Flame Turns Blue /!!!\ CLOS
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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 8 Avr - 23:27


Et le chaos se répand. Méprisant ce qui a toujours coulé dans un sens. Renversant un ordre dont il est parfaitement étranger et dont il se fiche. Ce qui a été ne sera jamais plus après son passage. Si survivant il y a à cette altercation - un véritable miraculé qui échapperait aux mâchoires des monstres - sa vie changera radicalement. Dans ces rues où ce gang se croyait les rois, il restera, tapi dans l'ombre, le souvenir de ces deux citoyens en apparence au-dessus de tout soupçon et qui se sont avérés bien plus cruels en une poignée de minutes que tous leurs membres. Vous n'êtes pas au sommet de la chaîne alimentaire, messieurs. Face aux monstres new-yorkais, vous n'êtes plus des carnassiers, vous n'êtes plus des prédateurs mais de pauvres proies, des sacs de viande, des jouets bientôt brisés, rapidement oubliés et remplacés par d'autres. La violence se déchaîne et elle est gratuite. Aucune raison à ce raz-de-marée. Ces deux-là ne sont même pas de Chicago, éternels inconnus au bataillon, surgis de nulle part pour repartir certainement vers nulle part. Le mal se moque des frontières, il ignore la distance. Cet épisode est semblable à une météorite traversant un ciel noir. Un éclair qui éblouit, modifie les teintes d'un décor avant que la routine reprenne enfin ses droits momentanément usurpés. Derrière Boogie lui parviennent des cris, des suppliques, des échanges de coups. Mais il ne se retourne pas. La notion de danger et de mort imminente n'est pas destinée à son alter-ego et si le froid du trépas rampe sur les peaux, ça n'est certainement pas sur celle de Jason.

Un sourire dénué de toute chaleur humaine apparaît sur le visage constellé de taches de sang du Croque-Mitaine tandis qu'il lâche le leader au sol. Ca prendra du temps mais pour ce dernier, sa carrière minable prend fin sur un bitume moite où volent quelques immondices. Les yeux polaires se lèvent sur les deux autres qui hésitent encore sur la marche à suivre. Prendre leurs jambes à leur cou en laissant leur boss agonisant derrière eux? Venger ce dernier en sautant sur le taré qui a troué si facilement celui à qui ils ont prêté allégeance? La situation est trop inédite pour qu'ils réagissent au quart de tour. Boogie arque un sourcil, tête légèrement inclinée sur le côté, il pourrait entendre les rouages rouillés de ces deux cervelles s'activer difficilement. A ses pieds l'ancien chef de gang se tortille comme un ver couvert de grains de sel, se vidant lentement de son sang. De la semelle et avec dédain, le Croque-Mitaine éloigne la carcasse mourante de la scène. On ne lui oppose qu'une molle résistance se manifestant par des doigts étreignant sans force un de ses mollets. Mais la pression se relâche vite et le corps roule lourdement sur lui-même dans un ultime gargouillis. Ecartant gracieusement les bras, le Croque-Mitaine n'esquisse aucun geste agressif, il se contente de sourire, invitant d'une oeillade froide les deux survivants à réagir. Les deux paires d'iris se portent par-delà leur glacial adversaire, une furtive lueur d'espoir s'y lit peu de temps avant que le fauve entende un choc sourd derrière lui. La brute épaisse de la bande doit être de sortie, une version bancale et puante de vulgarité d'un cubain laissé à New-York. Un beuglement bovin émane d'une poitrine qu'il ne voit pas, Taré de psychopathe de merde. Tu n'as pas idée, mon cher...

Malgré l'insulte et l'irruption imprévue de ce dernier larron, le regard glacial ne dévie pas et il n'esquisse aucun geste pour secourir son compagnon. Les iris pâles passent d'un malfrat à l'autre presque avec nonchalance. Un hurlement qui se voudrait bestial et martial s'échappe enfin d'un gosier face à lui. Un couteau à la main, le plus grand et le plus maigre des délinquants de basse fosse qui lui fait face s'est enfin décidé à bouger autre chose que les paupières. L'attaque et la rage sont là, à fleur de peau, dans cette charge qui se voudrait presque désespérée. Et désespérante ! car si ce genre d'attaque est efficace sur des citoyens du commun ou sur des petites frappes locales, elle est absolument dérisoire face au Croque-Mitaine. Là où l'agressé devrait s'esquiver ou exécuter un petit bond sur le côté, Boogie avance d'un pas. Les yeux de glace captent une étincelle de surprise dans ceux de son adversaire. D'un geste auguste de la main gauche, Boogie pare le poignet armé avant d'y refermer les doigts. On ne passe pas dix années avec un foutu serpent sans savoir comment faire une clé de bras. Tenant fermement le bras du maigrichon, le Croque-Mitaine se poste aux côtés de son adversaire et l'autre n'a pas d'autre choix que de détendre les doigts faisant tomber au sol son arme avant de plier un genou pour essayer de soulager la torsion qui quitte son poignet pour remonter maintenant à son épaule. L'espace d'une seconde, il croit entendre déjà le craquement de l'articulation qui se brise pourtant, le son sinistre ne vient pas de là. Un genou heurte violemment son visage. Explosion de paillettes blanches et noires devant ses yeux tandis que le souffle lui manque aussitôt. Sa vue s'embue, ses lèvres s'ouvrent sur un cri qui monte aussitôt d'un octave lorsque le Croque-Mitaine lui disloque le bras.
Le bruit d'une course précipitée fait lever vivement la tête de Boogie. A travers les mèches sombres qui masquent son regard pâle, la Bête aperçoit sa proie tenter de s'échapper. Le second a pris ses jambes à son cou. Réaction qui serait presque intelligente...le fauve dédaigne sa victime blessée, se baisse, ramasse le couteau encore au sol avant de s'élancer à la poursuite du plus râblé de ce qui était avant un trio. Au martèlement effrené des semelles sur le sol s'ajoute un "putainputainputain" répété inlassablement comme une litanie ou une prière, puis c'est la respiration rapide et paniquée de la proie qui sent le prédateur proche, si proche, trop proche que le monstre perçoit. Bande sonore qui ne dure que quelques secondes à peine le temps pour le Croque-Mitaine de rattraper sa proie et de lui bondir sur le dos. Lourdement, le râblé tombe au sol, cloué au bitume. Des ongles raclent l'asphalte, des poumons s'emplissent d'air. Chante toutes les malédictions que tu souhaites, ce sont tes dernières paroles. De sa main libre, Boogie empoigne une tignasse sale, dégageant un cou. Les iris paniqués savent que c'est fini en distinguant sur le côté la lueur argentée de la lame. Le Croque-Mitaine se penche jusqu'à l'oreille du fuyard qui a déjà abdiqué. Ronronnement délicat qui file entre ses lèvres. Sssh. C'est bientôt fini. Ca sera rapide mais pas indolore. Tirant plus sèchement sur sa prise, la nuque se renverse avant que l'acier ne morde profondément la chair libérant un tiédasse sirop vermeil. Essuyant la lame sur le dos du corps agité de soubressauts, le Croque-Mitaine se déplie lentement avant de se tourner vers le fond de la rue et enfin, il daigne lancer un oeil derrière lui. La bataille était gagnée d'avance et c'est sans étonnement qu'il distingue un Jason toujours debout, s'avançant lentement vers lui.

Les yeux pâles se posent tour-à-tour sur les cadavres puis sur l'entaille au menton de Jason. Discret froncement de nez de la bête lésée qui observe la marque d'un coup sur son coup avant de s'approcher des morts laissés par son alter ego. Un buffle s'est ajouté au tableau de chasse, certainement la grosse voix gutturale entendue précédemment, invectivant et se croyant menaçante. Ils sont tous cassés déplore Jason faussement navré. Par un heureux ou malheureux hasard, selon le point de vue, il y en a encore un qui essaie de respirer. énonce calmement le Croque-Mitaine en s'approchant du Clown toujours adossé au mur. Tirant Jason de son appui, il se glisse derrière lui, dos contre dos, avant d'accrocher ses bras aux siens et de le soulever en tirant sur les épaules du Clown.
L'ultime survivant est parvenu à reculer jusqu'à des poubelles laissant de petites gouttes rouge vif dans son sillage sur le bitume et parmi les immondices. Une respiration sifflante, à peine audible émane de derrière des bennes, des poubelles et diverses ordures qui s'amoncellent là depuis des lustres. Bras croisés dans le dos, Boogie s'avance parmi elles jusqu'aux chaussures de l'infortuné au museau en miettes et à l'épaule pendant lamentablement. Tapi derrière des cartons, le maigrichon lève un regard encore brillant de larmes et lâche un grognement piteux de bestiole blessée. Nasillard et mâchoires crispées, il demande d'où ils sortent bordel, pour qui ils bossent, qu'ils aillent se faire foutre, que ce sont des cinglés et qu'ils s'en sortiront pas comme ça. Plissant les lèvres de dépit, Boogie se tourne vers Jason écoutant distraitement le flot de paroles rageur. Tu entends? On va pas s'en sortir comme ça. On ne l'emportera pas au Paradis... lâche-t-il d'une voix légère avant d'éclater d'un rire cristallin tout en reportant son attention sur le nasillard. Mais j'espère bien qu'on ne finira pas au Paradis. En Enfer, les gens comme nous, mon petit, ils s'occupent des gens comme toi. Se penchant, il ramasse une planche vermoulue certainement tombée d'une fenêtre aveugle d'une façade. Une ombre vaguement rectangulaire avale le rescapé avant que l'arme improvisée ne s'abatte sur sa tempe. Un morceau de bois se brise, vole par-dessus l'épaule du Croque-Mitaine tandis que le corps s'effondre sur le côté. Sans émotion, Boogie se penche sur le corps inerte pour le redresser et éviter qu'il ne s'étouffe dans son propre sang. Après tout, comme le dit Jason, ils pourraient bien lui trouver une utilité. Tendant la main, il s'empare d'un paquet de cigarettes dépassant d'une poche. Trois choix s'offrent à nous. On l'embarque pour trouver un jeu auquel il peut participer dans les heures qui viennent... Sortant une clope et un briquet du paquet, il s'en allume une. Baissant les yeux sur le corps inconscient, il poursuit sur le ton de la conversation. On le laisse crever dans son sang ou je finis de le battre à mort.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mer 9 Avr - 13:10

" Ice Road "

Tel est pris qui croyait prendre, pourrait-il dire. On prend les mêmes, mais on ne recommence pas tout à fait. Saveur éphémère et grisante de la représentation qui ne souffrira d’aucune réplique car on ne joue jamais réellement le même rôle même si les faits se ressemblent dans l’idée. Les Monstres continueront longtemps à arpenter l’asphalte, à le salir autant de sang que de larmes, rarement des leur voir en aucune façon. Sentez vous, avez vous senti plutôt, ce frisson glaciale vous ramper sur la peau tas de si petits joueurs ? Jeunes, trop et surtout bien trop stupides pour prétendre être capables de se mesurer aux véritables bêtes... Lecter pensait être agréablement surpris, à peine, amateur de surprises mais aucune ne tient place honorable entre ces rues aussi peu accueillantes, sordides puissent-elles être. Est-ce dommage ? Oh non, le Serpent a bien conscience qu’en dehors du chat, il ne trouvera pas alter-ego aussi sombre... diaboliquement séduisant.

Sourire qui s’étire -sans aucun rouge pour le souligner cette nuit- à voir revenir la bête après une chasse évidemment menée à bien. Le pas léger, on se paierait bien le luxe des mains dans les poches et d’une chanson au bout des lèvres pas vrai ? Jason ricane, non ça c’est bien plus son style et non celui du Croque Mitaine. Très cher, tu devrais lâcher la bride sais-tu ? Mais le Clown n’en dira rien, pas cette fois.
Nouant ses bras à ceux de Boogie, il ne réagit aucunement aux craquements émis par ses propres os mais en revanche, hausse un sourcil à l’évocation d’un survivant. Lequel ? Il n’a même rien remarqué... Faisant rouler ses épaules une fois libre, Lecter gonfle les joues face à sa négligence et emboîte le pas à son second pour voir enfin apparaître la silhouette repliée sur elle même d’un sbire qui pour la première fois de sa courte existence doit méchamment maudire son choix de carrière. L’avalanche de questions précède les insultes et Lecter glousse, les yeux rivés sur ces ciseaux rouillés qu’il n’a définitivement pas envie de renvoyer à la benne. « L’emporter au Paradis... » Répète-t-il d’une voix chantante, moqueuse, sirupeuse. « Grand dieu... je n’y tiens pas du tout ! » Et c’est vivement qu’il hoche la tête aux propos du Croque Mitaine, aussi concentré qu’il puisse être compte tenu de la situation qui lui donne surtout envie de rire jusqu’à s’en user les cordes vocales. « Puis très franchement, tu te vois là-bas ? Je suis certain qu’on a pas le droit de fumer en plus. » Et ça, c’est très ennuyeux ! Puis on est pas sans le dire : qu’il vaut mieux régner en bas plutôt que servir en haut. Ont-ils des têtes de serviteurs ? Clairement pas.

Fracas boisé sur une tête, Lecter lève enfin les yeux de son arme de fortune et se fend d’un sourire immense, pouffant de plus belle. « Jamais fait de baseball Boogie ? Quel dommage ! Mais, le golf t’irait bien aussi. » Vilaine pointe d’humour noir là où le quidam n’oserait jamais. Ce serait aussi décalé et immonde que de faire livrer un composition florale ornée d’un « tous nos vœux de bonheur » pour un enterrement. Les concernant, on ne dira rien pour la bonne et simple raison qu’on oserait pas ; sans compter que les oreilles les plus proches appartiennent plus fréquemment à des morts alors... autant dire qu’ils peuvent bien se permettre tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi en fait. Preuve ? Trois choix leur sont offerts annonce Boogie comme on énonce les menus disponibles d’une carte quelconque tout en allumant une cigarette.
Oh tant que ça ? Même celui de l’expéditif ou du mépris le plus total... allons bon, c’est tellement loin de tes habitudes vilain chat. Qu’as-tu donc en tête, toi d’ordinaire tellement minutieux et appliqué que cela pourrait frôler la maniaquerie ?

« Oh oh, quelle surprise ! Comme une petite envie de... sauvagerie rapide mais ô combien efficace ? C’est jubilatoire je te le concède. » Comment prétendre le contraire alors que Lecter vient de purement exploser la tête d’un de ces types contre les briques ? Non, c’est vrai c’est amusant ! Mais sur le moment seulement ; c’est un peu frustrant. Le temps d’y penser le Clown plisse les lèvres en une moue songeuse, allonge quelques pas en direction du gros échoué sur lequel il ne tarde pas à sautiller comme un gamin sur son matelas. Et ce ne sont pas les os brisés sous ses talons qui viendront le perturber ; après tout leur propriétaire est un tantinet trop mort pour réagir. « Voyons voir... hm il est quelle heure là ? » Rapide coup d’oeil à la montre qu’il porte au poignet, ils ont encore une belle partie de la nuit devant eux. « Rien ne presse donc tout est envisageable. » La bouche plissée d’un air de réflexion, le Clown descend de son perchoir sans y prêter une attention supplémentaire et approche le fauve à pas glissants, se coulant derrière lui avant de poser le menton sur son épaule. « Nous sommes des gens raffinés, évitons de le laisser crever dans son jus. Ce qui nous laisse deux choix... ils me conviennent dans tous les cas. » Murmure-t-il tout en empruntant sa cigarette au Croque Mitaine pour en tirer une bouffée avant de lui rendre. Voile de fumée soufflé en l’air et Jason soupire, amusé en enroulant un bras à la taille de son second.  

Jouer avec cette chose serait fort distrayant il n’en doute pas une seconde mais au delà persiste cette proposition tellement inhabituelle, cette idée de purement briser un corps sans aucune forme de réflexion... Allons vilain reptile, ton choix était fait à l’instant même où les idées sont tombées. N’est-ce pas le but de cet étrange voyage en définitive ? Oublier ses costumes, ses bottes... se laisser aller ?! Le Clown sourit, se mord la lèvre et contourne l’autre Monstre après s’être débarrassé des lentilles claires qui ne lui sont plus d’aucune utilité. Noir impatient caressant un bleu indéchiffrable et le Serpent lève une main, la laisse échouer sur la nuque du chat. Sifflante, la bête se penche et murmure à nouveau, cette fois contre les lèvres de sa jumelle. « Achève donc cette chose, et ne te retiens pas. » L’être est indigne des jeux, les bêtes ne l’ont pas choisi alors après tout c’est là tout ce qu’il mérite. Et d’ailleurs, tout ça pourrait bien être instructif... barbare certes mais pas inutile. Pour une fois très cher, laisse toi aller, cesse de penser. Que cela serve d'entrainement, de prologue. Car ce qui se profile au loin, planifié par Lecter dans les jours à venir sera autrement plus sauvage...  

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 15 Avr - 11:04


Haussement d'épaules nonchalant qui tranche tellement avec la scène. Indifférents au massacre qu'ils viennent de perpétrer, les monstres échangent des propos légers, se déplaçant parmi les morts comme s'ils n'étaient que des inégalités du sol. Rejoignant Jason non sans poser les pieds sur un dos, une main ou une ordure non humaine, Boogie esquisse une discrète moue en expirant un nuage grisâtre. J'ai toujours préféré le silence au tintamarre. Et les cris que j'affectionne ne sont pas des chants de supporters. déclame-t-il en agitant doucement la main. Quand à la suite du menu? Et bien le Croque-Mitaine soumet ses idées. Il leur reste trois options. Trois options à l'issue forcément fatale. Le jeu, la nature ou la sauvagerie. Trois facettes du Croque-Mitaine. Pour s'amuser avec cette carcasse, il aurait fallu qu'elle soit un peu plus vive, qu'elle puisse courir, qu'elle soit capable de se défendre un minimum. Le visage ravagé d'où s'échappe une respiration qui tient plus du gargouillement qu'autre chose n'opposera aucune résistance et ne fera rien de réjouissant avec son groin brisé. Si s'asseoir posément et scruter le moment où toute vie quittera ce sac de viande peut s'avérer plus intéressant, Jason n'est pas du genre patient et ces minutes dont la longueur dépend uniquement de la mécanique organique et de la résistance du sujet se passent dans un silence religieux qui n'a pas sa place dans cette ruelle délétère. Quand à la sauvagerie pure et simple, depuis leur départ, ils ne font que se rappeler les règles de ce jeu à la durée indéterminée. On délaisse couronne et costume pour laisser libre cours à cette chose d'un noir d'encre qui rôde au fond de leurs sombres âmes. Cette anomalie qui empêche de les qualifier d'êtres humains. A New York, Boogie est un être de contrôle et la violence dont il fait preuve est un édifice délicat savamment orchestré car il y châtit, exécute. Les décharges gratuites de férocité sont loin de le déranger ou de lui être étrangères mais elles restent maîtrisées, toujours auréolées du halo de givre indissociable de son statut de second.

Comme une envie de brutalité animale? Que peut-on faire de "ça" à part l'achever salement? répond-il d'un ton pensif alors que Jason s'éloigne pour rejoindre le minotaure mort. Masquant son amusement en voyant son chaotique compagnon se jucher sur le cadavre du buffle, Boogie détourne les yeux sur le rescapé dont la route jusqu'au trépas n'est pas encore clairement définie.Derrière lui, les bonds s'accompagnent de craquements d'os brisés. Alors? Que fait-on de ce pauvre hère? souffle-t-il avec détachement en même temps qu'un nuage gris, une fois le silence revenu. Du temps, ils en ont largement, décrète le balafré. Ils n'ont aucune contrainte, aucun impératif, aucune horde à gérer et nul ordre à proférer. Que désirent les monstres de ténèbres impénétrables? Et toi là-bas, dans les vapes, quelle genre de symphonie croustillante serais-tu capable de produire? Boogie plisse les paupières, dubitatif, jusqu'à ce qu'un souffle frôle doucement son oreille. Cette agonie-là n'a aucune beauté et ne mérite ni intérêt ni sublimation. Hmm... murmure-t-il, songeur, du bout des lèvres. On ne va pas décemment laisser la nature faire son oeuvre. Et même si la respiration de cochon du rescapé n'est pas de bonne augure, ils pourraient trouver un moyen de rendre cette mort distrayante. Du moins, pour quelques minutes parce que ça ne durera guère plus longtemps. Jason lui dérobe sa cigarette le temps d'une bouffée avant d'enrouler le bras autour de sa taille et de se glisser face à lui. Les abysses sont de retour et ne manquent pas de tirer un demi-sourire au fauve. A l'instant même où Boogie a soumis cette proposition, la balafré avait fait son choix.

Sifflement indécent contre ses lèvres. Sois barbare. Inhumain. Monstrueux. Ne réfléchis pas, que ton prochain geste soit uniquement motivé par l'envie simple de nuire. Pas de planification, pas d'élaboration toute en gradation et en finesse d'un édifice de souffrance dont l'apogée serait la mort. Le regard clair croise les abysses et un sourire mauvais teinte de sombre les traits du Croque-Mitaine. Une bête folle, ivre d'une rage surnaturelle. Libérée de tout collier, de toute entrave et de toute étiquette, qu'il devienne une meute sauvage à lui seul. Et la meute a faim. La meute ne laisse personne en vie derrière elle.
Cigarette plantée entre ses lèvres, paupières plissées par le picotement provoqué par la fumée du mégot, Boogie glisse l'index sous le noeud de sa cravate, la desserre avant d'ôter sa veste, de la plier sommairement avant de la tendre à Jason. Déboutonnant les manches de sa chemise, il les retrousse au-dessus de ses coudes et se tourne vers le corps inerte, jetant au loin la cigarette à moitié consumée. La sentence a été rendue et c'est la mort, bien évidemment. Mais là où d'ordinaire, Boogie opte pour l'efficacité et la rapidité, interposant une arme quelconque entre lui et le futur mort, cette fois-ci, ça sera sans artifices qu'il invoquera la faucheuse. Le dégoût de la défaite, la haine de la faiblesse, l'inhumanité se chargeront de faire sortir le monstre.

