, soupire qu’il ne sert à rien d’évoquer des possibilités en vrac aussi judicieuses soient-elles car d’obligations, il n’y en a aucune. Ne rien faire... bon sang si on leur avait dit qu’un truc pareil leur arriverait. Ne pas penser Chaos, Anarchie, seulement eux. Égoïstes comme jamais auparavant. Le visage de Lecter n’est pas sans se fendre d’un sourire malicieux, sachant qu’il n’a pas choisi une route au hasard et qu’il a bien un plan en tête mais il n’ira pas abattre ses cartes, ce serait gâcher la surprise et ce qui en découlera. Ce cinglé de Clown aime trop soigner ses spectacles.
« Regrettable bien sûr ! Tu tournerais comme un lion en cage tant tu t’ennuierais. » Lâche-t-il avec une assurance hautaine, une évidence criante. Et tout aussi évident, le fait que la drogue n’enchante pas l’autre bête qui sous ses caresses délicates n’a rien de très innocent. Donc ? Concernant ceci ? Semblent demander les abysses alors qu’un ronronnement échoue contre les lèvres rieuses du Clown. Une main se referme sur sa gorge, suivant un murmure mielleux et Jason hausse un sourcil avant de répondre, le ton faussement outré. « Deux menaces en moins de quoi, dix minutes ? Qui provoque qui déjà ? » Tellement pas contrarié le suicidaire en puissance qu’il se laisserait bien aller à quelques piques supplémentaires, juste pour voir... Tentant, mais après ces heures interminables de séparations au commissariat Lecter n’a pas grande envie de tisonner les nerfs du Croque Mitaine, et les siens pas d’avantage. Abandonnant l’encolure, il glisse les doigts à travers les cheveux bruns jusqu’à finalement les arrêter contre la nuque du chat, griffant la peau pâle du bout des ongles. « Je suis un modèle de subtilité, allons. » Lui siffle-t-il d’une voix tout aussi peu audible avant de reculer, lentement. Comme une envie subite et dingue de faire un pas en arrière quand l’autre avance, voir un éclat de frustration dans le bleu tandis qu’on frappe à la porte... qu’on quoi ?

Battant rapidement des cils, Lecter se redresse sur un coude. Deux nouveaux coups frappés... sérieusement ? Un rire mauvais et court lui file entre les dents, jaune accessoirement. Comment peut-on encore trouver le moyen de les déranger ici, dans un motel de routiers à cette heure avancé de la nuit ? Que cet individu aille au diable. Le Clown hausse les épaules et s’apprête à retourner à sa place lorsque à nouveau les coups résonnent. C’est furieux qu’il s’arrache du lit et le contourne vivement, avalant la distance qui le sépare de la porte en quelques enjambées. Déverrouillé, le battant pourrait se dégonder tant il l’ouvre avec rage, faisant sursauter l’imbécile qui aurait franchement dû choisir une autre porte que la leur. « Votre éducation vous dit quoi bon dieu ? Vous avez vu l’heure ? » Il se fout de l’horaire, lui trop capable d’enchaîner les nuits blanches mais autant trouver quelque chose de plus « humain » à cracher qu’un : vous savez que j’en ai égorgé pour moins que ça ?
Toutefois à regarder ce qui lui fait face le Clown comprend d’emblée. Boucles blondes et yeux gris, affublée d’un peignoir en satin qu’elle presse à peine contre elle. Parfum écœurant de vanille ou monoï qui lui donnerait bien la nausée s’il devait s’attarder plus de trois minutes dans un espace confiné avec elle. Qui dit motel avec passage dit prostituée, bien entendu. Classique de chez classique. « Pardon je sais qu’il est tard, je suis juste en face mais... mon chauffage vient de s’éteindre. » Sourire piteux aussi faux que son quatre vingt dix D, comme si elle était désolée... « Commencez par enfiler un pull si vous avez froid. Je ne suis pas chauffagiste. » Possiblement, si. Mais là n’est pas le problème. La blonde se balance d’un pied nu sur l’autre, enroule une mèche sur son doigt et hésite. Tout ça pour la forme, il en a vu trop d’autres dans son genre et il ne pourra pas se contenter de l’ouvrir du menton au nombril celle-là. « Vous avez deux lits je crois, alors je me disais que peut-être... » La main qu’il passait à travers ses cheveux pour y remettre un semblant d’ordre s’arrête et Lecter cligne des yeux à trois reprises avant de claquer la langue, dépité. Premièrement, il a bien pensé que celle là était folle, mais ce n’est sûrement pas ce type blond et bien de sa personne qui va lui inspirer la moindre méfiance comparé aux autres tas de lards qui ronflent comme une colonie de bûcherons dans les chambres voisines... Elle l’aura vu à la borne depuis sa fenêtre sans doute et aura pris le temps de se « préparer » avant de rappliquer, pensant mettre le grappin sur un homme d’affaires. C’est d’un vexant... « La place est prise, retournez à votre chambre ou trouvez quelqu’un d’autre. » Grince-t-il, comptant lui claquer la porte au nez et si possible au bon moment histoire qu’elle le sente passer. Mais la silhouette se jette en avant et arrête Jason sur sa lancée, le tirant à nouveau dans le couloir une main accrochée à sa ceinture et le visage peint d’une moue qui suffirait aux autres pour céder à son charme... Pitoyable. « Allez... s’il vous plaît. On peut s’arranger, non ? » Le Clown grommelle. « J’peux t’égorger pour commencer... » « Pardon ? » Elle s’étrangle, pas certaine d’avoir bien compris. « Hn... rien. Mais c’est non. » Ton ferme, bras tendu en direction de la porte en face et s‘il n’a pas viré de sa personne la main qui s’y est posée, c’est pour la bonne et simple raison que Lecter ne résisterait pas à l’envie de lui broyer les doigts.

Il doit y avoir chez ces filles un masochisme évident à tenter le diable pour trois billets. Elles en viennent majoritairement à penser, après quelques années de métier qu’elles savent faire le tri et reconnaître les dangers potentiels, erreur... grave erreur. Celle-ci a de surcroît -une fois tombé son masque de demoiselle en détresse- le visage puant d’assurance de ces actrices débutantes qui s’attendent à percer dans le milieu et qui espèrent aller loin... Jason n’a aucune tendresse pour les femmes, pour personne en fait mais moins encore pour ces clichés ambulants et malchance, coup tordu du sort... il ne peut justement pas tordre le cou à celle là sans mettre en péril une couverture trop bien huilée. « Tu sais pas ce que tu rates... » Il n’écoute pas, n’écoute plus et roule des yeux. Il pourrait bien la frapper au moins. Non, une agression ferait tache. « Après si tu es pas seul, c’est pas si grave. Un ou une de plus moi ça ne me dérange pas... » Les fines mains ont migré sur le devant sa chemise, jouent avec les boutons et s’activent à les défaire... Pour peu qu’elle soit connue ici -si elle y fait toutes ses passes- ça jasera vitesse grand V si elle disparaît donc même pas moyen de dissimuler le corps. Puis où ? Avec toute cette neige et le passage régulier... les caméras aussi même si ce n’est pas sûr qu’elles fonctionnent. Bon sang c’est plus simple par chez eux. « Dis tu m’écoutes quand je te parle ? » Ha... elle parlait encore ? « Franchement ? Non. »

Vexée, hautement même s’il en juge par la couleur vive soudain plaquée sur ses joues, la blonde s’écarte et le claquement sec d’une gifle retentit avant le son de ses pas qui s’éloignent sur un « Connard frigide ! » prononcé dans un but obscur... pour sauver l’honneur peut-être ? Lecter soupire longuement lorsque la porte en face se referme et il fait de même, retournant ensuite s’asseoir au bord du lit près du Croque Mitaine. « Je viens de me faire traiter de connard frigide pour avoir repoussé les avances d’une prostituée qui était fort bien partie pour me déshabiller dans le couloir... » Lâche-t-il, passant pensivement les doigts sur sa joue. « Y’a quelque chose de pas logique là dedans ou c’est moi ? » C’est humain diraient certains et les humains, Lecter évitent généralement de les fréquenter. Sans compter qu’on le craint beaucoup trop pour oser ça. Bras tendu il récupère une cigarette, l’allume avant de grogner. « Rah je vais crever intoxiqué si je prends pas une douche ! » Dégoûté, le Clown se débarrasse de sa chemise empestant de ces saveurs exotiques et la roule en boule avant de la balancer plus loin. Levé, il s’éloigne à reculons index levé comme par avertissement et le ton apeuré pour la forme. « Je fais vite... on sait jamais cette chose a peut-être des copines qui traînent dans les parages. Sois très prudent en mon absence ! » Et c’est une fois seul face au miroir de la salle de bain que Jason pouffe du ridicule de la situation, c’est juste risible. Peut-être pas pour tout le monde, très cher. Lui murmure une petite voix bien connue. Les bêtes n’aiment pas tant qu’on les insulte tu te souviens ? Hm... il avait bien oublié ce détail là...      

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 18 Jan - 17:04



Le karma n'existe pas, hm? Pourtant la trivialité du monde réel fait une fois de plus irruption dans un univers qui glisse lentement dans une dimension où tout n'est que provocations adressées à une Bête dangereuse avec cette attente intolérable du prochain mouvement. La scène se déroule lentement et avant même d'esquisser les premiers coups de cette nouvelle partie de jeu déviant, les Bêtes doivent déplorer l'intrusion des autres. Ceux qu'ils méprisent. Ceux qu'ils traquent. Ceux qui ne sont que proies, maintenant plus que jamais. Les ongles agaçants la plaie fraîchement refermée et la fine peau plus claire sur la nuque s'immobilisent. Un rire grinçant de clown maléfique file alors que la glace fige les iris bleus qui se posent sur la porte derrière laquelle  quelqu'un frappe et refrappe faute de réaction des occupants de la chambre. C'est vivement que Jason se dirige vers cette dernière et Boogie entend déjà le chuintement d'une peau qui se déchire sous l'avancée d'une lame, sent déjà l'odeur du sang et sa tiédeur sur ses mains. Ce genre d'envahissement intempestif, les Bêtes y mettent rapidement fin mais ici, ils ne sont pas sur une terre leur appartenant. Les mâchoires de Boogie se crispent. Ici, ce n'est pas eux qui imposent leurs lois, leur justice, leurs châtiments. L'échange derrière la porte lui parvient à peine et s'il entend clairement la voix de Jason celle de son interlocuteur reste inintelligible. C'est une femme, de cela il en est sûr, et à en juger par l'endroit où ils sont et la faune locale, il n'y a pas trente-six sortes de femelle pour venir frapper à la porte d'une chambre d'hôtel.
Le fauve se relève, pose les pieds hors du lit et c'est un son sec qui lui fait tourner soudain la tête. Choc d'une paume contre une joue précédée par deux mots qui teintent aussitôt la chambre de ténèbres. Lentement, les yeux clairs se posent sur la porte et ne s'en détachent pas même si Jason revient s'installer à ses côtés. En vagues successives, fluant et refluant au son des paroles du Clown, la rage enfle et l'odeur écoeurante de l'autre l'agresse aussi sûrement qu'un coup de poing au creux de l'estomac. Battant des cils, Boogie lève un regard limpide sur Jason. Les joies de l'anonymat... soupire-t-il avec une moue vexée. Hors de leur royaume, hors de leur statut, ils restent des monstres mais aucune réputation ne les précède, aucune légende sanglante n'est rattachée à leurs visages. En ces lieux, ils sont des monstres à visage humain et tant que les masques de chair ne tombent pas, tant que la Bête ne se révèle pas, ils n'ont, en apparence, rien de différent d'hommes normaux. Glissant une main sous le menton de Jason, Boogie lui tourne la tête. Rougeur diffuse sur une peau pâle, à peine remarquable mais qui arbore une teinte presque fluo pour le Croque-Mitaine. Il plisse les lèvres en caressant du pouce la marque d'une paume et de cinq doigts. Les joies de cette stupide humanité... Allumant une nouvelle cigarette, Jason se sépare avec dégoût de sa chemise qui empeste la féminité bon marché, la jetant au jugé dans la chambre comme on se débarasse d'un détritus particulièrement fétide. A reculons, il s'esquive dans la salle de bain non sans recommander avec légèreté au Croque-Mitaine d'être prudent au cas où l'engeance féminine referait irruption. Levant une main, un court rire fait écho aux paroles de Jason. Promis. Je serais très prudent. Mais cette simple réponse à une remarque lâchée avec comédie prend un tout autre aspect dans l'esprit de la Bête. Prudent, il le sera.

A peine la porte de la salle de bain refermée, Boogie quitte le lit pour se diriger en silence vers celle s'ouvrant sur le couloir. Au bout de ce dernier, l'inconnue s'apprête à entrer dans la cabine d'ascenseur. Un simple sifflement du bout des lèvres et à l'autre bout du couloir, la diaphane blonde se retourne. Tout en trottinant jusqu'à elle, Boogie lève les yeux sur les caméras de surveillance qui quadrillent le couloir. Pas d'effusion de sang bien que la Bête de soie ne voit dans la silhouette dont il se rapproche qu'une souillure à nettoyer proprement. Enfin...proprement est une façon de parler. Il ne peut rester bien longtemps en cette compagnie triviale. Il doit être concis. Bref. Glacial. Un sourire aux lèvres, il parvient enfin à la hauteur de la jeune femme dont le masque de surprise arbore une expression d'intense langueur provocante. On a changé d'avis? roucoule-t-elle presque hautaine d'une voix grave de femme qui veut se la jouer fatale. Baissant les yeux, simulant une pudique gêne, Boogie lui prend délicatement le poignet avant de la faire lentement tourner sur elle-même. Lorsqu'elle lui fait de nouveau face, elle se laisse tomber contre lui en laissant s'échapper un rire léger et musical. Tu es le joueur du couple, c'est ça? lâche-t-elle d'un ton qui doit être provocant mais ne sonne que comme vulgarité à l'ouïe du Croque-Mitaine. Le joueur? Oh mais on doute que tu apprécies nos jeux, très chère. Si je te traîne jusqu'à notre suite, tu finiras ta soirée dépouillée du peu d'amour-propre qu'il te reste. Une misérable petite poupée brisée dont le seul avenir possible est le suicide. J'ai d'autres tenues si ça ne convient pas. chuchote-t-elle avant de se mordre la lèvre inférieure.

Boogie lève la main pour la glisser dans les cheveux blonds, ses doigts se referment sur les longues mèches claires. Un bras enroulé autour de la taille fine, les iris bleus se font perçants, polaires, tranchants avec le sourire innocent qui éclaire son visage et la voix caressante que l'on imagine pas capable de proférer des horreurs. Que je ne revois plus jamais ton abject visage avant notre départ ou je te promet... Serrant le poing dans les cheveux clairs, il l'oblige à plier la nuque vers l'arrière pour soulager la tension qu'il impose à sa crinière. Mais le bras dans le bas du dos de la jeune femme la contraint à subir sans pouvoir bouger. Boogie approche son visage de celui de la blonde. A voix basse, il poursuit tandis que son sourire hâbleur se mue en rictus de fauve prêt à déchiqueter la créature prise entre ses griffes. Tu entends? Je te promet formellement de croiser de nouveau le pitoyable et misérable cours de ton existence. Je devrais te délester d'une main et d'une langue pour la stupidité dont tu viens de faire preuve. Les yeux gris s'écarquillent d'une terreur instinctive. Elle oublie de respirer lorsque le mufle du monstre effleure le sien. C'est une macabre promesse, un serment sanglant que profère le Croque-Mitaine. La voix douce aux inflexions mielleuses poursuit, détachant soigneusement chaque syllabe, gravant dans le vif d'une mémoire le moindre mot prononcé. Si je te revois, j'arracherais ton âme, morceau par morceau, et ta souffrance sera légendaire jusqu'au plus profond de l'enfer. J'aurais de longues et interminables heures pour découvrir ce qui te fait peur, ce qui te fait mal, ce qui te fait hurler. Il ne refrène pas le frisson qui lui parcourt les épaules et cette vague frémissante, agréable pour la Bête, n'est que le prélude d'un supplice qui pourrait bien devenir réel pour la blonde. Le monstre se tait quelques secondes, savourant la faiblesse qui se mêle à la peur dans le corps qu'il tient contre lui. Fermement et sans à coup, il la force à pencher la tête, révélant son cou où pulse la peau à un rythme rapide. Des mèches claires glissent sur l'arrondi d'une épaule et le ronronnement diabolique se faufile au creux d'une oreille tandis que les lèvres du Croque-Mitaine la frôle. Oh comme je m'amuserais à t'humilier, à te saigner, à te réduire en tas de chair me suppliant de lui apporter la mort. Libérant lentement la crinière, Boogie la relâche mais ne lui laisse pas le temps de bien s'éloigner en la saisissant de nouveau par le poignet. Le monstre disparaît soudain de ses traits ne laissant qu'un homme brun au regard trop clair et au visage amène. Oh, j'oubliais...je te tiendrais responsable pour tout nouveau dérangement. Evite à tout le monde des ennuis irréversibles, hm? Esquissant une moue faussement peinée et ignorant le geste réflexe de peur qui fait bondir la blonde en arrière lorsqu'il s'avance de nouveau, il cueille le visage de la jeune femme au creux de ses mains, tirant doucement sur les commissures de ses lèvres pour y faire naître un sourire grimaçant. Souris, ma jolie, tu viens d'échapper à un monstre. chuchote-t-il en la lâchant définitivement. Tournant les talons, il la laisse plantée là, au milieu du couloir, tremblante et pétrifiée. La porte de la chambre se referme et c'est uniquement lorsqu'il disparaît de sa vue et que le déclic d'un verrou se fait entendre qu'elle retrouve enfin le contrôle de son corps.

Bigre, ça lui coûte beaucoup de ne pas pouvoir châtier comme il l'estime nécessaire cette créature. Eteignant la lumière du plafond, il s'avance jusqu'au chevet pour prendre une cigarette dans le paquet de Jason. Espérant trouver un peu d'apaisement dans le spectacle des éléments déchaînés, le Croque-Mitaine se poste face à la fenêtre de la chambre derrière laquelle le temps se dégrade, les flocons immaculés luttant dans un vent furieux. Ca ressemble de plus en plus à un blizzard, semblable à celui qu'il s'efforce de contrôler parce que de givre, il a promis qu'il n'y en aurait pas durant cette pause plus que méritée. Il a beau prendre bouffée après bouffée, Boogie ne décolère pas, bien au contraire, il a la sensation que cette rage et ce meurtre manqué s'attisent à chaque inspiration. Bon sang, elle est en vie. Epargnée malgré l'outrage qui lui aurait coûté bien plus que la vie. Sèchement, il tire le rideau alors que derrière la porte de la salle de bain, le jet d'eau se tarit, lui rappelant où il se trouve. Ecrasant la cigarette dans le cendrier, il pose la main sur la poignée qui tourne avant même que sa paume ne l'actionne. L'ouvrant brusquement sur un Jason dont la tête est masquée par une serviette, Boogie tire sans ménagement sur le tissu éponge avant de pousser le Clown sur le côté. Emprisonnant le balafré dos au mur entre ses bras, c'est un regard cristallin infernal qui s'engouffre dans les abysses le temps d'un battement de coeur. Le fauve plonge le mufle au creux de l'épaule du Clown, inspirant l'odeur d'une peau dépouillée de toute effluve étrangère. Possessivité malade qui s'incarne dans une proximité qui n'appartient qu'à lui. Foutue femelle. Que l'enfer - ou sa stupidité - fasse qu'elle réapparaisse demain. Une main rampant jusqu'au bas du dos de Jason, l'autre couvrant une joue balafrée, Boogie relève la tête pour s'emparer des lèvres du Clown. Baiser rude au goût de cigarette et vibrant d'une jalousie à peine contenue lorsqu'un coup de dents cruel échappe à toute mesure. Elle respire toujours. chuchote-t-il comme une excuse.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 18 Jan - 20:01

" Ice Road "

C’est en achevant sa cigarette que Lecter observe le miroir et ce reflet blond qu’il doit admettre au dessus de tout soupçons. Pas étonnant que la peste blonde ne se soit douté de rien, et à bien y penser Jason reconnaîtra qu’il a clairement manqué de hargne sur ce coup là. Lui agressif de la première heure capable d’arracher la bouche d’un tiers pour un mot de trop vient d’accuser le coup avec plus de scepticisme qu’autre chose... Faute incombe au manque de sommeil avant tout, il se traîne un peu mais qui lui jettera la pierre sinon lui même ? Ses déboires avec la mafia n’ont pas été sans lui rappeler qu’il est humain malgré une résistance à faire pâlir un soldat carriériste et oui Jason Lecter comme tout le monde sur cette bonne vieille planète, vous finirez par vous écrouler. Bah, il tombera quand il tombera d’ici là une douche s’impose pour se débarrasser des effluves détestables de l’intruse dans leur petit cirque privé. Écrasant le mégot au fond du lavabo, le Clown soupire et délaisse le reste de ses vêtements avant de pénétrer dans la cabine sans même en avoir appréhendé les contours ou la couleur. Un sourire n’est pas sans fleurir à ses lèvres alors qu’il songe à l’éventualité de mettre le fauve en colère pour raison de drogue... devrait-il avouer que la totalité de ses cigarettes en est bourrée et qu’il a conduit des heures en étant pas bien frais ? Un coup à finir étouffé dans son oreiller puis réanimé ensuite. L’envie fut là, d’avouer lorsque Boogie a subtilisé une des tiges un peu plus tôt mais pour les deux bouffées tirées, elles n’auront pas fait grand mal au fauve... fauve parti si Jason en juge par le son caractéristique d’une porte ouverte. Hm, tant pis pour la poupée barbie, elle ne dormira plus pendant des jours après ça.

Le Clown n’a pas un jour soufflé le titre de Croque Mitaine par hasard, trouvant en son alter ego un meurtrier certes, mais un être tout aussi capable de tétaniser au seul son de la voix ou plus simplement par sa présence. Il en a vu des menaces proférées d’un ton suave, glissées à travers un sourire désarmant d’innocence et bien sûr que celle-là n’a pas fini de trembler s’il la trouve. Pour un peu Lecter regrette de ne pas être présent, le spectacle lui plaît tellement. L’eau chaude lui embrume un peu plus le cerveau tandis qu’il achève d’ôter le maquillage qui couvrait presque parfaitement ses balafres et plus les secondes s’enchaînent, plus il songe à confesser son tour de passe passe. Pas de secret chez les bêtes, ils n’ont pas à se dissimuler en bien comme en mal et puis il ne faudrait pas que le Croque Mitaine se sente drogué à son insu. Non ce serait même fort ennuyeux. Le jet coupé, Jason quitte la douche et enroule une serviette autour de ses hanches avant d’en tirer une autre, frottant vigoureusement sa crinière blonde. Bien, maintenant retrouver la bête et s’assurer qu’elle n’est pas rentrée de sa balade avec une manucure sanglante après avoir arraché celle de l’autre. Même pas le temps d’avancer vers la sortie que la porte s’ouvre et pas plus le temps de prononcer une seule syllabe que son dos heurte le mur. Bleu avec avis de tempête qui se lève sur un noir qui dissimule à peine une surprise ravie. De telles initiatives ne seront jamais mal accueillies et quand le chat plonge le nez au creux de son cou le serpent siffle de contentement, remontant une main contre la nuque qu’il griffait plus tôt. Enfin revoilà cette chère proximité qui s’est faite trop désirer et ce baiser venimeux d’une jalousie coutumière prend des allures de reconquête. Coup de crocs qui ne se fait même pas attendre et tire un soupir vibrant qui n’est pas sans crisper une main, des ongles jusqu’ici posés sagement sur des entailles à peine cicatrisées. Elle respire toujours... Ha, voilà donc le pourquoi du comment. C’est frustrant pas vrai ? Il sait bien. « Tragique, j’en conviens. » Murmure le Clown d’un air entendu.

Consolation, Jason attire le Croque Mitaine plus étroitement entre ses bras, enveloppé d’un vague parfum de fumée... Une fine grimace lui tire les lèvres mais il préfère se taire tant qu’il n’est pas certain de ce qui pourtant s’étale clairement sous ses yeux. « Autant ranger cet épisode, sans ça m’est avis qu’on repartira pas sans emporter ses deux mains en souvenirs. » Elle mériterait le pire, l’évite et elle n’aura pas conscience de l’ampleur de sa chance. On échappe pas aux monstres, jamais. Mais ceux-ci sont actuellement en vacances, obligés de plier face à quelques règles de prudence élémentaire sans quoi ils risqueraient fort de retrouver prochainement l’inconfort d’une cellule et pire encore, les flics qui vont avec. Pas question ! « Avant que cette... femelle hystérique débarque nous étions occupés si je ne m’abuse, non ? » Glisse-t-il d’un air pensif, déboutonnant lentement la chemise du Croque Mitaine, non sans quelques explications qu’il juge relativement nécessaires. « J’aurai bien découpé pour gagner du temps, mais... si je saccage tes chemises au final on devra faire les boutiques... perspective peu réjouissante cela va sans dire. » Rien que l’idée de se retrouver au milieu d’une marrée humaine suffit à provoquer une grimace dégoûtée ; autant éviter ça. Les abysses dévient du bleu, avisent la peau parsemée de marques, de cicatrices plus ou moins récentes qui se révèlent à mesure que le tissu glisse le long des bras. Et de cette histoire gravée à même la chair certaines lignes sont évocatrices, chères, caressées du bout des doigts comme autant d’objets précieux. Pupilles dilatées en pleine mers noires qui passeront peut-être inaperçues, mais il faudra bien avouer... après. Passant la langue sur sa lèvre, Lecter ne tarde pas à frôler celles de Boogie, revenant à son envie de tisonner l’autre bête. « Ah oui...  nous en étions au moment où je n’essayais pas du tout de te mettre en colère. » Chuchote-t-il d’une voix de velours avant de voler une inspiration au chat et de quitter la salle de bain, se soustrayant à l’étreinte d’une contorsion arachnéenne.

Suicidaire un jour, le restera toujours à filer en bon voleur jusqu’au lit où il s’assoit souplement, pas peu fier de son effet jusqu’à poser les yeux sur le cendrier... Et merde. Vivement, le balafré se mord la langue pour ravaler l’ombre d’un rire car une chose s’agite en vents contraires. Le Clown meurt d’impatience, joueur en toutes occasions et n’attend que de voir l’effet d’un psychotrope sur le fauve tandis que la bête, elle, déplore le fait que tout ça ait été... involontaire. Et maintenant ? Ha ha… Lecter s’éclaircit la gorge, lève un regard pas si innocent sur le Croque Mitaine en approche. « Bon.. le mal est fait si j’ose dire. Mais vraiment Boogie, ça ne t’a pas interpellé que je fume des tiges plus colorées que le drapeau de la gay-pride depuis notre départ ? » Faux air contrit qui ne trompera personne parce qu’il n’est pas désolé du tout. Il n’y a pas mort d’homme mais bon, par principe ça ne va pas plaire... « C’est rien de bien méchant, si ça peut te... rassurer. » Glisse-t-il, allumant une cigarette sur laquelle il jette un regard vague, soufflant une ligne de fumée sur le côté. « J’aurai peut-être dû préciser que les vertes étaient moins fortes... Trop habitué au violet que tu le choisis sans même y penser ? Je suis flatté très cher. Je n’en ai toujours qu’une par paquet trafiqué d’ailleurs. » Autant dédramatiser... même si pour le coup il ne garantit rien du tout. Il ne se souvient même pas de quoi ces clopes sont chargées, seuls les effets -indiqués grâce aux couleurs- lui parlent encore. Ultra violet ; psychédélique. Lecter n’a jamais rien eu de négatif à noter suite à leur utilisation, trouvant en ces quelques hallucinations de quoi rire à n’en plus finir. Et le dosage n’a rien de lourd... encore heureux. Les seuls réellement dangereuses sont au fond de son sac et il s’est bien gardé d’évoquer leur présence. Clope pincée entre deux doigts, sourire en coin, Jason achève d’une voix basse, charmeuse. « Et maintenant ? »

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 24 Jan - 10:42



Elle respire encore...la Bête exhale ces trois mots comme on accouche d'excuses difficiles à articuler. L'une des règles appliquées avec le plus d'assiduité, celle à laquelle on se soumet avec une joie malsaine et infernale, c'est bien celle-ci. Aux altercations avec les monstres, il n'y a pas de survivant. La Mort frappe toujours, au moment opportun, lorsque les maîtres du Sud le décrètent, lorsque leurs caprices déviants sont assouvis et lorsque colère et frustration, rage et aveuglement s'apaisent et s'estompent. Aux mots malheureux, aux regards irrespectueux, aux attitudes désinvoltes, il y a sans cesse un châtiment. On ne fait tomber un domino du Sud sans risquer de voir toute la construction s'effondrer sur elle-même et sur l'impudent. Lorsque l'on épargne, c'est par simple intérêt personnel ou par stratégie. Un mort n'est guère utile s'il n'a pas été pressé de son vivant jusqu'à en extraire la plus petite information. L'altruisme et la pitié n'ont jamais eu de place. Quand à la notion de "prudence", elle est plus que fluctuante. L'âme noire du Croque-Mitaine déplore la survie d'une humaine insignifiante qui ne mérite qu'une longue agonie. Les mâchoires de la Bête de soie noire ont claqué dans le vide et ne se sont refermées que sur du vent alors qu'elle ne voit qu'une occasion de carnage qui s'éloigne définitivement d'elle. Ca manque de sang tout cela. Au monstre presque tremblant d'une colère et d'une frustration qu'il ne peut contenir avec autant de brio que sur leur territoire répond un sifflement douceâtre à son oreille qui agit comme un soufflet de forge. Cinq points de pression se font sentir sur sa nuque avant que la morsure d'ongles pénétrant sa peau n'irradie en vagues brûlantes et régulières ses épaules.

C'est tragique lui murmure Jason. C'est au-delà de cela, a envie de hurler le second polaire, cela va à l'encontre de tous leurs discours, de toutes leurs lois. C'est anormal, contraire à leur logique monstrueuse et déviante. Le temps d'un battement de coeur, le Croque-Mitaine a envie de prendre la porte, de retrouver cette proie avant qu'elle ne disparaisse dans la nuit. Qu'il lui fasse n'importe quoi, elle n'a aucune conscience de à qui elle a à faire, elle commettra forcément un nouvel acte...inspirant. La voix du Clown et l'étreinte qui se resserre autour de lui rappellent Boogie dans la chambre et il ne peut s'empêcher de trouver la scène étrange. D'ordinaire, les rôles sont inversés, c'est Jason qui s'enflamme et lui qui tempère. Est-ce-que cet épisode aura de grandes conséquences? L'insignifiance de cette maudite femelle peut-elle peser sur le cours de leurs existences? Le Croque-Mitaine ferme les yeux en esquissant un sourire. S'il agit, il tuera. Et ici, hors des murs de New York, les meurtres sont encore punis. Ils n'ont pas quitté leur fief pour entamer une cavale. Boogie redresse la tête, quittant le cou du Clown pour appuyer son front contre le sien. Un bref soupir s'échappe de ses lèvres. Tragique...je n'aurais pas choisi ce mot mais je m'en contenterais. Abdique monstre, de toutes façons, tu sais déjà quand et comment tu auras sa peau. Parce que tu l'auras la vie de cette blonde.
Le disque de la symphonie des bêtes n'a que glissé sur une rayure, un désagrément aussi bref qu'il n'a été incommodant. Au fur et à mesure que les boutons de sa chemise s'écartent, la colère reflue. Un effleurement léger redessine une ancienne blessure maintenant refermée depuis des années et éloigne le spectre de l'intruse. L'azur croise des abysses qui lui semblent plus sombres que d'ordinaire avant qu'elles ne le quittent pour parcourir un roman noir gravé à même sa peau. Histoire violente dont chaque chapitre s'est clôturé dans le sang. Pourtant ces stigmates impies qui pourraient être disgracieuses aux yeux du néophyte prenne des allures d'oeuvre d'art sous ceux de Jason, unique lecteur privilégié du récit de ces années passées à traverser les sept cercles de l'enfer sans jamais y trépasser. Une voix presque assourdie fait vibrer ses tympans qui lui donnent l'impression d'être engourdis. Et la Bête charmée ne cille finalement qu'à la mention de sa colère que Jason cherchait à éveiller.

C'est presque trop facilement que le Clown s'échappe de ses bras. Boogie secoue brièvement la tête avec la singulière sensation que Jason se déplace soudain plus vite, à moins que ça ne soit lui qui soit soudain plus lent. Se tournant vers son alter ego qui pose insolemment au bord du lit, le Croque-Mitaine fronce les sourcils en voyant les gestes du Clown se décomposer dans l'air. Quand? songe avec rage sa raison. La réponse lui est aussitôt donnée. Les clopes flashys. A trop les voir, elles font maintenant partie du décor. Alors non, ça ne l'a pas interpellé plus que cela et il faut croire que la perspective de s'échapper hors d'un territoire connu et maintes fois arpenté n'a pas aidé à faire preuve d'une lucidité à toute épreuve et d'une sagacité acérée. Ajoutons la Faucheuse qui n'a pas pu abattre sa faux sur une nuque blonde et le manque de discernement avec lequel il a plongé dans le paquet de cigarettes pensant trouver dans la nicotine un moyen d'exorciser cet acte de clémence misérable. Les yeux pâles s'étrécissent lorsque Boogie prend conscience que Jason les a amené jusqu'ici en étant défoncé, la colère menace mais se dissipe lorsque le visage du Clown se remodèle pour afficher une expression faussement contrite. Boogie lève une main pour masquer quelques secondes son regard. Il entend ses dents grincer lorsque ses mâchoires se crispent. Dans un ultime soubresaut, sa raison explose en une multitude de questions caquetantes. Combien de temps ça va durer, qu'est-ce-qu'il a fumé exactement, quel genre de trip va lui embrouiller l'esprit. Les rouages mentaux ralentissent, peinent à tourner et les mots qui lui parviennent au loin prennent vie et forme dans l'obscurité de sa paume. Rien de bien méchant essaie de le rassurer Jason. Un ricanement court fait tressaillir les épaules du fauve alors qu'un briquet craque dans le silence et que le crépitement d'une clope qu'on allume lui parvient. Vert, violet, des tâches colorées qui se dissipent en spirales allant en pâlissant. Le Croque-Mitaine laisse tomber le bras. Un filtre vaguement mauve s'est déposé sur sa vision et malgré cette teinte incongrue, tout est d'une netteté chirurgicale. On pourrait se perdre dans la contemplation muette des mailles d'une étoffe, des paysages invisibles vallonnés de la peau d'une main, dans les motifs répétitifs d'une moquette élimée. Les iris clairs se lèvent sur le Clown mais se portent vite sur la ligne de fumée expirée et qui se dissout dans l'air au ralenti en tourbillons grisâtres. Et maintenant?

Es-tu en colère? Il faudrait qu'il se sente agressif pour cela. Il sait qu'il devrait l'être, il comprend parfaitement que la situation aurait provoqué une tempête de glace à geler les flammes les plus mordantes mais bizarrement la fureur ne semble pas vouloir s'exprimer. Quelle que soit la substance qui se balade dans son sang, elle fige la moindre émotion exacerbée, l'entoure de coton, réduit la tempête courroucée en petite brise à peine perceptible. Dévoré par le noir d'une pupille qui se dilate, le bleu se réduit à un anneau ceignant une marée sombre et c'est à pas lents que Boogie s'approche de Jason. Le mal est fait et il a beau appeler silencieusement un contrôle qui ne lui a jamais fait défaut, il ne fait que se dérober, glisser, l'éviter. Tu luttes ou tu cèdes, il n'y a pas d'autre alternative. Les drogues ne durent pas éternellement, les effets se dissiperont à un moment ou à un autre. La question à se poser maintenant est la façon dont il veut passer ces minutes ou ces heures.
Posant un genou puis l'autre sur son bord, il grimpe sur le bord du lit, courbe le dos avant de continuer d'avancer au-dessus du Clown, l'obligeant à s'étendre. Doucement, le Croque-Mitaine penche la tête sur le côté alors que les cicatrices sur les joues de Jason semblent animées d'une vie propre, s'étirant ou au contraire se rétractant en éclairs plus pâles que la peau qu'elles marquent. Les anneaux bleus abandonnent en un battement de cils les spirales déchiquetées pour plonger dans les abysses. Et maintenant? répète-t-il le souffle court et la voix éraillée. Je devrais être d'humeur massacrante. poursuit-il contre les lèvres de Jason. Quelqu'un devrait payer, quelqu'un doit payer pour sa clémence, cet état étrange et inattendu qui se profile à l'horizon. A la froideur qui aurait du être générée, à la brutalité glaciale qu'il aurait du afficher se substituent une cruauté lascive, une invitation à entrer dans ce pandémonium qui est le leur. Reportant son poids sur un bras, sa main libre se détache du drap pour se poser sur la poitrine de Jason, glissant sur son flanc, laissant des sillons rouges lorsque ses ongles éraflent la peau. Maintenant? Les écorchures se prolongent sur la hanche de Jason, se faufilent sous la serviette qui devient lâche. Emprisonnant la lèvre du Clown entre ses dents, le fauve laisse filer un grondement de gorge. On se jette en enfer.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 24 Jan - 13:08

" Ice Road "

Il sait trop que le fauve ne peut accepter, concevoir de laisser cette créature en vie après ses fautes. Pourtant, il doit admettre -et c’est bien étrange- que la blonde est à ses yeux objet du passé pour maintenant. Comme un jouet déplaisant à peine sorti du coffre et rangé avant même de s’en être réellement servi, il a bien autre chose à faire au fond. L’inversion des rôles se fait sans conscience, c’est purement involontaire et il ne le doit sans doute qu’aux substances qu’il ingurgite depuis des heures, à la fatigue qui pointe le nez plus que de raison et le besoin égoïste de ne se trouver qu’en présence du Croque Mitaine. Plus d’ombres à leur tableau tordu, plus de parasites, seulement toi et moi le reste n’est que détail...

Reste maintenant à gérer une suite qui n’a rien de prévue, comme pas mal de choses cette nuit si on peut dire et la bête -bien qu’elle ne redoute en rien la fureur- songe qu’avoir fumé un de ces mélanges ne doit pas ravir Boogie qui a tant de fois juré sur ses dieux infernaux que jamais il ne toucherait à ça. Le Clown provoque, c’est habituel et que son très cher second lui saute à la gorge pour maintenant, il est très loin d’appréhender bien au contraire. C’est une joie malsaine qui s’agite sous les boucles blondes, envie de savoir et de voir, vilaine et dangereuse curiosité. Un genou posé puis l’autre, le fauve a donc décidé de... quoi ? Lecter hausse un sourcil et écarte la tige de ses lèvres avant de se laisser aller en arrière, main appuyée sur la table et à portée du cendrier. Ce silence qui s’étend pourrait bien être pesant car très honnêtement il ne sait pas à quoi s’attendre et connaissant Boogie, il pourrait bien aller pécher du fond de sa transe un minimum de contrôle, juste le temps de maudire le balafré pour son inconscience et lui servir un sermon particulièrement virulent... Le noir cherche l’azur, ne le trouve nullement furieux, nullement glacial. Interrogation muette de Jason face à ces secondes interminables qui s’écoulent et où le regard clair semble le décortiquer avec une précision vaguement chirurgicale. Battement de cils, le fauve répond. Il devrait être d’une humeur massacrante... « Ha ça je veux bien le cr... non, attends... tu... devrais ? » Redit-il, non sans une pointe de surprise. Parce qu’il ne l’est pas ? Vraiment pas ? Lecter bat des cils, soudain plus très sûr d’avoir bien compris. Sérieusement, il n’est même pas un minimum contrarié ?

Par l’Enfer, il faudra songer à le droguer plus souvent si cela évite les discours interminables sur ses vilaines manies. Hm, mauvaise idée. Le chat ne manquera pas de revenir sur l’épisode une fois revenu à la réalité et d’ici là Lecter n’a aucune envie de gâcher le décor qui se pose de lui même. Séduisant, c’est le terme qu’il se plaît à coller au chat en quelques occasions particulières et il le devient terriblement à l’instant. Grâce qui n’a rien de froide, lascive pour ne pas dire tout bonnement sensuelle qui émane de cette caresse exécutée à la pointe des griffes qui trace de longs rubans à la surface de sa peau, lui arrache un soupir alors qu’il écrase rudement et à l’aveugle ce qui reste d’une cigarette qu’il ne fumait plus vraiment. Maintenant... Jason s’apprête à répondre, n’en a pas le temps que les crocs se referment lentement sur sa lèvre. On se jette. Nouveaux clignements d’yeux à ne trouver aucune tempérance et aucune logique dans tout ça. Quelque chose à sacrément déraillé et le Clown peine à mettre des mots sur ce qui se passe. En dix ans d’existence passée aux côtés du Croque Mitaine rien n’a échappé à la mesure de son second qui savait si bien poser des barrières, ralentir quand Jason enfonçait l’accélérateur... Et ce n’est pas son esprit enfumé qui saura remettre les pièces dans le bon ordre ni même tirer des conclusions. Jason n’est pas homme à raisonner pas plus qu’il n’est capable de freiner alors il sourit, ricane contre les lèvres du Croque Mitaine. « Définitivement séduisant, Boogie. » Chuchote-t-il d’une voix rêveuse, remontant les mains sur les épaules du fauve et repoussant la chemise ouverte.

Ni sermonné ni confronté à la glace le serpent se sent pousser des ailes. Pour une fois on ne pointe pas du doigt ses lacunes de sagesse, sa tendance à agir n’importe comment et il mentirait en prétendant que la chose n’est pas plaisante. C’est une eau tiède, ondulante qui lui file sous les doigts et non le froid polaire. Aucun besoin de briser la glace, elle a fondu sans un seul geste et ne pas y aller au forcing pour voir céder ce diable en armure a quelque chose de grisant. C’est relâche après tout, des vacances qui s’annoncent et pas une énième mission suicide au Sud. Leur petit enfer qui ne s’est jamais ouvert autrement qu’en instant où tout vacillait, en circonstances et états d’esprits particuliers se profile ici droit devant, derrière une route en ligne droite où il n’y a rien à faire sinon y aller, simplement sans même s’écorcher au passage sur les ronces. Simplement... depuis quand est-ce simple ? Depuis ces foutues clopes, tu te souviens maudit cinglé ? Certes.
La chemise enlevée lui glisse des doigts, atterrit il ne sait où avant que Lecter parcourt le dos du Croque Mitaine, retraçant du bout des doigts des lignes et des courbes, stigmates d’une existence qu’il n’a pas rendu sereine loin de là. Araignée pâle dont la course cesse au creux des reins, enfonce ses griffes en possessive malade tandis que l’autre main effleure paresseusement la gorge du chat, qu’il murmure contre sa joue d’un ton rendu lugubre. « Mais je te préviens, si tu t’endors j’incrusterai tellement de J sur ta peau que tu ne pourras même plus les compter. »
Mieux vaut prévenir, lui même s’est écroulé à ses débuts et se réveillait sans même plus être certain de l’endroit où il se trouvait et en ayant quelques fois oublié ce qu’il faisait avant de tomber. Sourire venimeux aux lèvres, arrogance qui vise à tenir la fierté éveillée en face. Même droguée une bête reste une bête qui n’aime pas perdre. Tout se dose à la perfection dans cet enfer qui leur appartient, tant qu’ils sont deux... si l’un s’en échappe en revanche la crise est annoncée. Quittant le bas du dos, les griffes longent une ceinture alors que la bête d’écailles s’empare des lèvres de l’autre, suivant un sifflement bas, charmeur. « Après toi... »        

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 1 Fév - 15:15



En ondes régulières, les contours de la chambre se perdent dans des torsions qui se font au gré d'un rythme que Boogie ne peut ni entendre ni percevoir. Sa vue abusée lui donne l'impression de regarder la scène au-dessus d'un brasier infernal dont les ondulations de chaleur déforment le moindre détail. Sont-elles soumises à ses battements de coeur ou à sa respiration syncopée, d'où vient cette cadence dont il peut voir les variations, il l'ignore. La raison devrait tenter de jeter ce fait sous un éclairage lucide, elle devrait décortiquer le moindre signe, la plus petite anomalie, pourtant cette dernière reste résolument silencieuse, comme une épouse trompée qui refuse catégoriquement de mettre des termes bien réels sur un état et des sensations qui l'égarent. Ses perceptions s'égarent, se diluent dans ce dégradé de violet et de parme qui colle toujours aux rétines. Boogie a la tête lourde, pesante mais son corps, il le perçoit tellement léger et délié. Une foule d'informations sensorielles contradictoires se téléscopent et se fracassent les unes aux autres. Aux prémices d'un vertige se substituent une singulier aplomb lorsque l'azur dévoré par le noir plonge au coeur des abysses. Le drap sous sa paume lui apparaît violemment rêche au point d'être capable de lui arracher l'épiderme. La voix du Clown lui parvient à la fois proche et lointaine. Une pointe fugitive d'inquiétude lui cingle l'esprit lorsque, adossé au mur et bras croisés, il assiste à la scène avec un point de vue parfaitement extérieur. Une envie furieuse de se hurler dessus lui étreint la gorge, un besoin impossible à assouvir de se saisir par les épaules et de se secouer un grand coup. Boogie se penche en avant, faisant face à son propre visage dont la lucidité froide et déterminée qu'il a coutume de voir dans ses propres iris semble avoir déserté. Et il a beau claquer des doigts devant cette paire d'yeux hallucinés, cela n'éveille aucune réaction. Avec effroi, le Croque-Mitaine se demande bien ce qu'il fiche là et comment il peut reprendre le contrôle de sa chair qui n'a jamais été aussi rétive. Un chuchotement expiré contre ses lèvres le ramène brusquement au-dessus de Jason.
La brève objectivité dont il vient d'être frappé se dissoud et la Bête se retrouve dans ce présent tourmenté en proie à la défonce. Séduisant? Le fauve n'en a pas vraiment conscience. C'est l'image presque antique du jeune monstre dominateur, menteur et joueur qui émerge. Un souvenir, une résurgence d'une condition qui remonte à des années où Alastor Burton ne s'imposait pas de limites, grisé par le pouvoir fascinant qu'exerce les prédateurs sur les proies qui se croient hors de sa portée. Lentement, il bat des cils alors que Jason se pare d'une foule de ces détails qui ont amené dans le passé Boogie a décorer son sanctuaire spirituel de corps torturés avec soin et affection. Attirance déviante et désir fou de posséder pour toujours et à jamais une vie. Lorsque donner la mort devient un acte superbe, ça en devient un geste gracieux empreint d'un amour que peu peuvent comprendre. Ce sixième sens inhumain qui ronfle paresseusement à ses oreilles et qui lui susurre que celui-là lui appartient et qu'il ne tient qu'à lui d'en faire une oeuvre précieuse dont il chérira le souvenir comme un chasseur chérit ses trophées. Je veux, je prends, dirait Jason, et la vie du Clown lui est tellement chère que le seul moyen qui lui apparaît de ne jamais la perdre est de la recueillir en invoquant la Faucheuse.