Même une pelote de laine doit remuer un peu pour attirer l'attention d'un chat. Debout devant le survivant, dos tourné à Jason, Boogie baisse le regard sur le visage tuméfié et ensanglanté. Des traits méconnaissables, enflés lui montent une respiration difficile et porcine. Comme on enfonce un bâton dans les côtes d'un cadavre pour en vérifier l'état, le Croque-Mitaine pose le pied sur l'épaule démise, lui infligeant une pression sufisante pour arracher le maigrichon de son inconscience salvatrice. Le lamentable gémissement réflexe se mue progressivement en cri tandis que le visage ravagé se crispe sous la douleur. Réveille-toi, sac de viande, je ne tue pas les inconscients. Les paupières s'ouvrent sur un regard trouble où se lit encore la colère du vaincu. Se penchant sur le délinquant avant même que ce dernier n'esquisse un geste ou ne prononce une parole, les mains de Boogie se referment sur le col du blouson, hissant le survivant jusqu'à ce que ce dernier soit debout. C'est un visage vide et figé qui apparaît dans son champ de vision, des iris dépouillés de la moindre émotion qui transpercent la petite frappe. Oh, il doit la sentir, l'ombre de la Mort, qui plane soudain dans les airs. Car si la faucheuse devait prendre chair en cet instant, c'est sous ces traits qu'elle apparaîtrait, s'apprêtant à moissonner des vies avec un complet détachement. L'instinct animal du maigrichon le sait et en geignant il se débat mollement, tend la main vers ce regard impitoyable qui évite sans difficulté les doigts recourbés en crochets. C'est à peine si des ongles ont la force d'écorcher superficiellement la joue du Croque-Mitaine. Est-ce là tout ce que cette carcasse est capable de produire pour préserver son insignifante existence? A moins que cela ne soit les débuts d'une abdiquation complète. La certitude que cet inconnu en costume à l'indifférence cinglante est la dernière chose qu'il verra. Ses lèvres remuent presque en silence et c'est lentement que le Croque-Mitaine tourne la tête pour tendre l'oreille. Paroles inaudibles, ultime tirade que le monstre ne laisse pas s'achever. Des prières, des espoirs de mort rapide ou des insultes, il n'en a cure et n'a pas envie que cette gorge émette ce genre de son. Hurle. Pleure. Crie. Supplie. Mais ne cherche même pas à exprimer autre chose. Le fauve libère une de ses mains et son poing s'enfonce sèchement sous les côtes du maigrichon. Dans un couinement souffreteux, manquant soudain de cet air précieux qu'il inspire si difficilement, il tombe en avant, son front butant brièvement l'épaule du Croque-Mitaine. Aussitôt repoussé, l'arrière de son crâne heurte le mur avant qu'un second coup le cueille à la mâchoire, un autre à la tempe. Boogie sent la peau de ses phalanges se fendre à chaque coup porté, mais cette douleur a si peu d'importance face au plaisir éprouvé à percevoir des os se briser sous les impacts. Ne plus penser, ne plus rationnaliser, juste détruire pour le simple fait de détruire. Quelques gouttes de sang éclaboussent les traits du Croque-Mitaine lorsque ce qui reste du survivant éructe enfin un appel à une clémence qui n'arrivera jamais. Les genoux du maigrichon faiblissent, cèdent mais il ne tombe pas, une main le retient contre le mur une dernière fois avant de desserrer son étreinte.  
Froid et spongieux est le sol d'ordures sous la joue lorsque le sac de frappe vivant s'y étale avec un grognement larmoyant. L'instinct lui fait lever un coude, sa bouche invoque de nouveau une pitié inexistante, dérisoire protection que Boogie brise d'une détente sèche. La poitrine du maigrichon se soulève pour laisser pénétrer un air soudain glacial et foutrement nauséabond qui s'échappe en un méprisable sanglot. Au fumet rance des détritus s'ajoute celui de son propre sang, il essaie de plier les jambes, tente de ramper pour s'éloigner en un geste aussi ridicule qu'inutile de ce qui le fait souffrir. Les ordures crissent tandis que le monstre l'enjambe, le surplombe et avance en même temps qu'il se traîne au sol. Le fauve laisse sa proie s'humilier en cherchant la fuite jusqu'à ce que toute force l'abandonne. Inspiration morveuse et sanglante avant qu'un pied ne retourne sèchement cette carcasse dorénavant immobile. Les iris pâles ne croisent aucune lueur de vie dans le masque rouge et luisant mais le monstre sait qu'un souffle anime encore cette dépouille. L'Instant est proche, la Bête psychopompe vibre en même temps que le fil de la vie de sa proie s'étiole. Le bleu cherche quelques secondes le noir, sourire vicieux et cruel quand il saisit les abysses. Un râle d'agonie brise cette étrange communion muette entre les deux monstres où la soif de sang et la délectation d'un spectacle inhumain sont soudain partagés, l'azur se détourne des deux gouffres sombres avec un grondement de gorge rageur. Hurle encore pour moi, songe la Bête en levant un pied avant de l'abattre sur le maigrichon et de lui fracasser la mâchoire. L'ouïe du rescapé croit entendre le tonnerre quand ses os se rompent. Et l'orage frappe à nouveau, transperçant son ventre, brisant ses côtes. Et encore et encore...le seul rythme qu'il peut encore comprendre est celui de ces chocs qui le broie toujours un peu plus et celui de ses cris à chaque fois qu'un éclair de douleur le traverse. Les déflagrations lui paraissent de plus en plus rapides jusqu'à ce qu'il ne les entende plus. C'est à peine s'il sent les secousses violentes qui martèlent son crâne. Et puis, tout devient brusquement noir. Mais le monstre s'acharne sur le cadavre, un sourire mauvais aux lèvres. Le fauve ne se contente pas de gagner. Il doit écraser, annihiler définitivement.

Le désir de simplement tuer s'efface devant le besoin de destruction pure. Une main posée sur le mur de briques moites, Boogie y prend appui sans cesser de frapper comme s'il souhaitait faire disparaître le cadavre dans le sol d'immondices. Après les craquements sinistres des os réduits en miette, après le son humide d'une semelle s'enfonçant dans une matière molle et moite, c'est le silence qui tombe soudain sur la ruelle. Silence à peine troublé par la respiration rapide du monstre qui s'acharne, grondant derrière ses lèvres closes. Le martèlement infernal s'apaise lentement, les coups ralentissent puis cessent enfin. Tête baissée sur son massacre, Boogie inspire profondément, abandonnant l'appui du mur. Un soleil rouge s'étale autour de la viande, ses rayons luisants s'étendant paresseusement selon les caprices du sol. Pliant et dépliant les doigts de son poing meurtri pour avoir presque trop frappé, le monstre lève lentement les yeux sur Jason, se redresse tout en déroulant les manches de sa chemise et de se passer un poignet sur son visage pour essuyer sommairement ces constellations rubicondes parsemant son visage. Souplement, il dévale les tas d'immondices avant de rejoindre son alter-ego. Il ne récupère pas sa veste mais empoigne rudement la nuque de Jason. Ses lèvres frôlent l'entaille du menton et l'azur se rive au noir. Jubilatoire mais frustrant... ronronne-t-il suave et mauvais, un sourire corrupteur aux lèvres. Une chance que je sache gérer les deux. Oh, de si peu...car le monstre de démence et de violence est encore tapi derrière les miroirs bleus, jamais rassasié, jamais parfaitement apaisé. Soupir las qui file lorsque le bruit de pas lointains se fait entendre. Les iris pâles glissent sur le côté, apercevant une nouvelle silhouette en approche. Hé, les mecs! j'arrive après la bataille? Vous avez déjà buté les...deux...rupins... La silhouette se fige en même temps que la légèreté du ton de la voix se volatilise en arrivant au niveau de l'égorgé encore tiède un peu plus haut dans la ruelle. Déclic bien connu d'une arme à feu que l'on arme. L'azur retrouve les abysses. Boogie tourne lentement le dos à l'intrus à plusieurs dizaines de mètres d'eux, gardant Jason face à lui, lui glissant entre les doigts le couteau récupéré plus tôt et qu'il n'a pas abandonné dans les ordures.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 15 Avr - 18:09

" Ice Road "

Pas dans tes habitudes, pas dans tes principes ce besoin de détruire purement et simplement n’est-ce pas ? Non car le chat est patient, le chat aime prendre son temps. Ils ont ça pour les différencier, à peine. L’impatience de Jason ne s’endort qu’en cas de mises en scène, qu’en heures de pièges, de fautes à faire expier sans cela il détruit, fracasse sans même plus se souvenir de ces dizaines de visages réduits en bouillie. Combien de prostituées, de dealers, d’hommes rendus méconnaissables en quelques minutes à peine pour un plaisir éphémère, un simple coup de tête ? Il n’a jamais fait le compte et ne pourrait plus le faire. En son Croque Mitaine Lecter retrouve toujours cette maîtrise, cette manie de penser et peser chaque geste chez eux alors ici, pour une fois très cher lâche donc la bride et fonce. C’est facile, tellement que le corps agira par réflexes et ne souffrira pas de la moindre idée. Un pur instinct d’animal, sauvage comme pour ce molosse chéri qu’il lance à la poursuite de certains. C’est un premier pas avant d’autres prévus, l’approche d’un monde pour l’heure à peine effleuré.

Tendant le bras d’un geste ample et gracieux Lecter récupère la veste pliée, un sourire enchanté aux lèvres à la pensée de cette symphonie hurlante qui ne tardera pas à se jouer. Cris donc débris humanoïde, fais cela bien et de toi même que la bête n’ait pas à t’y forcer... ce serait la vexer ! Il va sans dire que le reptile préfère l’action, qu’il adore jouer ses rôles et celui du spectateur ne lui convient pas le moins du monde. Pour Boogie cependant, il sait ranger ses dents et observer, apprécier jusqu’au plus léger soupir. Se déplaçant de quelques pas, une nouvelle cigarette vissée aux lèvres il choisit un angle idéal pour ne rien manquer de ce qui doit se faire, ne rien manquer du festin certes rapide mais non négligeable de l’autre bête. Tête penchée sur le côté, les abysses suivent l’avalanche de coups et les oreilles se tendent jusqu’à capter chaque craquement d’os, chaque inspiration manquée. Et comme elle est belle cette tempête venue s’abattre sans aucune annonce, qui partira comme elle est venue en oubliant les branches cassées derrière elle sans remords, sans considération. Lui dirait : tu vois, ça détend ! La mort rapide mais jamais indolore, l’inconscience offerte à reculons. C’est s’acharner sans grande raison, une soif de sang passagère à assouvir et que ne possède pas tant de charme. Non ça n’a rien d’artistique, oui c’est trop éloigné de leurs jolis tableaux morbides pour y être comparé mais c’est là, pas ailleurs que l’Enfer chante le plus fort. C’est ça, le chant de la guerre.
Invoque la pitié, supplie à y laisser le peu de fierté que tu possèdes et déchire-toi la gorge au passage, les Monstres y sont complètement sourds et d’aide, il n’y en aura pas ici. Bleu irisé plongé dans un noir d’encre, on ne prononce pas un mot mais on se comprend. Tu l’entends toi aussi hein, le silence ? Le fil est tendu, et leur vieille compagne en noir approche, venue sonner la fin d’une victime supplémentaire.
Et l’instant passe, la faux est tombée sans quand le fauve cesse pour autant son jeu de massacre. Écrasé encore et encore le corps déjà mis en miettes, explosés les tissus déjà craqués, peinturluré de rouge le béton gris et maintenant, derrière un mégot rougeoyant une dernière fois le Serpent sourit... Mauvais à souhait, il a eu ce qu'il voulait et jubile de cette déferlante de rage, cette violence complètement gratuite, cet acharnement inutile faut-il l'avouer mais ô combien distrayant. Au fauve qui revient à sa hauteur le reptile accorde ce rictus satisfait, fier de sa création diabolique qu'il n'aura de cesse de pousser même au delà de travers ne lui appartenant pas. Pas le temps d'engager lui même la conversation, Lecter et attiré et cette rudesse, cette sauvagerie qui tarde à disparaître le ravit d'avantage. Jubilatoire, c'est évident et frustrant.... il suffit de s'y faire à force. Le pragmatique et sage Croque Mitaine n'aurait pas vu une utilité réelle dans l'accomplissement d'un meurtre n'offrant pas une totale satisfaction quelques mois plus tôt, trop adepte du « vite et bien ne vont pas ensemble » et pourtant... regarde-toi maintenant. À ronronner ainsi, prédateur pas rassasié tu invites naturellement à renouveler, à continuer, que ça n'en finisse plus. La frustration a quelque chose de terriblement vicieux, vilaine sirène te murmurant à l'oreille que le jeu est encore ouvert. « Séduisant, n'est-il pas ? » Siffle le Clown d'une voix joueuse, caressant de ses lèvres celles de l'autre bête.

Une voix inconnue ; un soupir, deux. Pourquoi... POURQUOI faut-il toujours un indésirable pour les ennuyer lorsque les barbelés se serrent d'un cran, commencent à peine à les écorcher à nouveau ? Claquement de langue désapprobateur, sifflement acide et grognement du Monstre qui n'apprécie tellement pas d'être dérangé dans son petit univers bicolore. Toi, tu aurais tellement mieux fait de ne jamais débarquer ! Car s'il y a bien une chose capable de rendre un fou plus cinglé qu'il ne l'est, c'est bien de mettre un pied sur son échiquier lorsqu'on est pas invité. C'est que ce genre d'impolitesse a trop tendance à devenir chronique ces derniers temps ; est-ce trop demander de leur foutre la paix ? Bruit d'arme à feu armée, bleu faisant face au noir et passage d'une lame. Il n'en faudra pas d'avantage. Refermant les doigts sur l'arme, Jason rend la veste à son propriétaire et avance en direction de l'intrus qui pourra bien le viser si cela lui chante... il ne fera jamais que ça. Bouge pas ! Reste où t'es ou... « Ou quoi ? Tu tires ? Entre ta tremblote et l'obscurité tout ce que tu vas tuer c'est une benne, et encore... » Qu'il ose ou pas, Lecter s'en fiche. La distance qui les sépare réduit aussi vite qu'une allumette se consumant sous une flamme et que l'autre s'égosille, promette qu'il n'hésitera pas, Jason avance jusqu'à se planter face à lui, une moue dépitée aux lèvres lorsqu'il pose les yeux sur le flingue. « Navrant, ce n'est pas un pistolet à eau que tu tiens hein ! Donne moi ça. » Lâche-t-il, autoritaire tout en accompagnant ses mots d'un geste impatient de la main. L'intrus écarquille les yeux, jette un regard ahuri par dessus l'épaule du Clown l'air de demander à l'autre dingue si le premier croit vraiment qu'il va lui céder sagement son unique (possiblement) chance de survie. « Tu me le donnes et je te laisse une chance de filer, deal ? » Ajoute Jason, un sourire maintenant angélique à la bouche.

L'autre avale péniblement, jette un regard aux cadavres dispersés puis consent à desserrer sa prise sur l'arme, la tendant d'une main tremblante. Il serait bien stupide de s'imaginer sauf avec un flingue, seul alors que les autres gisent là dans leur jus, même leur cher boss qu'ils croyaient supérieur. « Brave garçon... maintenant cours, tu as cinq secondes. » Le temps d'assimiler le temps offert, de se décider à bouger, de réellement s'enfuir... Lecter jette un regard à son second, haussant les épaules et écartant les bras d'un mouvement fataliste. Il a eu sa chance, tant pis pour lui. Détonation sèche, le reptile a à peine visé et le corps s'écroule en avant en poussant un cri détestablement aigu. Pas la tête donc... une jambe peut-être ? Jason sautille, pose un pied sur les reins du type étalé. Il tousse, crache son propre sang, un poumon donc ? Ça lui rappelle quelque chose... Une histoire, quelque chose raconté à la lueur d'une lampe de chevet fatiguée pour le faire dormir... Lecter n'avait pas dormi, il se souvient. Un gloussement diabolique lui file entre les lèvres et sans cérémonie il jette sa veste un peu plus loin, ouvre par le dos le pull de son jouet du moment. « Maintenant tu la boucles, je ferai ça vite si tu te tais et que tu ne cherches pas à t'échapper, sinon bah... j'ai toute la nuit devant moi. » Murmure-t-il d'un ton sirupeux, penché sur le visage larmoyant. Jason ne garde en mémoire que ce qui l'arrange, l'utile et cet ancien sacrifice Nordique avait très rapidement trouvé une place dans un recoin de cerveau. Quand la barbarie est belle, elle trouve toujours quelques preneurs ; des amateurs...

Combien de temps ? Il aura perdu le fil à la longue même en ne perdant aucune seconde ; incisant le dos dans toute sa longueur, écartant la peau jusqu'à trouver le blanc des os tandis que l'infortuné mais coupable se mordait le bras. Dans la tête de Lecter un nuage de fumée, des flammes qui dansent, les percussions lointaines d'un tambour à chaque côte détachée de la colonne vertébrale sous les coups d'un couteau aidé d'un marteau trouvé non loin (improvisation oblige, faute de hache). Les gémissements, les cris s'étouffent dans une manche, les larmes redoublent et des ongles raclent le bitume. Un rythme s'installe, serpentaire à la fois vif et précis, étrange danse macabre projetant à chaque geste un ruban sanglant. La respiration du supplicié s'accélère, ses yeux s'injectent de sang et un hurlement fuse tout de même lorsque la cage d'os brisés est écartée à deux mains, ouverte pour laisser apparaître les poumons. Ultime tentative d'un corps tentant de s'échapper, jetant ses bras de chaque côté comme un oiseau bat une dernière fois des ailes pour se soustraire à un piège... inutile, tu es déjà mort sombre imbécile. Touche finale au tableau, la bête soulève les deux poumons, les repousse en avant sur les épaules et se redresse ensuite, observant son œuvre jusqu'à voir disparaître le moindre signe de vie.

Un long soupir file au travers d'un sourire, satisfaction de celui estimant que son travail est fait et bien fait. Le sang a refroidit sur ses mains, la scène est bouclée et elle n'aura pas tant duré. L'instant est passé, le jouet est cassé et aussitôt oublié. Sans plus s'attarder Lecter pivote, essuie sommairement ses mains et la lame sur son pantalon puis revient à la hauteur de son second, lui adressant une oeillade étincelante des idées noires. « Légèrement moins frustré Boogie ? » Glisse-t-il d'une voix chantante, attirant à lui l'autre Monstre d'une main refermée sur le devant de sa chemise. Morsure vive laissée au creux de son cou qui ne saignera pas, fait exprès, la frustration sera partagée à ne pas réellement blesser. « J'espère que tu l'es, maintenant que les jouets sont HS ne reste que toi et moi alors... » Faux air peiné, le Clown recule et se fend d'un sourire innocent, levant la lame entre leurs visages tout en murmurant, sifflant. « Il faudrait qu'on se mutile entre nous. » Et osant en rire, sans attendre le Serpent lèche le tranchant, s'entaille la langue. « Quelle vilaine et alléchante... perspective hm ? »    

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 29 Avr - 18:19


Un butin facilement gagné et l'odeur du sang attirent irrémédiablement les parasites, les charognards. Et celui-ci est on-ne-peut-plus mal tombé. Il n'aura rien à glaner si ce n'est sa propre perte car les monstres ne sont pas partis et pire encore, ils détestent être dérangés lorsque la folie meurtrière tarde à abandonner leurs nerfs et continue à faire vibrer leurs travers les plus sombres. Silence des deux silhouettes qui se font face alors qu'une balle s'engage dans un canon au loin. Silence lorsque la lame quitte la main du Croque-Mitaine pour finir au creux de la paume de Jason.
Peur et stupeur ne sont pas les meilleurs guides pour tuer un être vivant et le nouveau venu dans le théâtre monstrueux est déjà habité par ces deux dernières avant même de leur avoir adressé la parole. Jason dépasse le Croque-Mitaine qui pivote lentement, yeux posés sur son alter-ego qui s'engage dans la ruelle, remonte la venelle d'asphalte dans la direction de l'ultime figurant qui ne tardera pas à tirer sa révérence. Pourvu que cette dernière soit belle, la violence aveugle et débridée laisse un goût d'inachevé sur la langue. A peine sont-elles émises que les répliques de l'intrus sonnent creux. Les menaces sont proférées d'une voix qui se voudrait confiante mais dont le tremblement peureux claque aux oreilles des bêtes comme une invitation à donner la mort. Par tous les diables...même à cette distance, Boogie peut voir la poigne sur la crosse de l'arme être aussi assurée que les premiers pas d'un enfant. La sueur froide de la proie qui se rend compte qu'elle vient d'être piégée doit couler entre ses omoplates. L'imbécile, il ne tirera plus une seule balle maintenant que sa cible est juste devant lui. Et la trouille émane aussitôt de l'humain, c'est presque un miracle qu'il ne perde pas le contrôle de son anatomie. Figé, tétanisé, enraciné sur place, le figurant reçoit les ordres du clown de plein fouet et c'est bêtement qu'il adresse une oeillade indécise à l'autre homme encore vivant dans cette ruelle. Boogie arque un sourcil pour toute réponse. Mais mon pauvre ami, ton sort est scellé à l'instant où tu as ouvert la bouche. Jason laisse miroiter l'espoir d'une fuite qui aurait dû être prise il y a déjà de longues secondes. L'arme tombe dans la main tendue du balafré et il faut encore du temps pour que l'autre se décide à bouger. Le serpent se tourne vers son fauve alors qu'une course commence enfin. Dommage pour toi, jeune imbécile. Un coup de tonnerre, solitaire et sec, résonne dans la venelle accompagné d'un piaulement aigu lorsque l'indésirable tombe au sol.

Oh affreux clown, magnifique monstre dont chaque acte ne fait que parjurer un peu plus l'âme qu'as-tu prévu pour celui-ci? Quelle insupportable tableau te prépares-tu à me peindre? Dès l'instant où l'anonyme est tombé sur le ventre, dès l'instant où sa joue a heurté l'asphalte, une main aux serres noires et froides s'est refermée sur sa nuque. Cette ruelle sordide et sans grâce sera le terminus d'une existence. Les monstres ne seront plus dérangés par l'irruption d'un tiers. Ils ont toute latitude pour entendre le chant obsédant de leur folie qui les berce et les invite à abattre le poing sur une proie. Boogie avance, sans se presser, jusqu'à cette petite scène qui se joue à une dizaine de mètres de lui. Amateur de grand-guignol démoniaque qui laisse le temps au rôle principal de préparer ses accessoires et son ultime jouet avant le lever de rideau. Donne-moi un spectacle aussi troublant que celui de ma tempérance et de ma mesure ignorées. Que le temps s'étire et se dilue dans un acte abject. Transcende ce décorum nauséabond de médiocrité et de banalité. L'ombre du Croque-Mitaine grandit aux côtés de Jason jusqu'à ce que le second se poste auprès de lui.
Et les contes noirs murmurés durant ces heures délicates de l'insomnie prennent lentement vie. Chimères au cuir taché de sang, percé d'épines, incarnations des pires idées de l'Homme qui font les morts et les exécutions les plus remarquables. Il y a tant à retenir des monstruosités du passé et si peu d'êtres capables de réitérer ces exploits en ces temps actuels où l'asepsie générale est de rigueur et où la mort doit être douce. Cette position, ce dos mis à nu ne signifient qu'une seule chose et Boogie sent les muscles de son visage tirer alors qu'un rictus d'impatiente satisfaction s'imprime sur ses traits.

Le Croque-Mitaine baisse les paupières sur son regard limpide tandis que les premières lamentations s'élèvent dans la ruelle. La terreur, la douleur, le désespoir glissent sur sa peau comme des ongles effilés mais dont le dessein n'est pas de le blesser ou de le meurtrir. Les émotions provoquées par la proie torturée deviennent saveurs exotiques, entêtantes et enivrantes. Et ce hurlement...ce cri formidable qui semble soudain avoir la puissance du son de l'éternité, qui paraît n'avoir jamais de fin et monte dans cette hérétique cathédrale intangible érigée autour des monstres lorsqu'ils s'abandonnent aux mains délicatement teintées de vermeil de leur muse folle et cruelle. Qu'importent la toux râpeuse du futur cadavre, ses pleurs, ses hululements, qu'importent les sons spongieux d'un corps que l'on ravage, d'organes que l'on déplace. L'anormal règne. Ce qu'il se passe aux pieds du fauve n'est que l'Ascension d'une vie ordinaire en une mort extraordinaire. Le décor a beau être d'une tristesse à pleurer, c'est une pierre rouge sang qui y est taillée avant de rejoindre les trésors déments des monstres.
L'azur réapparaît, s'accroche aux mains de son compagnon, suit le moindre de ses gestes. La transe se partage et même si ce ne sont pas ses propres doigts qui entaillent, écorchent, ouvrent et répandent le sang, ses sens se laissent délicieusement abuser. Le temps n'a plus aucune forme d'importance, le monde se contracte pour ne laisser vivace et en mouvement que ces trois-là qui bientôt, ne seront plus que deux. Comme toujours. Comme ce qui aurait du être il y a quelques minutes encore.

Dernier outrage pour parachever un meurtre et en sublimer aussitôt la plus petite entaille. La vision est grandiose durant un bref moment où la raison hésite à qualifier le corps de mort ou d'encore en vie. C'est vraiment un bel Instant. souffle le Croque-Mitaine à l'oreille de Jason une fois que ce dernier se soit relevé. A peine le temps de mentionner cet état qui frise le divin que la chair reprend ses droits et que la Mort abat sa lame courbe. La Beauté s'évanouit aussi vite qu'elle n'est apparue, Boogie glisse les bras dans les manches de sa veste tandis que Jason essuie sommairement ses mains et le couteau dérobé. Un noir mauvais croise un bleu de retour dans une ruelle simplement glauque. Est-il moins frustré lui demande le Clown avant de refermer une main rouge sur le devant de sa chemise et de l'attirer à lui. Un fin sourire étire les lèvres du Croque-Mitaine. Si peu. murmure-t-il d'une voix veloutée. Mais plus apaisé, oui. Pincement "gentiment" cruel au creux de son cou avant que Jason s'écarte vivement de lui, la lame entre leurs visages. Ils ne sont que deux debout et les seules vies qu'il reste à malmener est celle qui revêt le plus d'importance à leurs yeux. L'acier glisse sur la langue du serpent y laissant une entaille rouge. Perspective vénéneuse et mortelle autant que scabreuse et tentante.
Tendant la main, il effleure du bout des doigts l'ecchymose portée par le buffle au visage de Jason avant de raccourcir la distance qui les sépare et d'écarter doucement la lame d'eux. Séduisante proposition. Mais... commence-t-il en plissant les paupières une moue dubitative aux lèvres. Ton sang... poursuit-il en recueillant du pouce une larme rouge dévalant le menton du Clown. Il m'est bien trop précieux pour que je le laisse abreuver les ordures. lâche-t-il en glissant son pouce entre ses lèvres. Goût de rouille et picotement au creux de son estomac. L'azur coule en direction des corps, le premier acte s'achève et Boogie, l'homme qui aime à contrôler et avoir plusieurs coups d'avance, n'a aucune idée de combien d'autres constituent cette pièce que Jason joue pour lui. Soupir presque amusé lorsqu'il croise de nouveau les iris noirs. Brûlons tout. Brûlons tout avant de partir.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mer 30 Avr - 13:35

" Ice Road "

Pas tellement moins frustré, mais apaisé au minimum. Le Clown pouffe un rire, secoue à peine la tête sans détourner le regard du bleu redevenu limpide malgré tout. Comme une envie de dire « tu mens mal » qui lui brûle les lèvres car si frustration il restait ici, ils auraient déjà les yeux rivés sur cette rue ou une autre à la recherche d'une nouvelle proie. Ces bêtes là ont l'appétit vorace et s'il n'est pas réellement contenté, elles ne s'arrêtent pas. Ici, maintenant on tend la corde raide, on serre les barbelés d'un cran et... séduisante proposition avoue le fauve toutefois il ajoute, essuyant d'une pouce un filet de sang que celui-ci mérite bien des traitements certes mais jamais il ne finira mêlé à celui des anonymes au milieu des ordures. Lecter hausse un sourcil, surpris à sa mesure car de considération il n'en a pour lui pas une seule miette et il aura rougit terrain plus bien indigne encore durant sa carrière. Est-ce si important, le lieu lorsque l'action est une danse qui n'appartiendrait qu'à eux ? Le Clown plisse les lèvres, ravale le cuivre qui lui tapisse la bouche et abdique sans avoir réellement cherché la guerre. Au fond, il a bien d'autres plans en ce qui les concerne et Chicago n'est qu'une pauvre étape, un point d'arrêt sur la carte comme autant d'autres... « Soit, gardons mon ADN pour une prochaine nuit, on ne va pas en mourir nous hm ? » Glousse-t-il, jetant sa veste sur ses épaules.