On ne s'aventure pas dans le petit monde secret, intimiste et égoïste des Bêtes sans heurts. Même si la route menant à cette alcôve infernale teinte de bleu et de noir semble douce et plane, des ténèbres en ceignent le chemin. Le Croque-Mitaine reste une créature patiente et derrière la langueur élastique de ses mouvements, derrière les ombres impénétrables qui engloutissent l'azur, se tapit le monstre sans âme. Siffle doucement serpent, vois dans cette nonchalance féline un enchaînement facile coulant aussi aisément qu'un filet d'eau. Au creux des pattes de velours restent les griffes et si elles se sont plantées jusqu'ici gentiment, on est prêt à basculer vers toute autre chose.
Vague de tiédeur contrastant avec la fraîcheur de la chambre sur ses épaules. Dans un chuintement de tissu, sa chemise glisse et il s'en débarrasse d'un geste presque auguste, l'abandonnant au sol là où les choses n'ont aucune importance et aucun intérêt. Des spires froides s'enroulent autour de ses bras, un courant d'air froid presque fantômatique et issu de l'extérieur effleure sa peau mais ce n'est pas lui qui est la source du frisson qui remonte le long de sa colonne vertébrale pour secouer brièvement ses épaules. Sa nuque se hérisse lorsqu'un index lui rappelle les épisodes sanglants et violents qui ont émaillé sa vie. Du bout du doigt, Jason rappelle ces chroniques sudistes, ici la marque d'une balle ou là la ligne régulière d'une lame vengeresse qui a échoué dans sa tâche. Autant de victoires sur leur compagne armée d'une faux qui a toujours marché à leurs côtés sans jamais réussir à couper le fil délicat de leurs vies. Dans la brume parme qui s'assombrit, les nerfs de Boogie se fourvoient mêlant la légèreté d'une main glissant sur sa gorge à la morsure brusque de serres au bas de ses reins. Grondement étouffé derrière ses lèvres alors que la Bête courbe souplement l'échine jusqu'à sentir contre la peau de sa joue celle de Jason qui le frôle à chaque parole sifflée au creux de son oreille. Les anneaux pâles se lèvent lentement devant lui tandis qu'un sourire d'une chaleur démoniaque illumine sombrement ses traits. Dormir? Alors qu'en ce moment, il se laisse enivrer par ce stupide sentiment de toute-puissance et de totale impunité qu'éprouvent tous ces méprisables junkies. Provocation inutile, précieux et sinistre compagnon. Oh mais je n'ai nullement l'intention de t'abandonner lâchement. ronronne-t-il gravement.

L'une après l'autre, les serres plantées dans sa peau délaissent son épiderme pour longer sa ceinture creusant son ventre lorsqu'elles s'arrêtent sur la boucle. Après toi, soupire le reptile. Un sourcil arqué, Boogie déroule le dos, baissant le regard sur le visage du Clown. Après lui? Trop facile de s'abandonner de la sorte, trop aisé d'avancer vers un but où rien ne vous écorche la peau lorsqu'on brûle de la sentir arrachée de sa chair. Ni fiel et certainement ni miel. Rien n'est simple dans l'univers des monstres, rien n'obéit à un ordre déjà établi et rien ne se fait dans l'aisance. Un sourire innocent étire ses lèvres alors qu'il secoue doucement la tête. Je ne me souviens pas avoir émis une invitation. Les pattes de velous sortent les griffes. Ignorant le moindre de ses gestes qui se décompose dans l'air comme si on passait un film au ralenti image par image, les anneaux pâles restent cloués aux abysses. La seule chose qui ne tangue pas et n'ondule pas dans cette dimension d'un mauve de plus en plus sombre. Dans un mouvement fluide, les doigts de Boogie se nouent à ceux de Jason, lui écartant les bras de lui, forçant les phalanges jusqu'à un point proche de la rupture. La Bête sait quand la pression se fera dislocation. Le masque d'innocence angélique fond comme neige au soleil. Se penchant sur le Clown, le mufle du monstre frôle la balafre, son souffle meurt contre son oreille. Soupir exhalé en une injonction parfaitement corrompue et pernicieuse. Résiste-moi et sois sérieux. Car je le serais.

[...]

Froid. Spires de douleur. Bise tiède qui murmure des mots incompréhensibles à son oreille. Saveur de métal sur la langue. Incendie épidermique. Noir.
Boogie ouvre lentement les yeux. Assis sur la moquette défraîchie de la chambre, dos appuyé au bord d'un des lits, ses paupières révèlent un regard où le bleu repousse le noir des pupilles. La tempête du dehors semble avoir trouvé un chemin jusque dans la chambre. En sursautant, il prend conscience de la présence de quelqu'un derrière lui. Vivement, il se retourne pour croiser les abysses. Ce simple mouvement réflexe le fait gronder de douleur et c'est instinctivement qu'il pose une main sur une épaule dont l'angle qu'il perçoit sous sa paume n'a rien de naturel. L'âme noire réintègre son enveloppe de chair et par l'enfer, aucun souvenir ne remonte à la surface de sa mémoire pour retracer le cours des événements qui ont pu l'amener à maintenant. Sur le cou de Jason, Boogie voit les marques rouges de deux mains, certainement les siennes et il sent sa propre gorge écrasée en déglutissant. D'un froncement de sourcils, il demande silencieusement une explication avant de secouer la tête. Se redressant, il se laisse tomber sur le bord du lit avant d'indiquer du menton, son épaule démise. Remets moi ça en place, veux-tu? Le son écorché et éraillé de sa voix le surprend. Baissant les yeux sur Jason, il tend sa main valide pour saisir son menton et lui tourner la tête avec une mine confuse. Lui-même doit être aussi barbouillé de sang séché et de marques plus ou moins rouges-bleuâtres. Sois sérieux parce que je le serais...les mots flottent soudain devant ses rétines. Et bien, ce fut visiblement le cas.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 1 Fév - 22:53

" Ice Road "

Comme envie de sourire, de souffler d’une voix malicieuse un : tu comprends maintenant pourquoi j’aime ce décor ? Jason ne s’est jamais drogué pour la forme, jamais pour fuir cette existence chaotique qu’il brûle par chaque bout mais bien pour cette transe, cette approche brumeuse d’un univers tordu. Étrange n’est-ce pas, ce que tu vis cher compagnon de route ? Et tu ne verras que ce que ton esprit t’accorde, tu n’entendras que ce que tu souhaites, c’est ton moment, égoïste et volatile. Instants d’absence que le Clown cède de bonne grâce, observateur unique et hautement privilégié d’un spectacle qu’il n’hésite pas à qualifier de séduisant. Un tantinet surprenant, peut-être mais trop loin de lui déplaire ce revirement qui parvient à le troubler, suffisamment pour qu’il trouve l’approche trop... facile. Dans son crâne résonne sa propre voix qui éclate de rire, le traite d’idiot car non bien sûr ces grilles infernales ne s’ouvrent pas derrière une route pavée de pierres lisses. On entre pas dans cet univers sans verser de sang, on s’écorche et on se plaît à ça. Par conditions ou par principes qu’importe, c’est ainsi. Et pourtant, pourtant Lecter songe sur l’instant que tout pourrait être simple cette fois, trompé -l’avouera-t-il?- par cette langueur féline, cette grâce, ce ralenti qui s’impose de lui même alors qu’il a tellement plus coutume de précipiter les faits. Méfies toi serpent, attention... le piège existe.

Un sourire effilé tire ses lèvres lorsque Boogie annonce qu’il n’a aucunement l’intention de « l’abandonner ». Voix grave et charmeuse encore à laquelle le balafré répond d’un soupir rieur. La bête ressent, la bête comprend. Des ombres étendent leurs longs doigts sur la route, hérissent des haies de ronces en travers du chemin mais le suicidaire se voile la face, met un pied devant l’autre dans une inconsciente insouciante. Oui c’est un leurre, oui il le sait mais non il ne s’en soucie pas. Approche, viens donc et ronronne, fais patte de velours, les lames de rasoirs pleuvront bien assez vite. Il s’en fiche. Le jeu est là, la faucheuse est à la table ce soir et les courants d’air froids qui s’abattent sur la chambre sonnent en préambule funèbre. Après toi, siffle-t-il comme on balance négligemment un bras pour inviter à entrer et ignorant volontairement l’oeillade perplexe, le serpent déboucle la ceinture dont le tintement lui rappelle vaguement celui du verre, du cristal. Peut-être pas en plein trip ce cinglé blond mais guère plus clean et certainement pas frais. Le Croque Mitaine secoue la tête, le Clown lève les yeux. « Hm ? Une réclamation, peut-être ? » Lance-t-il non sans une innocence feinte auquel répond un sourire du même genre. Pas d’invitation émise, c’est un fait mais soyons fous et tordons le cou aux règles, jouons puisqu’au fond... ensemble on a pas grand chose à perdre.  L’encre se rive à une eau mouvante, imprévisible et si elle représente clairement un danger, il n’en a cure. « Oh, mais quoi dans ce cas ? » Murmure-t-il, feignant l’étonnement. Une main remonte, approche en vue d’une caresse agaçante mais ne se posera nul part. Au Clown d’arquer un sourcil lorsqu’il se retrouve mains liées à celles du Croque Mitaine et ses articulations grinçantes sont bien le cadet de ses préoccupations. Le faux air angélique disparaît comme une flamme soufflée, libère cette créature noire et vicieuse que seul un fou du même acabit saurait trouver belle... diaboliquement belle. Ordre lâché, résiste-moi et fais ça bien ; sérieusement.

Infime battement de cils et les abysses s’illuminent d’un éclat maléfique. Ainsi tourne la partie ? Le dire deux fois ne sera pas nécessaire quant au fait d’être sérieux... Lecter ricane, sa joue frôlant celle de l’autre bête. « Mais … tu es toujours trop sérieux, très cher. » Et comme toujours en situation délicate, le reptile improvise, il rebondit. Une main se serre sur une autre, force le poignet puis le bras du fauve à plier dans un angle improbable flirtant sur la limite d’une dislocation. Sifflement sourd contre la bouche de l’autre, oeillade flambante. Jason n’est et ne sera jamais sérieux... seulement plus fou. « Bienvenue en Enfer. »

[…]

Volée de points noirs qui dansent devant ses yeux lorsqu’il les ouvre, l’obligent à battre des cils à plusieurs reprises jusqu’à voir la chambre se dessiner dans son ensemble. L’engourdissement de ses membres, la phase de réveil rendent chaque geste lent et la main qu’il ramène à son visage semble peser trop lourd. Les os geignent lorsqu’il décolle de sa joue une boucle blonde figée là par le sang séché et ses vertèbres craquent de façon glauque lorsque le Clown redresse enfin la tête. Tandis qu’il soupire, Lecter jette un regard circulaire à la chambre non sans ravaler un rire. On peinerait à croire qu’ils ont été seulement deux pour la mettre dans un tel désordre ; même le chauffage y est passé et Jason n’est plus certain de se souvenir comment. Dommage collatéral, sans doute.

Les abysses dévient, se pose sur la nuque de Boogie pour l’heure encore assis au sol et adossé au lit. Le sursaut indique clairement que ce cher Croque Mitaine n’a pas pleine conscience de ce qui vient de se dérouler et pourtant la nuit fut longue, autant qu’elle fut brutale. Le chat réalise l’état de son épaule et son regard à l’air de demander pourquoi, comment sinon. Le Clown esquisse un sourire en coin, léger mais qui n’a rien d’une excuse. Il ne regrette absolument rien et si son cerveau se fout bien de savoir pourquoi la pièce est à l’envers, il se souvient du moindre geste. Pivotant sur le côté, tête appuyée sur sa main il laisse à son second le temps de rejoindre le couchage sans prononcer un mot pour le moment. La demande a des allures d’ordre ainsi lâchée mais Lecter ne se vexe pas et laisse à Boogie le loisir de lui tourner la tête une fois son menton tenu. Les traits du fauve prennent des airs confus ; non ils ne sont pas propres loin de là, pas au mieux de leur forme et après ? Ce n’est pas le dingue balafré qui s’en soucie. Délicatement, il referme les doigts sur ceux du Croque Mitaine et pose un rapide baiser sur le dos de sa main avant de se redresser.
Aucune annonce, pas plus de prévenance car après ça personne n’en a besoin, on se blesse on se répare voilà tout et on en veut pas à l’autre car l’accord est commun. Les os retrouvent leur alignement d’un seul mouvement sec et net. L’épaule est à sa place et Jason y laisse la main qu’il ne rend pas pesante, seulement présente.

Une seconde le Clown songe à laisser Boogie se réveiller tranquillement et peut-être recoller les morceaux de ses souvenirs si possible mais lorsqu’il ouvre la bouche, ne serait-ce que pour demander comment l’autre se sent, aucun son ne sort car c’est la quinte de toux démarre. Sachant qu’il n’en placera pas une tant qu’elle ne sera pas passée, Jason se lève, rejoint la salle de bain où il s’empresse de se rincer la bouche et d’avaler quelques gorgée d’eau glacée. Un allez retour simple durant lequel il n’allume rien et ne prend même pas le temps de croiser son reflet dans le miroir. Revenant vers le lit, il manque de tomber en butant sur la table de chevet renversée et la redresse en pestant, claquant la langue au passage. « Bon sang, quel chantier...  » Sa voix sonne comme un mécanisme rouillé, grinçant qu’il laisse de côté pour ramasser son paquet de cigarettes, le briquet et le cendrier avant de s’asseoir près de son second, allumant aussitôt une tige verte. L’envie de demander est là, mais pas sûr que ses questions trouvent des réponses car Lecter ne serait pas surpris que son Croque Mitaine ne se souvienne de rien. Quelques flash, peut-être... Un peu somnolent encore, le Clown passe une main pensive sur sa mâchoire ornée d'une marque violacée puis la langue sur ses dents avant de ricaner. « Et bah on est vivants, finalement... » Finalement oui, et il a pourtant envisagé leur fin un moment donné. Ces colliers imprimés sur leur gorge en témoignent, c’est allé très loin et le sérieux réclamé a viré en folie pure. Et malgré ça, malgré cette lame courbe qui a manqué de peu de les faucher Lecter se sent bien, léger. « On  dira que c’était... sérieusement fou hm ? » Le ton n’est en rien dépité, sûrement pas. Éventuellement, le seul drame de cette histoire est bien le fait que peut-être, Boogie ne la retienne pas. La seule ombre réelle sur ce tableau d’une beauté sanglante. À son tour, Jason saisit le menton de l’autre bête, capte l’azur d’un regard et se penche vers le visage relevé, murmurant. « Il t’a plut, ce premier voyage ? » Autant poser la question, car dans le cas où le fauve n’aurait pas trouvé l’expérience à son goût, Lecter évitera de le droguer... et ce volontairement la prochaine fois.        

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 6 Fév - 23:54



On s'écorche, on se blesse, on se meurtrit. On se violente, on fait pleurer sa chair et hurler ses nerfs mais au final, on n'éprouve ni rancoeur, ni désir de revanche. Peu importe l'étendue des dégâts que les monstres s'infligent dans une unisson malsaine, pour eux l'enivrante volupté ne saurait se dissocier d'une cruauté sauvage. Les notes égrenées arrachées à une peau, les arpèges déchirés du bout des ongles résonnent encore aux oreilles, hymne démoniaque qui aurait bien pu se métamorphoser en requiem funèbre. L'ivresse fut dangereuse, amenant les bêtes à côtoyer de bien près la mise à mort planifiée dans un parfait accord. Mais ils sont toujours là, les monstres, parés d'un collier éphémère rougeâtre qui fut bien trop serré le temps d'une invocation morbide qui heureusement - ou malheureusement - n'a pas abouti. Le retour au réel est aussi brutal que l'envol vers ces sphères hors de portée du commun des mortels où l'on ne peut évoluer qu'avec son semblable en étant à la fois tentation et victime, bourreau et martyr. La tempête hallucinée passée, l'heure est maintenant venue de réparer sommairement et dans la mesure du possible les plaies encore brûlantes qui lézardent les écorces.
Le regard clair de Boogie se baisse sur sa main dont les phalanges écorchées et raides à force d'être crispées, serrées, ont du s'abattre plus d'une fois sur une chair qu'il ne hait pas. Ni fiel ni miel, pourtant, la caresse légère des lèvres de Jason sur sa peau lui arrache un court soupir de contentement. Armistice provisoire signée par la délicatesse d'un contact presque trop tendre après la lutte dont le déroulement lui échappe encore. Les muscles se relâchent, tension et fébrilité s'éclipsent, la fatigue qui tombe soudain sur ses épaules se fait langueur paresseuse. Boogie mesure l'état de la chambre et une bulle d'acide, résidu d'une inconscience et d'un je m'en foutisme dont il n'a jamais fait preuve, lui donne envie d'éclater de rire. Pas de costume austère et d'attitude arctique à enfiler, le Croque-Mitaine baisse la tête en lâchant un reniflement amusé. Derrière lui, le Clown se redresse et couvre l'articulation démise d'une paume en serrant les doigts de Boogie de son autre main. Pas d'avertissement ni de mise en garde, pas de lamentation ou de gémissement quand on lui lève un bras disloqué. Le geste est assuré et la douleur aussi fulgurante que brève fait éclater des tâches vermeil illusoires devant les yeux clairs de Boogie lorsque l'épaule retrouve son logement d'antan. Cela fait, on ne rompt pas le contact, on ne brise pas de suite une proximité qui a été chèrement payée. Le Croque-Mitaine penche la tête vers cette main qui tarde à le quitter jusqu'à ce que sa joue s'y appuie et s'y frotte presque docilement.

A la voix éraillée du Croque-Mitaine ne répond qu'une quinte de toux qui se prolonge, dure, ne semble pas prête de s'arrêter et pousse Jason à quitter un instant la pièce pour la salle de bain. Pas de lumière froide et bien trop réelle pour transpercer la pénombre et annihiler définitivement cette sensation de flottement qui frappe Boogie. Le tambour martial a laissé place aux pulsations lentes d'un coeur qui trouve une forme de sérénité déviante dans un contentement malsain. Bruit liquide de l'eau qui coule lui faisant l'effet d'une cascade lointaine. Jason refait son apparition, ombre à peine plus sombre que les autres qui trébuche sur un meuble quelconque renversé. Machinalement, le balafré la redresse, remet la main par miracle sur ses clopes et son briquet. Intense flash d'un orange lumineux lorsque la flamme éclaire le visage du Clown revenu à ses côtés. Chantier mais tu arrives à y retrouver tes affaires. murmure-t-il à voix basse pour ne pas avoir à entendre ce timbre rauque et râpeux. Les iris pâles balaient la zone devant lui où les membres brisés de quelque mobilier dressent des dents effilées dans l'obscurité, où la faible lumière fait scintiller du verre éclaté au sol. Une moue nonchalante plisse les lèvres de Boogie lorsqu'il remarque un relief de coup sur un mur. La vilaine réputation des murs d'hôtel en papier de cigarette est au final très surfaite. Vu l'impact, l'un d'eux aurait du se retrouver dans la chamre d'à côté si cette légende avait été vraie. Au moins ils sont vivants, avance le Clown en recrachant un nuage grisâtre d'une fumée piquante. Battant des cils, Boogie pose les yeux sur le profil du balafré qui effleure songeur sa mâchoire. Ont-ils seulement frôlé la mort de si près jusqu'à maintenant? Les monstres se sont promis une mort particulière. La Faucheuse ne viendra les visiter une dernière fois que lors de circonstances spécifiques. Et c'est en pleine possession de ses moyens que le fauve psychopompe veut capturer l'Instant de son alter ego. Il sera présent, jusqu'au bout quitte à laisser s'éteindre sa propre existence. Que la dernière vision de son existence soit son reflet au fond des abysses. Cette ultime seconde ne doit pas être volée par une folie hallucinée.

Les yeux clairs semblent se perdre dans les vestiges de souvenirs qu'il effleure du bout des doigts sans parvenir à les saisir. Bigre que c'est frustrant et agaçant. A chaque battement de cils, à chaque fois que le bleu disparaît, c'est une image à peine perceptible qui surgit du noir. Une chaise qui se brise sur un bras levé. Une main qui se referme une nuque. Un sifflement répondant à un feulement grave.  Un éclair provoqué par un poing le percutant. Le manque d'air qui a étreint sa gorge alors que celle de Jason cédait sous deux mains. Sérieux, ça l'était, le fauve l'était. Comment et pourquoi le monstre s'est-il arrêté? Etait-ce un flash de lucidité soudaine? Une vrille de douleur plus forte que les autres? Etait-ce cet Instant si précieux qui se faisait bien trop proche? Boogie fronce les sourcils de colère lorsqu'une main se glisse sous son menton, le contraignant à tourner la tête dans un grincement qu'il sera le seul à entendre, pour faire face aux gouffres sombres. Un murmure meurt sur ses lèvres, que pense l'homme qui s'est toujours abstenu de s'aventurer dans ce monde psychédélique et irréel? Le regard clair file sur le côté alors que ses dents mordent sa lèvre inférieure. Et bien, on peut dire que ça s'est fait sous le signe de l'absence complète de contrôle. On dépasse la notion de souvenir, celle que tout le monde connaît. Flots d'images brèves durant à peine une seconde noyés dans un maëlstrom de sensations que trop réelles. Si le Croque-Mitaine peine à agencer les pièces du puzzle, peine à trouver une chronologie dans ces flashes, il en éprouve l'atmosphère et ses nerfs se rappellent avec netteté le traitement qu'ils ont infligé et qu'on leur a infligé. Singulière façon de se souvenir où le visuel est évincé au profit du sensoriel obligeant la mémoire à adopter une façon inédite d'appréhender les événements passés.