Et comme une pierre provoque une suite d'ondulations en percutant la surface de l'eau, l'idée de brûler quelque chose tinte aussitôt aux oreilles du Clown. Ah, tu sais trop comment me parler vile créature... est-ce devenu si facile avec le temps ? Tellement pas... les noirs plaisirs du balafré sont connus et sa tendance à la pyromanie est une norme à New York à tel point qu’on ne s’étonne plus de voir des flammes puisqu’au final, on enrage tellement sur l’ampleur du désastre qu’elles provoquent. Affaire d’effet et non de cause... les gens n’apprécient décidément plus ce qui les entoure pour les bonnes raisons. Mais puisqu’il faut craquer les allumettes ; craquons les ! Ne pas en profiter aurait quelque chose de désolant. D’une main le Clown lisse sa veste désormais en aussi mauvais état que le reste de sa tenue et lorgne sur les bidons en tout genre que n’importe qui aura abandonné là : les nettoyants, les insecticides et autres peintures bourrées de solvants que les étiquettes annoncent autant inflammables que prétendument cancérigènes... Il n’a de cesse de le dire, les gens jettent vraiment n’importe quoi ! Un gamin lâché en plein magasin de jouets aurait le regard moins brillant, le sourire moins vile accessoirement et sans plus attendre il se dirige vers ces trésors oubliés, en secouant quelques uns pour s’assurer de la valeur du contenu et en humant d’autres. Les choix fait Jason repend les liquides sur les corps, ne prenant pas le soin de les entasser ce serait perdre du temps et de l’énergie qu’il faudra bientôt offrir à d’autres heures de conduites. L’habitude joue, il ne pense pas et revenu à hauteur du Croque Mitaine à l’entrée de la ruelle, le Clown laisse échouer le dernier bidon au sol avant de fouiller sa poche et d’en sortir une de ces boites d’allumettes qu’offrent certains night-clubs, la tendant tout simplement à son seul, unique et précieux compagnon de route. « Que la lumière soit, disent-ils. Tu allumes ? »
Et tandis que les Monstres s’éloignent bras dessus bras dessous, inutile de préciser que dans la gorge crasseuse d’une rue, la lumière fut.

[…]

Il perdure un sentiment étrange à voir défiler les paysages sans toutefois réussir à les apprécier. En tout genre, de jour ou de nuit, de l’aube au crépuscule Lecter a beau faire et observer, aucune émotion particulière ne vient lui secouer les entrailles. Plus de trente cinq heures supplémentaires à avaler la distance et aucun mort à signaler. Pas que l’envie manqua lors des arrêts obligatoires, à croiser ces familles nombreuses avec enfants qu’il rêva d’étriper. Les stations d’autoroutes lui laisseront un souvenir mitigé entre l’appréciable temps d’un café et la détestable évidence de trouver dans ces parages beaucoup trop de représentants du genre humains à son goût. « Depuis quand les camionneurs et les motards sont-ils mieux éduqués que la majorité des gamins ? » Avait-il demandé, blasé comme rarement. À en juger, ça ne tourne plus très rond chez les citoyens moyens...

Un panneau annonce les villes et les kilomètres restant avant de les rejoindre, Lecter pousse un léger soupir, satisfait, et s’engage dans une sortie en tirant une dernière fois sur une cigarette avant de l’écraser. Chose faite il coule un regard sur son voisin, un demi sourire aux lèvres en ajoutant d’une voix faussement dépitée. « Si tu dormais pendant que je roule j’aurai pu faire durer le suspens mais ce n’est pas le cas, donc tu auras bien compris où nous allons. » Il neige à nouveau depuis un bon moment déjà, sans discontinuer et les températures sont clairement plus basses qu’à leur départ. New York est loin, très loin et la phrase « Bienvenue à Vancouver » achève de le rappeler. Vu par Jason c’est comme changer de planète. Tellement moins de béton, tellement moins d’immeubles... Peut-être plus loin, dans la ville même il se sentirait d’avantage en terrain connu mais ce n’est pas le but du voyage que de retrouver la civilisation et tout ce qu’elle implique. La carte du dépaysement domine.
De fait, la périphérie semble indiquée pour enfin se poser et consentir à lâcher le volant. Il serait largement temps de dormir vraiment, plus de quatre ou cinq heures cette fois. Lorsque enfin le moteur cesse de ronfler, Lecter croit l’entendre encore mais ne s’en préoccupe pas. Sa surprise commence à peine, la destination n’étant que la première pierre de l’édifice. L’hôtel non loin les attendra bien encore quelques minutes car Jason tient tout de même à préciser quelques détails. « Je crois... que je voulais voir cet endroit au moins une fois. » Lâche-t-il à voix basse, se fendant d’un sourire aux allures d’excuse. Il aurait pu demander, ils auraient peut-être dû choisir ensemble leur destination. Mais aucun doute, le Croque Mitaine n’est pas sans avoir confiance et c’est bien évident que Lecter a tellement plus d’une idée derrière la tête. Qu’il n’est pas ici uniquement pour la beauté du décor... « Trop curieux, on me l’a tant dit... mais c’était une des choses que je ne connaissais absolument pas de toi, en réalité je n’arrivais même pas à me représenter tout ça. Et je ne manque pas d’imagination pourtant. » Le monde est vaste mais celui du Clown a toujours été New York... le reste, il s’en moquait. La portière qu’il ouvre laisse entrer un air glacial qui lui arrache aussitôt un rire amusé ; effectivement il fait bien plus froid ici et il devra clairement investir dans quelques vêtements plus chauds que ceux emportés. « Maintenant, nos vacances peuvent commencer. »
Et très bientôt, il pourra lever le rideau....

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 23 Mai - 13:13


Envie de flammes aussi soudaine qu'imprévue car si Jason est passé maître dans l'art de libérer des feux, ce n'est pas l'apanage de son glacial compagnon qui n'opte pour ce moyen que très rarement. La proposition pyromane éveille une lueur enfantine au fond des abysses et c'est presque avec la légèreté d'une insouciance puérile que Jason s'éclipse à la recherche de quoi éveiller un brasier suffisamment âpre pour dévorer les cadavres des parasites fauchés à l'aube d'une gloire criminelle par des monstres bien plus gros qu'eux. Au silence de la ruelle se substitue le bruit de la quête de combustible et il ne fait aucun doute que dans ces ordures, ils trouveront le nécessaire. Des bidons de plus ou moins grande contenance, plus ou moins vides, plus ou moins dangereux sont dénichés ça et là, vidés à même les macchabées. Inutile de se salir plus les mains et les vêtements à réunir ces carcasses qui ne seront regrettées par personne et dont le trépas réjouira tout le monde.
Précédant un ultime filet d'un liquide inflammable, le Clown et son Croque-Mitaine atteignent l'entrée de la venelle. Cette petite et unique représentation touche à sa fin, entamée par l'hypocrisie et la fausseté d'un monstre de glace, elle se clot dans le déferlement d'un brasier que l'on ne cherchera pas à contrôler pour en limiter les dégâts d'un monstre incendiaire. Dernier regard sur les formes allongées avant que Jason ne tende à Boogie une pochette d'allumettes. Et la lumière fut... répond-il en écho aux paroles de son alter-ego. Le soufre s'enflamme devant les yeux pâles avant de chuter au ralenti jusqu'au sol. En un chuintement bref, une fleur orangée apparaît avant de s'étendre docilement le long d'une ligne humide et grasse.

[...]

Le trajet continue et se mue en voyage dans le temps.
Plus les heures filent, plus les panneaux et les villes traversés rappellent au Croque-Mitaine des souvenirs appartenant à Alastor Burton. Sur la carte du Nord du pays qu'il a en tête, deux parcours se croisent, s'éloignent et se rejoignent. Un itinéraire qui s'est fait d'Ouest et Est où les arrêts furent ponctués de disparitions sordides à chaque fois que la Bête exigeait sa ration de chair humaine et de cris de désespoir. Et il y a un second parcours fait en sens inverse. Les kilomètres avalés révèlent rapidement le lieu de leur destination. Ces vacances, c'est un retour aux sources. Le monstre de raison et de froideur revient sur son ancien territoire de chasse où il était aussi impulsif que subordonné à ces pulsions de mort qu'il n'a jamais cherché à maîtriser et dont il ne gérait que les conséquences.
Le monstre entend au-delà de l'horizon une percussion étouffée dont le son se fait de plus en plus net au fur et à mesure qu'il s'en approche. Comment pourrait-il oublier le théâtre de ses premiers actes meurtriers? Comment la Bête territoriale pourrait-elle ignorer l'appel de cette contrée décrétée sienne et où tout intrus ne méritait rien d'autre que le trépas?
Si à côté de lui, Jason est parfaitement hermétique et sourd au martèlement de la mémoire qui se met en branle, les nerfs de Boogie pulsent à ce rythme imperceptible. L'impatience, défaut qui ne lui a jamais appartenu, croît graduellement et c'est sans s'en rendre véritablement compte que Boogie tapote sa cuisse du bout des doigts. Silencieux et sans desserrer les lèvres, il observe le profil de Jason du coin de l'oeil. Ce n'est pas simplement la curiosité qui les mène sur ces routes arpentées en sens inverse il y a plus de dix ans. Il ne le connaît que trop bien ce fichu clown.

[...]

Les doigts de Boogie se referment sur l'avant-bras de son compagnon. Arrête-toi. demande-t-il d'un ton égal alors qu'ils viennent juste de dépasser l'immense panneau planté aux abords de la ville portuaire de Vancouver. L'allure ralentit jusqu'à ce que le moteur se taise. Lâchant le bras de son alter-ego, le Croque-Mitaine tire sur la poignée de la portière avant de l'ouvrir à la volée laissant entrer une courte rafale glacée dans l'habitacle de la voiture. Lentement, il se déplie et quitte la tiédeur de l'intérieur pour affronter ce vent charriant des flocons de glace. Bonsoir Vancouver. Tu me remets? Tu te souviens de notre histoire? La cité canadienne s'étale à ses pieds, vaste ville piquetée de petites lumières jaunâtres scintillantes, qui après s'être étendue horizontalement, n'hésitant pas à ronger les kilomètres carrés sur l'eau, a abordé l'extension verticale. Les seules limites à l'urbanisme forcené sont les montagnes couronnées de blanc et les forêts impénétrables et touffues qui se perdent dans une brume spectrale. Plissant les yeux, le regard du Croque-Mitaine se porte au-delà de la métropole, vers ces étendues que l'homme a renoncé à domestiquer, l'écrin d'un vert sombre au sein duquel il a grandi. Une banlieue qui aurait vite fait de s'éteindre si Vancouver n'était pas si proche d'elle. L'air froid lui brûle les poumons, assèche sa gorge mais c'est un étrange sentiment de sérénité qui l'envahit. A ses oreilles ne résonne plus le ronronnement d'un moteur mais les rafales irrégulières d'une bise dont la caresse sur sa peau s'apparente à la sensation d'une lame l'entaillant. La dernière fois qu'il a vu cet endroit de cette hauteur, il s'en échappait, traqué et recherché. On a chassé la bête infâme de son fief et aujourd'hui, elle y repose les pattes, mais non plus en vaincue. Personne n'a du oublier le psychopathe qui a fait disparaître tant de gens. Avec le temps, il est peut-être devenu une légende urbaine dont les enfants se racontent les sombres méfaits pour se faire peur. Que reste-t-il de sa maison? Ou de l'usine? Les lieux sont trop chargés d'histoire pour avoir été réhabilités et l'humain est trop superstitieux pour que quelqu'un les ai rachetés. Sont-ils fréquentés uniquement par des néo-explorateurs urbains? Sont-ils devenus le lieu de rendez-vous des adolescents qui souhaitent profiter de l'effroi d'une compagnie féminine pour tenter un rapprochement physique? Une nostalgie macabre lui fait fermer les yeux et respirer le vent glacé. Est-ce-quelqu'un le reconnaîtra? Peut-être. Il n'a pas fait que marquer l'histoire de sa ville et la mémoire de ses habitants, il l'a tailladée, défigurée, souillée d'une manière indélébile. Lorsque Vancouver, et plus précisément sa petite banlieue de Seymour's Grove, a été jeté sous les feux des projecteurs ce ne fut que pour monter en épingle un fait divers atroce. Expirant lentement, Boogie adresse un énigmatique demi-sourire à la forêt d'un vert sombre avant de retrouver l'intérieur de la voiture. Nous pouvons y aller maintenant. annonce-t-il d'une voix étrangement légère sonnant comme un remerciement presque pudique.

Dernière escale. Dernier motel avant le Diable d'ordinaire grimé à ses côtés sait quoi. Jason opte pour un établissement en périphérie de la ville. Au Nord, toujours plus au Nord car, c'est dans ces montagnes formant une barrière naturelle que le véritable terminus se trouve. Perdu au milieu des conifères denses, desservie par une unique route sinueuse, la banlieue de Seymour's Cove qui s'est au fil du temps affranchie de Vancouver pour devenir un petit village à part entière, somnole encore...ou cauchemarde toujours sur le boucher ayant hanté ses rues il y a des années songe avec un amusement malsain le Croque-Mitaine. Jason brise le silence presque contemplatif qui semble frapper Boogie justifiant en une courte phrase la raison de leur présence ici. Excès de curiosité, avance-t-il avec une moue presque navrée. Le Croque-Mitaine plisse brièvement les lèvres, simple et innocent besoin de voir ou désir maladif de posséder et connaître la moindre zone d'ombre du passé de son second? Ces années canadiennes restent bien la seule chose que son possessif compagnon n'a pas encore recueilli dans son escarcelle. Zone d'ombres autant que de questions jamais prononcées, les deux décennies d'existence d'Alastor Burton n'ont été évoquées qu'en de très rares occasions et jamais complètement de manière frontale et nue. Boogie presse doucement l'arrière de son crâne contre l'appui-tête de son siège avant de tourner la tête dans la direction de Jason. En effet, je parle peu de mon passé canadien car qu'est-ce-que c'est à part de l'exhumation de cadavre? Au nom d'Alastor Burton, Boogie ne possède plus rien. Une main gantée de parme lui a offert une autre identité qu'il a embrassé avec foi et loyauté, et ils ont définitivement jeté cette enveloppe aux orties il y a des mois, sous le couvert d'arbres bien différents des conifères verdoyants de Vancouver. Il a laissé le feu dévorer le moindre document officiel portant son ancien nom dès qu'il a posé les pieds dans le Sud de New York. Le monstre en fuite, traqué, mourant et solitaire a trouvé alors bien plus qu'un asile...une raison d'exister. Alors oui, il a scellé dans le silence et l'opacité la plus complète son passé. Les personnes qu'il a haï, celles qui lui ont été utiles, les rares qu'il a pu "apprécier" ne sont devenues que des ombres avec le temps. Les souvenirs ont été remplacé par d'autres. Seule cette fascination pour les étendues sauvages, un instinct de prédateur acéré lui sont restés. Ca et ces connaissances absorbées au gré des rencontres jamais fortuites qu'il a provoqué. Des vingts années passées ici, je n'ai réellement apprécié qu'une chose. Ceci. D'un revers de la main, il essuie la buée qui s'étend sur le pare-brise pour pointer l'enfer vert dense au-delà de la cité, seul véritable rival à l'enfant du Chaos près de lui.Tant que tu n'y auras pas mis les pieds, ça te sera difficile d'imaginer quoi que ce soit. murmure-t-il avec un étrange demi-sourire.
Fin de ce long préambule, cette longue mise en bouche avant d'atteindre enfin le plat de résistance. Comme un seul homme, les deux monstres abandonnent la tiédeur de l'habitacle pour retrouver le froid piquant du Canada. Le vent glacial porte aux oreilles de Boogie un court éclat de rire en provenance de son compagnon. Leurs vacances peuvent commencer.

C'est non sans une certaine surprise que Boogie referme la porte de leur chambre avant de jeter au pied d'un lit son sac. Il s'était attendu à éprouver ce frisson de la paranoïa galoper le long de sa colonne vertébrale en s'avançant sous le plafond du hall d'accueil du motel. Son visage fut, il y a des années, passé en boucle sur les chaînes de télévision, étalé sur la moindre une. Suspect numéro un dans une sordide affaire de disparitions, les autorités n'avaient pas hésité à faire appel à la population pour le débusquer. Boogie croyait qu'il allait se mettre à épier le moindre comportement étrange, la moindre moue sur les visages anonymes qui pourrait signifier qu'il était reconnu...mais non. Ce n'est pas de l'indifférence et encore moins du mépris cette absence de prudence. A vivre depuis une décennie dans une impunité complète, l'ego gavé par la certitude de se trouver au-dessus de tous, de tout et bien au-delà des lois humaines a comme anesthésié cette psychose. On ne l'a pas arrêté quand il affichait à peine la vingtaine, embryon de monstre inexpérimenté, on ne l'arrêtera certainement pas aujourd'hui. Abandonnant son épaisse veste constellée de givre sur une table, Boogie se laisse tomber sur le dos, mains croisées sur la nuque, sur le lit en soupirant. Je me sens...bizarre, comme téléporté dans une autre époque. Rien n'a vraiment changé à Vancouver, du moins de ce que j'en ai vu en traversant la ville et je doute que beaucoup de choses aient changé en haut depuis mon départ précipité. Comme une envie de secouer encore l'ordre établi des environs, de rappeler à cette population endormie pourquoi elle doit avoir peur du noir et de l'obscurité, de ce qui est tapi dans les ombres et l'inconnu.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 23 Mai - 17:52

" Ice Road "

Nul doute que s'il n'avait pas un jour croisé la route du Croque Mitaine, le Clown aurait pour cette étrange contrée un dédain profond, aucun signe d'intérêt et pas même une vague curiosité. Autrefois, peut-être même six mois plus tôt il n'aurait pas pris la peine d'y venir, pas songé une seule seconde à y dénicher un trésor quel qu'il soit. Pour son seul plaisir il aurait choisi le Sud, traversé le Texas puis la frontière Mexicaine direction ces rues où l'on règle ses comptes au son des lames de machettes fendant l'air, comptant certainement plus de cadavres sans tête que de têtes à croiser sans jamais les voir réellement quand bien même elles seraient à leur place entre deux épaules. Le serpent n'est pas de ces paysages montagneux et forestiers, il n'est pas ce monstre arraché des brumes givrantes, pas issu du froid. Lui aurait encore préféré ces steppes arides peuplées de cactus où le soleil cogne si fort que le paysage semble danser sans la moindre drogue pour altérer les sens. Voilà qui lui ressemble tellement plus ; alors très franchement qu'est-ce que tu viens faire là ? Difficile voire, impossible à dire...
Le temps aura fait son office, ne laissant au fauve que des souvenirs relativement périmés dont on se rappelle parfois, comme lorsqu'on murmure une chanson du bout des lèvres, la nostalgie passant en coup de vent. Mais revenir ici, s'il n'y a pas pensé, s'il ne l'a jamais envisagé... peut-il réellement apprécier ? Lecter sent naître un sourire ravi à voir l'attitude de son second, celle d'un acteur dont le rôle hante encore et toujours les planches, qui aura surplombé l'assemblé et qui -cette fois- revient en force. Même si les choses tournaient mal, si quelqu'un comprenait... on ne mettra pas l'animal en cage parce que c'est ainsi. Ces monstres là crèveront de leur propre main, certainement pas de celle du système. Le passé, concept basique à chacun sur lequel on se construit logiquement et eux l'ont tout simplement laissé derrière, l'écrasant sous leurs talons. Si Boogie avoua il y a peu que parfois cette terre, cette ambiance sauvage lui manquait Lecter n'a jamais prétendu comprendre, véritable handicapé émotionnel en tout et pour tout ne possédant jamais que par principe ; thésaurisant sans but. D'avant, il ne regrette qu'un seul compagnon à quatre pattes dont le passage sur terre fut à ses yeux terriblement court. Et en associant son nom au sien, Jason avait et a encore l'impression au final, que ce molosse n'est jamais parti...  
 
« C'est peu dire, on s'y penche rarement. » L'histoire de l'autre est imprécise dans les deux cas, puzzle auquel s'ajoutent quelques fois une pièces, deux au plus quand l'heure est à la confidence et la confidence n'est pas si vieille. Si la distance Maître-Second n'avait pas connu un tournant décisif ils en seraient encore à parler de beaucoup d'autres faits, sauf d'eux mêmes. Une seule chose, avoue Boogie, aura retenu son attention et dérobé une partie de son être : cette forêt qui s'étend au loin et que Jason observe, un œil plissé et songeant que lui s'ennuierait certainement très vite là dedans... ou pas, qui sait ? Et tant qu'il n'a pas vu, il ne pourra pas savoir murmure son acolyte. « Je doute d'y trouver un amusement sincère mais j'aime la nouveauté, sait-on jamais, cette boite en sapins pourrait se révéler plaisante ! » Bien entendu, le scénario est déjà écrit et le Clown ne doute aucunement de la qualité de son ouvrage.
Ainsi, le premier pas est fait sur l'échiquier et la machinerie est en route. Fort bien, la suite est affaire de dosages et de tempo, c'est comme assembler une bombe et celle là possède une autre raison d'être que l'explosion. Il jubile à l'avance ; intérieurement au moins...

Puis il n'est pas peu fier, l'ennemi public de voir son alter ego tellement à l'aise aujourd'hui. La fuite est derrière toi créature infernale, te revoilà forte d'une expérience que tu n'aurais pas trouvé ailleurs et oui, mille fois oui tu es supérieure. Chasseur confirmé tu ne seras plus jamais leur proie. À son tour Lecter laisse échouer sa veste sur la table et son bagage au sol, se plantant pour sa part face à un miroir en suivant. Petit air de déterré très cher, dormir ne sera pas un luxe cette fois mais une franche nécessité. Mais alors que le Croque Mitaine avoue se sentir « bizarre », le Clown abandonne son observation et s'assoit sur le bord du couchage, lissant quelques plis de la couverture du bout des ongles. « Toi tu as changé, en pire cela va sans dire. » Glisse-t-il, un demi sourire entendu aux lèvres. « Je vais jouer carte sur table au risque de froisser ta divine patience à mon égard ; j'ai une dernière petite chose à régler avant de lever le rideau et je comptais t'assommer avec la contribution de quelques opiacés -inutile de me regarder de travers je sais ce que tu en penses- mais si tu me promets d'attendre la fin des préparatifs ici... je me passerai des sédatifs. » Achève le serpent, un petit air de défi dans la voix ne serait-ce que pour le plaisir de jouer sur les notes conflictuelles qu'ils chérissent en temps de sorties privées. Mais la drogue... ah, elle n'est tellement pas au goût de tout le monde, de 50% du « tout le monde » en l'occurrence et loin de Jason l'envie de voir dérailler son petit train diabolique pour une affaire de stupéfiants indésirables. Il a d'autres projets en tête.

Affichant un air pensif, Lecter plisse les lèvres et achève d'envahir le couchage en chevauchant le corps étendu du Croque Mitaine par la même occasion. « Au pire qu'importe ; si tu ne promets pas je m'arrangerai pour te clouer au lit. » Sifflement de bête, ce faux air sirupeux ne trompera pas tant en face le fauve sait bien que le venin couve sans cesse. Elle ne semble pas avoir suffit, cette nuit placée sous le signe de la folie où les monstres ont bien risqué leur peau ; pas à Lecter en tout cas et s'il doit une nouvelle fois jouer à la roulette russe qu'à cela ne tienne, en bonne compagnie le risque même s'il affiche danger de mort le laisse indifférent. Lentement le clown ploie en avant, se fendant d'un autre rictus si faussement innocent qu'il en deviendrait moqueur pour n'importe quel autre que Boogie. « Ce qui retarderait ma surprise. On devra attendre... Mais ce n'est pas ton genre, la procrastination hm ? » Inutile provocation, au fond Lecter sait parfaitement que jamais son compagnon d'armes n'oserait ruiner ses mises en scènes ou jouer en solitaire, outrepassant une demande émise par le clown. Demande qui n'a pour le coup absolument rien d'extravagant qui plus est... pour une fois. Seulement le laisser fignoler ; attendre un peu.