Sérieusement fou, hm? soupire-t-il en souriant. Ils ont failli s'entretuer et là où les gens sensés en nourrirait une méfiance sans borne envers l'autre, ils en parlent avec calme et légèreté. De la pure folie ou un égoïsme exacerbé, celui qui prétend n'avoir besoin de rien et surtout de personne? Après tout, ils restent l'un et l'autre des bêtes sauvages et cruelles dont l'entente tient du miracle. Des monstres certes apprivoisés mais pas domestiqués. Le Croque-Mitaine s'écarte de Jason avant de se laisser doucement tomber sur le flanc, une main glissée sous un oreiller où ne se trouve pas d'arme. Je me suis senti invulnérable, béni par une totale impunité. Oui, c'était grisant autant qu'imprudent. Prêt à réitérer l'excursion? Sans être prononcée, la question doit brûler les lèvres du Clown aussi sûrement que la cigarette verte se consumme. Boogie secoue lentement la tête en apercevant la couleur du papier de la clope abandonnant de bonne grâce tout commentaire et tout sermon sur la démesure du Clown, son incapacité notoire à ne jamais faire les choses de façon dosée. Maintenant, j'ai l'impression d'être dans du coton. Pas complètement réveillé mais plus endormi. Passons sur cette faim surnaturelle et gargantuesque qui lui tord l'estomac, cette soif d'égaré dans le désert depuis une semaine, cette impression d'avoir été broyé par une presseuse et cette fatigue d'insomniaque chronique qui lui tournent autour du crâne. Il tend la main pour la refermer sur le bras de Jason, tire, le forçant à s'étendre près de lui. Plus jamais à mon insu. chuchote-t-il en croisant les yeux noirs. Libérant le balafré de son étreinte, ses doigts effleurent la gorge qu'il aurait pu serrer jusqu'au trépas avant de se poser sur la sienne qui n'émet qu'une voix brisée. Je ne crois pas que ça soit un bon point de départ pour un trip.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 7 Fév - 22:26

" Ice Road "

Le fou a-t-il bien conscience de la situation, d’avoir frôlé la mort de tellement près ? Oui, il sait très bien et la logique voudrait qu’il se pose des questions. Mais la logique, elle n’a pas sa place dans l’esprit de Jason si bien que cette nuit si particulière revêt à ses yeux des allures de doux cauchemar. Sa fin, il l’imagine ainsi dans le sang et la lutte, signée de la seule main qu’il ait sincèrement apprécié. Aucune colère, aucun remord, le Monstre est comme rassasié. La sensation grisante de jouer son existence a toujours été pour lui une drogue dure, plus puissante que la poudre ou l’herbe, que les mélanges qu’il a pu créer et il espère désormais que son Croque Mitaine comprenne. Voir la fin approcher, comme se tenir au dessus du gouffre et ne pas hésiter à sauter, décider pour soi et si l’envie déserte simplement dire non, pas aujourd’hui chère dame en noir. Le fou l’est jusqu’à oser croire en véritable fanatique qu’il a son mot à dire et que la volonté surpasse bien le destin. Je veux je prends, je choisi je fais et le seul qui a son mot à dire dans l’histoire, c’est moi. Lecter est ainsi (et malheureusement ?) fait, à ne voir que ce qu’il veut, à sans cesse défier le sort. Depuis tant d’années à ne faire que ça, à ne jamais reculer on aurait bien tendance à croire qu’il y parvient.  Preuve étant, il est en vie et pas décidé à abandonner cette existence là.        
Cette chambre dévastée aurait pu devenir leur tombeau et à la regarder Lecter doit admettre que le travail de dentellière n’était pas à l’ordre du jour. Les éclats de verres et de bois éparpillés, ce relief incrusté dans le mur, les sombres taches sanglantes sont autant de signes que l’affrontement fût sérieux et seulement ancré dans un présent qui ne souffre d’aucun lendemain. Son corps entier sonne l’alarme, porte les stigmates de la nuit mais ce prix là Jason le payerait encore et encore pour seulement trente secondes du même genre. Le prix du sang n’est rien en comparaison d’une telle ivresse. Mais l’a-t-il aimé, ce voyage ? Le Clown interroge, il veut savoir si l’expérience est à renouveler ou pas. Et Boogie avoue avoir perdu le contrôle, avoir lâché prise. Jason abaisse la main, relâche le menton de son second et hoche lentement la tête. On peut en effet le dire, c’était impossible de réfléchir. Haussant les épaules et soufflant une volute vers le plafond, le balafré ricane presque. « C’est rien de le dire, vu l’état des lieux. » Et à la phrase qui suit, il sourit à son tour, coulant une oeillade vers l’autre bête pas moins écorchée. « Sérieusement fou oui. J’ajouterai inoubliable également, puisque nous sommes vivants et plutôt entiers. »

Les bêtes ne se craignent pas, elles ne se toisent pas avec méfiance quand bien même elles auraient pu s’entre-tuer. On en parle, on en rit presque, on avance et voilà tout. C’est simple, c’est juste « normal » pour les Monstres. La seule chose qu’ils détestent, redoutent éventuellement chez l’autre ce n’est pas ça, pas ce genre d’élan. L’un en a après la glace lorsqu’elle fige toute émotion et l’autre en a après la cendre traîtresse, vindicative. Ce que les bêtes ne veulent pas, c’est se voir séparées. Prendre la vie de l’autre en revanche, voilà un honneur qui aura son heure un jour ou l’autre...
Le Croque Mitaine s’écarte, s’allonge et le Clown l’écoute sans interrompre, achevant sa cigarette. Un sourire lui tire les lèvres lorsque Boogie évoque cet état de puissance, où l’esprit se persuade qu’il ne craint rien ni personne, qu’il est au dessus de tout et pousse à tout, n’importe quoi. Il connaît, c’est agréable faut-il l’avouer de sentir ses limites déchirées, de voir ses propres chaînes brisées. Se sentir capable de défier l’univers mais plus encore, de se défier soi même. Grisant n’est-ce pas ? Quant aux suites, c’est plus où moins ce que le fauve décrit surtout à la première tentative. Sentiment de flottement, d’être enveloppé d’une chose trop douce et trop paisible mais qui n’est pas cette brume offerte par le sommeil. Ça passera, le temps de revenir pour de bon. « Assez étrange hein ? Même si j’avoue que ça ne dure jamais pour moi, je suis bien réveillé. » Soupire-t-il, plus ou moins amusé en tendant le bras pour écraser le mégot au fond du cendrier. À la force de l’habitude, les effets se font courts dans le temps et ce matin, Lecter ne se sent déjà plus vaseux, à peine somnolent en raison d’un manque évident de sommeil mais en dehors de ça, aucun de ses sens n’a déserté. Une main se referme sur son bras, l’enjoint à s’étendre et il ne cherche pas à protester. Les abysses interrogent, presque soucieuses aux mots prononcés. Plus jamais à son insu dit-il, ça ne semble pas être un bon point de départ. « C’était involontaire, très franchement. » Rétorque le Clown sur un soupir, claquant la langue dans une sorte de constat fataliste. « Je suis fourbe, menteur c’est un fait mais ça, je ne te l’imposerai pas. Je t’ai promis déjà de te laisser ce choix ; je ne suis pas un traître. » Malgré une colonie de défauts, c’est un fait établit. Lecter n’a qu’un parole et il la sent ici remise en question. Légèrement vexé le Clown se mord la langue, préférant garder sa susceptibilité pour lui et ne pas cracher une réflexion qui gâcherait cette ambiance feutrée, cette proximité retrouvée après tant de déboires. Pour une fois il se tait.

Cinq secondes à peine. Chassant l’air d’une main le Clown se redresse, quitte le lit et passe une main sur sa nuque. « C’est bizarre tu vois... j’ai comme l’impression de sentir une pointe de... regrets ? Ou de, je ne sais pas de la colère peut-être du doute sinon ? Enfin... je ne te sens pas très enchanté par cette charmante soirée. Je me trompe ?! » En fait, un détail cloche peut-être seulement un relent de ces clopes trafiquées ou la fatigue, le fait de partir et de voyager, d’avoir abandonné leurs habitudes chaotiques et leur quotidien tordu. Le Clown ne sait pas, il ne comprend pas d’où lui vient cette impression, que l’excursion peinte de bleu et de noir n’est pas vue, ressentie de la même manière des deux côtés. Pourquoi ce sentiment d’être le seul satisfait de chaque seconde ? Par l’Enfer que c’est stupide ! Digne de la bonne vieille paranoïa aussi. Lecter grimace, secoue la tête et soupire. « Hn laisse, je dois sans doute psychoter pour rien. Je... prends la mouche sans preuve ou raison. Je n’ai pas les idées bien claires... pas dit qu’elles l’aient été très souvent d’ailleurs. » Achève-t-il dans un demi sourire. Sa propre voix qui ne cesse de grincer à ses oreilles en devient dérangeante, trop acide, agressive. Il baisse le ton, tâche de sembler d’une humeur plus cordiale. « Je vais me doucher déjà... Repose-toi, on ne tardera pas trop à reprendre la route. En espérant trouver un endroit où se poser, je tuerai pour un café. » Et rapidement, le balafré se penche et pose un baiser sur la tempe du Croque Mitaine avant de s’éloigner et de rejoindre la salle de bain.

Lorsqu’il s’allume enfin le néon au dessus du miroir est tellement fatigué qu’il tapisse la pièce d’une clarté verdâtre, faiblarde mais suffisante tout de même à agresser les rétines. Vivement, Jason lève une main devant son visage et peut enfin juger du tableau dans son ensemble... Sois sérieux, entend-il encore comme une douce invitation et diable, ça l’était vraiment. Longuement il observe les marques en tout genre qui colorent, déchirent sa peau et il comprend un peu mieux ses raideurs. Rien de cassé à priori, peut-être quelques foulures ou entorses au pire mais elles n’iront pas le déranger. Penché plus en avant, il observe attentivement son visage et un œil dont le blanc a majoritairement viré au rouge, l’arcade entaillée d’où venait le sang qui colle encore quelques mèches blondes. Mais il sourit, rit et s’engouffre dans la cabine sans plus s’attarder. Ces articulations qui gémissent, ces plaies qui saignent, ces zones bleuies ou violacées... il les a voulues, il les a rendues et le suicidaire jubile. Cette oeuvre est celle de l’artiste maudit, ce cher frère, ce cher compagnon... son très cher Croque Mitaine. Pour Jason, elle est parfaite.

[...]

Une trentaine de minutes, c’est en général le temps que le Clown passe entre la douche et ses vêtements, cette fois n’est pas différente. Habillé, il revient à la chambre sans la certitude que le fauve ait trouvé le sommeil et debout entre les deux couchages, Lecter se pose la question : ne devrait-il pas choisir l’autre lit et se poser seul quelques heures, à distance raisonnable ? Peut-être... Un sifflement désapprobateur traverse ses lèvres et il secoue une nouvelle fois la tête, se traitant mentalement d’imbécile. Cette question, il ne se l’est jamais posé, il n’hésite jamais et devrait déjà être allongé près du chat, parce que c’est là sa manière d’agir, sans jamais demander l’avis des autres et jamais celui de Boogie. Lecter est intrusif, exigent et particulièrement pénible lorsqu’il désire quelque chose. Un serpent, une araignée bien souvent indésirable. Lui opposer le moindre refus est devenu rarissime, on craint bien trop les conséquences et ce n’est pas le Croque Mitaine qui a seulement osé refuser sa présence par le passé. Aujourd’hui encore il est toujours là, il a toujours accepté. Mais les choses ne sont plus tout à fait les mêmes depuis un moment. Cette fois le reptile ne s’imposera pas car il n’est pas le maître du Sud. Ce costume là est resté à New York et Lecter ne souhaite donner aucun ordre. « Tu ne dors pas j’imagine hm ? » Le contraire serait fort étonnant en réalité. Sans empressement, le Clown s’assoit au bord du lit et fixe longuement la moquette avant de jeter un œil par dessus son épaule et de lâcher d’une voix faussement suspicieuse. « Mais si tu feintes pour échapper au rangement de cette pagaille Boogie, ce n’est pas très fair-play. »    

© Jason L.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 22 Fév - 14:59



Si la source de cet épisode aurait pu provoquer une ulcération si vive que le Croque-Mitaine se serait figé dans des températures et des allures polaires, l'heure n'est pas aux griefs, aux doléances et aux giclées glaciales. Qui blâmer pour cette perte de contrôle : Jason qui a laissé traîner ses jouets ou lui-même qui a été trop irrité pour faire preuve de discernement? En vérité, il n'y a aucun réel fautif à fustiger pour ce dérapage non maîtrisé - au grand dam d'un Boogie qui se retrouve devant les vestiges d'une majeure partie de la soirée qu'il peine à rassembler. Si de la colère est perceptible dans la voix brisée du Croque-Mitaine, elle n'est dirigée vers personne mais vers cette situation d'épilogue dont les chapitres précédents semblent avoir été lu par quelqu'un d'autre que lui. Frustration non négligeable pour un Croque-Mitaine qui pourrait se perdre dans la contemplation des blessures qu'il a infligé, y trouvant une beauté morbide, une harmonie désarticulée ensorcelante. Amnésie morcelée d'autant plus difficile à admettre pour le Monstre qui a coutume de revivre avec un plaisir malsain et égoïste ses plus beaux supplices. Et c'est d'autant plus pénible que ces derniers sont imprimés à même l'épiderme du Clown. Les iris pâles ont beau effleurer les blessures de Jason, Boogie a beau savoir comment on en arrive à laisser de telles marques, il n'arrive pas à faire remonter à la surface de sa mémoire la façon dont il a bien pu s'y prendre.

Si Jason reprend pied dans une réalité bien tangible rapidement, ce n'est pas le cas de son second qui conserve, collée à la peau et aux sens, cette impression d'évoluer dans une atmosphère plus ou moins nébuleuse. Comme un pilote ayant essuyé une violente et imprévisible embardée qui l'a envoyé dans le décor, il paraît hésiter à reprendre pleinement le contrôle. Près de lui, la voix de Jason poursuit et au fur et à mesure que les secondes s'échappent, que la parole se déroule, le ton se durcit sensiblement, prenant des inflexions sèches presque acides et grinçantes malgré le voile râpeux qui couvre des cordes vocales malmenées. Boogie esquisse un nonchalant signe de tête négatif en entendant son compagnon sembler prendre pour lui la dernière phrase qu'il a prononcé. Mais pas sûr que Jason remarque ce geste tellement léger et discret. Quand la paranoïa fait son apparition pour assombrir un tableau quel qu'il soit, elle estompe la scène et ses occupants ne laissant en lumière que ce qui chiffonne et dérange, à savoir cette remarque désabusée d'un Croque-Mitaine qui ne souhaite plus être abusé de la sorte. Aussi quand Jason se relève soudain, Boogie hausse un sourcil, s'efforçant de se concentrer sur les lèvres du clown qui s'agitent, sur ses paroles qui prennent sens au fur et à mesure qu'elles sont proférées. Les yeux pâles restent rivés sur le visage de Jason. Silence avant qu'un murmure éraillé ne meuble l'absence de bruit. Ouais. Tu psychotes un peu trop pour quelqu'un en vacances. annonce-t-il avec une moue mi-figue mi-raisin.
Ronronnement de basse qui filtre à travers les lèvres closes du fauve qui roule sur le dos, glissant une main sous sa nuque. Les iris pâles se détournent du clown pour se river au plafond lézardé où pend une ampoule brisée. Plissant le front, la voix voilée cède le pas à un chuchotement bas. Des regrets. répète-t-il en détachant soigneusement les deux syllabes appréciant presque la soudaine musicalité de ce mot au mépris de son sens. Fermant les yeux, il prend une profonde inspiration avant de tourner la tête vers Jason. J'ai aucune foutue idée de ce que ça peut être...des regrets. Présentement, tout ce qui me...gêne, c'est cette espèce de goût d'inachevé. Comme si on m'avait volé ces dernières...ces dernières quoi d'ailleurs? Ces minutes? Ces heures? digresse-t-il soudain en se redressant cherchant du regard un quelconque repère temporel. S'il y avait une horloge ou un réveil quelque part, il a fini sa carrière ailleurs qu'à sa place initiale. Soupirant avant de se laisser tomber en arrière, il agite mollement la main. Hmf, sans importance. Difficile d'apprécier une partie de la soirée lorsqu'elle vous parvient en flashes fragmentés et sans aucun ordre. A peine le temps d'en apprécier la teinte qu'elle s'évanouit aussitôt. Ces images doivent bien être enregistrées quelque part mais pour l'instant où sont-elles rangées échappe complètement à sa mémoire. C'est comme si j'avais lu le début et la fin d'un livre sans son développement. achève-t-il en se passant une main sur les yeux.
Suite à cet échange, à moins qu'il ne s'agisse d'une soudaine prise de recul chez le Clown, la voix de Jason s'apaise, quittant ces intonations acerbes qui ne sont jamais de bon augure et que Boogie a préféré ne pas entendre. Va dans la salle de bain.
Paupières plissées pour réduire son champ de vision à une mince ligne, le regard de Boogie glisse jusqu'à la porte de la chambre. Pas de fautif disait-il? Oh que si il y en a bien un au final et une demie-heure est largement suffisant pour que le Monstre exerce ce qui s'apparente à de la justice à ses yeux. On n'échappe jamais à un monstre et les sentences de ce dernier peuvent s'avérer extrêmement versatiles. Alors que l'eau se met à couler dans la salle de bain, Boogie se hâte de s'habiller rapidement. Jason est certes l'enfant chéri du Chaos, il y a des choses qui sont immuables chez lui.

Dix années à être à la fois juge, avocat et bourreau, cela forge une vision biaisée de la justice. Lorsque Boogie réintègre sa chambre, c'est avec le sentiment du devoir accompli. La Bête psychopompe est restée comme à son habitude jusqu'à la toute fin. Remettre la main sur cette foutue femelle n'a pas été aussi complexe qu'il l'imaginait. Quand à l'obliger à s'injecter encore et encore des doses létales du poison qu'elle achetait pour s'offrir une porte de sortie sur un rêve éveillé bien loin des vicissitudes de son existence pitoyable fut désarmant de facilité. Dès que le corps de la blonde a cessé de convulser, les verrous posés sur la mémoire trompée de Boogie ont commencé à se desserrer un par un. A croire que l'élément perturbateur de tout cela, une fois éliminé, suffit à apaiser l'âme noire d'un Croque-Mitaine qui retrouve enfin les rênes de l'animal fou qui se terre au fond de lui. Abandonnant de nouveau ses vêtements là où il les avait retrouvé, le monstre apaisé se glisse de nouveau sous les draps, posant doucement la tête sur son oreiller. Au-delà de la porte de la salle de bain, le jet d'eau se tarit soudain et le sourire satisfait du fauve qui a festoyé en cachette disparaît des lèvres du Croque-Mitaine.

Poignée que l'on tourne, cliquetis d'un interrupteur que l'on actionne précèdent les pas de Jason qui se rapproche du lit. Le matelas se creuse sous le poids du Clown qui s'assoit au bord, toutefois, aucune suite n'est donnée à cette installation si ce n'est une question. Une question rhétorique adressée au monstre qui ne dort jamais que d'un oeil. Boogie ouvre à peine les paupières distinguant dans la pénombre la silhouette de Jason dont les traits se tournent dans sa direction. Ton faussement suspicieux lorsqu'il aborde un sujet que jamais le Croque-Mitaine n'aurait imaginé entendre venant de la bouche de son alter-ego. Plaît-il? répond la voix surprise de Boogie. L'azur se rive au noir une lueur incrédule flottant au-dessus des pupilles retrouvant une réactivité. Une seconde passe. Puis deux. Puis trois. Diantre. J'ose espérer que tu n'es pas sérieux quand tu parles de rangement? Et le Croque-Mitaine libère un court rire argentin avant de se hisser sur un coude et d'adresser une oeillade critique à la chambre. Quelqu'un est payé pour faire ce genre de choses. Et puis, tu as vu la faune locale? Ca doit pas être la première fois que le taulier et son personnel vont devoir affronter une chambre vandalisée. Des routiers, (feue) une prostituée junkie et donc forcément un dealer et un souteneur dans les parages proches, pour sûr que des dégâts, les gérants de ce trou ont du y faire face. Dans le pire des cas, ils se feront copieusement maudire, insulter, peut-être promis à l'enfer, au Diable ou à n'importe quelle autre divinité ténébreuse. Le temps qu'on se rende compte des dégâts irréparables qu'ils ont provoqué, ils seront déjà partis. Et ces braves tauliers auront d'autres chats à fouetter qu'une simple chambre saccagée dans quelques heures...prostituée et overdose, ça fait une très mauvaise publicité et c'est hautement plus problématique que du mobilier détruit. Boogie se redresse, s'asseyant à son tour. Lentement, il glisse un bras en travers de la poitrine de Jason, se faufilant dans son dos, menton calé au creux de son épaule. La voix éraillée se fait feulement délicat et moqueur à l'oreille du Clown.Mais si tu as mauvaise conscience à l'idée d'abandonner un tel chaos à un tiers... persifle Boogie d'un ton léger et railleur ...tu peux gentiment oublier quelques dollars en évidence sur l'un des lits. Tu rendras service...

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Dim 23 Fév - 13:22

" Ice Road "

Oui il psychote, il réfléchit trop et ça ne lui ressemble tellement pas qu’à bien y repenser, Jason trouve la chose risible. Depuis quand s’interroge-t-il de la sorte ? Depuis quand lâche-t-il des idioties telles que cette idée de rangement ? La chose surprend très logiquement Boogie, il y’a de quoi. Lecter ne range rien et se retrouve dans son bordel, le préférant largement à un décor bien organisé. Il n’aime pas, n’a jamais aimé l’ordre parce qu’il est bien trop impatient et bien trop impulsif... non ce n’est pas si « normal » cette tirade sortie de sa bouche. « Pas sérieux... » Redit-il à voix basse, presque pensif. « Bah, je ne suis jamais sérieux. » Et puis clairement, des gens sont là pour ça. Ils ne seraient pas les premiers à rendre une chambre à l’envers dans un tel lieu ; celui-ci ne respire pas le luxe et doit avoir abrité des scènes de crimes à plus d’une reprise... en définitive alors ? Il s’en fiche comme de l’ère glaciaire. Le Croque Mitaine se redresse, glisse derrière lui sans que le Clown esquisse un mouvement mais un rire fuse à entendre ces quelques mots concernant une éventuelle mauvaise conscience. Non il n’en a pas et ne se sentira jamais coupable, pour ça moins encore. Penchant la tête sur le côté jusqu’à l’appuyer contre celle du chat, le serpent ricane. « Nan, je suis comme les dragons je ne lâche pas facilement un sous de mon trésor et surtout pas pour ça. Quant à avoir mauvaise conscience allons, tu me connais. » Il faut admettre toutefois que sa réaction était étrange... au moins. Fronçant les sourcils, Lecter grommelle. « C’est peut-être l’effet du... grand air. Ou alors je subis ta mauvaise influence maniaque... » Possible, mais non. Depuis le temps, Jason a plus volontiers enragé contre cet acharnement que Boogie vouait à l’organisation, pas question de s’y mettre ce serait comme... contre nature. Lentement, le balafré secoue la tête et se laisse d’avantage aller en arrière, profitant de cette étreinte calme mais jamais si vide de sens.

Les monstres ne sont guère compliqués, rien ne saurait durer plus que de raison (faute de raison sans doute) et si le trouble planait encore dans cette pièce une bonne demie heure plus tôt il s’est comme évaporé. Du regard, Jason cherche à son tour une indication horaire mais à première vue il ne devait rien y avoir de ce genre ici. De fait il tend le bras, fouille son sac à l’aveugle jusqu’à trouver son téléphone. « Un peu plus de sept heures... Il est temps je crois, de filer comme des voleurs hm ? » Tout en ayant rien volé mais en laissant un certain chantier, c’est du pareil au même. Le temps de rassembler leurs effets, de se préparer et les acteurs quittent le théâtre sans regrets. Une autre page se tourne, une de plus écrite cette fois dans leur propre sang.
Dehors, sac à bout de bras Lecter jette un dernier regard sur le bâtiment et plisse les lèvres dans une moue songeuse. « Je pensais bien que la blondinette oserait tenter le diable encore une fois... pas toi ? » Pas qu’il aurait été ravi de la revoir mais plus en forme qu’à leur arrivée le Clown aurait certainement eu plus de mordant. Bof, ce n’est pas très important, pense-t-il en prenant place au volant. Juste un petit goût d’inachevé parce que la bête n’aime pas laisser les offenses impunies ; très à cheval sur les dettes à payer. Mais il n’aurait pas su rester discret... pas le genre, il aime trop signer ses trophées alors tant pis pour cette fois. Rapidement il consulte son itinéraire noté à la va vite avant le départ puis sa carte. Prochain arrêt, Chicago.

[...]

Et sept heures de route semblant interminables pour le coup. La tempête n’est plus, certes mais la neige accumulée a rendu les automobilistes stressés comme en peu d’occasions. De quoi passer au conducteur clownesque toute envie de fumer ses clopes trafiquées tant son attention devait être focalisée sur la route. Le danger ce sont les autres parait-il, bon sang c’était bien trop vrai aujourd’hui. Préférant contourner cette énorme ville trop pleine de citoyens -et la foule ce n’est pas leur tasse de thé- Jason pose la voiture sur le premier parking à proximité de petits commerces et à peine le moteur coupé, laisse tomber la tête en avant sur le volant. « Je comprends mieux pourquoi on tue tellement de gens... ils sont.. énervants ! »    
S’il s’écoutait, le Clown s’endormirait bien ici, maintenant ne serait-ce que pour évacuer une tension nerveuse qui n’a tellement rien à faire en période de vacances. Le fait est simple, le monde le dérange profondément et s’il avait le pouvoir de les faire disparaître en claquant des doigts il en abuserait sans arrêt. Les monstres sont égocentriques et dans cet ordre d’idée il va de soit que par leur simple présence, les êtres humains troublent leurs vilaines habitudes, leurs noirs plaisirs. Égoïstes comme peu d’autres sauraient l’être ces bêtes qui n’aiment pas être dérangées et qu’on ose jamais interpeller chez elles... ce n’est pas le cas ici. Les joies de l’anonymat disait si bien Boogie...

« Allez, je vais au moins avaler un café sans ça je risque de devenir vraiment désagréable. » Ceci impliquant de croiser quelques personnes mais qu’importe, la pause est plus que méritée et elle ne fera pas de mal. On l’apprécie rarement dans ses mauvaises humeurs voir jamais, il devient tout bonnement infect. Sans plus attendre, Lecter sort sachant que demander au Croque Mitaine s’il compte le suivre n’est pas utile ; le jour où ils traîneront réellement l’un sans l’autre, c’est que l’un sera mort. Quelques enjambées et le balafré pousse la porte du petit café brasserie non sans pouffer intérieurement. Que c’est ordinaire tout de même...
Rapidement il s’installe à une table flanquée de deux banquettes et soupire longuement. C’est peut-être affreusement normal ce genre d’endroit et plus volontiers le Clown préfère les bars sordides de son quartier où il est libre de tout, titre oblige. Ici ils ne sont rien de plus que des clients... encore que le client est roi c’est bien connu, pensée qui n’est pas sans le faire sourire alors qu’il jette un œil désabusé à la carte laissée à disposition. Mais loin de lui l’envie de choisir, aussi lorsque ce qui doit être la propriétaire des lieux vient à leur rencontre, le Clown ne commande qu’un café.

La femme éloignée, il croise les bras sur la table et se penche en avant, cherchant l’azur d’un regard qu’il a trop peu croisé ces dernières heures. « Pour en revenir à plus tôt car je pense avoir oublié de répondre clairement... Il s’agissait bien d’heures, non de minutes et si rien ne te revient, voilà une scène qu’il ne me déplaira pas de rejouer. Puis si tu as besoin de combler des blancs... demande. » Parce que c’est trop frustrant, l’oubli. Ne pas se souvenir alors qu’on sait parfaitement qu’il s’est passé quelque chose et le fait que ce soit entre eux est d’autant pire. Ils aiment trop revivre leurs crimes, leurs faits d’armes en pensées. Machinalement, Lecter passe une main sur sa mâchoire et plisse légèrement les paupières avant de siffler d’une voix chantante. « Tu n’as rien à me dire ? Je peux me tromper, mais je ne pense pas le faire en disant qu’il y a quelque chose que je ne sais pas. » Paranoïa peut-être mais il en doute. Dix ans ensemble, jour après jour, les secrets sont devenus trop rares. L’instinct parle et dit que le chat a posé les pattes quelque part ou sur quelqu’un... et le serpent n’a pas besoin d’avoir clairement vu, il sait.
On apporte les commandes, Jason lâche un merci qui lui écorche la langue mais s’il faut jouer l’humain autant le faire correctement, quitte à grimacer une fois l’autre partie. En quarante ans de vie, les remerciements ayant quitté sa bouche peuvent très certainement se compter tant ils ont été exceptionnels... il estime trop ne rien devoir à qui que ce soit. Soulevant sa tasse il ajoute en murmurant, un demi sourire aux lèvres. « Je pourrai te forcer à avouer tes... crimes, mais ce serait sans doute déplacé dans un lieu publique, non ?! » Et une fois de plus Lecter maudit le dit public. Vraiment, les autres font tache dans leur sillage.                   

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 7 Mar - 23:05



Remords. Regrets. Conscience. Là où la plupart des êtres humains se provoquent en s'infligeant les qualificatifs les plus cruels et dénués de tout sentiment, les Monstres se raillent en s'affublant de ces caractéristiques qui ne sont à leurs yeux que synoymes de faiblesse et de sensiblerie. Et si leur folie respective les entraîne parfois à prendre des décisions singulières ou à émettre des avis humainement recevables, il en restera sans cesse un pour ramener l'autre sur le maléfique chemin tortueux qu'ils arpentent depuis des années.

Jason se laisse aller en arrière, s'appuyant contre Boogie. La Bête a eu sa ration de violence, de sang allié, griffes et crocs restent sagement rangés même si les yeux pâles apercoivent à la périphérie de sa vision les marques d'une lutte âpre dont les images commencent enfin à remonter à la surface de sa mémoire comme un film dont il manquerait encore certaines bobines. La pellicule saute, les sensations se mêlent et la saveur grisante de l'impunité pique. Le prédateur derrière les yeux bleus se rappelle ces détails anodins qui provoquent la pulsion morbide et lui donnent envie de posséder pour toujours cette vie. Vampire encore plus cruel qui ne se contente pas d'éteindre une existence mais en absorbe également jusqu'à la moindre moue de sa proie. Tiédeur diffuse sur sa joue lorsque celle de Jason s'y presse, ils auraient bien pu s'entretuer, il aurait pu se faire tuer, il aurait bien pu le tuer. Et dans cet ultime cas, qu'est-ce qui en serait sorti? Un nouveau monstre. Un clown aux yeux de givre. Les lèvres du Croque-Mitaine s'étirent en un sourire funèbre effleurant à peine l'épaule qui s'offrirait presque à leur contact. Evidemment que je te connais. Mais t'entendre réagir de manière si civilisée fut plus que surprenant. lâche-t-il sur le ton de la conversation. Le chaos qui a envie d'ordre...admets que ça sonne étrange. Même pour nous. conclut-il alors que Jason s'appuie complètement contre lui. Quelles que furent les raisons de cette idée, elle disparaît aussi rapidement qu'elle n'avait surgie. Peut-être était-ce une résurgence d'un précepte inculqué il y a des années - dis bonjour, dis au revoir, range ce que tu déranges - qui s'est soudain activé, à l'instar d'un membre fantôme. Les ténèbres habitent et ont dévoré depuis longtemps leurs âmes, faire preuve d'humanité ou de normalité ne seront jamais plus que des lubies ou du théâtre.
A travers la fenêtre qu'un épais rideau masque à moitié, le jour gagne sa lutte contre la nuit. Jason se redresse pour fouiller dans son sac récupérer ce que Boogie avait cherché quelques instants auparavant. Une indication horaire. Un peu plus de sept heures lui annonce-t-on et ils doivent reprendre la route même si les dernières heures n'ont guère été particulièrement reposantes. De toutes façons, paresser est hors de propos. L'endroit est bien trop sens dessus dessous pour dépenser un pauvre dollar supplémentaire. D'un seul mouvement, Boogie quitte le lit, s'empare de la poignée de son sac qu'il traîne comme on le fait avec un cadavre jusqu'à la salle de bains.

Aucune présence policière ou para médicale dans les couloirs. Le cadavre de la condamnée à mort pour stupidité n'a donc pas encore été découvert. C'est un calme plat qui y règne, la seule effervescence doit se concentrer dans le restaurant où la clientèle babille avant de quitter les lieux et que les monstres n'ont franchement pas envie de subir. Sac sur l'épaule, ils traversent le parking déneigé jusqu'à la voiture. Bagage à peine jeté dans le coffre,Boogie s'instale côté passage et se laisse retomber contre son siège alors que la portière à sa droite se referme sur Jason. A l'évocation de la blonde, il pose les mains sur le tableau de bord, penché en avant et les yeux levés sur les nombreuses fenêtres crevant la façade de l'hôtel. Dans une heure, deux peut-être, on découvrira derrière l'une d'entre elles, un cadavre raide, baignant dans ses propres vomissures. La présence d'une seringue et d'héroïne achevant le tableau, il sera inutile d'avoir fait de longues études criminelles pour déduire ce qu'il s'est passé. Les stries grisâtres de rimmel sur les joues de cette foutue femme évoqueront des larmes de désespoir face à une existence minable dais jamais des prières marmonnées entre deux sanglots morveux face à une paire d'yeux insensibles. Est-ce-que les flics des environs se pencheront sérieusement sur cette mort? Assurément non. Boogie parierait qu'entre la création du dossier et son archivage aux affaires classées, il ne s'écoulera que quelques heures. Qui pleure une prostituée junkie? Absolument personne. La justice des humains normaux ne s'intéresse pas à la mort des citoyens minables. Les iris clairs glissent sur le côté jusqu'à croiser les abysses. On échappe pas deux fois aux monstres. Même un enfant le sait. se contente-t-il de répondre, énigmatique.

[...]

Sept heures à avaler des kilomètres dans un silence de cathédrale provoqué par les conditions mauvaises conjuguées aux autres automobilistes - tout aussi mauvais. Sept heures presque interminables durant lesquelles l'ennui et le détachement n'est pas de mise sous peine de froisser de la tôle. Alors même si des routes parfaitement dégagées signifient la présence d'une fourmilière humaine toute proche, l'attention peut enfin se relâcher. Préférant ne pas se  mêler avec la plèbe du centre ville, Jason opte pour la banlieue et déniche un de ces bars brasserie sordides de médiocrité et d'une platitude sans nom. Tournant la tête dans la direction du balafré qui a le front appuyé contre le volant, Boogie déclare d'un ton solennel en pointant de l'index les baies vitrées de l'établissement.Je te promet que si je vois une affiche prétendant qu'on fait là le meilleur burger de l'état...je ne réponds plus de rien. Ca règlera le problème de ton éventuelle mauvaise humeur et mon désarroi. Quittant
la voiture, il s'étire longuement avant de choisir le visage du voyageur détendu, qui n'a rien d'autre à penser que sa destination.
Aberrations à masque humain souriant. Bêtes sauvages aux paroles amicales et polies. Les loups sont dans la bergerie, crocs et griffes cachées, ils ont endossé une peau de laine qui les démange tant elle ne leur convient pas. L'endroit est tellement normal et de banal que cette impression suffirait à elle seule à justifier un massacre. Boogie s'installe sur la banquette face à Jason et s'empare de la carte en y jetant un regard plus long que son compagnon. Le brouhaha constant couvrant à peine une radio grésillant envahit ses oreilles, s'infiltre jusque sous son crâne. Remontée d'acide imprévue qui lui susurre d'y aller, de tous les faire taire. Qui pourrait l'arrêter? Qui pourrait stopper la mort en marche? Un peu de désordre dans l'ordre, un peu de chaos dans une routine, n'est-ce-pas ce qui le divertit depuis des années. Sur la carte plastifiée où les traces d'une dizaine de doigts marquent tel ou tel plat, Boogie ne distingue qu'une armée de k, de i et de l. Sans se départir de son calme apparent et sans abandonner le masque d'innocence accroché à l'instant où il a passé la porte de la brasserie, le Croque-Mitaine ignore le chant obsédant de la pulsion de mort qui pourrait bien faire couler ici autant de sang que de café. Reposant calmement la carte sur la table, il croise brièvement les abysses avant que la serveuse - ou peu importe ce qu'elle soit - ne s'arrête à leur table pour prendre leur commande. Là où Jason se contente d'un simple café, Boogie y ajoute ce qu'on tente de lui vendre avec emphase comme étant..."la meilleure tarte de l'état". Dommage que ça ne soit pas "le meilleur burger". plaisante-t-il avec une naïveté feinte.

Sans empressement, la serveuse s'éloigne et ce n'est qu'une fois hors de portée d'oreille que Jason se penche vers l'avant, révélant que leur sale petit jeu qui aurait bien pu leur coûter la vie avait duré plusieurs heures. Machinalement, Boogie porte la main à son cou. Des heures...? C'est que tu dois sacrément difficile à coincer. En soupirant, il se laisse aller contre le dossier de sa chaise. Et bien...moi qui me réjouissais à l'idée de commencer à me souvenir de certaines choses... Il aurait vraiment du foutre le feu à l'hôtel. Ca aurait peut-être débloqué complètement sa mémoire et si cela s'était avéré vain au moins, le spectacle aurait été réjouissant. Il va falloir se laisser conter cette drôle de nuit. A moins de rejouer cette dangereuse et mortelle partition. L'évocation de cette éventualité fait naître un sourire mauvais sur les traits de Boogie. Plus de murs ni de mobilier alors. ronronne-t-il presque lugubre. Que je te traque autant que tu me pièges. Le bleu quitte lentement le noir pour se river sur l'hématome qu'effleure Jason. Un rire moqueur typiquement lecterien résonne comme un écho lointain sous son crâne et il se revoit le jeter violemment contre un mur avant d'écraser sèchement son poing sur la mâchoire du clown dont l'hilarité est soudain aussi agaçante qu'incitation à poursuivre. Battant des cils, Boogie reporte son attention sur Jason qui, loin d'être dupe, confie pressentir que son Croque-Mitaine passe sous silence un fait. Pas le temps de répondre, la serveuse refait irruption posant leur commande sur la table. Pas un regard ne lui ai octroyé, yeux dans les yeux, les bêtes se dévisagent. Certitude des abysses de l'existence d'un secret, ostensible arrogance du bleu attendant patiemment la disparition de l'intruse qui s'éclipse bien lentement.
Ouvrant délicatement la dosette de sucre qu'il verse dans sa propre tasse, Boogie entend un murmure destiné à nul autre que lui. Oh, faire quelque chose de déplacé? Mais tout est déplacé chez eux. Biaisé. Tordu. Le simple fait d'être assis de la sorte dans un endroit tel que celui-ci en est déjà un signe. Sans se laisser perturber plus que cela, il plonge la cuillère dans le liquide noir. Tintement de l'inox sur la céramique au rythme de sa réponse susurrée sur le même ton que celui adopté par Jason. Je pourrais faire de la rétention d'informations juste pour te voir essayer de me faire avouer quelque chose. Il hausse nonchalamment les épaules. La seule chose déplacée ici c'est le prix de ce café lavasse. achève-t-il en portant enfin la tasse à ses lèvres et en y buvant une petite gorgée brûlante. La blonde de l'hôtel... commence Boogie d'un ton égal en prenant une bouchée de la part de tarte "du jour" - pourquoi faut-il qu'elles soient toujours à la myrtille d'ailleurs?  Les iris pâles se lèvent sur les abysses et les secondes filent. Elle est morte. annonce froidement le second. Inutile de préciser qu'il en est la cause. Inutile de s'étendre sur les raisons de ce meurtre. Jason les connait aussi bien que lui. Les trois mots polaires qui viennent d'être proférés sont ceux du bras droit du maître du Sud, l'exécuteur aux yeux de glace. Dans la panoplie du Croque-Mitaine, il y a les instruments de cette justice déviante appliquée sur leur territoire. Et même si les monstres ont laissé leurs costumes derrière eux, certaines habitudes ont la vie dure et certains outrages ne peuvent être tolérés. Boogie a déjà massacré pour une parole estimée inconvenante vis-à-vis du Clown, il a déjà mutilé pour une oeillade jugée irrespectueuse. Seuls deux personnes ont échappé au couperet du bourreau, il est hors de propos d'allonger cette liste qui compte déjà une prostituée blonde et un junkie notoire. Laisser l'inconnue vivre après une gifle aurait contraint au bout d'un temps indéterminé le Croque-Mitaine à prendre la route pour la retrouver et enfin (enfin) exercer sa justice.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Dim 9 Mar - 19:09

" Ice Road "

Il y a dans cette situation quelque chose de comique, à bien y repenser. Les monstres contraints et forcés de jouer les êtres humains... Cela pourrait être vexant, humiliant pour eux ne voyant jamais la masse de population qu’en parasite. Devoir être l’un d’eux, ranger ses dents à ça de blessant pour leur monstrueuse fierté de prédateurs classés dans les sommets de la chaîne alimentaire. Pourtant ! Jason doit l’admettre, pour lui grand amateur de déguisements et menteur par nature, l’expérience a son petit côté fourbe bien loin de lui déplaire. À peine hors du véhicule Clown et Croque Mitaine ont endossé la panoplie de simples voyageurs, passe partout qui ne marqueront personne par leur attitude. Si on se souvient d’eux, ce ne sera pas pour leurs mauvaises manières car faute d’être sain d’esprit, ils sont bien loin d’être incapables de se tenir. On ne peut pas avoir que des défauts après tout.  
Au fin trait d’humour de son comparse, Jason laisse échapper un reniflement amusé. Un petit massacre aurait ça de récréatif après avoir dû supporter des heures durant ces automobilistes incapables de tenir leur volant comme il se doit. Ajoutons à cette délicieuse idée qu’ils ne sont pas armés et qu’il faudrait donc innover avec le matériel à disposition et voilà de quoi les occuper pour le reste de la journée. S’ils s’étaient trouvés chez eux... rien ne les aurait arrêté. C’est un tantinet frustrant. Pas aussi frustrant ceci dit, que de savoir son second embrumé en ce qui concerne leur gentil délire de la nuit passée. Aussi le Clown s’est il senti non pas obligé, mais assez concerné pour préciser quelques points de la scène. Scène qu’il se ferait un mauvais plaisir de rejouer d’ailleurs, mais ça ce n’est une surprise ni pour lui, ni pour Boogie. Lecter peut bien risquer d’y passer cent fois, tant qu’il s’amuse le reste n’a aucune importance. Difficile à coincer lui ? Doux euphémisme ; dés qu’il s’agit de filer entre les doigts le serpent tient d’avantage de l’anguille et à voir comme il a su énerver son cher Croque Mitaine... il est plutôt doué en la matière. « Tu aurais détesté la facilité, allons. Ce n’est pas à toi que je vais rappeler qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire hm ? » Pour sûr, et Boogie aurait très mal pris le fait que Jason ne soit pas combatif. Non en demandant le sérieux, il savait bien qu’ils seraient deux à ne pas vouloir lâcher l’affaire. Quant à recommencer, le sourire du chat en dit long. Oh, plus de murs et plus de meubles... Un sourire diabolique répond à la supposition, les abysses semblant dire « si tu savais... » sans aucun mot. La destination finale aura son lot de surprises et ce qui reviendra (peut-être) à New York sera bien pire que ce qui en est parti...

L’heure est toutefois à une petite mise au point concernant cette sensation de ne pas savoir, de passer à côté de quelque chose. Ils ont passé trop de temps ensemble, ils se connaissent et seront jamais les seuls à se comprendre réellement. Lecter est persuadé que Boogie ne lui dit pas tout, omission possiblement volontaire s’il estime que ça n’a pas grande importance mais le Clown se fout de tout sauf des activités du Croque Mitaine. C’est qu’il aurait trop vite fait de psychoter à nouveau et sur n’importe quoi. Avalant une gorgée de café qui n’est pas sans lui brûler la gorge, le Clown lève un sourcil, les lèvres tirées d’un demi sourire avant de souffler, toujours à voix basse. « Parce que tu doutes de ma capacité à te faire parler maintenant ? Je suis outré, vilaine bête. » Et jetant un œil sur la carte, il grimace à découvrir le prix du dit-café, chose à laquelle il n’avait même pas prêté attention auparavant. « Et bah... à ce prix là ils pourraient offrir leur tarte avec. Quoi que, un bon commerçant est un bon voleur dit-on. » Et à nouveau il trempe les lèvres dans le breuvage noir, ne l’appréciant pas réellement.
Tandis que Boogie évoque la blonde de l’hôtel, Jason allume une cigarette en attendant une réponse complète. Encore elle alors ? Décidément, elle aura eu le chic pour les ennuyer celle-là. Main suspendue au dessus du cendrier qui se fige sans avoir fait tomber la cendres à apprendre que l’objet du « problème » n’est plus de ce monde... Et bien sûr il est inutile de dire qu’elle n’a pas juste fermé les yeux pour mourir, quelqu’un l’y a aidé et ce quelqu’un est assis juste en face du Clown dont les yeux se fixent soudain. Cette attitude statufiée n’augure en règle générale rien de bon sinon une explosion de colère en approche, ce calme bizarre avant une tempête qui -lorsqu’elle est dirigée contre son second- ne passe jamais par la demie mesure.

Le problème maintenant, c’est bien celui de cette foutue conscience bancale qui ne voit et ne comprend que ce qu’elle veut bien. Est-il fâché ? Bien entendu ! Le Clown a cette sale impression d’être l’épouse « trompée » par son mari volage qui s’est octroyé du bon temps derrière son dos. Mais était-ce un jeu, de la tuer ? Pas du tout, ça Lecter le sait parfaitement. Elle devait mourir parce qu’elle lui a manqué de respect. Admettons, mais il aurait très bien pu avouer dés la sentence tombée non ? Bien entendu, d’où cette vexation chez le balafré qui n’apprécie guère le clair-obscur entre eux. Et maintenant ? Sempiternelle question que celle-ci...  
Vaut-elle la peine qu’il s’emporte finalement, au risque de voir leurs vacances troublées et l’humeur partir en vrille ? LA logique dit non, SA logique dit oui … quant à celle de Boogie, elle doit certainement penser qu’il n’a fait que son devoir. Et depuis quand Jason Lecter fait-il le point sur une situation au fait ? Lui démarrant sans cesse au quart de tours. Lorsqu’il cligne enfin des yeux, la cigarette s’est consumée seule et du coin de l’oeil il remarque bien l’air perplexe qu’affiche la serveuse derrière son comptoir. Qu’elle se rassure, il ne fera pas d’esclandre en public, pas ici car lorsqu’il s’agit d’eux, les Monstres sont égoïstes jusque dans leurs règlements de comptes. Il inspire à peine, écrase gracieusement le mégot et lâche avec nonchalance. « Et bien tant pis... ou tant mieux ? » Haussant les épaules, il avale le fond de café restant et laisse tomber un billet sur la table pour l’addition avant de se lever. Sourire factice au Croque Mitaine, un signe de tête en guise de salut au personnel et Lecter sort sans plus rien attendre. Qu’il aille prendre l’air et vite au risque de vraiment tous les tuer...

Dehors, il bifurque aussitôt sur la droite et allonge quelques pas jusqu’à un étroit passage laissé entre deux bâtiments, n’y entrant pas totalement. Pas un rat et c’est tant mieux ; le Clown allume une nouvelle tige. Il ne se cache pas mais attend parce que fatalement son second viendra. Pas question de flinguer leur couverture, ils ont encore du chemin à faire.
Il écrase la cigarette du bout du pied lorsque ce foutu bar-brasserie libère enfin la silhouette de Boogie et bien entendu, il ne faut guère longtemps à l’azur pour trouver le noir, même éloignés. D’un mouvement de tête, Lecter demande à ce qu’il le suive et enfin, s’engage dans la ruelle. Tandis qu’il s’adosse au mur, l’angélisme feint d’un peu plus tôt prend des allures bien plus connues, guère plus appréciées. Vexée, cette bête là cherche toujours à piquer là où ça fait mal, provocante et infecte à jouer sur les notes du chantage et de l’affectif. Il pourrait, et sa conscience dit qu’il devrait. « Bien bien... en elle même avouons que c’est une chose sans importance. Cependant... j’apprécie fort moyennement la... rétention d’informations de toi à moi. » Claquant la langue tout en faisant craquer ses doigts engourdis, le Clown poursuit d’un ton étrangement posé. « Que tu l’ais tuée, je m’en fous. Ne pas me le dire en revanche ça me... dérange et ne viens pas me dire, toi, que tu n’y as pas pensé ou que tu jugeais ça inutile. Le jour où tu ne prévoiras pas les conséquences de tes actes il neigera des lames de cutters... » à nouveau il passe les doigts sur sa mâchoire ; ce coup-là sans être franchement douloureux devient désagréable chaque fois qu’il ouvre la bouche. C’est assez logique, le Croque Mitaine lui avait envoyé pour le faire taire après tout. « Bref, ça me chiffonne. » Admet-il, repoussant ses cheveux en arrière lorsqu’un coup de vent les dérange. « Je joue le jeu, j’ai laissé le costume de « maître » au Sud donc je ne punirai pas. Ce qui ne m’empêche pas d’être mécontent. Maintenant... si tu estimes ne rien me devoir hors de chez nous et durant ce séjour alors... dis le tout simplement, et je laisserai tomber. »

Immonde. Tu es immonde à jeter ça et tu le sais très bien. Remettre en cause son attachement, sa fidélité envers et contre tout, l’air de rien sur le ton du désintérêt comme on évoque froidement des faits divers. L’air de dire : Tu m’as « trahi » et alors ? Tu m’as déçu, ma foi tant pis ça ne me surprend pas tant... Comme si le balafré se contentait de repousser un fait insignifiant. C’est loin d’être le cas ; Jason ne s’en moque pas et il devrait déjà avoir balancé son second contre le mur en exigeant des explications. Oh comme il en crève d’envie, pour la forme au moins en venir aux mains mais ici, maintenant... c’est inapproprié. Quand il enfonce les mains dans les poches de sa veste, c’est uniquement pour les tenir en place et ravaler l’envie de sortir les griffes afin de donner du crédit à ses paroles. Si le Clown lui sautait à la gorge il se vendrait et avouerait être « blessé » ; quitte à mentir autant faire ça bien.  Il ne peut pas s’en empêcher, c’est comme plus fort que lui. Piquée, la bête ne sait pas simplement l’avouer et bouder ça non. Aussitôt elle écume d’acide, elle se montre hautaine et détestable. Une gifle vaudrait mieux que ça : prétendre que Boogie peut bien faire ce qu’il veut, que c’est sans importance aujourd’hui. Rester simple, Lecter ne sait pas faire et se bouffe lui même à vouloir rendre au centuple ce qu’on lui impose. Haussant légèrement les sourcils, en attente d’une réponse ou d’un geste, il laisse filer d’un air (faussement) blasé tout en massant à nouveau l’hématome du bout des doigts. « Alors, tu décides quoi ? » N’importe quoi, tant qu’il n’ait pas l’idée de lui tourner le dos car dans un tel cas... dehors ou non, public ou pas, il ne répondrait plus de rien.   