Jouant des non dits, des sous entendus passés entre des yeux bleus et noirs Lecter se tait, scrutant l'azur en attente d'une lueur, le moindre signe annonciateur d'une réaction, jusqu'à finalement battre des cils et jeter un regard vers la fenêtre, intrigué. « C'est très calme... » Murmure-t-il, trop peu habitué. Au repaire ou en ville le silence n'est jamais total et New York somnole bien plus qu'elle dort. Un tel vide aurait vite fait de le déranger ; de raidir ses muscles tant il déteste cette sensation de tranquillité... plus glaciale qu'une morgue. « Trop calme en fait. C'est toujours comme ça ? » Certes le balafré s'attendait à un dépaysement, une sorte de changement mais c'est tout de même affreusement radical. Besoin d'un temps d'adaptation, laisser chez soi dix ans d'habitudes, de jours et de nuits peuplées des chansons de pneus crissants, de chats qui crachent, d'éclats en tout genre ou de balles perdues. Un haussement d'épaules, passons. L'encre noire glisse jusqu'au bleu, un sourire gravé caresse une joue au contraire parfaitement lisse et un soupir file au creux d'une oreille. « Et maintenant ? »                

© Jason L.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 6 Juin - 12:20


Des images, des visages, quelques noms...que reste-t-il de ces années solitaires que le monstre a traversé en portant le masque de l'humanité. Des cendres. Des débris. Des flashes semblant appartenir à un autre être, une Bête cruelle encore en gestation, pas tout à fait consciente de sa valeur, pas tout à fait consciente de son don pour le parjure et l'horreur. Autant de souvenirs dont Alastor s'est délesté au bord d'une route tortueuse avant d'emboîter le pas à une autre Bête sous le nom de Boogie. Pourtant, malgré le flou nébuleux dans lequel elles baignent, ces images restent bien plantées dans ce décor qui fut autrefois familier. Les édifices, les rues et même le type de population les arpentant selon les quartiers sont restés les mêmes. Quelques enseignes ont changé, quelques échoppes ont fermé mais globalement, les choses sont quasiment identiques à ces souvenirs d'outre-temps. Dans ce pays septentrional, on change peu et on a beau être dans une ville d'une superficie respectable, les conditions de vie sont telles qu'elles poussent à l'adaptation et pas nécessairement à l'évolution. On ne s'installe pas sous ces latitudes par envie ou sur un coup de tête. Il faut de la résistance pour accepter de vivre à Vancouver et il en faut encore plus pour y rester et y lier son avenir jusqu'au terme de son existence.
Si la cité a traversé les années sans vraiment se métamorphoser, on ne pourra pas en dire autant de la forêt. Oh que non. Plus d'une décennie ont du profondément modifier les zones boisées ne dépendant pas - ou plus - de l'administration locale. Si les hectares qui furent ceux de Boogie ont été laissés à l'abandon, la nature y aura repris ses droits et dix ans de liberté totale équivaut à l'éternité pour la faune et la flore. Maudite impatience...il tarde au Croque-Mitaine de se lancer sur sa propre trace.

Quoique Jason ai prévu, et même s'il n'apprécie pas spécialement l'immobilisme et le calme apparent de ce nouvel horizon, Boogie ne doute pas que ce dernier y trouvera un quelconque intérêt. Après tout, ne s'est-il pas forgé ici? Et si des intrus s'immiscent dans leurs petits jeux déviants, ils pourraient bien éprouver le frisson du danger. Jusqu'à présent, les parasites involontaires croisés n'ont offert guère de challenge aux monstres mais on ne peut pas en dire autant des personnes vivant ici. Les locaux sont une toute autre espèce humaine. Malgré les conditions de vie qui se sont endurcies lorsque la nano bombe a ravagé la planète, en emportant toute la technologie, ils n'ont pas fui. Ils se sont adaptés. Et il y a beaucoup de conclusions à tirer de ce simple fait. Si Boogie sait traquer, chasser ou remonter une piste aisément, il doit ces connaissances à ceux qui arpentent la forêt sans crainte, sans éprouver cette peur instinctive et animale qui tenaille tout humain jeté en pleine zone sauvage nocturne. A New York, rares sont les suicidaires osant les attaquer, rares sont les citadins capables de brandir une arme sous leur nez, de les en menacer et de passer à l'action. Ici, les règles changent. Ceux et celles qui portent une arme savent s'en servir. Il vaut mieux oublier le préjugé du canadien attentionné et prévenant avec un ennemi, ça ne fait sourire que les étrangers. Quelques heures après qu'Alastor Burton ai été décrété suspect numéro 1 dans l'affaire joliment baptisé du Boucher par la presse, les représentants mâles de la communauté n'avaient pas hésité une seconde en prenant leurs fusils et en marchant dans la direction de la propriété des Burton pour une petite séance de justice populaire où le public est aussi juge et bourreau. D'avocat? Il n'y en a pas car on ne laisse jamais de place au doute en ces lieux.

Assis au bord du lit sur lequel Boogie s'est étendu, Jason poursuit, prétendant que Boogie a effectivement changé mais en pire. L'image que le temps a laissé de lui ici est dorénavant bien éloignée de ce qu'il fut. Pire. Il est pire. Un demi-sourire étire ses lèvres tandis qu'il effleure du bout des doigts croisés sur sa nuque, la marque infâmante que Jason a changé en sceau et dont le sens n'appartient qu'à eux. Pire...ou mieux. Tout dépend du point de vue.
A bien y réfléchir, quel genre d'évolution pouvait-il suivre? Boogie était déjà anormal avant même que sa monstruosité ne se révèle totalement à sa conscience. L'enfant au regard pénétrant si sérieux, si lucide était devenu un adolescent laconique, solitaire et auréolé de secrets. Quand au jeune adulte, il ne fut que mépris, un être dénué de toute empathie, détesté profondément quand il a décidé de fermer l'usine dont tant de foyers dépendaient. Au fil des années passées ici, son arrogance et son indifférence s'étaient affirmées. Alastor Burton était aussi faux et hypocrite que mauvais et dévoré par des pulsions qu'il contenait de plus en plus difficilement. Il leurrait tout le monde et cela le confortait dans ce sentiment de supériorité. Les autres ne furent jamais rien d'autre que des outils pour parvenir à ses fins, des objets corvéables à loisir et utilisables jusqu'à ce qu'il n'ai plus rien à en tirer. Maintenant, il les exécuterait une fois avoir obtenu ce qu'il désirait alors qu'autrefois, il se contentait simplement de s'en détourner aussi soudainement qu'il ne s'y était intéressé. Une vie n'a jamais eu aussi peu d'importance à ses yeux qu'aujourd'hui.

Les iris pâles glissent sur le côté jusqu'à croiser des abysses. Ce diable de chaos a besoin d'encore un peu de temps pour finir de peaufiner cet intriguant projet concocté dans le secret. Traits qui se figent lorsque Jason mentionne la possibilité qui s'était posée à lui d'assommer son second par le truchement de drogues quelconques mais il n'optera pas pour cette dernière. Une promesse a été faite que plus jamais Boogie ne sera camé à son insu. Ne reste donc que l'attente passive dans cette pièce? Tourner et retourner dans sa tête ce que son imagination et celle du Clown sont capables d'esquisser de plus distreyant et de pire. Ou de mieux, encore et toujours une question de point de vue. Tu ne prendras pas ce risque. répond-il d'une voix pleine de certitude. Une machinerie a été mise en route dès l'instant où ils ont quitté New York et il serait fort dommageable que les événements à venir soient entâchés par une humeur polaire venant du Croque-Mitaine, n'est-ce-pas? Sous le poids de Jason, le lit se creuse avant qu'il ne s'installe à cheval sur les cuisses de Boogie. Sifflement des mauvaises suggestions qui les font glisser immanquablement dans un monde où les terminaisons nerveuses geignent et où les corps soupirent. Me clouer au lit? Au sens propre ou figuré? réplique-t-il avec un sourire tout en dégageant ses mains de sous sa nuque.
Le silence s'étire dans ce face à face muet où les sourires innocents dépouillés de toute vertu ne trompent personne. D'ordinaire, l'absence de bruit n'est que très provisoire pour les monstres. La bande originale de leurs existences les baigne sans cesse dans la cacophonie, les éclats de voix, les cris, les coups de feu, les sirènes au loin. Le monde de violence qu'ils ont fait leur ne leur laisse que rarement le loisir de savoir apprécier une aseptie acoustique. Alors, quand le calme s'abat et qu'il n'est le prémisse à rien, il n'en est que plus remarquable. Ou dérangeant à en juger l'expression de son chaotique alter ego et cette question murmurée à voix basse comme pour éviter de troubler ce silence. Bienvenue au Canada... Cet hôtel est planté dans une sorte de zone frontière. Plus tout à fait dans la ville, pas complètement plongé dans la forêt, un coup d'oeil par les fenêtres permet d'embrasser ces deux mondes qui se côtoient sans s'entredévorer. Si l'établissement avait été bâti plus au Sud, on pourrait distinguer le ronronnement du trafic urbain et s'il avait été érigé plus au Nord, ce sont les cris lointains de la faune nocturne qu'ils auraient perçu. Couvrant une cicatrice de la main, Boogie contraint Jason à tourner la tête jusqu'à ce que le bleu croise le noir. Que t'ai-je dit à propos de ce genre d'endroit? Il faut savoir où regarder pour voir et quand écouter pour entendre.

Le clown courbe le cou, sa joue caressant celle du Croque-Mitaine avant qu'un souffle ne frôle son oreille. La Bête apprivoisée ferme les yeux, s'abandonnant à celui qui a su la soumettre. Ses mains glissent sur les flancs de son alter-ego avant de se nouer au bas de son dos. Et maintenant, murmure la petite ritournelle new yorkaise qui pousse sans cesse à aller plus loin et à déborder largement des limites qu'ils s'imposent. Le monstre savoure ces quelques secondes troublées uniquement par cette respiration qui résonne à son oreille. Fais ce que tu as à faire. Si tu n'es pas de retour dans une heure, faudra espérer qu'il ne neige pas et que mes traces soient encore visibles. Une heure... ronronne-t-il du bout des lèvres en verrouillant son étreinte. Une heure à compter de maintenant.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 6 Juin - 16:36

" Ice Road "

Tu ne prendras pas ce risque. Il sourit de coin, un sourcil levé semblant dire « ah tu crois ? » ; car s'il en est un capable de tout en ce bas monde il est ici, prêt à n'importe quoi pour risquer le pire et en attendre le meilleur. Oh mais oui il oserait et plutôt deux fois qu'une tant l'expérience fut destructrice, enivrante, explosive... La bête éviterait car une promesse faite à sa jumelle tient du sacré mais le Clown... ah le Clown ; ses limites sont loin et quitte à frôler le parjure il en oublierait ses propres mots. Un fil se tend dés lors, saveur de défi dans l'air et regards dénués de fausseté ; on jouera cartes sur table quoi qu'il advienne. Installé au dessus du fauve le reptile laisse entendre qu'il peut encore -dans l'éventualité d'un refus d'obtempérer- le clouer au lit d'une façon ou d'une autre. Sens propre ou figuré ? Lui rétorque la bête noire, souriante. Lui répond une expression similaire, un filet de voix mélodieux et guère moins joueur. « Nous nous contenterons du figuré, j'ai laissé les clous à la maison. » Puis le Clown ajoute, effleurant du bout des doigts un poignet pâle. « Quant à te menotter, l'idée est tentante mais la perspective que tu te ronges une patte pour t'échapper n'a absolument rien de réjouissant. » Léger haussement d'épaules signifiant qu'il renonce cette fois à toutes entraves quand bien même le souvenir de bracelets et d'une chaise au milieu d'une jungle miniature lui murmurent de renouveler l'expérience. Mais sachant qu'il faudrait garder l'animal en place plus longtemps que cent vingt secondes... mieux vaut oublier.
Quel étrange et détestable silence pour l'adepte du spectacle qu'est Lecter, lui ne supportant plus la chose depuis l'enfance. C'est par fierté qu'il prétendra trouver cela bizarre, à peine et murmura une question pour meubler l'espace sans pour autant le perturber. Bienvenue au Canada... mouais on dira ça, reste à espérer que l'homme ingérable parvienne à relativiser et ne pas tant penser à cette ambiance affreusement vide. Le Croque Mitaine s'il remarque le malaise -aussi bien caché soit-il- n'en fait pas mention et oblige gracieusement le Clown à tourner la tête, captant un noir toujours luisant des idées folles. Savoir où regarder et quand écouter... les mots lui arrachent un éclat de rire sans grande difficulté et Jason secoue doucement la tête. « Hélas Boogie, je réfléchis trop peu quant au fait de penser puis agir. Je ne sais pas laisser le temps au temps. La patience n'est pas une de mes nombreuses... qualités. » Glisse-t-il, le ton fataliste mais amusé de ses propres lacunes. Il est ainsi, à vivre ancré dans un présent compté à la minute et s'il n'entend rien au moment de tendre l'oreille, tant pis il n'ira pas chercher d'avantage. Bien que son cerveau soit capable d'analyse il ne l'est que dans l'instant, capacité de réaction en vitesse accélérée qui aura tant décontenancé ses hommes, ses ennemis mais dont il se révèle tout bonnement incapable dans « l'attente » d'un fait. En bataille il aurait été homme de front à foncer à travers les lignes et non défenseur de sa base, scrutant l'horizon pour prévoir les attaques à venir. Ça passe ou ça casse, dit-il sans cesse.

Et maintenant ose-t-il dire, penché sur l'autre créature infernale dont les mains se nouent au bas de son dos. Que comptes-tu répondre ou dire cher Croque Mitaine, hm ? Fais ce que tu as à faire. Le Clown hoche la tête, ravi jusqu'à la suite du discours... Ronronnement qui à lui seul vient de pulvériser des prévisions faites depuis un bon moment déjà et un planning qu'il avait pour une fois pris le temps de soigner. Les abysses fixent l'azur d'un air ahuri, presque indigné de se voir posé un ultimatum là, maintenant alors que... horrible bête va ! Tête inclinée sur le côté, nez froncé le Serpent doit accepter la proposition car il n'en aura pas d'autres. On a toujours le choix ; ici il s'agit d'obtempérer ou d'assommer l'autre sachant très bien quels risques s'opposent. Grognant, Jason se redresse à peine tout en passant la langue sur ses lèvres, jetant un regard au plafond avant de répondre. « Deux heures. Je me sens obligé de préciser que d'une, je connais mal la région... pas du tout en fait et de deux, qu'il fait nuit et tu as vu l'état des routes comme moi. Même si enfoncer l'accélérateur ne me dérange pas il serait fort dommage qu'on me découvre au fond du fossé... non ? » Pour eux certes, la populace s'en réjouirait en revanche ! Mais on a fait mieux comme ultime sortie que celle-ci. Poussant un soupir la bête d'écailles courbe à nouveau la nuque, souligne de l'index une ligne à peine visible le long d'une mâchoire en murmurant dans un mélange de tendresse et de faux reproches. « Sale chat capricieux... » Et pourtant il sourit, sans l'ombre d'une contrariété avant de s'emparer des lèvres du vil Croque Mitaine. Ni fiel ni miel ; un baiser bon à invoquer ce maudit enfer où ils règnent en égoïstes, d'une douceur bancale mêlée d'impatience et frustrant lorsque les crocs glissent, effleurent sans jamais appeler le sang. Lorsqu'il s'écarte le serpent se mord la langue et ravale son envie de débauche monstrueuse qui le contenterait très certainement mais pourrait tout autant lui faire oublier sa mission du moment. D'un bond il s'échappe du couchage et reprend cigarettes, manteau et clés avant de se tourner en direction de Boogie, une main sur la poignée de porte. « Deux heures ; et si tu as bougé entre temps comptes sur moi pour te briser les deux bras. » Un clin d'oeil, un sourire et le voilà filé...

[...]  

Mais depuis quand Boogie est-il devenu si pressant ? D'ordinaire le pragmatique et raisonnable second aurait expédié son Clown de patron au fond de son lit en lui interdisant de toucher au volant après un tel marathon d'insomnies. Sans avoir besoin de compter les heures Lecter sait qu'il a besoin de sommeil, en témoignent les cernes sous ses yeux dont l'un est encore marqué d'un récent coup. Inutile de se voiler la face, tu as une sale tête foutu cinglé. Il le sait très bien ; mais le fauve a donné une seule option... pour le moins radicale dans son genre. Jason tire longuement sur sa cigarette et se laisse aller au fond de son siège, ravalant un bâillement tout en consultant une fois de plus ce maudit GPS qui fonctionne au ralenti et capte fort mal. Comme s'il avait du temps à perdre ! Vingt minutes passées déjà et c'est avec un soulagement réel qu'il déniche enfin l'adresse, une petite maison traditionnelle aux volets évidemment clos par ce temps. Rapidement il retouche son grimage de scène à la lueur faiblarde du plafonnier puis s'extirpe du véhicule pour ensuite remonter une petite allée et laisser tomber deux coups sur la lourde porte en bois. Quelqu'un trottine, déverrouille et le battant laisse apparaître une petite femme âgée qui demeure à moitié visible. Se fendant d'un sourire aimable Jason laisse filer un bonsoir, décline un nom aussi faux qu'une paire de Louboutin importée de Chine et aussitôt la dame ouvre la porte en grand. « Oh oui, mon mari vous attendait. Entrez entrez, je vais tout de suite le chercher. Je vous sers un café ? » Le temps d'essuyer ses semelles lourdes de neige et il entre, refermant derrière lui tout en acceptant poliment l'offre. Resté seul dans le hall, il jette un regard à son téléphone, calculant quelques durées, prévoyant son programme... deux heures, c'est terriblement court. Un vieux chien se glisse près de lui, noir et feu aux grandes oreilles tombantes que le Clown gratifie aussitôt d'une caresse au sommet du crâne. Et sa meute ? Va-t-elle bien à New York ? Elle lui manque un peu cette présence animale qu'il connaît chaque jour d'habitude. Qui sait tellement briser les silences...

« Bonsoir ! Vous êtes arrivé plus tôt que prévu, je ne vous attendais pas avant demain. » Lui lance chaleureusement un homme ayant largement passé les soixante dix ans mais dont l'évidente bonne condition physique forcerait le respect. Une poignée de main offerte, Lecter sourit à nouveau et affiche une expression légèrement navrée. « Pardonnez mon impatience, je ne vous dérange pas au moins ? » L'autre secoue la tête, posant une main sur l'épaule de son invité pour l'entraîner au salon où il désigne un canapé. « Pensez vous, j'avais hâte de vous rencontrer. Le téléphone ne remplacera jamais une bonne vieille entrevue n'est-ce pas ? » A qui le dites vous brave homme, on a toujours mieux tué de visu ! Propos que la tête blonde se gardera d'ajouter, se contentant d'un sourire de circonstance tout en prenant place. Le chien ne tarde pas à bondir sur l'assise, se couchant tout en laissant choir sa tête sur la cuisse du Clown. Le vieil homme s'apprête à ordonner qu'il s'en aille mais déjà, Lecter lève une main. « Il ne me dérange pas tout va bien. » De quoi ravir son hôte et son épouse revenue avec un plateau et un café qui aura ENFIN le mérite d'être bon. « Vous devez avoir beaucoup à faire j'imagine. Ne perdons pas de temps, vous êtes toujours sûr de vous ? » Lecter lève les yeux, un indéchiffrable sourire fleurissant à ses lèvres tandis qu'il saisit la tasse fumante avant de répondre, clair. « On ne peut plus sûr. » Dehors, il neige de plus belle...

[...]

Trente cinq minutes restantes ; franchement c'est un comble. Le Clown si peu attentif aux horaires soudain obligé de consulter un cadran au risque de ne plus trouver son second à l'hôtel. Ses paupières brûlent à devoir garder une attention permanente sur la route et le voilà qui insulte copieusement chaque voiture venue le coller d'un peu trop près, à moins qu'elles le doublent sans aucune forme de civisme. Il en ferait autant à n'en pas douter mais pas avec cet engin loin d'être équipé pour le terrain. Raison pour laquelle il le gare actuellement sur un parking pour récupérer un 4x4 de location. Le temps de remplir la paperasse d'usage, de récupérer les clés et de lâcher une somme en espèces et il repart, dernier client d'un type pas mécontent de fermer boutique avec une belle liasse en mains. Quinze minutes seulement... et l'impression que sa tête va exploser à décompter. Pour le coup, le véhicule adapté n'aura pas ralenti beaucoup et le dingue au volant n'allait pas se montrer prudent une seule seconde. Au final, Jason aura dû sacrifier quelques unes des choses listées, aucune ne constituant une urgence pour son scénario. Il fera sans une tenue de circonstance et se contentera de ses bagages, ce n'est pas si grave. Aucun bémol dans la scène qu'il a monté pour l'instant c'est bien tout ce qui importe. Juste une petite chose, une vérification sur laquelle il aura dû faire une croix mais là encore son instinct lui murmure que tout ira parfaitement bien. Ça ira oui... Mais le diable est dans les détails et les détails... il les aura à peine effleuré. Ça le chiffonne un peu.

Retour au point de départ, le Clown est rentré à l'heure et à peine un pied dans la chambre il jette un regard presque assassin à son second. « Je m'en souviendrai ! Espèce de sadique. » Lui jette-t-il de but en blanc tout en se débarrassant de sa veste. « Je vais prendre une douche, ou un bain... ensuite... et bah tu me diras ce que tu veux faire. » Un peu sec non ? Sans doute ; peut-être... La porte de la salle de bain claque comme une gifle. Non en fait c'est très sec. Vexé d'avoir été envoyé dehors sans l'ombre d'une hésitation dans un bled qu'il ne connaît pas avec en plus un compte à rebours ? Si peu... Possiblement blessé même. Assis sur le bord de la baignoire Lecter tend le bras pour ouvrir la vanne d'eau chaude, qu'elle soit brûlante d'ailleurs car le reptile à grand besoin de se poser. Pour autant il a la même impatience qui lui noue les entrailles, envie de foncer encore et de dévoiler ses cartes mais dans cet état il ne fera rien de bon. Envie d'une cigarette, noire si possible mais c'est un coup à prendre un coup justement. Parce que tu t'en soucies ? Non. La bête gémit, tourne en rond et voudrait bien se jeter dans les pattes de sa jumelle, l'entendre ronronner, sentir sa présence... Le balafré soupire, balance son pull puis le reste de ses vêtements sur le bord du lavabo et fait craquer sa nuque. La vapeur monte dans son dos, il coupe l'arrivée et n'attend pas grandement plus pour se glisser dans l'eau sans même une grimace malgré les picotements et la sensation cuisante qu'il ressent. Machinalement il pose les doigts sur le rebord, cherche à l'aveugle un paquet qu'il ne trouvera pas puisqu'il l'a oublié... Shit. « Boogie... Envoies-moi les clopes. » Au fond mon vieux, tu viens de vivre ce que tu fais vivre à ton petit monde en temps normal... Ouais ; mais on en revient à lui, faites ce que je dis et jamais ce que je fais. Parce qu'il ne peut plus supporter ça, il ne veut plus jamais ça. Mauvaise idée, tu le sais... « Celles au fond de mon sac. » Que ces maudites tiges noires lui vident la tête, qu'elles ne laissent pas une ombre grise s'étendre ; c'est tout ce qu'il demande.