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Lun 10 Mar - 21:44



On n'échappe pas aux monstres. On ne s'en prend pas à eux sans s'en sortir indemne. Même si on pèche par ignorance, même si la faute est exécutée par idiotie et par méconnaissance, cela ne constitue pas une excuse ou un argument de plaidoirie. C'est la première règle à laquelle se soumettent tous ceux qui sont à leur botte. Ce qui atteint l'un, frappe l'autre, et s'en prendre aux bêtes du Sud c'est signer son arrêt de mort. La justice sudiste est encore plus aveugle que celle du reste du monde. Elle n'octroie aucune circonstance atténuante. Elle n'absout jamais, n'oublie pas, ne connait ni pardon ni clémence et n'accorde aucune pénitence.
Première règle instaurée et certainement la plus difficile à écarter. Sous ces latitudes où ils ne sont rien ni personne, c'est d'autant plus ardu car les imbéciles, ça court les rues et les noms de Jason Lecter et de son Croque-Mitaine n'évoquent rien ici. Les verdicts effectués, les manifestations de cette justice flamboyante n'ont nul besoin d'être relatés au Sud car ils y sont d'une évidence effroyable. Mais ici...les choses sont différentes. On est pas à New-York où Boogie peut se permettre de faire tomber le couperet avec une relative largesse sur les coupables.

Et le malaise rampe sur la table comme un mort-vivant s'extirpant de sa tombe. L'air se fait lourd et l'atmosphère pesante, funestes prémisses des pires rages du Clown. C'est instinctivement que Boogie sent ses vertèbres s'aligner parfaitement car généralement, ce qui suit n'est pas agréable et tout accro qu'il soit à la douleur, celle-ci ne provoquera jamais d'autre frisson que celui d'une crainte viscérale. Le bleu se heurte à un noir fixe, le temps et l'espace n'existent soudain plus. Ne reste que cette confrontation muette et immobile d'un feu rageur paré à tout balayer face à une glace impénétrable encore contenue. Mais que crois-tu que je sous-entendais en disant qu'on ne survit pas aux monstres? répond à voix basse Boogie. Mais trop tard. Quoiqu'il dise, quoiqu'il fasse, Jason est déjà replié dans sa bulle d'acide, à ruminer. Le dos raide, il s'appuie à peine contre le dossier de la banquette car face au volcan proche de l'éruption, il vaut mieux commencer à faire tomber la neige.

L'immobilisme qui frappe soudain ces deux clients au-dessus de tout soupçon commence à attirer l'attention de leur serveuse. C'est un singulier instinct qui murmure doucement à l'oreille des gens normaux qu'il y a, là, quelque chose qui se trame. Quelque chose que personne ne devrait voir, quelque chose d'inconnu et d'indéfinissable mais qui provoque un picotement sur la nuque et assèche soudain la gorge. La cendre d'une cigarette oubliée entièrement consumée tombe et un semblant de vie reprend son droit sur les visages de statue. Tant mieux ou tant pis, lâche le Clown. Malgré la désinvolture et la nonchalance affichée, Boogie sait que l'orage ne s'est pas éloigné d'un millimètre, il plane encore au-dessus de son crâne mais il n'éclatera pas dans ce lieu bondé. Sans préambule, Jason se lève, laisse un billet derrière lui et prend la porte sans abandonner son masque de courtoisie. Les yeux clairs du Croque-Mitaine se baissent sur le mégot qui meurt dans un mince filet de fumée avant qu'il ne quitte les lieux à son tour.

Inutile de chercher durant des secondes où Jason est passé. Les altercations entre les bêtes se font loin des yeux des néophytes, de ceux qui ne peuvent comprendre. Ca serait le comble qu'un sac de viande vienne s'interposer ou se sente pousser des ailes fragiles de bon samaritain. Le comble ou peut-être bienvenu. D'un pas égal, le Croque-Mitaine s'avance vers le Clown avant de le suivre dans une ruelle, hors de la vue de tous. Lorsque ce dernier s'arrête pour s'adosser au mur, le second se poste face à lui. N'était-on pas sensé abandonner les costumes? Pourtant ces attitudes ne sont pas celles de deux égaux.
Tête basse mais iris levés sur le visage de Jason, Boogie attend l'injection d'acide les bras croisés dans le dos. Ca ne sera pas une de ces explosions qu'il connaît bien. Ca ne sera pas une de ces giclées corrosives distillées avec une intonation aigre et grinçante. Plus insidieux, ça sera bien plus insidieux. Lèvres closes, le Croque-Mitaine écoute et prend de plein fouet les remarques soigneusement articulées d'un ton trop doux et sirupeux. Voix caressante mais armée d'une brosse de fer qui écorche un peu plus à chaque va et vient. Il entend ses molaires grincer les unes contre les autres lorsque ses mâchoires se crispent et le gel le fige jusqu'à annihiler le plus infime battement de cils. C'est de cette étrange voix encore éraillée que Boogie commence à répondre d'un ton qui se voudrait imperturbable mais qui peu-à-peu perd de sa neutralité.
Oh que si j'ai songé aux conséquences et certainement les plus lointaines. Laisser cette femelle en vie, c'était l'assurance qu'une fois de retour à New-York, je doive me remettre en route pour la retrouver. Un acte manqué...voilà ce que cela serait devenu. Un acte manqué qui m'aurait rongé, obsédé, hanté jusqu'à ce qu'enfin je la crève. Et ils sont loin de New-York. Une telle entreprise aurait été imprévue et spontanée lorsque les nerfs du Croque-Mitaine auraient été usés jusqu'à la corde, lorsqu'il aurait commencé à commettre impair sur impair, l'esprit infesté par ce grotesque visage auréolé de blondeur. Lentement, il secoue la tête.
Tu ne devrais pas considérer cela comme un meurtre. Il n'y avait nul amusement, aucune beauté et aucune grâce dans cet acte. La seule satisfaction que Boogie a bien pu en tirer est celle du devoir accompli, à l'instar de l'ouvrier après une journée de travail. Un besoin irrépressible aussi naturel qu'un besoin physiologique, nourri par la sociopathie mise au service de cette indéfectible loyauté que Jason met soudain en doute. Que du trivial et du nécessaire. Une exécution sanitaire. Une plaie purulente à désinfecter ou un organe malade à sectionner. J'ai fait ce qui devait être fait, mon devoir. Pour la première fois depuis l'échange, Boogie baisse le regard au sol.
Tu accordes un peu trop d'importance à une action qui doit avoir autant de poids et d'importance que celle d'une tique que l'on arrache du cou d'un chien avant de l'écraser d'un coup de talon. Le Croque-Mitaine ne plaide pas, ne se justifie pas. Il n'a pas la sensation d'avoir trahi ou joué égoïstement et c'est posément qu'il met en avant le seul sentiment qui a mis en branle le juge et bourreau qu'il est à New-York ; la nécessité. Tout méfait mérite châtiment. Tout coup porté à l'intégrité de Lecter - en geste, en parole, en moue désapprobatrice la plus indéfinissable - a sa sanction. Et, dans cette vision de la justice dépouillée de toute empathie, l'ordalie ne change jamais. La mort.
Comment aurais-je pu laisser l'affront impuni? Comment aurais-je pu rester passif en me disant "tant pis, ce n'est pas grave"? J'ai tué et mutilé pour toi pour bien moins que ça. Ceux et celles que tu écartes de ta route, que tu rejettes, méprises ou juges inutile, je les exécute. Ca a toujours marché ainsi et ça marchera toujours de cette façon. Image du monarque qui avance et marche sur ses ennemis, ses adversaires et ses opposants, laissant le soin à ses plus proches damnés de terminer le travail plus ou moins proprement. La moindre main qui ose s'élever contre lui est tranchée, la moindre cabale tentant de s'ériger contre lui est avortée. Le Croque-Mitaine est le monstre froid et glacial tapi dans l'ombre du Clown et les malheureux qui y tombent ou y sont poussés n'en ressortent jamais. C'est une créature infernale trop bien dressée, trop bien apprivoisée pour ignorer l'attaque la plus insignifiante envers son maître. A New-York, Lecter n'a qu'à exprimer son mécontentement pour avoir l'assurance que l'être qui a osé lui déplaire tombera sous la lame du Croque-Mitaine. S'il devait l'ordonner de vive voix lors des premiers mois de l'intégration de Boogie, toute demande orale directe est devenue inutile au fil des années. Un regard à peine appuyé, une identité crachée avec dédain, un geste à peine esquissé de la main, une remarque lancée négligemment dans une conversation et le fauve aiguise ses armes prêt à se mettre en chasse. La Bête n'a plus besoin d'entendre l'injonction pour attaquer. La seule différence cette fois-ci, c'est que Boogie n'a pas jeté une tête, un organe ou un membre sous le nez du Clown pour témoigner de l'exécution de sa sentence. Si c'est moi qui avait été l'offensé n'aurais-tu pas agi à l'identique? Aurais-tu toléré qu'un sac de viande continue à vivre après m'avoir giflé et insulté? souffle-t-il. Et parce que la blessure ne sera jamais parfaitement refermée, Boogie tait l'épisode de la mafia où pour une insulte à l'encontre des deux autres monstres du Sud, le Clown est parti en guerre seul, dans le plus grand secret, laissant dans l'ignorance son fauve et son cerbère. Jason, on ne se connaît que trop bien pour savoir que quiconque manque de respect à l'un aura l'autre pour dernière vision. Dès l'instant où elle t'a adressé la parole, elle a posé le pied sur l'échafaud. Quand elle a porté la main sur toi, elle était morte. Tu me possèdes autant que je te possède, t'en souviens-tu?

Et cette sempiternelle ritournelle qui murmure du bout des lèvres cette damnée question...et maintenant? Jason attend une réponse ou une réaction.Ce que je décide? Décroisant les bras dans son dos, il s'écarte légèrement du Clown avant de tourner la tête vers la sortie de la ruelle. On continue notre route évidemment. Je ne vais pas laisser la mort d'un parasite pourrir tes projets et notre virée. La question à poser maintenant est plutôt "et toi?" Vas-tu me reprocher d'avoir écrasé une fourmi et de ne pas t'en avoir touché un mot?

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 11 Mar - 2:13

" Ice Road "

Mais qu’est-ce qui cloche chez toi ? Plus sérieusement, ça part en vrille. Sans vouloir l’admettre Jason sait  au fond qu’il n’est pas lui même. Versatile, personne ne doute qu’il le soit mais à ce point, c’est du jamais vu. Ses humeurs sautent comme branchées sur courant alternatif et il en faut aussi peu pour l’amuser que le mettre sur les dents. Ses réactions lui échappent en tout point si bien qu’à ce moment précis, c’est comme si un autre s’était exprimé. Et tout ça pour quoi ? Une interprétation faite de travers et ce n’est pas la première depuis leur départ ; la paranoïa a la vie dure et face à une situation sa désinvolture de toujours s’évapore pour ne laisser que la certitude du pire à envisager... Blessé lorsqu’il n’a aucune raison de l’être, agressé de son seul point de vue. Et lorsque le Croque Mitaine prend la parole, Lecter se tait. LUI se tait...
Ce n’était pas un meurtre, ce n’était rien et dans d’autres circonstances il aurait à peine battu des cils puis changé de sujet comme il change de chemise. Il n’y a rien à y voir sinon leur justice biaisée et monstrueuse qui par le passé a fait tomber tellement d’autres têtes. En somme, pourquoi celle-là le dérange ? Ce n’est pas comme si Boogie avait tenu un compte précis de ses cadavres accumulés par vengeance alors quoi ? Son second le dit : il n’a fait que son devoir. Y répond un silence et un regard noir à moitié éteint. Qu’est-ce qui cloche plus que d’habitude ? Ils ont tous payé le mêmes prix, ceux qui avaient osé s’en prendre au Clown car s’il ne daignait pas se charger de leur sort, Jason n’avait qu’un regard à lever, un soupir à lâcher, un vague mouvement de main à esquisser pour être certain de voir l’objet de son énervement du moment disparaître sous le fil d’une hache. C’est toujours comme ça, ça ne changera jamais. Vrai. Au fond de ses poches le balafré serre les poings, furieux contre lui même et ce qu’il juge purement indigne de sa condition autant que de son caractère. Hormis la nuit dernière, en proie à cette folie bestiale quand a-t-il réellement rit depuis qu’ils ont quitté New York ? Peut-être ne l’a-t-il même pas fait.

Et la suite claque à ses oreilles comme une mauvaise gifle, ce fait qu’en situation inverse il n’aurait pas su rester de marbre. Fatalement le Clown aurait rendu justice et si Boogie se garde de mentionner un jour passé par égard, le souvenir remonte à la surface sans plus attendre, un de ces cadavres oubliés au fond du placard qui s’en arrache maintenant comme soudain monté sur ressort. Dans un recoin de son esprit éclate un rire immonde, celui du spectre cendreux qui attend son heure, la moindre opportunité pour surgir et ravager tout ce qu’il croisera. Cherchant à se venger de tout. Vivement, Lecter se mord la langue et détourne le regard vers le fond de la ruelle, les traits tirés d’un vague air de dégoût. Qu’elle reste donc à sa place ; cette chose en lui ne lui manque pas le moins du monde. Elle n’a pas sa place ici.

Et maintenant, ce qu’il décide... Jason inspire lentement, ferme les yeux le temps d’assimiler la totalité de sa réponse. Ils continuent et il est bien hors de question de laisser une blonde -morte de surcroît- gâcher le séjour. Enfin, ce foutu Clown va-t-il réellement oser lui reprocher l’histoire ? Une seconde, celui-ci songe à hurler que c’est justement ce qu’il est en train de faire mais se ravise, enfonçant de plus belle ses ongles au creux de ses mains. Est-ce que cela en vaut réellement la peine ? Sans doute pas. Un mort de plus ou de moins, quelle différence ? Ce n’est plus un secret qui plus est. Levant le nez sur un ciel plombé de neige, il inspire profondément avant de pouffer de rire puis de siffler entre ses dents. Chose faite, il s’écarte enfin du mur et allonge deux pas déliés jusqu’à se retrouver coude à coude avec son second. « Je ne le ferai pas. Nous pouvons donc poursuivre. » Annonce-t-il, la voix revenue à ses notes rieuses, bien qu’un brin grinçantes depuis la nuit passée.
Un temps, il observe les environs pratiquement dépeuplés et comprend parfaitement son « problème ». Depuis cette fichue pieuvre Lecter en vient à voir n’importe qui en ennemi, n’importe quoi en coup bas. Il est grand temps de lâcher prise et d’ici quelques jours... ce sera largement accompli. Les lèvres tirées de ce sourire entendu qu’il ne réserve jamais qu’au fauve, le reptile se penche légèrement devant lui tout en croisant innocemment les mains derrière lui. « Puisque j’ai dirigé ma mauvaise humeur sur toi, il me semble légitime de disons, faire pénitence. C’est comme tu veux donc. Je peux continuer à conduire pour gagner du temps, nous pouvons aller dormir, sans détruire la chambre cette fois-ci j’entends, ou bien autre chose... à toi de voir. » Tant que cela n’implique pas de tuer une gentille famille, car même si ce n’est pas l’envie qui manque, les flics non plus et dans l’absolu, autant éviter de semer des corps derrière eux. Boogie trouvera bien quelque chose, Jason n’en doute pas une seule seconde et même si cela s’avère être étrange, il s’en moque bien. L’étrange, Lecter pourrait s’en servir comme second prénom.

Il ne s’écarte pas encore, approche plus près d’un pas tout en prenant soin d’éviter un franc contact et murmure d’un ton sifflant, charmeur. « Je note que tu doutes de mes facultés à te faire parler. Tant pis pour toi, tu n’as... même pas idée de ce que je peux te faire, en réalité. » En bien ou en mal, on pourrait bien croire qu’ils ont fait le tours de leurs jeux tordus, mais est-ce bien le cas ? Pas du tout. Oh non ça ne finira pas car le pire a toujours son mieux et le mieux son pire ; serpent qui se mord inlassablement la queue, s’empoisonne encore et encore. Ils innoveront. Et le Clown a promis, il a assuré que le voyage serait inoubliable. Il le sera, Jason a trop à cœur le souci du détail lorsqu’il s’agit de surprise et celle-ci n’est pas limitée à un seul chapitre. Et mieux vaudrait arrêter de provoquer la bête, ce n’est tellement pas raisonnable lorsqu’on sait qu’ils ont manqué -le diable seul sait par quel miracle- de s’entre-tuer. Mais être posé, mesuré, ce n’est pas Lecterien et revenu à une humeur joueuse, légère, Jason n’a aucune envie de faire un pas en arrière. « Ou bien, tu peux aussi décider de te balader seul. Tu es libre comme l’air alors pourquoi pas ? » L’expérience aurait ça de troublant, se séparer. Mais au fond peut-être est-ce là une opportunité rêvée pour le fauve de savourer une liberté totale. Jason a bien conscience d’être tout sauf facile à vivre et que son second a aussi besoin d’heures qui n’appartiennent qu’à lui. D’ordinaire, chacun prend le temps qu’il souhaite mais répond à l’appel si le maître exige. Pas de maître pendant les vacances, donc aucun ordre et pas de comptes à rendre. Le Clown sait qu’il doit garder ça à l’esprit. Maintenant, ici il n’y a pas de tyran... seulement un animal fou. Se séparer, peut-être est-ce bien la pire des idées. 

© Jason L.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 25 Mar - 12:40



Et Boogie attend sans esquisser un seul geste ou détourner les yeux. Si tempête il doit y avoir, il y aura et il passera au travers, comme toujours, en opposant à la colère un calme olympien et une abnégation cérémonieuse. Debout face au Clown, le monstre aux yeux de glace attend le haussement d'épaules nonchalant, le rire indifférent, le soupir exorcisant l'orage qui ferait disparaître cet arrière-goût aigre qui se ferait presque cendreux. Au-delà du masque impassible et figé, le Croque-Mitaine aperçoit fugitivement une crispation à la surface d'une cicatrice avant que les yeux sombres ne se détournent un instant vers le fond de la ruelle. Une moue d'un vague dégoût lui en plisse les lèvres et le second glisse ses mains au fond des poches de sa veste. La vois-tu ? La vois-tu l'insignifiance de ce sac de viande et l'absence de portée de sa mort ? Est-ce légitime de reprocher à ta création, soigneusement forgée et ciselée depuis dix années, d'être si...parfaite ? Inspiration longue et bruyante précédant tout décret et tout verdict qui meurt dans un sifflement s'achevant sur un bref rire qui éloigne les cendres. Les yeux noirs délaissent le ciel d'un blanc laiteux pour croiser de nouveau le bleu. Retour à cet équilibre bancal et paradoxal où deux extrêmes parviennent irrémédiablement à se réaccorder. La distance rituelle entre le maître et le second disparaît en quelques pas, Jason retrouve son intonation légère laissant derrière lui ce costume décidément aussi envahissant pour l'un que pour l'autre. On jette dans les mâchoires du passé révolu le fantôme muet et anonyme d'une énième victime. Ordure, elle n'était qu'ordure et elle retourne aux ordures. On classe cet épisode à qui on refuse catégoriquement le moindre impact sur son existence et on poursuit.

En même temps que la tempête s'éloigne, la glace disparaît. Quel sera le prochain mouvement de cette symphonie macabre. Sourire de connivence lorsque le chef d'orchestre tend sa baguette et s'écarte de son estrade. Les yeux pâles se portent au-dessus de Jason, vers le bout de la ruelle, là où les braves citoyens sans histoire se croisent sans jeter un oeil vers cet endroit où les gens honnêtes ne s'aventurent jamais. Vont-ils reprendre la route ou s'octroyer quelques heures de repos ? Le Clown se rapproche et le sifflement mauvais qu'il émet ramène à lui les iris clairs. Oh mais je ne doute ni de ton talent ni de ton imagination. Mais... Le second de Jason Lecter a une solide réputation de créature inébranlable que rien ne peut faire fléchir s'il ne l'a pas décidé. Et Boogie est fermement convaincu que rien ne peut faire sauter les verrous de sa volonté, qu'on ne peut le briser même en mettant à nu le moindre de ses nerfs. La seule chose qui pourrait le broyer passe par ces liens faits d'épines de métal qui l'écorchent autant que Jason. Mais si on se refuse ce moyen de pression, si on joue au tortionnaire et au torturé, à partir de quel moment, le monstre sans pitié, la bête inhumaine devient humain supplicié et suppliant ? Le fauve plisse un instant les paupières. Sauras-tu me faire crier grâce ? demande-t-il malfaisant et provocateur. Les paroles deviennent murmures soyeux quand les monstres évoquent les pires errances, les délires les plus dépravés face auxquels le réel s'évapore. Plus de Chicago bruissante de vie à quelques kilomètres, plus de ruelle sale et encombrée de déchets. Ne reste que le visage de l'autre où s'agite cette diabolique et grisante folie. Oseras-tu me faire implorer pitié? ronronne-t-il frôlant à peine les lèvres de Jason. Grotesque paradoxe qui en deviendrait presque choquant que celui d'un Croque-Mitaine qui quémanderait une illusoire misécorde de la part du Clown. Le supporterait-on ? souffle-t-il d'une voix à peine audible. Jeu à peine évoqué et aussitôt peint aux couleurs de l'ultime danger car qu'importe l'issue, il n'y aura jamais de vainqueur. Les monstres ne font pas preuve de pitié et les monstres ne supplient pas.

L'azur ne se détache pas des iris sombres. Les secondes filent, les battements de coeur s'enchaînent silencieusement. Et puis brusquement, Boogie s'écarte enfin se réinsérant dans la toile du réel faite de briques et de bennes pleines.Un demi-sourire aux lèvres, il laisse filer un court reniflement amusé à l'idée de se séparer, d'aller chacun de son côté dans cette banlieue qui doit être plus ou moins tranquille. Pourquoi pas en effet. lance-t-il en pivotant dans la direction de la rue. Je vais garder cette possibilité pour plus tard. Au loin, quelques silhouettes se croisent et elles arborent encore toutes l'attitude de la future victime. Epaules rentrées, tête baissée et regard résolument fixé ailleurs que sur ses semblables. Très mauvaise idée de laisser gambader joyeusement le monstre maintenant. Comme un enfant mettant les pieds dans un magasin de jouets, trop de choses attirent son regard. Il pourrait bien tout prendre avant que des sirènes ne lui rappellent qu'il n'est pas ici en terrain conquis où une vie humaine n'a aucune importance. S'apprêtant à remonter d'un pas redevenu souple et léger la venelle, il n'y a plus de provocation tentatrice dans sa voix lorsqu'il s'adresse à Jason en lui jetant un regard par-dessus son épaule. On va essayer de trouver un endroit pour dormir dans un premier temps. commence-t-il sur le ton de la conversation appuyant légèrement sur le mot "dormir". Aucune envie de mettre personnellement à l'épreuve l'adage "on n'échappe pas deux fois aux monstres". Du moins pas maintenant. Boogie hausse les épaules en poursuivant. Je ne serais pas contre quelques heures de sommeil. Impossible de dormir en voiture et les souvenirs déchirés qui se rassemblent peu à peu ne lui révèlent pas l'existence d'un quelconque assoupissement. Une poignée d'heures de repos lui permettra de mieux appréhender ces appels au sang et à la mort qui lit dans le moindre geste des anonymes croisant sa route. Cela laissera le temps à la nuit de tomber. J'ai comme des envies de safari. Pas toi ? demande-t-il en tournant la tête dans la direction de Jason, un sourire énigmatique aux lèvres. Parvenus de nouveau dans la rue principale, Boogie promène son regard sur le peu de passants qui entrent et sortent du café qu'ils viennent de quitter. Le jour appartient aux gens normaux mais, quand à la lumière du soleil se substitue celle des réverbères, qui arpente l'asphalte ? J'ai envie de voir qui sont les monstres locaux et quel genre de créature peuple les rues les plus famées de Chicago. Chaque cité possède sa petite horde sauvage ; de quelle nature est celle de cette ville ? Curiosité malsaine qui avant même d'être assouvie flatte déjà l'ego. Car en vérité, y a-t-il pire qu'eux ailleurs ? La question a de quoi faire rire. Trouvons un hôtel sans parasites avant d'aller à leur rencontre.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 25 Mar - 16:40

" Ice Road "

Tais-toi, tais-toi. À la provocation ne répond pas. Pas encore, surtout pas car les murmures du chat ont un effet terrible sur le serpent. Évocations langoureuses, pernicieuses qui lui caressent les tympans dans une onctuosité malsaine. Le Clown ricane, sur le moment mais ne relève rien. Pas de réponses à ces questions soufflées contre ses lèvres et ça lui coûte, par l’Enfer, de se forcer au silence. Pas maintenant, pas ici sur ce terrain d’hommes et de femmes ordinaires, trop humains. Les bêtes ne se confessent jamais qu’à huis clos. Attends donc, tu auras tes réponses et les démonstrations tôt ou tard cher fauve car elle galope depuis des jours cette vilaine idée d’abattre un jeu de cartes jusqu’ici soigneusement dissimulé. Dix ans de vie commune, ils se connaissent et sur le bout des ongles certes mais jamais ils ne seront complètement transparents. Les zones d’ombres sont là et lorsqu’une passe en lumière les bêtes en créent aussitôt une nouvelle qui se dévoilera une prochaine fois. Entretenir le mystère, garder quelques secrets enterrés dans son horrible jardin voilà qui leur assure une longue vie de débauche tordue. Charmante et folle relation que la leur.