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 20 Juin - 17:52


Poser un ultimatum à celui qui incarne le chaos n'est pas une décision sage et raisonnable. Pourtant, c'est sans sourciller et avec du velours dans la voix que Boogie offre à son alter-ego une misérable heure pour régler les derniers détails du show préparé, tramé, prémédité depuis New-York à des centaines de kilomètres d'ici. Quoique cela soit, peu importe l'importance de ces dernières touches, Boogie concède une heure. Deux, réplique Jason en listant les éléments qui pourraient bien le retarder et lui bouffer de précieuses minutes. Et il ne peut pas les gaspiller sous peine de devoir filer dans les sous-bois retrouver son Croque-Mitaine qui n'aura aucune difficulté à se fondre dans cet environnement qui fut sien il y a si longtemps. La nuit est tombée, le balafré ne connaît pas les environs et l'état des infrastructures routières laisse à désirer à certains endroits. Et s'il finissait dans un fossé? De la tôle froissé, une épave de plus, quelques contusions...rien qui ne puisse se régler. Et si la Faucheuse, appâtée par l'odeur du sang, a l'outrecuidance de se présenter, elle se fera congédier par un "pas aujourd'hui" qui est devenu bien plus qu'un banal adage. Boogie fronce les sourcils, une moue faussement réprobatrice apparaît sur ses traits alors qu'il libère le Clown de l'étau de ses bras. Je me trompe ou tu es en train de négocier?
Un index file le long de sa mâchoire, redessinant une ancienne cicatrice qui a couru sur leurs deux épidermes. Sale chat capricieux. Boogie hausse négligemment les épaules. On est chez lui maintenant...l'abandon du costume de second, la disparition de la hiérarchie qui dominait sa vie depuis une décennie, cet appel sauvage presque animale qui résonne gravement dans ses nerfs lui font retrouver ces travers qui lui auraient coûté si la vie s'il n'avait pas quitté son fief avant que la populace ne soit sur lui. New-York l'a transformé en prédateur urbain mais le monstre de l'enfer verdoyant refait lentement surface. Comme une antique bâtisse que l'on redécouvre sous le lierre qui la dévore. Sale chat capricieux et maudit serpent tentateur. Un baiser qui se solde par une morsure à peine appuyée et indolore, juste bonne à soulever une brise tiède qui pourrait se muer en ouragan de flammes, les dents pincent sans faire couler le sang. Tendresse perverse qui resserre les doigts du fauve sur la nuque du reptile. Va, avant qu'on ne s'enferme de nouveau dans notre monde délétère. D'un bond, le Clown s'écarte, récupère le strict nécessaire avant de filer vers la porte de la chambre. Dressé sur un coude, Boogie lui adresse un bref salut de la tête. Cent dix minutes. se sent-il obligé de préciser avec un sourire. Je ne peux pas te promettre mon immobilisme durant ce temps. Mais je serais là si tu reviens dans les temps. Presque deux heures à tuer et il est hors de propos de les passer mollement assis dans cette pièce. Pas avec l'infini à portée de patte. Pas avec ces scènes, ces lieux où résonnent encore l'écho de ses années criminelles. A peine le temps de se rendre compte qu'une présence manque dans la chambre et Boogie se déplie pour s'engouffrer dans la salle de bain. Une rapide douche, les vêtements les plus chauds qu'il ai emmené avec lui et il quitte l'hôtel.

[...]

Aucun plan précis pour ces deux heures à tuer, c'est assez inédit venant de sa part, lui qui a coutume d'agir en réfléchissant sans cesse aux conséquences. Il ira là où ses pieds le mèneront, il se contentera de marcher, suivre des souvenirs comme on suit un feu follet. Comme un pèlerin sur une terre sacrée, il sent l'appel de ces lieux qu'il avait coutume d'arpenter. Les plages de sables gris où le littoral combat la montagne. Les orées vertes où chaque pas en avant signifie s'enfoncer dans des zones où les gardes-chasses ne mettent que rarement les pieds. Il n'a jamais été un citadin et le tumulte d'une cité portuaire comme Vancouver appelle le Monstre à en éviter ses rues et ses ruelles ainsi que sa population urbaine. La Baie par contre...
Emmitouflé dans un anorak, le visage masqué par une capuche, Boogie retrouve ce chemin tant et tant de fois parcouru lorsqu'il s'appelait encore Alastor Burton. C'est avec un sourire aigre qu'il se dit que définitivement, rien n'a vraiment changé ici. Une décennie aurait donc été suffisante à faire atténuer l'immense balafre que ses méfaits passés ont pu infliger à la face de la cité. Dix ans serait donc la durée-étalon pour se remettre d'un traumatisme? Laissant derrière lui Vancouver, il se dirige vers les plages grisâtres, battues par le vent que l'on atteint qu'en empruntant des chemins sinueux et traîtres tracés par ceux et celles qui ont besoin de silence, de solitude. Les plages d'ici n'ont rien de réjouissant et elles sont de bien mauvais décors pour toute rencontre ou rendez-vous que l'on voudrait positif. Assis sur un rocher, il rabat sa capuche en arrière offrant son visage aux rafales salées, laissant une odeur d'iode lui emplir les poumons. Rares sont les personnes qui savent profiter d'une telle enclave inhospitalière. Un promeneur et son chien qui aboie parfois contre une vague froide qui vient lui lécher les pattes et une silhouette solitaire qui marche lentement depuis la digue au loin battue par les vent. Et il y a lui. Lui, le monstre antique qui a fait trembler le moindre randonneur durant des mois sans qu'on ne puisse l'identifier. D'ailleurs, l'a-t-on seulement formellement identifié? Boogie en doute. Il n'y a jamais de preuve irréfutable de sa culpabilité...juste de la méfiance et des suppositions.
Le regard clair masqué par des lentilles sombres erre sur la plage et comme s'il assistait à une séance privée diabolique de cinéma et c'est sa propre silhouette qu'il se surprend à observer au bout de quelques secondes. Un souvenir spectral remontant à une décennie qui parcourt encore ce qui fut son univers, son domaine, son fief. C'est sur cette minuscule plage qu'Alastor Burton venait quérir cette solitude le coupant des autres. Pas de fragile masque d'humanité à porter, pas de rôle à jouer. Ici, il éprouvait pleinement cette anomalie mentale qu'il a pu identifier au fil des ans. Ici, les yeux remplis d'un ciel plombé, la peau malmenée par les éléments, son esprit dérivait dans un monde où les chairs cédaient où le sang coulait et où les gorges ne pouvaient émettre que plaintes et suppliques. C'était un calme précédant les plus grandes tempêtes qui l'envahissait alors, le calme du prédateur qui affûtait ses griffes et claquait des mâchoires, souffrant de l'attente de la prochaine chasse, de la prochaine traque, subissant ses propres fantasmes de violence jusqu'à ce qu'il parvienne à les libérer. Puis le cycle reprenait. Un soupir file entre ses lèvres sèches et ses paupières se baissent sur le noir artificiel de ses yeux.
Bonsoir, Monsieur. Tout va bien? Boogie tourne la tête dans la direction de la voix féminine qui vient de le tirer de ses souvenirs. Uniforme de garde-chasse, cheveux roux noués bas sur la nuque et visage clairement franc et honnête, la jeune femme le fixe dans la pénombre, éclairant juste ses pieds avec sa lampe de poche. Il la connaît, cette image surgie du passé. Elle était plus jeune, avait les joues constellées de tâches de rousseur et un air de petite peste qui facilitait sa tendance à vouloir s'incruster partout. Même chez lui. Je n'ai ni l'intention d'allumer un feu sauvage ni le désir de me jeter dans la baie. On peut donc dire que oui. Tout va bien. Pendant quelques secondes, elle reste plantée là. Silencieuse. Immobile. Semblant attendre quelque chose, hésitant sur l'attitude à avoir. Enfin, la lampe torche s'éteint juste avant qu'elle ne lui souhaite une bonne soirée non sans lui recommander de ne pas traîner trop longtemps ici. Les nuits sont extrêmement froides en ce moment. Boogie lâche un marmonnement pour toute réponse, détachant son regard du visage de la garde-chasse pour fixer de nouveau la baie. Un pas régulier s'éloigne de lui mais il sent encore le poids de son regard.
Elle m'a reconnu, songe-t-il avec indifférence.
Il ne m'a pas reconnu, pense-t-elle avec amertume.

[...]

Fauteuil tiré sous les fenêtres, Boogie a renoncé à trouver un livre convenable à parcourir pour grignoter les dernières minutes d'attente. La seule littérature disponible dans cet hôtel est digne d'un élève de cours moyen ou d'une midinette ou pire...d'un bigot. Alors, il reste assis, visage tourné vers la lisière qui s'étend à plusieurs centaines de mètres de l'hôtel, visible depuis leur chambre. La masse sombre qui se découpe dans la nuit semble l'appeler et la lumière fugitive d'une lampe de poche derrière les troncs l'attire aussi sûrement que le point rouge d'un laser rend fou un chat domestique. A intervalles réguliers, Boogie jette un regard sur la pendule qui égrène dans le silence son tic tac régulier et ses secondes. Dans dix minutes, Jason sera en retard.
C'est alors que la porte s'ouvre à la volée et le Croque-Mitaine se redresse à peine lorsque son ater-ego déboule dans la chambre. De qui d'autre pourrait-il s'agir? Le silence vole en éclats quand la colère du clown explose, de retour de sa virée à temps mais au bord de l'explosion. Il y a encore des mois, ça aurait été les circonstances parfaites pour qu'il se rue sur lui et abatte un poing aussi vengeur qu'exutoire sur son dos. Mais plus maintenant, ça ne sera qu'une oeillade noire, la promesse d'un retour de bâton et un "sadique" craché avec fureur. La veste constellée de flocons de givre échoue hors de sa vue et c'est d'un pas pressé que le balafré referme la porte de la salle de bain sur lui. Boogie soupire alors que le son de l'eau qui coule émane derrière lui. Les yeux clairs se reportent sur la forêt derrière la fenêtre qu'il masque vivement à sa vue en baissant les persiennes. Est-ce le maître qu'il a froissé en lui posant un ultimatum? Ou l'artiste perfectionniste qui a du se hâter dans ses préparatifs et ses derniers détails?

Au bout d'une dizaine de minutes, une voix humaine prend le relais de l'eau exigeant un paquet de clopes. Celui au fond du sac. Celles qu'il vaudrait mieux qu'il ne fume jamais par inadvertance. Ou même volontairement si on se base sur la couleur noire et funeste du papier les composant. Enfin ses doigts se referment sur ce qu'il cherchait, la curiosité lui fait porter une des cigarettes à son nez aussitôt agressé par une odeur forte piquante qui lui démange aussitôt le palais. Rangeant la clope avec les autres, Boogie s'avance jusqu'à la porte, en tourne la poignée avant de l'ouvrir. C'est un épais nuage de vapeur chaude qui s'échappe de la pièce confinée dont l'aération est visiblement paresseuse ce soir. Lentement, il approche de la baignoire avant de poser le paquet de cigarettes demandé sur le bord blanc. Il ne cautionne pas et ne cautionnera jamais, le pli un peu austère qu'affichent ses lèvres valent tous les discours ou laïus moralisateurs mais il ne dira rien. Le bout des doigts posés à peine sur le paquet, il le fait osciller d'avant en arrière, le menaçant de le faire tomber dans l'eau brûlante à chaque vacillation. D'un battement de cils, les yeux clairs quittent le paquet de cigarettes pour se lever sur le visage de Jason. Sadique et capricieux as-tu dit, hm? ronronne-t-il la tête gracieusement penchée sur le côté, retenant la chute du paquet dans l'eau d'un index. Avant même que la main de Jason ne s'en empare, il le met hors de sa portée. L'ouvrant d'une pichenette, il en tire une cigarette qu'il avance jusqu'aux lèvres du clown. J'en ai suffisamment fait pour ce soir. murmure-t-il en effleurant une joue balafrée d'une main et en faisant naître la flamme d'un briquet d'une autre. Le bleu s'accroche aux abysses et une première bouffée à l'odeur capiteuse se mêle aux spirales de vapeur. Se laissant glisser au sol, Boogie s'y assois en étendant les jambes devant lui. Adossé au mur, il lève les yeux au plafond. J'ai aucune foutue idée de comment passer la fin de cette soirée. Tout dépend de ce que tu as préparé. Doit-on être en pleine possession de nos moyens demain?

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 20 Juin - 20:29

" Ice Road "

Chaleur cuisante qui lui mord la peau, ne délasse aucun muscle et avive un véritable brasier dans chaque cellule malade de son organisme. Tu aurais dû préférer la douche froide cher détraqué. Et enrager contre cette impression de prendre une avalanche sur le coin du nez comme un autre funeste jour dans son laboratoire ? Ou encore revoir cette chambre froide derrière une certaine porte bleue qui manqua de le priver du Croque Mitaine ? Plutôt crever d’une chute débile dans un caniveau tiens ! Monsieur fulmine, monsieur grogne et il semble qu’il ne sache pas réellement pourquoi. Vexé d’un temps imparti ou bien outré qu’on le prive de sa petite maniaquerie scénique ? Les deux ou aucun des deux, alors est-ce juste son foutu ego démesuré de maître qui n’aime pas tant l’idée qu’on lui ordonne quoi que ce soit même si la chose provient d’une bouche déclarée libre de tout ici ? Nouveau grondement de gorge et il plonge le menton dans l’eau à la manière d’un enfant boudeur. Ne cherche pas, ricane la folie douce, tu es fatigué et sur les nerfs... tu sais bien pourtant que le manque de sommeil finit par te rendre susceptible pour tout et surtout pour trois fois rien. Un point pour l’autre, il ne fait que dérailler et ne devrait même pas s’interroger. Au fond il s’en moque comme de la fonte des glaces au pôle nord de ses réactions. Autant se détendre ; d’ailleurs elles arrivent ces clopes ?

Lorsque la silhouette du Croque Mitaine passe (enfin?) la porte Lecter ouvre un œil mais reste résolument allongé, préférant ravaler une question rhétorique telle que : tu étais parti les fabriquer pour avoir autant tardé ? Sachant que le Clown est le fabriquant de la chose ; les mots seraient aussi stupides qu’inutiles. Ainsi se contente-t-il de le suivre du regard, levant la main en vue de récupérer son bien quand... le paquet oscille dangereusement d’avant en arrière sur le bord, à peine retenu par un seul index du chat qui a clairement manifesté sa désapprobation face à une autre prise de drogue -certes- mais qui s’aventure là sur un terrain diablement glissant. Rapidement le balafré passe la langue sur ses lèvres, les mâchoires serrées et le regard suspicieux aussi explicite qu’un « si tu oses, je te ferai subir le même sort tu le sais ça ? ». Impatience sensible cette nuit qui lui fait bondir les doigts en direction des cigarettes mais le fauve le prend de vitesse, écartant le paquet pour mieux lui en tendre une lui même, l’embrasant ensuite non sans gratifier la bête reptilienne d’une caresse légère. Tandis qu’il inspire une première bouffée, les iris noires demeurent figées à celles de Boogie, bleu diabolique et hautement addictif qui lui ferait bien oublier la sensation violente de vertige qui le saisit à l’intrusion des substances diverses et variées dans ses poumons. Puis l’autre bête se pose, non loin pour mettre en avant une soirée à passer sans savoir comment. Doivent-ils être en pleine possession d’eux même et de leurs moyens pour la petite virée Clownesque ? Ledit clown esquisse malgré sa mauvaise humeur un sourire mystérieux... « Depuis quand doit-on se trouver dans un état précis pour apprécier mes surprises ? » Glisse-t-il d’une voix musicale, si loin des accords dont il faisait usage lors de son retour en trombe soit, quinze minutes plus tôt. Blessés ou pas, frais ou non ils iraient alors à quoi bon se poser la question ? Sage, Lecter ne l’est jamais et Vancouver semble offrir de vilaines ailes au chat donc... c’est sans importance. « La seule chose que tu peux prévoir, éventuellement c’est une tenue de circonstance donc, adaptée à la randonnée. » Que lui n’aura pas ; faute de temps... mais comme à son habitude Jason s’adaptera et fera avec ce qu’il a sous la main. Béni soit le Diable pour lui avoir au moins donné l’idée de se munir de rangers et non de souliers de ville ; pour le coup il aurait été franchement ennuyé.

La drogue fait son chemin, dilate ses pupilles et déjà la vapeur ambiante semble prendre vie. Hallucinations bonsoir lorsqu’un rire lui traverse la gorge et se repend dans l’atmosphère, simple et amusé. Sonorité claire digne d’un gamin ravi par un cadeau espéré. La dernière fois il partageait son trip entre des araignées lugubres et immenses, des couleurs inappropriées aux objets et quelques spectres mais ici, tout devient délicieusement décalé... Plus de silence pesant et le robinet qui goutte lui rappelle le chant d’un grelot, les rubans vaporeux quelques personnages dansants... Son coude heurte le rebord, fait dégringoler la colonne de cendres qui s’anime et vole comme des papillons miniatures. Lecter soupire, se fend d’un autre sourire désarmant de douceur, presque naïf... « C’est... amusant comme ce... truc te montre des choses différentes selon les jours. » Lâche-t-il, la voix rêveuse. Regard levé, il capte uniquement le mélange de couleurs vives de la lampe en verre au dessus, croit apercevoir un oiseau -un perroquet peut-être?- qui s’en échappe et galope au plafond.
Est-il moins dangereux avec cette allure anesthésiée ? Oh non, et celui s’y trompant n’en reviendrait pas. Il a prouvé déjà, seul et barricadé qu’il pouvait rivaliser de monstruosité ainsi déglingué et ses gestes lents, gracieux sont tout aussi trompeurs qu’un mouvement de serpent. « Tu désapprouves hm ? Ah comme je maudis ta logique et ta tempérance Boogie... » Nul reproche, pas même un grain dans ce ton suave. « Qu’importe le flacon tu te souviens ? Tu n’es pas sans savoir que les expériences... nous enrichissent. La perte de contrôle te fait donc si... peur ? » C’est assez logique pour le Croque Mitaine, garder tout à l’oeil et ne pas laisser passer le plus petit « hic » ; être seul à louer la prudence pour deux car Jason s’en moque trop. Et la preuve est là, flagrante à barboter de façon inconsciente avec aux lèvres de quoi assommer un cheval... Mais il rit, il s’amuse et lorsque le mégot finit au fond du cendrier Lecter ne renouvelle pas. Il se sent apaisé, revenu à ses idées bizarres et si les effets tarderont à se dissiper cette fois la gorgone de cendres ne viendra pas lui flanquer de sales visions sous le nez. La paranoïa est allée se faire voir, ils sont seuls et loin de New York, sans l’ombre d’une arme pour leur pointer la tempe même sournoisement.

D’un geste sinueux le serpent pivote sur le ventre, bras croisés sur le bord de la baignoire et plonge le regard dans celui de son second. Sa colère s’est évanouie, il ne lui en veut plus. (lui en a-t-il réellement voulu seulement?) et après quelques secondes passées à se perdre au creux de l’azur Lecter quitte l’eau chaude, tire une serviette qu’il noue à sa taille, incline la tête de biais et si le sourire demeure candide le noir s’embrase des idées les plus illuminées. « Deux heures Boogie. » Dit-il, préambule banal mais qui pourrait bien tout annoncer ; autant un quota de sommeil que la durée d’une torture quelconque. Puis il ajoute, la voix plus grave, tentatrice. « Le temps que je consens à te céder pour que tu ornes ma carcasse de ce B qui tarde à venir. » … foutu reptile. Venin à la bouche de ce visage angélique qui ne mesure rien une fois de plus et choisis le combat, le duel parce que sans cela il ne se sent pas vivre. La confiance semble hautaine, persuadé qu’il est de conserver son épiderme intact même en étant défoncé et tout en débouchant la baignoire il ajoute, jetant un regard de biais à son compagnon de route. « Il va sans dire que passé ce délais tu n’auras plus aucune autre occasion alors... Résiste-moi et ne sois pas sérieux. Car je ne le serai pas ~ » Qui était sadique, déjà ?

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 26 Juin - 10:30


Et bien, si je suis amené à devoir me mettre à la poursuite de quelque chose ou de quelqu'un, j'aime autant ne pas avoir à boîter... Sans compter tous ces petits désagréments physiques qui altèrent grandement les sens et nuisent à l'efficacité. Une machine à tuer lancée à vive allure n'a pour limites que celles imposées par sa propre enveloppe de chair et de nerfs. On a beau ignorer les hurlements des muscles, le point de rupture arrivera fatalement et Boogie n'a pas envie que son propre corps le trahisse à un moment crucial. Ou que le corps de sa proie ne cède avant la curée. Les iris pâles semblent luire d'un éclat mauvais à cette idée. Une proie...ce vilain fantasme d'un Jason Lecter en pleine nature, lâché au beau milieu d'une forêt avec à ses trousses un fauve d'ombre qui se fond dans l'obscurité et le silence ouaté de ces latitudes.
Le frisson de l'appel sauvage retentit dans la moindre fibre de l'être de Boogie lorsque Jason mentionne que la seule et unique chose à prévoir sera sa tenue. Celle qui fut son costume de tueur il y a des années. Celle du monstre des bois roué aux randonnées qui sont aussi difficiles pour lui qu'une promenade dominicale dans les rues désertes d'une ville. Un sourire avide étire les lèvres du Croque-Mitaine qui se penche délicatement en avant, un bras posé sur le bord de la baignoire. Voix réduite à un murmure fantômatique, ronronnement de mauvais augure, la Bête de soie noire s'étire paresseusement sentant déjà sur sa peau l'ivresse de l'infini procurée par l'ombre des conifères. Circonstances...randonnée... murmure-t-il presque charmé. Tu es en train de jouer une partition qui me plaît grandement. achève-t-il sans perdre cette expression maléfique. Leur petite virée prend une direction hautement grisante, l'imagination du monstre s'éveille, images de silhouettes noires dont chaque pas est étouffé par de la neige, respiration saccadée après une course erratique ponctuée de chutes ou de trébuchements. Il y dix ans, nul n'a pu l'arrêter quand il s'élançait à la poursuite de quelqu'un. Est-ce-que les choses ont changées? Est-il toujours aussi bon?  

Inexorablement, Jason s'éloigne, dérive, en proie à des visions que Boogie ne peut pas voir. Fronçant le mufle comme un animal fâché, le Croque-Mitaine s'adosse de nouveau au mur observant d'un oeil aussi critique que plein d'incompréhension, les gestes de son alter-ego qui se font plus amples, à la fois alourdis et délestés de tout poids. Cette grâce pleine de langueur lui apparaît à la fois fascinante et profondément agaçante car il s'en sent exclus. Vilain chat capricieux mais surtout jaloux qui ne supporte pas de voir l'autre s'éloigner de lui en s'abîmant dans des contrées hallucinatoires qu'il n'arpente pas. Les yeux pâles passent de la cigarette noire aux abysses qui se troublent un peu plus à chaque bouffée prise. Il désapprouve mais le sujet est éculé et surtout insoluble. Alors, il se contente de plisser les lèvres lorsqu'on mentionne cette méfiance qu'il a à l'égard des psychotropes. Les psychopathes camés et solitaires ne font pas long feu. L'histoire sanglante des Etats-Unis l'a prouvé à de maintes reprises. Le Zodiac n'était pas un junkie et où sa carrière a-t-elle pris fin? Nul ne le sait. On ne peut pas en dire autant de la bande à Manson. Mais il n'est pas un psychopathe solitaire, lui sussure le germe de folie reptilienne. Est-ce du à la chaleur d'étuve qui règne dans la salle de bain ou aux expirations grisâtres montant au plafond mais il commence à avoir l'impression que sa tête s'alourdit. La peste soit sur ces foutues drogues qui se fument en n'épargnant jamais les personnes alentour. Pendant une seconde, l'image d'un Alastor Burton pédant traversant le parking de son bahut s'imprime sur ses rétines, ce regard suffisant qu'il adressait à ceux qu'on appelait "ses camarades" qui s'engouffraient à cinq dans une voiture ridicule de petitesse pour fumer de l'herbe en milieu clos. Mais un mot prononcé par Jason lui fait battre des cils et retrouver le noir. Peur? répète-t-il d'une voix incrédule avant de secouer doucement la tête. Non, je n'ai pas peur. Du moins pas de "ça". Il est leur assurance-vie, le frein d'urgence qui s'actionne instinctivement quand ils sont proches du fil de la faux de la Mort. Sa tempérance, sa prudence sont les meilleures armes pour détourner les plans funestes d'une existence chaotique. Quand à avoir peur de ce qu'il pourrait faire, c'est autre chose. S'il se dépouille par le truchement d'une drogue de ce qui le retient, s'il ouvre les vannes de ce chaudron bouillonnant de pulsions de mort qu'on appelle le ça, qu'est-il capable de faire? Tout assurément. La liberté totale et le pouvoir seraient bien capables de le dévorer intégralement. Disons que je n'en ai jamais vu l'intérêt. conclut-il en laissant là ces pensées et ces hypothèses que Jason l'a amené maintes fois à étudier.