Pourquoi pas une ballade pour plus tard, c’est une idée. On retourne au décor réel sans transition et on reprend le fil de la conversation de façon quasi évidente. On cause des envies de l’heure et le Croque Mitaine semble d’accord sur l’idée de dormir un peu, enfin. Lecter hoche la tête, ce ne serait tellement pas du luxe en fait, de se poser. Regard jeté par dessus son épaule, le fauve a retrouvé sa voix posée et ce n’est pas plus mal. Le dingue qui l’accompagne a une aptitude hautement limitée au contrôle de ses pulsions voir aucun contrôle, c’est un miracle en somme qu’il ne lui ait pas sauté à la gorge pour n‘importe quoi capable de s’apparenter à leurs délires. On-se-calme ! Beugle une toute petite voix lointaine, un grain de conscience préconisant la sagesse. La sagesse... quelle blague. Avalant la distance qui les sépare en quelques pas sautillants, Jason se plante aux côtés de son second et se passe la langue sur les lèvres, avisant les bâtiments dans l’idée de trouver un de ces hôtels flanqué de magasins ou de blocs d’appartements, peu fréquentés en général tant la population préfère se poser sous les grandes enseignes. Le moins de gens possibles, ce serait parfait. « Pas contre quelques heures non plus, je commence à voir les objets se déformer... ou alors c’est la clope, au choix. » Le ton léger, il en rit bien qu’il soit conscient au fond que son état physique laisse à désirer. Cette impression de se traîner, d’entendre les articulations grincer et de sentir les restes de la nuit, le tout laisse présager qu’il ne tardera pas à s’écrouler et si cela pouvait se faire dans un lit plutôt que derrière un volant, ils éviteraient quelques ennuis... mortels.

Pensif concernant leur destination du moment, Lecter écoute d’une oreille distraite jusqu’au « safari » qui semble à lui seul lui coller une gifle en plein visage. Ici ? Une excursion criminelle ? Plaisante idée qui allume aussitôt une flamme perverse dans les abysses et pose sa voix sur des notes joueuses. « Oh oh ? Une aventure nocturne pour nous tout seuls, là où personne ne nous connaît ?! C’est Noël avant l’heure. » Envie de voir, répond Boogie, les viles créatures peuplant les rues de cette bonne vieille ville de Chicago. Jason manque d’éclater de rire, de rétorquer qu’ils ne trouveront sans doute pas pire qu’eux. Ils n’auraient qu’à débarquer sous leurs « costumes de scène » pour semer la panique car leur réputation a fait le tour de l’état et les mandats d’arrêt lancés contre eux sont tellement nombreux que même un flic carriériste ne se risquerait pas à vouloir les arrêter seul. Mais une chance pour ces pauvres citoyens, les Monstres sont en vacances et n’iront pas provoquer les autorités. La prison n’a rien de tentant, non vraiment. « La faune locale hein ? On serait peut-être surpris qui sait ? Puis au pire, casser les illusions de grandeurs des vilains du coin aura quelque chose de... récréatif. » Un jeu de plus, les bêtes sont lâchées et le mot d’ordre est bien de se distraire durant leurs vacances. Voilà de quoi se détendre au détriment du peuple. Soudain revigoré, le Clown repart jusqu’au véhicule et récupère son sac, attendant que son acolyte fasse de même avant de désigner une façade d’un geste de la main. « Le charme des petites entreprises, peu de clients mais on y est tranquilles. »

Même pas cent mètres de la voiture à cet hôtel à peine visible, avalé par la rue. Un endroit aussi calme qu’une morgue à la décoration peut-être passée de mode sans être hideuse et à l’accueil que n’importe quel touriste jugerait irréprochable. Eux s’en moquent bien, tant qu’ils obtiennent ce pour quoi ils sont là à savoir : un endroit où dormir. Un faux nom lâché à l’entrée, paiement en liquide et la chambre est réservée  jusqu’au lendemain midi, sachant que le Clown et son Croque Mitaine auront mis les voiles bien avant cette heure. « Pas de blondinette indésirable cette fois. » Glisse-t-il d’un air entendu tout en verrouillant la porte derrière eux. « Et je doute que... heu... Emily ? Suzie ? Bref la fille à l’accueil vienne nous embêter. » Trop occupée à réviser ses cours de droit derrière le comptoir en attendant le client. Et lui n’a même pas pris la peine de retenir son prénom -en cas de problème a-t-elle précisé- donc, il n’ira pas la trouver.

Sans la moindre délicatesse, Jason abandonne son sac sur un meuble et y laisse tomber sa veste, jetant tout de même un œil rapide sur la pièce avant de tirer les rideaux. C’est très bien pour le coup et les températures ne sont pas la celles de la glaciaire de la nuit précédente. Bien bien. « Ah ! J’allais oublier ! » Menteur ; il n’aurait pas oublié ça. Les paroles du fauve n’entrent jamais par une oreille pour ressortir par l’autre.
Pas question de tergiverser faute de temps à perdre, Lecter referme une main sur le col de son second et l’oblige à reculer jusqu’au lit. « Pour te répondre, très cher... » Commence-t-il, le jetant plus qu’il le pousse sur le matelas avant d’y poser lui même un genou. « Te faire crier grâce ? La seule chose que j’attends de t’entendre crier... ce n’est pas ça. » Sourire sans couleur, plus venimeux encore et il se penche, pose une main sur les draps. « Te faire... implorer pitié. Quoi, la mienne ? » Le reptile avance, une fois encore suspendu au dessus du fauve. « Tu n’en voudrais pas. Puis je n’en ai pour personne... et sûrement pas pour toi. » Du respect oui, bien d’autre choses également mais de la pitié, jamais de la vie. « On aura pas à le supporter, on est pas faits pour ça. Mais du coup je crois... » Siffle-t-il à voix basse, retraçant de l’index une ligne pâle longeant la mâchoire de Boogie. « Que tu te méprends sérieusement sur mes intentions. »

Agaçante, la bête s’écarte subitement et se laisse tomber à plat ventre sur le couchage, les bras croisés sous sa tête. Très sincèrement Jason n’a pas envie d’en rester là, préférerait cent fois, mille fois profiter de ces tensions qui s’installent entre eux lors de ces conversations bizarres mais elles sont toujours prémices de révolte, de coups à rendre et des coups, ils en ont échangé un bon nombre déjà. C’est frustrant, d’une certaine façon mais s’ils veulent sortir cette nuit mieux vaut en rester là. Lâchant un soupir grondant, le Clown tourne la tête et jette un regard au dessus de son bras. « Je te déteste. Sale bête... » Maugrée-t-il, boudeur. « Je ne peux pas « jouer » avec toi sans que ça dégénère, c’est vraiment vexant. Pour un peu ça me couperait l’envie de dormir. » Dans de telles circonstances, chez eux il exigerait tout simplement sa présence, s’en irait ronchonner entre ses bras avant de trouver le sommeil. Pas de maître ici ; pas d’ordre donc. Ravale donc ta sale fierté, imbécile. Détournant le regard, il tend la main et lâche d’une voix à peine audible. « Tu viens ? »

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 27 Mar - 12:22



Même les monstres doivent avoir leur ratio de repos et de sommeil. Jason ne contredit pas Boogie lorsque ce dernier évoque le besoin de se laisser tomber sur un lit pour s'y assoupir une poignée d'heures. Pas de lutte cette fois-ci, pas de chute incontrôlée jusqu'à frôler le point de non-retour, pas de petit jeu aussi déviant qu'électrisant. Juste débrancher toute connectique pour un temps donné et ce, pour mieux revenir en scène. Le Croque-Mitaine plisse furtivement les lèvres lorsque le Clown mentionne une vision mouvante avant de secouer une fois la tête. Au moins, il le lui dit avant d'avoir avalé une cinquantaine de kilomètres, avant qu'on ne les allonge dans une civière parce qu'ils se sont plantés dans un arbre, avant qu'ils ne rendent des comptes au Diable en personne. En ce qui concerne la sortie nocturne, l'idée de se frotter aux petites frappes locales est accueillie comme il se doit. Cela serait hautement dommage de ne pas rencontrer ceux qui terrorisent Chicago. Après tout, cette ville traîne un tel passé criminel que ça serait le comble que les monstres de New-York ne prennent pas le temps de mesurer ce qu'il en reste. Pas grand chose certainement, susurre l'ego bouffi d'orgueil. A moins que, comme Jason l'avance, ils ne soient surpris. Boogie y répond par un bref ricanement. Même la mort n'est pas pire qu'eux...la lune n'est pas prête de se lever sur une nuit où ils croiseraient enfin des némésis dignes d'être anoblies par ce titre.
Sans se hâter, le Croque-Mitaine emboîte le pas au Clown qui se dirige vers leur voiture. Une fois leurs bagages récupérés, c'est vers une façade suintante de banalité que les yeux pâles se tournent. Un établissement discret, en retrait de la rue passante, ni luxueux ni miteux. Soit. Allons-y. Jetant une lanière sur son épaule, il traverse la rue d'un pas lent sans se préoccuper outre mesure du trafic.

Un charme désuet et un peu anachronique remplace la médiocrité du motel autoroutier. Alors que Jason file prendre une réservation, le regard du Croque-Mitaine est attiré par un quotidien abandonné sur une banquette. Tendant la main vers le journal, il en feuillette rapidement les pages ignorant l'article long comme une confession de parrain de la pègre concernant le double attentat new-yorkais pour dénicher les colonnes dédiées aux derniers faits divers - si possible tragiques ou sanglants - ayant eu lieu à Chicago. Deux anecdotes concernent le même quartier et à en croire le journaliste responsable de cet entrefilet, c'est en passe de devenir la norme dans ces rues-là. Et bien voilà une information utile. Boogie repose le journal à sa place avant de prendre entre le pouce et l'index une des cartes de la ville sur un présentoir. A l'autre bout du hall d'entrée, Jason l'appelle d'un signe de tête discret. Glissant la carte dans la poche intérieure de sa veste, le Croque-Mitaine reprend son sac avant de rejoindre son maudit alter-ego.

Une chambre on ne peut plus impersonnelle mais bien différente de l'autre. Plus vaste, plus chaude, mieux entretenue, le Croque-Mitaine abandonne son sac au sol avant de le pousser du pied près d'un des deux lits. Veste lâchée sur le dossier d'une chaise solitaire, il délace ses bottes au son d'un pêne qui émet un léger cliquetis lorsque la porte se verrouille. Ici, pas de parasites à part ceux que l'on amène avec soi. Les marginaux indésirables ne se promènent pas au grand jour préférant rester claquemurés chez eux ou arpentant les lieux où leur présence ne serait pas semblable à un furoncle sur le visage d'un top model. Quand à la seule engeance féminine croisée, elle est bien trop absorbée par le cours de sa propre existence pour se soucier des leurs. Elle doit certainement croiser les doigts pour que ces deux clients tardifs ne soient de ceux sur lesquels elle vomit allègrement une fois rentrée chez elle. Le geste est aussi routinier qu'inutile pourtant Boogie tend la main vers le réveil posé sur un chevet et qui égrène son tic tac inlassablement. Mais ses doigts ne s'emparent pas de l'objet. Agrippé par le col, contraint de se tourner vers Jason, le Croque-Mitaine est tiré comme un mouton par la crosse de son berger. Pas à pas, il recule, poussé par le Clown, jusqu'à ce que ses jambes butent contre le lit où il est jeté. Pas le temps de se rétablir ou de faire mine de se lever, Jason le surplombe déjà, sifflant un écho vénéneux avançant sur lui avec la grâce malfaisante précédant souvent leurs pires dérapages. Prières, pitié, ces choses-là les monstres ne les connaissent pas. Le Clown s'empare de l'ironie de son second, de ses provocations ronronnées du bout des lèvres au fond d'une ruelle. L'extorsion d'information se dilue dans ce rapport biaisé qu'ils ont de la douleur qu'ils s'infligent mutuellement avec cruauté et délicatesse. Brièvement, Boogie ferme les yeux au contact léger, à peine appuyé, qui file le long de sa mâchoire, sur une de ces stigmates qui n'a de sens que pour eux. Mais lorsque les blessures se font arabesques, lorsque la caresse d'une lame provoque d'exquis élancements, recherche-t-on encore à faire plier l'autre, à s'imposer à lui, à lui arracher une quelconque information? Envie de ronronner tout bas "et bien vas-y, montres-moi. Egares-moi avant que tu ne t'égares", mortel et exaltant défi où ils pourraient tout perdre pour éprouver un inédit frisson. Car si Boogie devient le gravé, il pourrait bien se soumettre à la volupté de ce vice jusqu'à provoquer son Instant. Le bleu réapparaît plongeant dans les ténèbres, lueur de fronde au fond de ses iris. Ils sont ici pour se reposer, ont-ils décrété précédemment, pourtant la chute dans ce monde décadent et tordu est si proche. Le tambour cardiaque s'accélère lorsque la bouche s'apprête à provoquer, l'esprit s'immole quand la démence rêve de sang. Prends garde à ton prochain mouvement, fauve.

Cette sempiternelle danse instable et précaire sur une corde effilée cesse aussi brusquement qu'elle n'était venue. Laissant Boogie étouffer ses velléités d'incitation au pire, le Clown se relève pour mieux se laisser tomber sur l'autre lit. Se passant une main sur le visage, le Croque-Mitaine se redresse à son tour jusqu'à être assis au bord de sa couche. Un soupir grondant, vibrant de frustration s'échappe des boucles blondes avant que le Clown ne lui adresse une oeillade boudeuse par-dessus son bras. Un "je te déteste, sale bête" fuse, presque capricieux. Le Croque-Mitaine hoche une fois la tête en baissant les paupières un indéfinissable demi-sourire apparaissant sur ses lèvres. Je sais... soupire-t-il simplement.
Les abysses se détournent du bleu et une main tendue s'extirpe de sous le Clown. Pas d'ordre, ni d'injonction, c'est une demande. Penchant légèrement la tête sur le côté, le Croque-Mitaine écarte le bras de Jason du bout des doigts. Bien sûr. S'allongeant sur le côté, glissant une main sous sa joue, les iris pâles s'accrochent aux ténèbres. Vexant as-tu dit? Il suffirait de me demander de ne pas céder aux provocations et de ne pas y répondre. Je le ferais. Enonces juste des...règles. lâche-t-il avec une moue pétrie d'innocence et aussi incongrue que l'idée d'un Jason Lecter en train d'énumérer les règles d'un jeu entre les Bêtes. Boogie reprend d'un ton égal assurant qu'il s'y plierait docilement mais les mots employés ne renvoient qu'à un lien de maître et d'asservi. Des lois dans les jeux des monstres c'est en perdre tout le sel, tout l'intérêt, tout ce qui grise, enivre et le reptile le sait autant que le fauve, ils ne peuvent se passer de ces provocations cinglantes, ils ne peuvent plus renoncer à ces jeux déviants, ils ne peuvent se défaire de l'autre. Mais tu ne le feras jamais...énoncer des règles. Placer un cadre duquel on ne doit pas déborder. murmure-t-il songeur en glissant la main sur la nuque de Jason, ses doigts frôlent une antique stigmate qui en cache une autre parfaitement invisible et insoupçonnable, énième marque muette mais plus assourdissante que tous les serments. Un sourire étire les lèvres du Croque-Mitaine alors qu'il murmure doucement en fermant les yeux. Tu aimes autant que moi quand ça dégénère. Ignorer le prochain mouvement de l'autre, osciller entre défensive et offensive, céder au chant de ses pires pulsions avec délectation tout en redoutant d'aller trop loin. Dors maintenant. Dans quelques heures, on donne une représentation unique face à un public à usage unique. Ca serait dommage de le décevoir.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 27 Mar - 14:49

" Ice Road "

Le problème, dans toute bonne chose c’est qu’elle se doit d’avoir une fin. Hors, les Monstres n’aiment pas les fins et tout particulièrement lorsque cela concerne leurs activités pas très catholiques. Leurs jeux vont de mal en pire, toujours plus dangereux et jamais moins enivrants, de fait pour quelle foutue raison voudraient-ils les voir s’achever et y renoncer ? Aucune et c’est bien là le souci lorsque vient le moment de choisir entre les dits jeux et autre chose ; le sommeil ici en l’occurrence.

Bien sûr que le Croque Mitaine sait à quel point Jason le déteste dans de tels instants, car rien auparavant n’avait de prise sur le Clown. Rien de précis, pas de vrai bouton « marche » à presser pour voir la bête sortir autant de crocs que de griffes avant lui... on osera pas dire et même pas penser que le fauve tient le reptile à sa manière et pourtant c’est tellement le cas. Une chance que l’effet soit partagé sans ça, Lecter l’aurait fort mal pris. « Bien sûr que tu sais. » Grommelle-t-il, fronçant le nez de vexation parce que oui vraiment, c’est assez blessant pour l’ego de penser que sur ce point il n’est plus du tout maître de lui. Autre preuve flagrante, en cette main qu’il tend sans proférer d’ordre, proposant simplement. Sentant son bras écarté, le balafré lève les yeux sur son alter-ego et se tourne sur le côté pour partager l’espace sur le lit avant d’accrocher le regard au sien. L’un de ses sourcils s’arque à écouter les propos du chat et Jason s’étrangle presque avant de répéter. « Plaît-il ? Des… règles ? Non mais, ça ne va pas bien ? » Lâche-t-il, exagérant son indignation. Jamais de règles et jamais de cadres, les jeux sont libres et quand vient leur temps les bêtes ne sont plus soumises à leur titre, devenues jumelles, égales en toutes choses. Limiter la casse ? Mais c’est hors de question ! « Bien sûr que je ne le ferai pas, allons. » Rétorque-t-il avec évidence, fermant les yeux au contact de cette main égarée sur sa nuque et qui retrace bientôt un de leurs secrets. Nul besoin de voir le sourire sur le visage en face, il se fait entendre sur la phrase prononcée, cette certitude que jamais l’absence de règle ne changera pour la bonne et simple raison que pour l’un comme pour l’autre, voir une situation dégénérer n’est en rien un problème. Jason soupire, laisse échapper un rire court. « Une addiction supplémentaire hm ? » Une parmi tant d’autres.      

Il est largement temps de dormir oui, de recharger les batteries en prévision de la ballade choisie. Certains vont au théâtre, d’autres au restaurant et ceux qui restent... bah, ceux là improvisent. Esquissant un mauvais sourire le Clown glisse un bras à la taille de Boogie en bon possessif malade qu’il est et restera jusqu’à la tombe. Intérieurement la bête d’écailles se rassure, se répète qu’on ne lui prendra plus jamais l’autre et profite jalousement du rapprochement offert, calant la tête au creux de son cou. Maintenant, il peut envisager de rejoindre Morphée. « Fais de jolis cauchemars. » Murmure-t-il et bientôt, le rideau noir tombe.

[...]

Lorsqu’il rouvre les yeux, c’est avec la sensation d’avoir dormit beaucoup trop longtemps, d’avoir hiberné pendant des mois. La chambre est plongée dans l’obscurité, signe que la nuit s’est installée et les brumes du sommeil tardent à se dissiper. Ciel, depuis combien de temps Lecter ne s’est-il pas écroulé de la sorte, sans aucun rêve ou cauchemar pour colorer ses heures de repos ? Longtemps, c’est évident. Se frottant les paupières, il soupire longuement et se redresse pour jeter un œil sur le réveil. Plus de neuf heures du soir déjà, autant dire que le sommeil ne fut pas si long, mais réparateur au moins. Penché à l’oreille du Croque Mitaine, Jason siffle doucement. « En scène Boogie, il ne faut pas faire attendre le public. » Quand bien même le dit public ignore tout de la représentation, c’est un principe lorsqu’il s’agit de spectacle d’être plus ou moins à l’heure.

Tout en gloussant quelques uns de ses rires infects, le Clown s’extirpe du lit et s’en va allumer la lampe de chevet avant de fouiller son sac à la recherche d’une cigarette. Un paquet plein de tiges noires lui fait de l’oeil mais s’il promet un voyage tordu au possible il risque fort de rendre Lecter affreusement incontrôlable. Un coup à finir en prison en trouvant la chose comique au possible. Non, autant conserver un semblant de conscience, elle n’est déjà pas très sage au naturel... Clope ordinaire à la bouche, il laisse le paquet à disposition avec le briquet et choisit sa « parure de bal », accroupit devant son bagage grand ouvert. « Une idée en tête concernant la soirée Boogie ? Tu as feuilleté le journal je crois... » Peut-être que son second connaît un minimum les lieux, puisqu’il avoua la veille avoir traversé bien des villes là où Jason n’a jamais quitté New York. Si pas, et bien ils seront deux à la découvrir et surtout à en voir l’envers. Il doit bien y avoir quelques rues particulièrement mal famées et qu’on conseille aux braves gens d’éviter. Eux les visiteront avec grand plaisir.

Dix minutes, le temps nécessaire pour ressembler au voyageur seulement de passage et dont les poches ne sont jamais vides. Jason en rirait bien à l’avance tant son reflet a quelque chose de profondément humain sous un costume de marque proprement porté et les lentilles bleues qui ne sont pas sans ajouter une touche d’innocence feinte. En voilà deux auxquels on offrirait bien le bon dieu sans confession... tant qu’on ne sait pas. « Bien ! » Lance-t-il, fin prêt et aussi impatient de partir en virée qu’un gamin à qui on vient d’annoncer  la visite prochaine du parc d’attraction. « Allons-y et soyons prudents, c’est que nous n’avons même pas d’arme sur nous... » Voilà qui change des habitudes mais heureusement pour elles et malheureusement pour qui les croise, les bêtes n’ont jamais manqué d’imagination.

Dehors les passants passent, se pressent puisqu’il est tard et que les gens biens n’ont pas à traîner dehors plus que de raison. Le centre ville serait à coup sûr plus animé et plus sécurisé mais ne serait pas un terrain de jeu intéressant. Trop propre, trop vivant et beaucoup moins intimiste. Le sordide se cache toujours à l’ombre et le crime préfère les petits comités exception faite de ces maudites mafia... Faisant craquer ses doigts avant d’enfiler une paire de gants, Lecter embrasse les environs du regard et finalement le tourne en direction de Boogie. « Je te suis cette fois. J’ai prévu les grandes lignes du séjour, autant rendre le reste équitable. Surprends-moi agréablement, comme toujours. »  

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 29 Mar - 15:09



Une addiction supplémentaire? Mais certainement la pire, la plus dangereuse et la plus irréversible. Un bras toujours possessif glisse sur sa taille et Boogie roule sur le dos, accueillant Jason contre lui. Une souffle file dans son cou tandis que l'autre bête s'y niche, lui souhaitant dans un dernier mumure un sommeil peuplé de sang, de rouille et de hurlements. Et toi, d'infâmes rêves.