Dans un clapotis liquide, Jason glisse jusqu'à lui, bras croisés sur le bord de la baignoire. Un drôle de silence s'installe où le bleu frôle à peine un noir diffus, les secondes s'égrènent et disparaissent dans une atmosphère infernale où vapeur d'eau et fumée toxique se mêlent. Ce regard qui lui semble si lointain semble soudain bien ancré dans l'instant présent. Boogie ignore ce qui peut bien traverser la cervelle de Jason durant ce bref instant d'éternité mais il sait pertinemment ce qui l'agite, lui. C'est un tout autre appel, un tout autre chant que celui de la forêt qui le prend. Ce fourmillement au bout de ses doigts, ce désir irrésistible de les refermer sur le manche de métal d'un vieil allié qu'il n'a pas pu laisser à New-York. Ses canines se plantent dans sa lèvre inférieure et sans s'en rendre compte, le Croque-Mitaine en a cessé d'inspirer...une seule personne peut comprendre ce besoin. Une seule personne ne sera capable de s'y plier sans gâcher par une attitude triviale et lamentable ce moment qui est devenu plus qu'un Graal ardemment recherché.
Et puis, Jason recule et se lève avant de tendre le bras pour s'emparer d'une serviette dont il se ceint. Boogie ne tarde pas à se déplier à son tour. Nimbés d'une lumière rendue floue par la vapeur régnant dans la pièce close, il ne parvient toutefois pas à se débarrasser de cette vision encore imprécise où il ferait jaillir des larmes rouges de la peau pâle de Jason.

Deux heures. Echo à son propre ultimatum qui n'a pas été si bien perçu. C'est le temps que Jason lui accorde gracieusement pour qu'il appose cette lettre quelque part sur le corps du Clown. La perspective d'un nouveau duel, d'une lutte âpre entre les deux monstres a quelque chose de tentant mais ces quelques secondes silencieuses à s'égarer dans les iris de l'autre ont éveillé tout autre chose. Boogie ferme un instant les yeux, inspirant une vapeur viciée où le piquant d'une cigarette frelatée accompagne l'odeur légère du savon. Et si je ne veux pas me battre, hm? énonce-t-il calmement. Il pourrait fort bien refermer la main sur la nuque de Jason pour envoyer son front rencontrer le carrelage entourant la baignoire ou profiter du fait qu'il lui tourne le dos pour lui décocher un coup de pied dans l'arrière du genou et le contraindre à le plier mais ses aspirations ne sont plus celles-ci. Avançant d'un pas dans la direction de son compagnon, Boogie se poste juste devant lui avant d'élever lentement une main à la hauteur du visage de Jason. Ferme les yeux et écoute. chuchote-t-il en posant la paume d'une main sur les abysses. Dans un dernier glougloutement, la baignoire se vide et le silence règne de nouveau dans la salle de bain comme si personne ne s'y trouvait.Ce B qui tarde tant à ton goût peut être autre chose qu'un privilège soutiré par la force...imagine. demande-t-il à voix basse avant de se glisser dans le dos de Jason tout en continuant de lui couvrir les yeux d'une main. En lieu et place d'un bruyant duel, je te propose le silence. Un silence qu'on peuplera d'une symphonie qu'on ne sera que deux à percevoir. Posant le menton au creux de l'épaule du Clown, le Croque-Mitaine poursuit son infernale tirade. Murmure soyeux et grave, voix calme et posée qui berce. Les psychotropes inhalés, inspirés et expirés peuvent ne pas le tenir éloigné de l'autre Bête s'il sait s'appuyer sur leurs effets. Le fauve se fait ensorceleur maléfique en dessinant, à voix basse, les lignes d'un tableau qui ne ressemblent plus à un champ de bataille. Le chuintement de soie de ta peau qui devient piste de danse pour l'acier le plus pur. Le froid glacial d'une lame qui mord tes muscles encore brûlants. Le sang tiède qui coule et se fait presque caresse. J'oeuvre et tu ressens. Je t'écorche et tu soupires.
Les yeux clos, Boogie prend une profonde inspiration au creux de l'épaule de Jason. Qui a-t-il de plus sublime que la dégradation mutuellement consentie de la chair? Lorsque nos regards se poseront sur ce B, on ne s'en rappelera pas comme d'une récompense obtenue par la force ou le point culminant d'une lutte presque fratricide. Du bout des ongles, Boogie frôle le flanc nu de son alter ego tout en appuyant fermement sa paume sur ses yeux pour lui faire courber la nuque vers l'arrière. Si B il y a, c'est là qu'il doit être. Il sait que l'épiderme y est fin et sensible, transformant la caresse innocente d'un amant en appel à la luxure et la course légère d'une lame en douleur atroce. Je veux que cela soit une enluminure sur la page de garde et de peau d'un nouveau chapitre. Et ce genre de désir ne se planifie pas. Qui sait quand les circonstances se présenteront de nouveau? L'artiste macabre n'embrasse sa muse que lorsque cette dernière lui révèle que le moment est venu. Et ce moment est là. Proche. Les lèvres de Boogie effleurent l'oreille de Jason. Sois ma toile. ronronne-t-il dans un souffle, articulant avec soin chaque syllabe. Fais-moi aimer cette cigarette que je désapprouve tant. Que ce trip ne me laisse pas l'impression d'en être extérieur mais qu'il soit un pèlerinage dans notre cher enfer.
Lentement et doigt après doigt, sa main quitte le visage de Jason lui rendant la vue. Vois-tu cette chimère où le rouge du sang épouse le noir de nos âmes? La douce mélopée chuchotée comme un secret infâme ou un sortilège interdit est-elle parvenue à épouser l'égarement de la drogue? Ai-je charmé le Serpent? Boogie esquisse un pas sur le côté pour lui faire de nouveau face. Haussant légèrement les sourcils, il reprend d'une voix ayant perdu ce ronronnement de gorge presque obsédant et les intonations onctueuses de l'invitation au beau et au macabre redeviennent celles de la conversation. Mais si tu préfères que l'on lutte...on luttera.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 26 Juin - 13:45

" Ice Road "

Depuis combien de temps met-il en scène, de loin comme de près cette pièce folle pour leur seul plaisir égoïste ? Lecter a cessé de compter les jours, les heures passés mais désormais si proche de la dévoiler il s’impatiente légèrement. S’il s’écoutait, lui toujours prompt à traverser les murs, prendrait maintenant la route sans se soucier de rien. Ni des caprices de la météo, ni de leurs carcasses qu’une si longue distance -et quelques distractions- auront malmené. Mais le metteur en scène est maniaque, il est dans le détail et sait trop qu’il leur faudra une excellente condition physique pour jouer pleinement leur rôle. Est-ce pour ça que tu te shootes allègrement ? Oh ça, trois fois rien pour le Clown. Demain il aura perdu la totalité de cette lenteur, de cette innocence feinte seule capable d’offrir à ses rires des sonorités pures. Au naturel Lecter a trop de rouille et d’acide dans la gorge et se moque bien plus volontiers qu’il s’agisse de lui même ou des autres. D’ici là il plane, vol paisible au dessus des nuages tantôt bariolés ou tantôt gris qui s’accumulent autour de lui. Ici, il n’y a juste rien sinon un rêve bancale digne d’un film de Tim Burton. Pourquoi Boogie refuse-t-il avec autant d’ardeur une descente dans ce monde ? Il nie avoir peur alors quoi ? Est-ce toujours cette prudence, cette logique qui met un frein à ses élans pourtant si exquis ? À moins que Jason soit seul à juger les revirements d’humeur de son acolyte de la sorte... Il aurait pu te tuer la dernière fois tu te souviens ? Comme s’il s’en inquiétait ; franchement. Aucun intérêt, achève le Croque Mitaine et le Clown sourit pour lui même... Tu ne vois pas parce que tu ne regardes pas au bon endroit, pense-t-il. Mais il se gardera bien de le dire.

Instant suspendu dans ce regard échangé, toile délicate où les pattes se tendent sans oser franchement s’étendre sur la soie. Désir de violence, chant de sirène d’un tintement métallique qui résonne à l’unisson contre leurs tympans. Fumet sanglant venu d’ailleurs, on dérive une fois encore et un os taillé se rappelle aux bon souvenirs du balafré. Bien sûr qu’ils savent, se comprennent en cette déviance des plus malade et sans attendre le Clown s’arrache à l’eau chaude, jette sur la table de jeu des cartes bien connues et capables de pousser au pire... Un sourire aux lèvres dont il ne se sépare pas, invoquant l’abandon total d’un sérieux pesant et puis... Et si le chat ne voulait pas sortir ses griffes, ses crocs cette fois ? Interdit, le serpent bat des cils et incline la tête de biais dans une surprise qui n’a rien de feinte. Les abysses interrogent, demandent silencieusement ce qu’il reste alors, dans cet univers réel s’ils ne luttent pas. L’Enfer n’est pas invoqué, le miel ne les satisfait en aucune façon mais le fiel, le goût d’autodestruction et de violence est seul à guider leurs sombres plaisirs. S’ils n’ont plus ça... alors quoi ? Le chat avance, une main levée et chuchote à la bête d’écailles d’écouter, d’imaginer. Se taire ; en plus. Il hausse à peine les épaules et obtempère mais ne baisse pas la garde pour autant. Et s’il s’agissait d’une ruse pour le graver ? Une statue brisée sur son crâne a déjà prouvé que la bête noire savait être traîtresse alors, Lecter s’attend à tout.

Glissé contre son dos le Croque Mitaine dessine, au fil de mots trop bien choisis l’esquisse d’une œuvre qu’un seul en ce monde peut apprécier à sa juste valeur. Toile sanglante partiellement déchirée, écartelée entre des sensations contraires et ondulant sous un courant d’air tiède. Que le silence vaporeux remplace les tambours furieux, que les nerfs tendent jusqu’à frôler la rupture mais pour tout autre chose que la lutte. La bête oephidienne cesse de respirer, bercée par ce chant dangereux qui menace d’éclater en miettes sa belle tendance suicidaire. Le Monstre n’entend plus, le Monstre écoute. Fine nuance prenant des allures de contradiction gigantesque car Jason est ce qu’il est. Sourd, n’écoutant que lui et refusant de céder. Son existence, il ne l’imagine pas sans guerre et même la distraction est prétexte à l’affrontement brutal dans son univers. Les temps mort, les armistices lui sont aussi rares qu’un élan de foi Chrétienne chez un Sataniste. Sa gorge se serre et ses dents entament l’intérieur de sa joue. Sois ma toile ; que les relents de cette fumée hallucinogène ne soient pas responsables d‘une autre tentative de destruction mutuelle. Que cette maudite clope noire invoque du bleu et seulement du bleu pour enrober sa funeste robe. La créature reptilienne se fige de plus belle sous cette main égarée contre son flanc, soudain trop lucide malgré les flash étranges du trip dont il est encore le sujet. Le fauve lui rend la vue, s’écarte et reprend ses intonations ordinaires, adaptées à une conversation stérile. S’il souhaite la guerre, le Serpent l’aura cependant.

Il manque de s’étrangler, ouvre la bouche mais la referme dans la même seconde. La chaleur de la pièce lui bouffe la peau, invoque ses flammes chéries dont il joue en virtuose mais ce feu là... Lecter ravale un soupir ; il ne connaît que ça, jamais obligé au dosage dans le monde réel, loin de leurs portes infernales. On se blesse par principe, on se saigne par besoin et on joue des douleurs comme d’une partition. À vaincre sans péril ne triomphe-t-on pas sans gloire ? Il a toujours aimé à le croire. Alors céder maintenant lorsqu’il vient lui même de lancer les hostilités, n’est-ce pas le comble de l’absurde ? Le Clown s’indigne, la bête gémit. N’est-ce pas perdre en beauté que de se coucher sans lutter ? Mais bien sûr que si ! S’offusque la fierté toujours si mal placée. Et pourtant... Le noir croise le bleu et quelque part une horloge s’arrête. Pas de costume se souvient Lecter, pas de titre en ces lieux sinon celui des créatures folles. N’était-il pas merveilleux ce voyage de douleur désirée où la lame caressa ses os ? Tellement, et il avouait lui même alors qu’il attendrait une prochaine fois. Elle est ici, à portée de main et il ne s’agit pas d’abdiquer, de perdre une bataille car cette danse proposée est si rare qu’elle représente seule un véritable cadeau. Sois ma toile a-t-il dit ; ça sonne comme la proposition la plus indécente du monde, l’invitation la plus pernicieuse qu’on lui ait murmuré. Est-il charmé alors ? Malheureusement...

La gêne, Lecter ne connaît pas et elle ne le secouera pas ici. Réagir au quart de tour, jongler avec ses propres humeurs il le fait depuis trop longtemps et s’adapte une fois encore. L’envie de s’ébrouer puis reculer toutes dents dehors s’évapore aussi vite qu’elle est apparue, la fierté prend un coup et on l’envoie se faire voir ailleurs. Première fois qu’un tel geste ne découlera pas d’un défi, qu’il ne sera pas conséquence réparatrice d’un geste infâme. La simplicité apparente de cet échange l’aura peut-être rebuté, sur l’instant parce que Jason ne connaît aucune extase sans avoir traversé les flammes au préalable. Mais la bête chuchote, la bête lui souffle : demain, tu aura ton immonde brasier. Alors cette nuit, il peut s’en passer.
Un fin rire traverse ses lèvres et Jason avance, étreint son alter-ego dans un mélange de tendresse et de fureur. Ému, il l’est et parce que le fou a le cœur sur la langue il murmure, sincère. « Extérieur, tu ne l’es jamais Boogie. Quand finiras-tu par comprendre, maudit second que tu es la pire de mes drogues ? » Lentement il se détache, un rictus faussement dépité aux lèvres mais fondant sur l’azur dans cette absence totale de pudeur qui le caractérise tant. « Tu dois ignorer que me charmer est du ressort de l’impossible. Je n’attend rien de personne, ai pris l’habitude de satisfaire mes envies seul parce que je ne suis jamais mieux servi que par moi même... Mais toi... » Jason élève une main, la glisse contre la gorge du fauve, effleurant de l’index cette ligne à peine visible le long de sa mâchoire. « Trop séduisant pour mon propre bien ne te l’ai-je pas dit déjà ? Comment puis-je envisager la lutte quand tu m’offres ce genre de chose ? »
Comment se déroulera cette phase étrange, cette transe lancée dans la délicatesse et l’élégance ? Il n’en sait rien, vraiment. Jamais l’instant n’aura été plus ancré dans le présent, plus vrai et possiblement, il n’aura jamais été plus intime. C’est bizarre ; et donc ça lui va comme un gant.

Un autre sourire étire sa bouche scarifiée, il s’éloigne et allume une nouvelle tige ébène, aspirant la première bouffée avant de la tendre simplement au fauve. Noir désormais dépourvu de toute sagesse, enclin à tout pourvu que la démence domine et le Serpent murmure d’une voix suave, noyé au cœur d’un bleu plus tentateur que jamais. « Tu t’apprêtes à peindre sur une toile hallucinée, ne t’ai-je pas dit une autre fois qu’à partager mes cigarettes tu partagerais mes songes ? Une seule bouffée ou dix, c’est à ta convenance mais fais moi l’honneur, sinon le plaisir d’être réellement du voyage. » Leur bateau est déglingué, mais ne le sera jamais autant que ses passagers. Et Jason baisse le ton, siffle sur les notes d’un secret. « L’homme dépourvu de ses fards est ta seule propriété tu te souviens ? Alors pendant deux heures à compter de maintenant, fais ce que tu veux de ma peau. »

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 4 Juil - 15:06


A-t-il charmé le Serpent? Le chant diabolique sussuré du bout des lèvres a-t-il fait naître des images irréelles aux teintes rouges infernales? Le sortilège opère lentement mais sûrement. La main de Boogie s'est posée sur une porte qu'il veut franchir mais qu'il ne peut faire seul. Refusant poliment l'invitation de Jason, il le presse à le suivre. Quelle Bête refuserait telle requête? Un sourire apparaît sur les lèvres de Boogie lorsque son chaotique alter-ego cesse d'être écartelé entre l'idée acide de devoir obéir et celle folle de se lancer à corps perdu dans quelque chose d'anormal. Un pas les sépare, pas vite évanoui quand Jason s'avance, l'attirant à lui, l'étreignant avec une douceur rageuse. Oh, il sait qu'il est la pire des addictions pour le Clown, qu'il est à l'origine des pires ivresses, celles qui vous arrache au fardeau du Temps et vous déracine de Terre, celles où l'on franchit encore des barrières en s'enfonçant plus loin dans les ténèbres. Mais il n'est pas la seule, maudit jaloux qu'il est. S'écartant de lui, le noir transperce le bleu énonçant que le charmer est impossible mais il y a des choses que l'égoïsme ne peut satisfaire. Les monstres solitaires ne le sont plus et ces deux egos surdimensionnés ont renoncé il y a des années à cette unicité dont ils pensaient être frappés. Et comme pour souligner qu'ils ne sont que les deux facettes d'une même pièce, Jason effleure cette ligne identique qui longe leur mâchoire.
L'invitation est acceptée mais dans leur petit monde on a rien sans rien. Un filet de fumée bleuâtre s'échappe d'une cigarette noire rapidement allumée. Voyageons côte-à-côte dans le même monde hallucinatoire, partageons les mêmes songes. Les iris pâles quittent le noir pour se poser sur les doigts de Jason qui semblent lui tendre la clope. Boogie a envie de répondre qu'il n'a pas besoin de cela pour pouvoir se fondre dans la peau de celui qu'il sublime mais est-ce si cher payé que d'y inhaler un peu plus de démence? L'immobilisme de statue qui l'avait lesté disparaît le temps d'un battement de cils. Retrouvant le noir, Boogie élève la main pour s'emparer de la cigarette. Ultime tentation sifflée comme une confidence qui amène le filtre jusqu'à ses lèvres. Une bouffée. Deux. Puis trois avant que le Croque-Mitaine ne referme une main sur le poignet de son alter-ego. Bien. En route alors.

Avant que cette damnée cigarette n'envahisse complètement son esprit, le pragmatique Boogie étale sur la table de chevet compresses et désinfectant, si tout est prêt pour s'abandonner à sa macabre muse, il n'en manque que le pinceau. Plafonnier éteint, les ombres s'étendent sur les murs, projetées par les lampes d'appoint que Boogie a préféré poser au sol. Depuis qu'ils sont sortis de la salle de bain, c'est un silence de cathédrale qui règne. Assez étrange à éprouver pour le Croque-Mitaine, ce calme presque religieux. Ces quelques minutes ont toujours été ponctuées par les brailleries incessantes des sujets qu'il avait traînés dans son "atelier". Mais là, c'est fort différent car il n'est plus le seul à attendre avec une certaine impatience ce qui est à venir. Un dernier regard sur la table de chevet pour être sûr que rien ne manque et Jason lui tend le cendrier où un mégot noir termine de se consummer. Doucement, Boogie le repousse en arrière, le contraignant à s'allonger sur le côté. Ses doigts s'égarent depuis la hanche jusqu'au flanc où sous la peau, les côtes jouent au rythme régulier d'une respiration. Comme un peintre effleure sa toile, comme un sculpteur apprécie la pierre qu'il va tailler, Boogie s'apprête à transformer une matière qu'il a choisi avec soin, avec la seule sensibilité qui lui reste celle du créateur. La voix posée s'élève. C'est à ce moment qu'ils se mettent à hurler...à supplier...à provoquer. Sa paume se pose sur la peau encore chaude. Ils pensent qu'à se manifester aussi bruyamment, ils parviendront à m'arrêter. soupire-t-il avec une pointe de mépris. Après la traque, après la lutte, les victimes comprennent qu'à partir de maintenant, elles n'existent plus en tant qu'être humain. La douceur dont le Croque-Mitaine fait preuve n'est pas générée par un désir de ménager une sensibilité. La proie devient objet qu'une pulsion irrésistible veut transformer en autre chose, en quelque chose de plus beau, de plus noble qu'un amas de chair et de nerfs. Mais jamais les heureux élus de ce genre de tête de tête n'ont pu mesurer l'honneur qui leur était proposé. Aller au-delà de sa propre existence, sublimer cette enveloppe terrestre...devenir Art, c'est s'approcher d'une forme de divin, c'est acquérir une immortalité que jamais ils n'auraient eu s'ils étaient resté sertis dans une vie banale.
La main de Boogie quitte Jason pour se baisser jusqu'à son sac. Il est temps de sortir sa plus belle lame, son meilleur pinceau. De tous les objets qu'il a pu utiliser, le travail d'orfèvre qu'il s'apprête à exécuter et le sujet qu'il va ciseler méritent le meilleur. Un étui de cuir bien connu renfermant une lame déjà vue. Un meilleur ami de longue date, perdu de vue durant des années et qui est revenu à lui par l'entremise de sa plus grande déception. Malgré la lumière chiche, le scalpel luit d'un éclat argenté froid. Boogie en approche la pointe aussi effilée qu'elle puisse l'être et c'est délicatement qu'il la pose tout en retenue sur la peau de Jason. Un soupir léger file entre ses lèvres. Et là...ils comprennent. annonce-t-il avec gravité. Ses victimes saisissent, lorsque l'acier glacé perce presque gentiment leur peau pour en faire jaillir une goutte vermeil, qu'il n'y aura plus de futur pour elles. Les invectives, les prières, les appels à la clémence ne servent plus à rien. Elles sont prises dans un processus inéluctable et impitoyable que rien ne peut plus arrêter. Un sourire flotte sur les lèvres du Croque-Mitaine. Tout se brise...leurs voix qui cessent de m'agresser. Leurs espérances qui n'ont plus aucune raison d'être. Et mon agacement qui pouvait jusqu'alors générer un massacre dénué de toute grâce s'envole. Plus rien n'existe, ni passé ni futur, nous devenons enracinés dans le présent. Le regard pâle s'élève jusqu'à croiser les abysses. C'est une douceur et une sérénité bien particulière qui apparaît sur les traits du Croque-Mitaine. Il attend, la main suspendue, la pointe du scalpel ayant mordu juste assez la chair pour qu'une unique goutte apparaisse et tarde à glisser. Dans ce regard silencieux, c'est la bienveillance de l'amant prenant soin d'une vierge qui se lit. Attentif, Boogie attend le signe propice pour entamer réellement sa calligraphie. La perle de sang semble se gonfler encore, teintant le métal argenté de rouge avant de cesser d'hésiter. Elle roule, dévale les creux et les bosses des côtes, glisse paresseusement sur les vestiges de batailles passées imprimés sur la peau avant de mourir sur le drap de coton. La chute de la première larme écarlate, semblable aux trois coups de brigadier au théâtre, annonce de début de la danse et la lame esquisse ses premiers pas couverte par un regard bleu aussi recueilli que celui d'un croyant. Une longue ligne rouge tracée d'un geste lent, souple et léger comme une caresse. Pas de hâte excessive, son sujet ne se débattra pas en se déchirant les cordes vocales, il n'entendra pas ces paroles éculées servies sans grande originalité par tous ceux et celles qui ont précédés Jason dans cette position. La lame se lève, laissant derrière elle une fine coupure suffisamment profonde pour en faire jaillir de grêles tentacules de sang, avant de se poser à quelques millimètres de l'entaille pour en créer une seconde identique. Parvenus à cet instant, ils commencent à abandonner. Tous. Les cris, les larmes sont de moins en moins véhéments. Les esprits les plus fragiles se replient sur eux-mêmes, tant et tant que je suis contraint de les ramener à intervalle régulier. Les yeux clairs croisent les yeux sombres et la lame poursuit sa danse, chacun de ses mouvements étant connu. Il n'y a plus de lutte car il n'y a plus de conflit. Une asepsie émotionnelle frustrante et complète de la part de la victime incapable de comprendre, de mesurer ce qu'il se passe. La souffrance est alors perçue comme torture et terrible cruauté, vicieuse et perverse. Jamais elle n'est vécue comme un échange car Boogie n'est pas étranger à ce corps qu'il malmène. Empathie biaisée où la douleur rampe le long de la lame comme un animal dépourvu d'os, remonte le long de ses doigts, étreint son poignet avant de gravir son bras jusqu'aux ténèbres logées au creux de sa poitrine.

Comme on éteint chaque lumière dans un vaste bâtiment, la chambre devient floue, vaporeuse avant de disparaître peu-à-peu du champ de vision de Boogie. Plus rien n'existe, ni le vent qui souffle contre les fenêtres, ni les craquements des boiseries, ni le claquement de la plomberie ou le murmure ininterrompue de la ventilation. Le temps qui passe n'est plus une contrainte, il n'a plus aucune importance dans ce présent éternel. Tout ce qui reste du réel c'est cette peau pâle qui s'orne de plus en plus d'une lettrine rouge d'une finesse d'orfèvre et ce noir qui comprend, qui mesure, qui saisit. L'acier glisse, serpente, croise une autre entaille tantôt aérien lorsqu'il se contente de fendre la peau, tantôt rude lorsqu'il racle sur une côte. Les courbes ciselées succèdent aux lignes droites, les entrelacs s'enroulent autour de simples segments. Si le motif était décidé d'avance, c'est l'épiderme et son réseau de nerfs qui lui murmurent sa forme définitive. Equilibre bancal entre tracés semblant tirés à la règle et déliés qui s'égarent au gré d'une envie éphémère.

Le regard clair quitte les abysses pour se poser sur cette lettrine gothique pleine d'élégance et de finesse, digne enluminure promise. Mais Jason ne pourrait se contenter d'une scarification et l'artiste sombre qu'est Boogie sait que le travail n'est pas parfait. Une brève moue passe sur ses lèvres tandis que ses iris parcourent la plaie délicate dont un détail infime mais pas encore formellement identifié le trouble sans qu'il en connaisse l'origine. Et maintenant? roucoule une voix spectrale à son oreille à moins qu'il ne s'agisse d'un simple écho mental. Une expiration se transforme en soupir amusé lorsqu'il aperçoit au sein des contours de la lettre gravée à même la peau l'imperfection qui le fait tant tiquer. Elle était jusqu'à maintenant tellement discrète et insignifiante, ocelle blanchâtre à peine plus pâle que l'épiderme qu'elle marque...elle devient soudain aussi visible que le nez au milieu d'un visage. J'avais presque oublié... murmure-t-il en posant à peine l'index sur la petite marque presque invisible. Bannerman...un flic talentueux qui avait réussi l'exploit à les infiltrer il y a deux ans. Jason l'avait toujours trouvé amusant, Boogie l'avait haï à l'instant où ses yeux pâles s'étaient posés sur lui. L'homme était effectivement amusant. Trop au goût de la Bête qui le voyait en rival. Il avait toujours su que quelque chose ne tournait pas rond chez Bannerman, mais Jason ne faisait qu'en rire, trouvant son Croque-Mitaine bien parano ou jaloux. Boogie avait alors fouillé dans le passé de cette nouvelle recrue avec acharnement, remontant la moindre piste, le moindre indice, jusqu'à trouver la faille, l'information erronée, le petit fil dépassant de la toile. Il l'avait tiré jusqu'à en défaire tout l'ouvrage pour en voir la vérité. Une fois, la preuve obtenue, la Bête n'avait plus qu'à en aviser son Maître avant d'enfin pouvoir assister à la mort de ce traître. Se sachant découvert, Bannerman avait tenté de mettre les bouts, rapidement rattrapé par les trois monstres su Sud. Deux détonations simultanées pour tout dialogue. Deux balles qui avaient fait mouche. L'une en pleine tête, l'autre dans une poitrine. L'infiltré était mort mais il avait été suffisamment rapide. A l'heure actuelle, il ne restait de cet événement que cette cicatrice d'impact, stupidement ronde comme un oeil unique saisit d'étonnement.
Les Bêtes ne sont pas satisfaites de demies-mesures. Cette ocelle doit disparaître et ils en ont les moyens ici et maintenant. Et maintenant? On va jusqu'au bout. Toujours. Au fond des abysses naît la même demande. Et au "puis-je?" informulé répond un silencieux "le temps n'est pas écoulé". Envie stupide d'exprimer une gratitude infinie, il se contentera de juste baisser les paupières une seconde. Le scalpel saute entre les doigts de Boogie pour que la lame se positionne, parallèle à la peau.
Dernière ligne droite, dernière étape avant d'enfin pouvoir poser les yeux sur son oeuvre sans avoir un infime froncement de sourcils désapprobateur. Parfait, ça sera parfait car ça doit l'être. Adieu Bannerman ou quoi qu'ai été ton vrai nom. Et la lame mord la peau de manière bien différente, entamant une danse moins légère et délicate. L'acier se glisse sous l'épiderme, décollant millimètre après millimètre le corps d'un B que seul un oeil perfectionniste ne verrait que déformé par cette disgrâcieuse ocelle. Combien de temps reste-t-il? Boogie l'ignore, il ne le mesure jamais lorsqu'il est penché sur une toile. Deux heures lui avait dit Jason mais ce dernier perçoit-il encore le temps comme une donnée hautement secondaire maintenant? Ultime dérapage de l'acier qui achève l'écorchage. Le désinfectant dilue les traînées rouges. Les compresses se teintent de rouge révélant toute l'horrible beauté de la lettre gothique. Délicatement, la gaze passe sur la plaie et l'oeuvre apparaît enfin dans toute sa pureté. Rouge vif sur peau pâle.

Lentement, Boogie déroule le dos et roule des épaules pour soulager la tension exercée par ce temps passé penché au-dessus de Jason, autant fasciné par la danse exécutée que par cette conscience intense lisible dans les yeux noirs. Aurait-il rêvé mieux? Certainement pas, c'est l'aboutissement parfait d'une quête irrésolue depuis des années. Un instant qui n'appartient qu'aux Bêtes dont la grâce et la beauté échappent à tous. Une communion démente que les termes d'intimité et de proximité ne feraient que galvauder. Une action de grâce impie où les ténèbres de l'un ont étreint celles de l'autre dans un parfait accord jamais joué. Les gants, les compresses rougies, le lambeau de peau, qui ressemble étrangement à un J, tombent dans la corbeille avant que Boogie ne s'étende face à Jason. Retour dans ce bon vieux monde pourri dont on espère la chute précipitée, pourtant, on renâcle et on traîne les pieds à l'idée de reprendre le cours naturel des choses. Quand on goûte à l'infini, il est difficile de se contenter du mesuré alors on s'accroche, pour quelques minutes encore, à ses échos de plus en plus lointains.
Extraordinaires secondes où on redouterait presque de parler par crainte de briser un moment qui devient de plus fragile. A chaque battement de cils, la chambre devient de plus en plus nette. A chaque battement de coeur, c'est la conscience du Temps qui passe qui revient. A chaque inspiration, on réalise que ce moment exceptionnel qui n'avait été que présent devient passé. Je vais finir par y prendre goût... lui avait dit Jason dans cette bâtisse piégée. Et moi donc, songe le fauve qui glisse vers le balafré jusqu'à ce que son front touche le sien comme un chat comblé. Ni fiel, ni miel, ou si peu de l'un et si peu de l'autre. Mais l'artiste aime ses créations et plus encore lorsqu'elle s'est faite accomplissement. La main de Boogie glisse dans le cou de Jason et c'est presque paisiblement que ses doigts se mêlent et se démêlent parmi les cheveux blonds. Reste toile quelques secondes encore, pense-t-il avant d'ouvrir les yeux et de croiser les abysses. Je suppose que tu veux voir de quoi ça a l'air? murmure-t-il d'une voix à peine audible.


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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 5 Juil - 4:52

" Ice Road "

C’est une pomme noire que tend la bête d’écailles. Invitation particulièrement claire à pénétrer ce monde de psychotropes et autres vapeurs hallucinogènes dont on ressort rarement indemne. Boogie les déteste, Jason les adore, jamais d’accords qu’ils sont sur le principe de cette utilisation qui de surcroît ne connaît aucune mesure de la part du balafré. Mais la pire de ses drogues a-t-il avoué, est incarnée et elle les surpasse en tous points. Que ce cher Croque Mitaine, si addictif accepte pour une fois de prendre en marche le train déglingué du clown et après cela... après cela le clown deviendra toile, matériau ou support. Sa peau, que l’autre en fasse ce que bon lui semble car elle lui appartient au moins durant deux heures et le fauve pourrait bien l’écorcher par amour du « beau » qu’il recherche, Jason s’en moque complètement. Le charme a opéré, véritable invocation du reptile et appel d’une colonie folle d’araignées mentales devenues un brin paresseuses. Car oui les bêtes ont joué, les bêtes se sont heurtées mais voilà trop longtemps que les artistes n’ont pas pointé le bout de leur nez. Il est temps cette nuit de poser les armes et d’oeuvrer à l’aide d’outils d’un autre genre. Range donc le venin de tes crocs, la violence de tes étreintes et le tranchant de tes griffes maudit cinglé, l’heure n’est plus à la destruction. Et comme pour le conforter dans cette optique le chat cède, s’empare de la tige noire le temps d’en consumer quelques bouffées puis il cercle d’une main le poignet de Lecter... En route dit-il et c’est sans aucune protestation, aucune défiance que le Serpent laisse à son second le loisir de conduire la danse.

Les silences sont rares chez Lecter, voir rarissimes et souvent du plus mauvais augure car lui même déteste l’asepsie qu’ils confèrent aux ambiances ; cette impression de vide fadasse. Pour quelques mises en scènes il saura invoquer un tel temps mort et l’apprécier mais en dehors, lorsque ce n’est pas de son fait Jason hait profondément l’absence de bruit. Ceci étant, voilà bien une raison suffisante pour lui clouer le bec et suspendre ses rires et assoupir ses chères flammes : leur belle intimité malade et détraquée. Le temps d’achever une cigarette ensemble, tout en laissant à son second à ses préparatifs Jason se contente d’observer et un sourire léger lui flotte aux lèvres, synonyme d’un apaisement qu’il connaît peu. Quand Boogie le force à s’étendre il ne rencontre aucune résistance, pas même dans un vil élan de provocation clownesque qui sied à Lecter en d’autres circonstances ; non cette fois la bête restera sage. Jusqu’où sauras-tu m’emmener chat diabolique ? Peux-tu seulement surpasser toutes ces merveilles offertes auparavant ? Jason n’en doute pas et si sa curiosité sonne l’impatience, quelque chose en lui se manifeste, lui pose une main su la nuque et invoque un calme aussi plat que le serait la surface d’un lac. Quelle étrange et fascinante sensation que celle-ci... Les mains qui s’égarent sur sa peau réveillent ses nerfs sans pour autant les tisonner, créent une délicieuse électricité qui rampe et s’étend jusqu’à l’extrémité de ses doigts que pourtant, Lecter ne crispera pas. Est-ce réellement ces tiges chargées de drogues qui le clouent au lit sans la moindre envie de ruer et de se battre ne serait-ce qu’un peu, pour la forme au moins ? Il n’en sait tellement rien ; et plus étrange encore ça ne le dérange pas.

C’est là que les autres ont hurlé, à l’ouverture même avoue Boogie et le noir abyssal se lève pour capter les expressions du Croque Mitaine enrobé d’une lumière maintenant tamisée. Pourquoi hurler ? Si vite alors que rien n’a commencé ? Le Serpent se contente d’une moue interrogative, pensive car lui a tout sauf envie de voir son alter-ego s’arrêter. Il sait désormais à quel point le manque de discernement des « toiles » choisies par le passé aura blessé le fauve, l’artiste qui -lorsqu’il repose sa hache- se métamorphose en un être fascinant dont la prévenance n’a d’égale que la minutie sanglante. Des années durant toutefois, le Clown resta parfait étranger pour les séances de son second, ne trouvant aucun intérêt dans cette délicatesse dont il usait... ça le dépassait tout bonnement. Car l’artiste maudit qu’est Lecter ne voyait pas la beauté, la grandeur d’une œuvre si elle n’était pas spectaculaire, choquante. Là où l’un esquissait arabesques et dentelles de chair dans une finesse d’orfèvre, l’autre exhibait des carcasses broyées, des pantins détruits pour lesquels il n’avait pas eu plus de respect que d’affection même en tant que trophées. Ses bombes seules, considérées en digne progéniture méritaient une telle attention, le reste non. Il aura dû tester lui même, accepter d’être élève le temps d’un vertige pour saisir le concept de la chose et puis de devenir objet à son tour... seul capable, au final, de concevoir l’ampleur du geste à sa juste valeur.
Aucun besoin de suivre la main qui le quitte pour connaître sa destination, Lecter sait et garde les yeux rivés sur le visage de son plus fidèle allié jusqu’à saisir l’éclat argenté qui l’attire comme la flamme d’une bougie le ferait pour un papillon. Le voilà enfin, l’objet du délit... ou l’instrument de perdition c’est du pareil au même. La lame effleure sa peau, la voix du Croque Mitaine s’élève et s’il précise la réaction des précédentes victimes, le sienne ne sera semblable en rien. Un soupir de contentement lui traverse les lèvres aussi sûrement qu’un ronronnement échappe à un chat congratulé d’une caresse entre les oreilles et ses paupières s’abaissent à moitié. L’appréhension n’a jamais eu sa place, les tremblements pas d’avantage et si Boogie attend un signal pour enfin se mettre à l’oeuvre, Jason sent sa poitrine se comprimer d’une émotion bancale. Cette sensation qui n’en finit plus de lui faire tourner la tête -il en est persuadé- ne résulte pas de sa prise de stupéfiants. La glissade du scalpel qui tétanisa les uns et les autres le plonge dans un état second où soudain plus rien ne compte, plus rien n’existe sinon l’artiste et son oeuvre... Univers d’égoïstes qui leur va si bien.

Bleu croisant le noir, le temps d’une oeillade entendue. La contradiction profonde de cet instant bouleverse cependant, chahute l’âme noire d’un homme qui se perd, s’abandonne sans même un relent de conscience. Ça lui vrille la poitrine, secoue ses sales résolutions et elles ont pourtant des années entières de vécu. La danse de la lame ne lui arrache pas un son mais sa respiration se cale d’elle même sur le rythme imposé par la gestuelle du Croque Mitaine. La chambre s’évapore d’un battement de cils, plus rien n’existe hormis cette douleur qui -s’il en croit son organisme- n’est pas traitée comme telle mais en plaisir, en vague aléatoire de chaud et froid. Par tout les Enfers du monde, par n’importe qui ou quoi... il vendrait son cœur et l’intégralité de ses organes au marché noir pour ne jamais voir ces deux heures s’achever ! Et si les abysses brillent d’un éclat nouveau, dévier du bleu est impossible si bien que Jason laisse de côté ses horaires imposés, son envie de lutter et abandonne sans aucun remord le gouvernail de ce navire qui ne lui a jamais réellement appartenu. Que Boogie conduise, le fracasse contre le récif ou laisse reposer sur une plage, il lui passe la barre du début à la fin sans même se demander s’il y laissera quelque chose au passage.
Lorsque le Croque Mitaine baisse les yeux sur son œuvre, le Clown soupire doucement et laisse enfin redescendre la pression qu’un tel échange aura fait grimper. C’était imprévu, comme une gifle mais bien loin d’être désagréable. Perturbant, très certainement pour les conclusions que Lecter se sent obligé de tirer mais… Et bien qu’a-t-il le chat diabolique ? Pourquoi afficher un air si peu fier ? L’air de quelqu’un pas tant satisfait de son ouvrage. « Et bien ? » Lâche-t-il à voix basse, ne souhaitant en aucune façon briser le charme. Le temps d’un regard, d’une demande qu’on a nul besoin d’exprimer et Jason comprend. Comme la marque d’un certain drogué l’avait hautement perturbé c’est un vieux souvenir qui l’orne toujours que le Croque Mitaine désapprouve et souhaite voir disparaître. Pour cause, ce stigmate du passé n’est pas fort fort plaisant. Il ne s’agit pas d’un dommage collatéral ou d’un tir banal pendant une rixe et pas le fait d’arme du quidam du coin (encore que ledit quidam n’aurait pas connu un sort plus clément) mais bel et bien d’un épisode désagréable. Quel était son nom déjà ? Lecter n’est plus certain de le savoir mais au départ il aimait bien ce type, un joyeux drille assez malin et jamais dernier à foncer dans le tas. Il y a quelques années, celui-là était en passe de gravir des échelons et pour la simple raison qu’il était le dernier à le refréner, Jason n’avait même pas chercher à en savoir d’avantage ; il était amusant et c’était bien tout ce qui comptait. Les mises en gardes de Boogie paraissaient être pure psychose et il faut bien avouer que deux ans plus tôt, le Clown écoutait tout sauf ça. Sans l’acharnement de son second à découvrir la vérité, peut-être que Lecter ne serait déjà plus de ce monde, poignardé dans le dos. Trahison que l’autre aura payé une fois sa véritable nature mise à nue. Ne reste de lui d’une trace, à peine visible à moins d’être un tantinet maniaque... du genre chat maléfique.

Fais donc, cher compagnon. Efface ce qui te tracasse et agis comme il te plaira. Lecter acquiesce d’un infime mouvement de tête, clos les paupières et se laisse aller une fois encore aux caresses d’acier, soupirs aux lèvres et pris d’une chaleur proche de la fièvre. La bête jubile, siffle, se soumet cette fois et la fierté gît, inerte quelque part au loin sur le sol de la chambre. Le rêve brumeux n’est plus et le final est pleinement ressenti, vécu jusque dans les nerfs qui se tendent d’eux même au passage des compresses et du désinfectant. L’envolée dure, suspendue à trois fois rien et si l’instant semble fragile, il n’a jamais été plus ancré dans la réalité. Jamais été plus beau aussi. Tu aurais dû détourner les yeux, arrêter ça tant qu’il était temps... Il sourit à cette voix intérieure, l’ignore ensuite car non, Jason ne voulait pas manquer cet acte joué dans un autre de leurs théâtres malades, pour rien au monde. Sous le bleu qui semble plus envoûtant encore, le Clown dépourvu de parure connaît sa valeur ; celle d’un tableau de maître unique, précieux pour un seul et il en est honoré, infiniment.
Lorsque le fauve se coule auprès de lui, Lecter songe que tout ceci ne devrait jamais prendre fin. Qu’une telle transe mériterait l’infini mais les bonnes choses ont toujours une fin hélas ; c’est ainsi. Ce feu qui irradie son flanc est aussi enivrant, puissant que celui qui lui dévora le creux de l’épaule quelques semaines plus tôt et déjà il supposait pouvoir y prendre goût. Le mal et fait, et même bien fait car la prochaine expérience du genre se fera ardemment désirer. Monsieur a l’addiction facile et plus elle est périlleuse plus il s’y vautre. Sa respiration file en sifflement calme au contact d’un main perdue entre les boucles de ses cheveux et c’est seulement maintenant que Lecter réalise à quel point il se sera tenu tranquille. Ouvrant complètement les yeux il croise ceux de son second, lui accorde un sourire et l’écoute. S’il veut voir ? Logiquement il devrait dire oui et se précipiter c’est évident... retrouver son mauvais rôle intenable. Il n’en fera rien. Par respect il ne précipitera absolument pas la fin de leur voyage. Alors lentement le clown secoue la tête, glisse un bras autour du fauve qu’il étreint et murmure d’un ton suave. « Dans un moment... » Dit celui incapable de patienter en règle générale. La serpent sent peser sur ses épaules une fatigue cotonneuse, comme enveloppée d’un manteau où tout lui glisse dessus et entre les doigts hormis cette présence adorée, jalousement serrée qu’il se refuse de laisser filer. Plus volontiers, le balafré est actif et même incapable de tenir en place de jour comme de nuit. Pour une fois cependant, il déroge à ses manies et  laisse au Croque Mitaine le droit de savourer son ouvrage, le plaisir de l’exécution achevée comme il l’espérait. « Profite donc, c’est ton instant Boogie. » Ajoute-t-il, amenant la tête du fauve dans le creux de son épaule tout en effleurant du bout des doigts la récente calligraphie sur sa nuque. Ni fiel ni miel ; Jason le sait et pourtant ça ressemblait étrangement à leur cher enfer. Ému, le clown l’a été et tout autant chaviré. La tendresse n’est pas pour eux, jamais sans douleur pour l’accompagner et le savant dosage goûté cette fois laisse un arrière goût d’encore... comme s’ils n’étaient pas assez dingues sans en rajouter. D’une voix à peine audible, la bête murmure tout en lutant contre les bras de Morphée. « Fut une époque où j’aurai rechigné voir refusé de poser un pied dans cette partie de ton univers... » Il soupire, amusé. « Ce n’est plus le cas. Et toi ? Moins embrumé que la première fois ? » Les effets variaient considérablement, Lecter doit bien l’admettre mais qui sait... avec un peu de chance cette fois ce cher Croque Mitaine aura trouvé en ces drogues quelques avantages ?!

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 24 Juil - 17:56



Ces précieuses heures s'effilochent déjà comme des nuages sous un vent impitoyable. Pourtant, elles tardent à glisser entre les doigts pour disparaître enfin et devenir souvenir. C'est une singulière et inédite langueur qui étouffe les caractères entiers et tumultueux. Plus que la satisfaction du travail accompli, c'est une sérénité de pénitent qui a tutoyé les Cieux l'espace d'un bref instant qui possède l'esprit du Croque-Mitaine. Face au fauve, l'autre Bête ne se pare pas encore de ses atours chaotiques, l'énergie dense et frénétique ne s'enroule pas encore autour du Clown sans fard. La chère toile rechigne à abandonner cet état presque sanctifié pour réintégrer son enveloppe mortelle et devenir spectateur, assistant à la levée du voile sur une oeuvre d'art fort particulière. Indéchiffrable sourire qui passe comme un fantôme sur les lèvres du Croque-Mitaine en entendant ce refus de contempler le fruit de cette transe. Docilement, il laisse Jason l'attirer contre lui et là, contre cette épaule, un soupir file, fin souffle tiède qui soulève une mèche blonde.
Ces minutes sont les siennes lui dit-on mais Boogie ne peut considérer ce dernier acte à l'égard de Jason comme une entreprise personnelle et uniquement personnelle. Un égocentrique ne peut créer le Beau car ce dernier n'a que pour unique raison d'être que celui d'être partagé avec autrui. Mais pas n'importe qui. Se redressant sur un coude, les yeux pâles se baissent sur ce visage scarifié. Il pourrait bien écorcher entièrement Jason, faire de sa peau une dentelle aussi frêle que délicate mais jamais il ne toucherait à ces traits. Il n'y a été contraint qu'une fois, devoir arpenter du bout d'une lame une route qui n'avait été tracée ni par lui ni pour lui, et il compte bien n'avoir plus jamais à la faire. Le bleu erre sur le cou, la courbe d'une épaule marquée jusqu'à l'os. Il passe rapidement sur les zébrures plus claires qui sont autant de chapitres sanglants d'un polar plus noir que les ténèbres les plus impénétrables, et il s'arrête enfin sur cette majuscule rouge dont l'encre écarlate humide scintille toujours dans la pénombre. Admirable conclusion à un défi lancé des mois plus tôt, à une promesse émise avec tous les accents de la solennité. Conclusion qui se fait donéravant début d'un nouveau chapitre de leur existence. Car, maintenant, Boogie sait. Il sait qu'il a devant lui la toile parfaite. Avançant la main, du bout de l'index, il suit les pleins et les déliés de sa lettrine, la redessinant comme un voyageur revit son périple en contemplant une mosaïque de souvenirs. En silence, il serre les lèvres sachant qu'il tient là quelque chose qui ne cessera de lui rappeler qui il est. C'est une part de l'huile noire qui tapisse son coeur qui s'est glissée dans la moindre gravure infligée à Jason. Il pense subitement aux géoglyphes de Nazca dont certains archéologues pensent qu'ils constituaient un chemin de pénitence, une route sacrée que l'on emprunte pour des cérémonies primordiales. Sans le savoir, voilà ce qu'est devenu Jason. Son Nazca. Tu te méprends. Cet instant n'est pas qu'à moi. Et ses échos ne résonneront pas uniquement sous son crâne.

Pourtant, il était loin d'être gagné ce voyage, les flammes bouillonnantes et affamées de son alter-ego ne sont pas matière qui se prête à ce genre d'exercice. L'univers secret du Croque-Mitaine est ouaté et suave, tout s'y mêle, les plaies deviennent caresses, la violence se fait douce. La mort se fait beauté poignante dans une atmosphère remplie de calme où les brasiers incontrôlables et ronflants n'ont pas de place. Jusqu'à aujourd'hui, il avait accompli ce pèlerinage sous ces latitudes en solitaire. Nul n'avait réussi à percevoir cette invitation muette, nul n'avait accepté cet aller simple vers un délicieux et épouvantable cauchemar éveillé car aucun n'en était digne. L'artiste maudit avait du avancer, une fois de plus incompris, pénétrant seul dans ce petit monde malade. Aucun invité n'avait réussi à en franchir la porte d'entrée. Tous étaient restés des victimes, des proies, de ternes humains trop accrochés à leur architecture de chair et d'os. Incapables de saisir l'opportunité d'être transcendé dans un moment où ils seront proches de la magie, du divin et de la perfection ultime, ils ont tous échoué laissant la Bête frustrée de ne pas parvenir à trouver dans l'oeil de son sujet la même douceur malfaisante qui pouvait habiter le sien.
Ce voyage s'accomplit dans une foi hérétique, avec humilité et obéissance, concepts tellement éloignés de ce qui caractérise Jason qui ne se soumet à rien ni personne. Et pourtant, la Bête a fait le dos rond, s'est tue et les monstres dépouillés de toute empathie se sont vus envahir par une vibration identique. Leur déviance, leur folie, leur inhumanité prennent soudain sens et c'est sans crainte qu'ils contemplent l'horrible devenir beau et la pulsion morbide se muer en affection maléfique. Je sais, Jason... murmure-t-il du bout des lèvres en entendant l'autre exprimer l'antique scepticisme dont il faisait preuve. Je sais...mais pour quoi? Tout réticent que Jason ai pu l'être, Boogie n'a jamais douté qu'il parviendrait, un jour, à emmener le tumultueux Clown dans son musée macabre. Il y entrerait alors, non en tant qu'hôte marchant à ses côtés, mais en invité cloué avec une bienveillance monstrueuse sur un piédestal. Il sait qu'ils reviendront ici tôt ou tard, car ce qu'ils ont partagé éveille une faim maléfique. Celle de vivre, une fois encore, un tel instant. Celle d'espérer éprouver bien plus. Les voilà les affres de l'addiction, infernale sensation qui après avoir cristallisée une scène hors du temps engendre un appétit incontrôlable. On gravit une marche de plus sur ce maudit escalier du pire, fait d'os et ruisselant de sang, qui mène vers nulle part et partout à la fois. Insectes nocturnes attirés par une flamme noire dont ils s'approchent inexorablement. Le "et maintenant" d'aujourd'hui devient plus que jamais une tentation létale.