Une poignée d'heures pour un abandon amplement mérité et réclamé par des os épuisés. C'est ce qui avait été promis et décidé. Pas de réveil brutal, le sommeil du Croque-Mitaine est suffisamment léger pour voler en éclat au moindre chuintement qu'il n'aurait pas émis. Un regard bleu dépouillé de toute brume d'assoupissement croise les abysses. Il est temps de se préparer à se mettre en scène. Ce soir, dans le rôle des proies innocentes, deux membres de cette confrérie sombre formée par les criminels les plus abjects.
Jason quitte le lit en allumant une clope avant de se plonger dans les entrailles de son sac. Comment passer la soirée? Il a remarqué que Boogie avait déniché un journal et comme aucun geste de son second n'est inutile qu'a-t-il bien pu en tirer?Décidemment, rien ne t'échappe. concède-t-il en tendant le bras pour tirer à lui son bagage. Chicago ne semble pas avoir de tribu locale clairement régnante. Mais il y a une horde qui me paraît avoir une courte longueur d'avance sur les autres. L'ancien terrain de jeu d'Al Capone est devenu le théâtre d'une guerre de clans. On est loin très loin de New-York où la plus discrète vélléité d'empiéter sur l'échiquier des monstres du Sud est promptement avortée. Aucun de ces petits roitelets n'a encore réussi à avoir l'ascendant sur les autres par manque de cran ou d'inspiration peut-être. La presse connait leur petit nom...la notoriété est un signe qui ne trompe pas. Ils ont déjà un territoire bien défini où ils ont imposé avec naturel une sorte de couvre-feu. Il y a deux jours, ils ont envoyé au commissariat central trois cadavres réduits à l'état de puzzle géant pour le légiste. Une moue condescendante aux lèvres, il se tourne vers Jason. C'est audacieux pour un vulgaire gang. conclut-il en jetant ses vêtements sur son épaule. Audacieux comme une première tentative de vol. L'article colorait cet acte des teintes de l'inédit et de gradation dans le pire là où à New-York, il serait à peine mentionné tant il est devenu routinier.

Engoncé dans un costume aussi coûteux que celui du Clown, Boogie fait face à son alter ego. Ajustant la veste de Jason sur ses épaules, c'est d'une voix calme que le Croque-Mitaine dispense quelques indications de mise en scène. Ils ne seront pas monstres en maraude mais brebis égarées et certaines attitudes qu'ils ont l'habitude d'afficher ne doivent pas être de la fête avant que le moment soit venu. Ils se sont lancés tant de fois sur la piste d'un tiers, ils ont observé tant de proies avant de les écraser au sol...ce rôle, ils peuvent l'endosser car ils le reconnaissent au premier coup d'oeil. Je risque de te donner une prestation hautement comique. lâche-t-il en esquissant un demi-sourire presque angélique. Essaie de ne pas rire.

[...]

Les stations de métro se sont succédées, leur décorum epirant au fur et à mesure qu'ils approchent de leur destination. La lumière claire des néons devient peu à peu crue, presque chirurgicale révélant aux regards la décrépitude de murs tagués, l'humidité éternelle du sol de béton caché sous les détritus, les visages émaciés et les regards hagards de la faune locale. Les gens banals ne s'aventurent pas ici. Plus à cette heure tardive où les ténèbres remplacent la lumière et où l'instinct humain se rappelle qu'il redoute l'obscurité. Le tableau est bien familier pour le Croque-Mitaine mais présentement, il semble complètement hors sujet. Les oeillades qu'ont leur adressent sont hantées par l'avidité. Ils sont un buffet gratuit et à volonté pour une foule affamée. Toutefois personne ne se rue dessus, il subsiste encore quelque chose dans l'attitude de ce duo surréel qui freine les ardeurs.
Le regard de Boogie se lève sur le plan des stations à moitié arraché au-dessus des portes. Ils n'auront plus à supporter ce transport en commun bien longtemps. Secousse sèche quand la rame pile devant un quai. Les monstres abandonnent le métro sous-terrain pour émerger à la surface. On se croirait presque à la maison. murmure Boogie d'un ton léger alors que se dirige vers eux un gamin d'une vingtaine d'années. Reniflant dédaigneusement, il se plante devant eux, réclame une clope qu'on ne lui donnera pas et qu'il n'espérait pas obtenir. Contournant le guetteur - car il ne fait aucun doute qu'il en est un - lâchant avec un accent new-yorkais volontairement appuyé une brève formule de politesse, Boogie prend congé de l'inconnu sachant qu'en quelques mots, il vient de sceller le sort de son personnage.

On vient de nous prendre en chasse... murmure du bout des lèvres le Croque-Mitaine après une dizaine de minutes à tourner délibérément en rond et en consultant fréquemment sa carte comme s'il était perdu. Le petit guetteur a du se hâter d'avertir ses petits copains sur l'irruption dans ces rues malfamées de deux étrangers qui en plus de puer le fric à dix lieues à la ronde, ont toutes les attitudes des personnes peu sûres d'elles qui redoutent l'idée qu'un piège se referme sur eux. Attrapant le coude de Jason, Boogie se penche légèrement à son oreille. Hâte le pas sinon, ils vont croire qu'on les attend. Pour un oeil extérieur, l'inconnu aux cheveux sombres entraîne son compagnon à une allure plus rapide, certainement pour mettre le plus de distance entre eux et ceux qu'ils ne désirent absolument pas croiser et dont les pas résonnent dans leur dos. L'attitude de proie potentielle est crédible, Boogie n'a que trop traqué d'humains pour ne pas être capable d'en copier les réactions. Il sait ce qui attire l'oeil d'un autre traqueur. Il connaît cette voix, cette intuition qui susurre à l'oreille des agresseurs "ceux-là, ils sont pour toi". Les nuques courbées, les regards rivés au sol, les bras bien serrés le long du corps comme pour annihiler toute prise éventuelle où un agresseur pourrait s'accrocher. Se faire le plus discret possible, ne pas attirer l'attention en croisant une paire d'yeux inconnus...réactions instinctives des faibles jetés dans une fosse remplie d'invisibles carnivores dont on sent la présence jusqu'au plus profond de ses tripes. Oh, il les devine, les membres de cette bande se préparant à leur sauter sur le râble, mais ces derniers ne se doutent pas que sous la laine de ces deux moutons, il n'y a pas de viande juteuse où planter ses crocs.
Leurs poursuivants ne passeront pas à l'acte tout de suite. Les rues ont beau être plus ou moins désertes - à part quelques parasites - elles sont encore flanquées de trop de fenêtres, de trop de paires d'yeux. Les excès de violence ne se déroulent pas encore, ici, en se moquant éperdument d'éventuels témoins. Les pas derrière eux s'accélèrent et c'est avec cette bêtise crasse des victimes que Boogie laisse son poursuivant le mener là où il le souhaite. Les rues deviennent plus étroites, plus sales, borgnes ou complètement aveugles à cause de briques bouchant de plus en plus de fenêtres. Plus d'ombres vaguement humaines avachies dans les ordures, plus de silhouettes indéfinies et fugitives qui disparaissent à l'approche du guetteur qui n'a pas envie de lâcher des yeux ce qui s'apparente pour lui à un sacré pactole ou à une belle promotion. Et enfin le voilà. Ce goût acide particulier qui envahit le palais du prédateur qui vient de mettre les pattes sur le territoire d'un autre. Boogie lève les yeux droit devant lui pour voir émerger de l'extrêmité de la rue crasseuse qu'ils arpentent pour la seconde fois, trois ombres. Alors, c'est naturellement qu'il se fige retenant près de lui Jason. Lentement, il pivote pour jeter un oeil derrière eux. Le guetteur a été rejoint par deux autres. Le piège éculé s'apprête à refermer ses mâchoires. Echange de regards entendus avec son compagnon. On ne rit pas. Pas tout de suite.

Vous êtes loin de chez vous, New Yorkais...loin de chez vous et pour votre malheur là où il ne faut pas. Evidemment, c'est le leader qui s'exprime en premier, brisant le silence. Ombre plantée entre deux autres, à une dizaine de mètres d'eux. Autant attiser cette soif de sang et certainement d'argent et de biens matériels arrachés à un cadavre encore tiède en ne faisant pas tomber le masque de suite.
S'il vous plaît...on ne veut pas d'ennuis... répond-il d'une voix posée mais faussement mal assurée. Juste ce qu'il faut pour conforter les inconnus dans une position de dominant. Allez, osons même lever les mains, paumes tournées dans leur direction. Regardez, on a pas d'armes, on veut juste partir et si possible sans une égratignure. Un bref aboiement émane de la silhouette du milieu qui s'avance dans leur direction d'un pas léger. Les yeux clairs se font fuyants, parés d'un éclat d'anxiété factice lorsqu'ils se baissent comme s'il redoutait de dévisager qui que ce soit. Ecoutez...on va faire demi-tour et vous laisser. Tout le monde sera satisfait. L'homme s'arrête dans une flaque de lumière extirpant de sous sa veste dont les longs pans lui battent les mollets une matraque téléscopique qu'on a plus l'habitude de voir à la ceinture d'un flic qu'à celle d'un malfrat des rues. Moue hésitante sur son visage bouffi de certitude, l'autre joue au méchant en savourant chaque seconde. Stupide petit parasite...savoure, savoure avant que ça ne soit ton propre sang qui envahisse ta bouche. Nan. "Je" ne serais pas satisfait.[/color] déclare-t-il enfin en secouant la tête, déclenchant un chorus de rires gras autour des deux new yorkais. La matraque se lève jusqu'à glisser sous le menton du Croque-Mitaine qui dans un geste auguste passant volontiers pour un geste de protection, Boogie pousse Jason derrière lui. Un sourcil s'arque de surprise chez le  petit monstre de Chicago avant qu'il n'éclate de rire. Tu veux protéger ta blonde? Que c'est mignon. Attrapez-la, messieurs. Dans son dos, le guetteur et un des sbires s'activent, obéissant docilement croyant naïvement que comme tous les soirs, les dés sont déjà jetés pour ces deux-là. Dégageant son menton de la matraque, le Croque-Mitaine frotte délicatement sa joue contre l'arme levant un regard qui n'a plus rien d'anxieux sur le leader. Mauvaise question. ronronne-t-il, mauvais. Rejetant les épaules en arrière, abandonnant soudainement un comportement de victime, il sort un stylo d'une poche, s'en tapote les lèvres avec la pointe avant de désigner l'homme devant lui. Je le protège de vous ou je vous préserve quelques secondes de lui?
Une seconde de flottement. Le bleu arctique glace les iris marrons face à lui. Une seconde, miette infime à l'échelle d'une vie humaine. Un battement de cils, un battement de coeur, moins qu'une inspiration.
Une seconde. Les monstres n'ont pas besoin de plus de temps pour faire basculer la scène la plus banale, pour inverser le cours d'événements qui semblent déjà gravés dans la roche.
Une seconde durant laquelle les monstres se tapissent pour mieux bondir, durant laquelle les cervelles de leurs opposants se demandent ce qu'il se passe. Sa main gauche s'accroche aux cheveux du meneur. Les muscles du cou se raidissent trop tard pour échapper à la torsion qui met l'agresseur en position d'agressé. Le bras armé n'a pas le temps de se dresser pour réagir face au revirement de situation. Une interjection qui s'étrangle avant même d'être émise. Les yeux marrons s'écarquillent face aux iris de glace lorsque la mine du crayon s'enfonce en travers de sa gorge, en ressort pour y pénétrer encore et encore et encore. Pas de temps mort entre chaque coup, le bras de Boogie se tend et se détend comme un rouage trop bien huilé. La matraque est tombée au sol et si les pognes du petit leader se lève à sa gorge pour en stopper le flot tiède qui s'en échappe, le dard du stylo s'enfonce entre deux côtes.
Une poignée de secondes avant que les autres ne prennent conscience que les moutons viennent de faire tomber leur peau laineuse pour révéler les bêtes cachées dessous. Au gargouillis du meneur succède les cris de rage précédant les bagarres sans style.


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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 29 Mar - 20:40

" Ice Road "

Bien sûr que rien n’échappe au reptile lorsqu’il s’agit du fauve. Le moindre geste, la moindre oeillade, le moindre soupir est intercepté puis traité avant qu’il décide d’agir en fonction de. D’un côté ou de l’autre c’est la même chose car on ne passe pas tant d’années ensemble sans pouvoir réagir au plus vite selon les humeurs d’un proche. En voyant son second fouiller la presse locale Jason savait qu’il n’agissait pas ainsi par pure envie de connaître les infos du jour, sans vraie raison non. Le Croque Mitaine cherche, il décortique tout. Par conséquent Lecter n’est pas surpris de l’entendre évoquer et même dans les détails les faits d’armes des gangs locaux, sifflant d’un faux air admiratif lorsqu’un « puzzle » est ajouté au récit. « Audacieux ? » Dit-il, amusé. « Je dirai même présomptueux, à vouloir agir au dessus de ses moyens. Je me demande combien sont tombés dans les vapes pendant la découpe. » Et bien sûr il se moque, puisque c’est assez risible au fond. Mieux vaut ne rien faire que mal faire, même si le ridicule ne tue pas.

Face au chat qui ajuste sa veste au millimètre près Lecter hoche la tête de façon aussi distraite qu’un môme refusant d’écouter les recommandations de ses parents avant sa première rentrée des classes. Cependant, monsieur ne fera pas la sourde oreille car le sujet diffère bien de l’école, on parle ici de mise en scène et l’artiste a le sens du détail en la matière. « Promis, je serai sage comme une... » Pardon ? Jason hausse un sourcil avec suspicion. « Comique, toi ? Et moi, je ne dois pas rire ? Tu sais que c’est un effort considérable que tu demandes hm ? Mais je tâcherai de te... satisfaire. Croix de bois croix de fer. » On évitera le si je mens... l’Enfer les attend quoi qu’ils fassent. Voilà qui promet un amusement unique en son genre.

[...]

Et les rues s’assombrissent, et les gens changent, la crasse s’installe. La lumière froide et artificielle qui lèche sols et murs lui rappelle une autre époque, les vieilles stations de New York qu’il ne vit jamais autrement qu’un terrain de jeu. Un sourire flotte à ses lèvres, sans qu’il puisse s’en défaire car oui, cela ressemble à un morceau de chez eux. Suffit-il à repousser les pauvres hères, ce rictus confiant ? On ne craint pas la pourriture lorsqu’on l’a brassée à pleines mains, qu’on a bousillé ses godasses à courir après ses premiers vols, qu’on s’est étouffé entre l’huile de moteur et l’air saturé des pires effluves. Le métro a ça de vil, à arracher l’âme des hommes, à l’avaler pour ne plus jamais la rendre. Lecter aurait pu s’y plaire, s’y vautrer et jamais le Sud n’aurait connu son nom tant il se complaît dans le pire. Seulement, l’underground impose un code auquel lui saurait se plier : agir à l’ombre. En vermine parmi la vermine, à fuir le long des rails. Il ne peut pas, c’est tout bonnement contre nature. On ne fuit pas lorsqu’on est adepte du devant de la scène, on ne reste pas derrière le rideau lorsqu’on met en scène à son niveau. C’est sans doute mieux ainsi, après tout.
C’est à peine s’il réalise la présence de l’intrus venu réclamer sa cigarette, enveloppé qu’il est dans sa vilaine bulle irisées de couleurs pétrole et simplement, il suit son second sans même un regard pour l’autre. Dédain qui aura tout aussi bien décidé de son « sort ».

Jetant un regard sur la carte par dessus l’épaule du Croque Mitaine, Lecter se retient de pouffer mais déclare tout de même. « Je suis vert de... peur tien. » La bonne blague, hâtons le pas cependant histoire de rester crédible et de n’avoir pas l’air totalement suicidaire. Allez fais donc un effort et joue bien ton rôle, vilaine bête. Prenant une courte inspiration nerveuse, le Clown enfonce les mains dans ses poches et baisse la tête, forçant ses membres à une raideur dont il a bien peu l’habitude mais qui rend sa démarche rapide, fait sentir un certain malaise. On tente de se faire petit, d’avoir l’air... faible. Bigre, tu parles d’une ironie. Et bien sûr les monstres savent, ils sentent ces prédateurs autour parce que c’est ainsi, parce qu’ils ont tellement traqué. Qu’ils courent, qu’ils chassent, ils seront aussi ridicules qu’une bande de gamins partis chasser l’ours avec des brindilles à la main.
Les rues se succèdent sans plus se ressembler, la lumière se fait d’autant plus rare et ce qui jonche l’asphalte devient peu à peu indéfinissable. Comme envie de demander sur le ton de la plaisanterie : on est bientôt arrivés ? Mais ce serait franchement malvenu et mettrait en pièce un scénario si bien huilé. Puis enfin, ENFIN voilà l’heure H, instant de grâce où tout ne tardera pas à s’accélérer provoquant une montée d’adrénaline qui oblige Lecter à se mordre la langue pour éviter de ricaner. Il en meurt d’envie, mais une promesse est une promesse. Des deux, il aurait presque l’air d’être le plus tétanisé à réagir au ralenti comme si ses os s’étaient soudain changés en plomb et ce ne sont pas les abrutis en approche qui sauront voir, comprendre qu’en réalité ; l’effort est énorme pour ne pas sautiller sur place en piaffant d’impatience. Le regard du Croque Mitaine semble dire attention ! Fais pas le mariole maintenant et le Clown lui renvoie une vague grimace acide. C’est de la torture ça et il en connaît un rayon sur le sujet !

Le leader parle, le Clown jette furtivement un œil autour de lui battant rapidement des cils et sentant sa mâchoire se crisper jusqu’à... on ne veut pas d’ennuis... puis les mains levées... L’envie d’éclater de rire s’évapore pour laisser place à une sorte d’admiration mêlée de surprise. C’est qu’il y croirait bien lui même, à cet air là venant de Boogie. Des victimes, Jason en a vu assez pour en voir une si bien incarnée ici, au point de le rendre aussi fier qu’un paon. Rapidement, il baisse les yeux au sol pour ne rien montrer de cette agréable surprise et serre plus fort les dents sur sa langue quand son acolyte ajoute qu’ils vont simplement les laisser. Sale cruel que tu es, maudit chat. Tu sais parfaitement que maintenant, l’autre derrière se gausse intérieurement. Le son caractéristique qui s’en suit est loin de leur être inconnu, ils n’ont qu’à l’entendre pour en connaître la provenance et c’est un peu décevant une telle arme pour des gens capables de découper des passants avant de les abandonner devant un commissariat.
L’objet se lève, suivit par le bleu factice d’un regard résolument bas et si la situation est hautement comique, gare à ce que tu comptes en faire, leader du dimanche car tu ne toucheras pas à la propriété d’un dingue sans le mettre en rogne au passage. Aussitôt la matraque glissée sous le menton du Croque Mitaine, le Clown voit rouge et si on le repousse en arrière ce n’est nullement pour le mettre à l’abri en réalité. Plaît-il ? LA Blonde ? Voilà une bien affreuse insulte lorsqu’on connaît l’aversion de Lecter pour les femelles qui portent cette couleur, celles-ci semblant trouver un malin plaisir à jouer au yoyo avec ses humeurs quand elles ne le rendent pas fou de rage. Pour la forme, il tente tout de même d’écarter les pattes venues l’agripper quelques secondes avant de verrouiller sa respiration de façon à sembler franchement mal à l’aise.

Mauvaise question, ronronne le fauve. Et bien ce n’est pas trop tôt ! La tête blonde se redresse, fait craquer ses vertèbres et siffle d’un air mauvais. « C’est à se demander, effectivement. Qui protège qui ?! » Deux paires d’yeux dévient, le toisent d’un air ahuri sans comprendre, sans encore réaliser cette monumentale erreur.
Autour tout se fige soudain pour ne laisser qu’un chef que le fauve ne tarde pas à écraser sous ses griffes, usant d’un banal stylo pour ouvrir le bal. Sinistre concerto lancé qui aussitôt rend les autres livides, les déconnectent sous l’effet de surprise. Le guetteur vient de tout bonnement lâcher sa « proie », une seconde disait-on, il n’en faut guère plus pour changer la donne. Pas le temps de voir venir le coude qui s’écrase sur sa gorge, l’étouffe laissant au Clown tout le loisir de s’occuper de l’autre qui réalise tout aussi tard sa mauvaise position, les mains plaquées sur son visage et les doigts rapidement pressés sur ses paupières. Pitié, hurle-t-il, étreignant les poignets du Clown. Il s’excuse, il va les laisser dit-il... Maintenant, Jason éclate de rire. Plus besoin de se draper dans le rôle de la victime, les bourreaux sont dévoilés et ne sont plus ceux du départ. À peine calmé, le ton entrecoupée de gloussements détestables il rétorque. « Quoi ? Pas les yeux ? Hm... booon d’accord ! Donc, je... prends la tête ! » Vivement il agrippe les cheveux longs, les entortille autour de ses doigts jusqu’à assurer la prise et ensuite seulement, envoie claquer le crâne contre le mur tout proche. Un, deux, cinq, sept, la face s’écrase si bien en rythme qu’elle semble rebondir jusqu’à ce que le corps s’écroule mollement, pesant un poids mort et rendant d’autres coups inutiles. « Oups, il est cassé... du moins je crois. » D’un geste désinvolte le voilà qui secoue ses gants abandonnant là le cadavre pour approcher à pas dansants le guetteur qui cherche à avaler un filet d’air, en vain.

Tout en jetant un regard à son second et n’intervenant aucunement dans ses « jeux » en cours le Clown se met à siffloter, se demandant quoi faire de celui à l’agonie lorsqu’un corps percute le sien et l’écrase lourdement au sol. Allons bon d’où sort de char d’assaut qui attaque par l’arrière ? Un qui n’a pas dû grandement apprécier de voir quelques copains massacrés et qui lui beugle aussitôt un « taré de psychopathe de merde » dans les oreilles. Jason grommelle, essuie du dos de la main l’entaille faite sous son menton et sent se diffuser une vague douleur le long de sa mâchoire. Un miracle qu’elle ne soit pas brisée pour de bon cette fois. « Je vais te crever enfoiré ! » C’est cela oui... Pense Jason en émettant un rire grinçant. Deux grosses mains se referment sur le dos de sa veste, le soulève d’un seul mouvement pour le remettre debout et la voix ajoute qu’en plus le type va se charger de le faire taire. Obligeant Lecter à lui faire face, il ouvre la bouche prêt à vomir une nouvelle menace mais n’a le temps de rien puisqu’un objet s’enfonce violemment dans l’un de ses yeux. « Petite leçon... pratique : les psychopathes, on les garde à l’oeil mieux que ça. » Dernier globe d'un brun fade qui le toise, corps qui s’écroule à genoux en tentant dans un geste désespéré de s’agripper à une proie qui a déjà filé de trois pas de côté.

L’autre convulse une ultime fois, s’immobilise puis Jason se penche sur le corps, arrache de l’oeil ce qu’il y a planté pour découvrir une paire de ciseaux tellement rouillés qu’on en voit plus la couleur d’origine. C’est tout bonnement charmant.
Ah zut… il a oublié le guetteur. Vague regard en sa direction, il est aussi mort que son corpulent camarade. Bah, tant pis. Revenant à la hauteur du fauve, s’adossant contre le mur pour observer la fin d’une autre « conversation » le Clown enlève l’un de ses gants puis lisse une mèche blonde collée par le sang de l’un ou l’autre. « Devrait-on en garder un et s’amuser avec pendant quelques heures ? J’ai déjà cassé les miens ceci dit... » Avoue-t-il d’un faux air désolé, se fendant d’un sourire angélique avant d’ajouter d’un ton affreusement peu concerné. « Tu auras l’amabilité de me réaligner les vertèbres ? Ce gros débile a dû m’en déplacer quelques unes. » Il ne s’agit que de sa petite personne après tout, rien de dramatique en somme.    

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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