La musique d'une question le tire de sa contemplation. Les yeux pâles se lèvent lentement jusqu'aux abysses tandis que sa main délaisse la lettre gravée pour la couvrir de compresses stériles. Moins embrumé, en effet, mais tout aussi...désarçonné. murmure Boogie d'une voix songeuse tandis qu'il pose l'ultime carré de gaze qui protège son oeuvre. La force de l'habitude profite de ces secondes bien ancrées dans le réel pour essayer de rationnaliser ce qui ne peut l'être et ce qu'il n'a pas vraiment envie qui le devienne. Il avait confié à Jason que ce genre de moment ne se prévoit pas et ne se prépare pas. C'était l'un des rares actes que Boogie n'a jamais accompli en réfléchissant à toute allure. L'abandon dont il fait alors preuve est une offrande inestimable qui avait toujours été refusée. Pour la première fois, il n'a pas été tortionnaire face à une victime. Corps et esprit ne se sont pas cabrés face au sort qui leur était réservés. Il l'a finalement atteinte, cette perfection tant fantasmée, cette quête presque mystique qui est soudain accomplie. Ceci est désarçonnant pour un être logique qui était bien loin d'imaginer ce que son rêve de sang réalisé pourrait provoquer en lui. Drogue ou pas drogue, cela reste un séisme de folie capable de détruire les mentals les plus solides. Par l'Enfer...un sourire étire les lèvres de Boogie...mais sa logique, il s'en moque réellement, là. Il y a des choses que l'on doit céder de bonne grâce à l'inexpliquable. Terminant son pansement, Boogie tend la main pour tirer sur eux la couverture qu'il avait repoussé. Cette nuit n'appartient pas aux luttes, Jason. Même celle-ci. murmure-t-il d'un ton léger en le sentant se battre contre le sommeil. Etendu sur le côté face à son alter-ego, c'est un soupir las qui termine. Dors. Car après un tel moment de grâce, il n'y a rien d'autre à faire. Autant laisser ce voyage se terminer dans l'abandon. Que le vaisseau fantôme sans équipage dans lequel ils sont termine sa course dans un tourbillon, qu'une vague traîtresse le submerge, qu'un écueil l'éventre, qu'il disparaisse sous les flots ou qu'il continue sa course...qu'est-ce-qui a encore de l'importance?


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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Dim 10 Aoû - 4:23

" Ice Road "

Le temps, l’espace, quelle importance ? Qu’il crève ici, que le monde explose, que l’univers disparaisse il s’en moque. Les flammes sont éteintes, les braises tièdes et s’il a pour habitude de préférer les explosions le Clown de New York les laisse au placard, étendu et paisible sous les seules mains capables de saisir la barre de ce navire fou. Dors donc lui murmure une voix douce, pour une fois fais donc une entorse à ton propre règlement et laisse à d’autres tes caprices, tes fichues tendances tellement suicidaires. Honnêtement ? Il ne pense plus, ne souhaite plus la guerre cette nuit et si cet instant est réellement un partage, qu’il n’appartient pas qu’au Croque Mitaine alors au fond, pourquoi ne pas céder ? Abandonner de concert les quelques bribes de raisons restantes et seulement couler, lâcher prise... juste se reposer... Dors lui dit-il et Jason soupire, ricane à peine face à un autre de ses judicieux conseils qu’il a tellement tendance à ne pas écouter lorsqu’il ne se contente pas de les ignorer superbement, s’en allant droit au casse pipe parce qu’au fond sans cela, il estime que la vie ne vaut pas tant la peine d’être vécue. Cette fois maudit cinglé, baisse donc les armes... Un sourire lui fend les lèvres, léger et sans même chercher à protester il attire à lui l’autre bête, le visage lové au creux de son cou et un bras au dessus de sa taille. Plus un mot, pas même d’usage car c’est évident ici, maintenant. Ces heures de sommeil seront bienvenues et un bonne nuit, le souhait de délicieux cauchemars sont trop inutiles... L’art le vrai dit-on, se passe et se passera toujours de commentaires.

[...]

Nul chimère, nul cauchemar aussi fou soit-il pas même le plus court. De la brume opaque d’un sommeil de plomb s’arrache la lueur blafarde d’un jour nouveau à midi et un étrange silence, calme précédant une tempête prochaine. Parce qu’il ne saurait faire autrement, de bêtises en folies, foncer à travers tout sans jamais regarder en arrière il y viendra bien sûr, à faire une fois encore ce pas de côté hors de tout sentier réglementaire. Sage, Jason Lecter ne le sera jamais. Avec mille précautions pourtant il quitte le lit, prenant garde à ne pas réveiller Boogie (est-ce seulement possible?) et s’éclipse en direction de la salle d’eau, ni endormit ni totalement éveillé. Ce n’est qu’une fois la porte close, face au miroir devant le fait accomplit qu’un autre de ses rictus diaboliques courbe ses lèvres et étire ses balafres. Le pansement taché qu’il décolle sans l’ombre d’une grimace douloureuse finit au fond du lavabo et bientôt se dévoile l’oeuvre, signature d’un seul artiste sur une toile qui a bien conscience de sa position hautement privilégiée. Ému, Jason l’est au delà de tout sentimentalisme dégoulinant de sucre car pour la toute première fois de son existence, il a osé s’abandonner et confier sa peau à d’autres mains que les siennes sans déception. Son cher Croque Mitaine n’aura pas seulement apposé sa griffe oh non, c’est au delà de ça, une telle confiance... cette symbiose.
Du bout de l’index il effleure, redessine délicatement les contours d’un B attendu depuis trop longtemps et apprécie autant l’ouvrage que cette douleur lancinante qui irradie le long de ses côtes. Un soupir d’aise lui file entre les dents, le Clown plane et c’est incapable de ranger son sourire interminable qu’il file sous la douche, plus déterminé que jamais à enfin lever sous peu ce rideau noir masquant depuis des semaines sa propre œuvre... son affreux mais ô combien précieux tableau de maître.

[…]

Seize heures lorsqu’il achève de lacer ses rangers, qu’il empoigne sa veste pour la passer au dessus d’un pull noir et allumer une cigarette à la suite. Fidèle à lui même Lecter a plaisanté, rit entre deux -si ce n’est huit- cafés et un nombre incalculable de clopes, laissant cette journée avancer d’elle même dans leur chambre d’hôtel jusqu’à l’heure H, jusqu’à annoncer que le moment était venu de se préparer pour une certaine virée. Nul besoin d’être perspicace, Jason a bien saisit comme son alter ego se languit de retrouver ses racines, d’arpenter à nouveau ces terres encore gorgées du sang qu’il y a versé des années durant. Le Boucher de Vancouver est de retour pour le meilleur du pire mais pas seul et c’est peut-être bien là tout le problème...
« Quel froid de loup ! » Ne peut-il s’empêcher de pester une fois dehors, le menton enfoncé dans son col et le nez froncé sous une rafale de vent polaire. Les articulations de ses doigts geignent sous le cuir des gants, à l’avance et le balafré sait qu’il lui faudrait plus d’une journée pour s’acclimater à de telles températures. Certes, il connaît le froid par expérience mais son statut lui a offert le luxe de profiter d’une chaleur infernale, adorée dans laquelle il se vautre jusqu’à l’étourdissement selon son bon vouloir. Qu’y peut-il au fond ? La neige, la glace... ce n’est pas drôle de son avis de déjanté fou furieux trop adepte des explosions en tous genres. Une question de point de vue...

Bientôt, la voiture récupérée la veille quitte l’hôtel et soudain, les secondes qui s’égrainent paraissent terriblement longues tant l’impatience grandit... Le paysage défile ; le silence tombe dans l’habitacle. C’est glacial, d’un blanc à piquer la rétine malgré le jour qui décline. Aucune couleur flash, à peine le vert lugubre des sapins et des pins croulants sous le poids de la neige. Au dessus le ciel est plombé, lourd de son chargement et les yeux noirs se lèvent légèrement de la route pour l’observer. Paysage angoissant pour beaucoup et la route à peine dégagée couperait toute envie à une personne sensée de s’y engager. Mais ce conducteur là n’est pas sensé, il ne le sera jamais et déraper sur le verglas ne le fait pas plus sourciller que plonger les lèvres dans un café trop chaud. Les flocons poussés par le vent s’écrasent sur le pare brise, rapidement balayés par les essuies glaces et rien pas même les secousses régulières du véhicule ne sont en mesure de faire tomber le sourire qui lui tire la bouche, trop heureux qu’il est. La vitre légèrement ouverte sabre la bonne volonté du chauffage cherchant à rendre les températures confortables dans l’habitacle mais l’air glacé a quelque chose de vivifiant à mesure que la révélation approche et peu à peu, Lecter oubli le froid ambiant. Ainsi au terme d’une bonne demie heure de route, un panneau de bois craquelé aux caractères à peine lisibles apparaît enfin au loin à un décrochage...
Chemin si peu exploitable sans une voiture adaptée mais il a prévu le coup et le 4x4 s’engage à vitesse réduite pour éviter d’accumuler la neige sous les pneus car même s’ils sont adaptés c’est un coup à s’enliser. Grimpe grimpe, chère tension malade...

« Aucune surprise quant à notre destination, tu auras reconnu la route une fois encore. » Lâche-t-il, la voix mélodieuse comme s’il s’apprêtait à entamer la lecture d’un conte particulièrement intéressant. « Tu te doutes bien, ma vilaine curiosité maladive a fait que je n’ai pas su résister à l’envie de me renseigner un minimum avant de découvrir les... lieux du crime. » Légers coups de volant, il zigzague dans la poudreuse et se fraie un chemin jusqu’à un plan large soudain vide d’arbres et entouré de souches à peine visibles. Un ancien parking qui dans cet écrin de forêt ressemble à un gros morceau de sucre blanc. Sans chercher d’emplacement précis il gare la voiture et coupe le contact tout en poursuivant sur le ton de la conversation. « Plus de dix ans, c’est long mais jusqu’à deux ans en arrière on s’y rendait encore dans l’espoir de dénicher les derniers indices manqués, un cadavre trop bien enfouit.. Tout devait être conservé au minimum pour les reconstitutions, autant dire que personne n’a chômé pour mettre le doigt sur des certitudes ou... pour avoir enfin une preuve tangible de ta culpabilité. » Sourire de connivence, le Clown jubile et ajuste son col avant de descendre. Le vent est moins fort et dérange à peine ses cheveux blonds où s’agglutinent bientôt les paillettes givrées. Un instant, il attend que son compagnon d’armes fasse de même et le rejoigne, préférant remonter le chemin en sa compagnie, au coude à coude comme tant d’autres fois tout en allumant une nouvelle tige. « Tu ne mentais vraiment pas... c’est impressionnant. » Il le murmure, lui que la grandeur fascine sans cesse et c’est le cas même si cela déroge à toutes ses habitudes en matière de panorama. Les bois, la forêt à perte de vue. Adieu citée urbaine, adieu population et citadins, adieu pollution et béton gris. Ici la nature a tout les droits et hurle en ses propres langages. Fou celui qui s’y aventure sans guide et sans peur d’y demeurer prisonnier. Il l’est oui ; mais pour tellement d’autres sujets que celui-là n’est qu’un ajout à une liste déjà immensément longue.

Inspirant longuement, les poumons agressés par les courants d’air il sourit de plus belle, plonge le regard dans celui de Boogie et un fil se tend, connu d’eux seuls. Le temps qui n’appartient plus qu’aux monstres, tissé d’un égoïsme maladif, lorsque seul compte un tête à tête entre deux bêtes. « De mémoire, voilà six ou huit mois que cette affaire est close, dix ans d’enquêtes infructueuses que veux tu... il y a prescription. Le dossier a été bouclé et toute la zone laissée à l’abandon. Même devenue propriété de la ville, les petits locaux n’y viennent pas tant les souvenirs sont mauvais et les chemins y menant sont devenus impraticables voir purement déconseillés aux touristes. » Tournant la tête, il observe à nouveau la forêt, ce vide où semble courir des fantômes hurlant par dizaines, le cours d’eau figé à quelques mètres et cette plaque clouée à un arbre où la rouille peine à dévorer totalement le nom d’un meurtrier qu’on aura seulement présumé... Au loin une maison se dessine, il a hâte de l’approcher, de visiter l’univers du Croque Mitaine mais avant toute chose il reste un détail à régler. Un premier rideau à lever. Tout en fouillant sa poche le Clown hausse une épaule, sourit de plus belle. « Tu te souviens je n’en doute pas, tu te souviens de tout en fait... mais je t’avais promis deux choses. La première, quoi que tu en dises, était de te rendre ces années de bons et loyaux services rubis sur l’ongle en usant de ma... fortune dont je ne sais plus que faire. La seconde... un endroit qui n’appartiendrait qu’à toi... » Il ricane, secouant doucement la tête car il avait été bien long à la détente sur ce coup, à chercher loin une chose présente depuis le début sous son nez. « J’ai passé des nuits entières à consulter les offres immobilières sur des terrains sauvages, le plus excentrés possibles des villes... c’était tellement idiot de ma part, je ne peux qu’en rire. Parce que après tout... » Au bout d’une main tendue, un jeu de clefs, juste ça et un rictus complice. Preuve que lorsqu’il est question du fauve, le serpent est à l’écoute, qu’il tient compte désormais de ses paroles, de ces choses qui au fond lui ont trop manqué. « Il n’y a jamais eu qu’une seule forêt, un seul endroit de valeur à tes yeux n’est-il pas ? » Et avançant d’un pas, Lecter dépose simplement l’objet entre les doigts de son second. « Home sweet home, Boogie. Bon retour en ton royaume. »

Que le spectacle commence !

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Sam 30 Aoû - 17:52



Nuit sans rêves et aucun réveil au moindre bruit ou mouvement de son alter ego. C'est un monstre en paix, calme et serein qui ferme les yeux et glisse dans un univers ouaté où aucune image ne surgit. Bien au-delà du sentiment du devoir accompli, c'est l'ataraxie qui frappe le Croque-Mitaine, l'équilibre parfait entre l'existence et la tranquillité de son âme noire. Une insensibilité soudaine mais qui, étrangement, n'a pour cette nuit rien de maléfique ou de démoniaque. Un état de neutralité, d'indifférence absolu que seuls peuvent éprouver les êtres les plus avancés sur le chemin de la sagesse. Et, même lorsque Jason quitte la couche et que la tiédeur succède à la chaleur de son corps, le Croque-Mitaine ne s'arrache pas instinctivement au sommeil. Pas un battement de cils. Pas un geste. Pas l'ombre ou l'esquisse d'un mouvement.
La journée s'est déroulée avec un détachement surnaturel. Cloîtrés dans cette chambre impersonnelle, rien n'a brisé cette bulle égoïste que les monstres élèvent autour d'eux. Et même s'ils durent jouer à l'humain à chaque fois qu'ils exigèrent du service d'étage de quoi se sustenter ou s'abreuver, aucune réaction bestiale, aucune pulsion cruelle ne les a agité. L'impatience qui tenaillait le coeur du Croque-Mitaine provoquée par la proximité de sa forêt s'est tout simplement évanouie et même si son regard s'est porté à intervalles réguliers vers la fenêtre, il sait que tout vient à point pour qui sait attendre. Et attendre...ce n'est pas un état qui lui est étranger. Patience Bête de soie noire, le temps viendra où tu pourras te fondre dans l'ombre et l'obscurité. Le moment viendra où ton compagnon de ténèbres lèvera le voile sur ce qu'il a tramé à ton insu.

[...]

Comme une seule entité, ils se sont apprêtés à affronter le froid extérieur. Des années que le Croque-Mitaine ne lui a pas fait face mais ces températures incroyablement basses, ses nerfs ne les ont pas oublié. Le vent a beau charrier de minces flocons de glace donnant l'impression de trancher le moindre lambeau de peau apparent, son corps se souvient de cette sensation et s'y réhabitue presque instantanément. Boogie laisse échapper un bref reniflement amusé en entendant Jason maugréer contre le froid cinglant. Se tournant vers le Clown, il glisse l'index dans le col derrière lequel le bas du visage de son alter ego cherche à se calfeutrer et le baisse. Préserves-toi du froid mais ne le subis pas. Un sourire étire ses lèvres que le froid cherche à craqueler. Quelques gerçures, c'est un bien léger tribut à payer quand on sait qu'il peut définitivement t'endormir. Libérant le col de Jason, c'est côte à côte qu'ils rejoignent la voiture et s'y engouffrent. Avant même que le contact ne soit mis et que le moteur ronronne, le Croque-Mitaine sait déjà où ils vont aller. Ici, il n'y a qu'un seul endroit qui peut revêtir de l'intérêt à leurs yeux. Un seul lieu suffisamment chargé d'histoire sanglante pour éveiller autre chose que de l'ennui dans leurs âmes noires.
Silence et patience durant le trajet qui mène jusqu'à ce qui avait été autrefois le territoire d'Alastor Burton. La Bête frémit au fur et à mesure que la distance se réduit, reconnaissait ça et là d'anciennes zones de traque, les plus reculées de son fief, car le coeur de ce dernier est encore loin. Les années ont changé le décor mais ce qui s'en dégage est toujours vivace. Les ténèbres imprègnent les troncs sombres des sapins, des fantômes peuplent encore ces étendues sauvages qui ont retrouvé leur virginité par superstition (ou stupidité humaine?) et le vent s'engouffrant dans l'habitacle de la voiture pourrait bien porter les échos d'anciens cris et de suppliques mortes depuis longtemps si on tendait l'oreille. D'un ton musical, Jason tire Boogie de sa macabre rêverie. Oh que oui, il a reconnu la route empruntée pour l'avoir maintes et maintes fois arpentée et c'est avec un sourire qu'il lui répond, posant simplement la main sur son avant-bras. Vilaine curiosité en effet mais l'histoire que tu as entendu a été écrite et relatée par des vaincus. Le véhicule stoppe sa course dans ce qui fut un parking et ne ressemble sous cette neige qu'à une banale clairière. Dix années d'enquête - ou plutôt huit selon les dires de Jason - qui n'ont rien donné. A cette information, Boogie laisse filer un bref rire argentin. Comment aurait-on pu dénicher un cadavre? Ils ont tous été pulvérisé par les machines monstrueuses de la scierie et le peu qu'il en restait...les courants d'eau douce et maritime de Vancouver se sont chargés de les disséminer dans toute la baie. Si par chance quelqu'un était tombé sur un morceau quelconque, il aurait pu venir de partout et de nulle part à la fois. Je devrais presque me sentir vexé que l'on m'ai imaginé avec une pelle et une pioche au fin fond de la forêt en train de creuser un trou. Quand à la seule et unique preuve de sa culpabilité...Alastor Burton avait tout misé sur la sclérose des cervelles des autorités policières incapables de sortir des sentiers battus et de chercher là où il le fallait. Il connaissait autant les flics de Vancouver que ceux du Grove et autant dire que l'originalité n'avait jamais été leur point fort.
Sortant à son tour de la voiture, Boogie se poste aux côtés de Jason. Décor impressionnant souffle le Clown. Ici, loin des villes, l'homme mesure sa petitesse, son insignifiance. D'être tout puissant ayant maîtrisé son environnement au point de le modifier profondément, il redécouvre la fragilité de son existence que les températures basses pourraient éteindre d'une bourrasque légère. Tu n'es que de chair et d'os, de chaleur et de sang, ronronne le vent glacial en malmenant la peau. Penchant légèrement la tête sur le côté, le regard levé vers les cimes des arbres, c'est d'un ton presque rêveur que Boogie répond. Le froid est une cruelle compagne. C'est ce que me disait fréquemment les chasseurs et trappeurs que j'ai accompagné quand j'étais môme. commence-t-il en coulant une oeillade vers Jason. La voix du Croque-Mitaine s'adoucit, prenant des intonations délicates. Comme une mère, il te prend dans ses bras, te berce, te murmure que tout ira bien maintenant. Il fait naître des images illusoires, trompe tes sens, t'apaise avant que tu ne t'endormes dans une mortelle sérénité. Rien n'a alors d'importance. Plus de douleur. Plus de tracas. Juste un intense et rassurant sentiment de calme avant que la vie abdique docilement et t'abandonne.
Mourir de froid. La douceur de ce trépas est un danger que l'on apprend à dominer rapidement ici. Les iris pâles croisent ceux si sombres de son alter ego alors que Jason lui révèle que l'affaire de celui qui fut le Boucher de Vancouver est close depuis peu, faute de piste, de preuve, d'indice. Enigmatique demi-sourire chez le Croque-Mitaine, personne n'a donc trouvé ce qu'il a soigneusement caché. Mais une question, pour l'instant encore sans réponse, subsiste. Si les lieux ont été préservés par les autorités locales, quel sort la populace leur a donc réservé par la suite? Le traumatisme que Boogie a provoqué dans la petite communauté n'a pas pu être émoussé avec le temps et ces années de frustration durant lesquelles la colère d'une foule meurtrie n'a pas pu s'exprimer a forcément volé en éclats lorsqu'on lui a enfin accordé le droit de se libérer. Ils n'ont pas brûlé la maison des Burton car on peut l'apercevoir à plusieurs centaines de mètres au loin. Qu'ont-ils fait aux murs qui ont vu naître et grandir l'éternel suspect jamais inculpé?
Jason poursuit, mentionnant cette quête que Boogie avait trouvé sans réel sens de le récompenser pour sa loyauté. Qu'il ai un endroit à lui. Un lieu qu'il puisse pleinement emplir de sa présence et de sa seule présence. Les iris pâles se détournent du Clown pour se porter de nouveau sur la maison au loin. Il n'y a jamais eu qu'une seule forêt, un seul endroit... qu'il a toujours cherché à faire revivre. Même dans la bruyante et profondément urbaine New York. Faute de grives, on se contente de merles. Tintement de métal d'un trousseau au bout de la main de Jason et le fauve se fige, iris rivés sur les clés, incapable de savoir comment réagir, inapte à répondre à un tel geste. La norme serait de murmurer un remerciement, de montrer de la gratitude, de balbutier stupidement mais il reste immobile. C'est bien plus qu'un présent que lui tend Jason. C'est la mort de son premier véritable tourment qu'il lui offre. Un tourment que Boogie a étouffé, enterré mais qui ne fut jamais réellement mort.

Brisant son inertie, Boogie referme doucement les doigts sur les clés. Chez lui...cet endroit qu'on l'a obligé à abandonner, on le lui rend. Posant sa main libre sur le bras de Jason, il l'attire brusquement à lui, posant le menton sur son épaule, les yeux filant vers les troncs noirâtres à travers lesquels on distingue ces murs qui lui étaient si familiers et qui redeviennent en une seconde de nouveau les siens. Long soupir et étreinte brève avant qu'il ne s'écarte enfin. Tu me connais presque mieux que moi-même. murmure-t-il. Jason a compris - bien avant lui - que s'égarer dans les forêts new yorkaises n'était qu'un joli mensonge mélancolique de la Bête. Ce pèlerinage est une reconquête et Boogie plie le bras, l'offrant au Clown. Allons-y.
Pas à pas, une enjambée après l'autre, c'est dans un singulier silence qu'ils se dirigent, bras dessus bras dessous, vers ce qui fut sa maison. Chaque battement de cils fait surgir des ombres qu'il reconnaît parfaitement, flashes rémanents d'une époque classée aux archives et parfaitement révolue. Le crissement de la neige sous ses chaussures est presque inaudible et son allure s'allège tandis que la distance se réduit. Que reste-t-il des murs qui ont vu la naissance du monstre? Des fenêtres qui ont caché derrière leur surface givrée la bête que personne ne soupçonnait? Arrêtant leur progression, les yeux clairs parcourent la façade de la demeure. Malgré la vétusté qui la frappe, elle n'a pas perdu de sa superbe. Héritage de plusieurs générations, ce qui avait du être un chalet modeste, s'est étoffé à chaque branche de l'arbre généalogique des Burton. Le bois et la pierre qui la constituent se sont ternis mais ne se sont pas écroulés. Elle reste fièrement dressée, arrogante dans une volonté farouche de résister aux éléments et à la forêt qui a tenté de l'absorber. Après tout, ses seuls habitants ont passé leur vie à défricher les alentours. Des buissons secs et nus ont poussé entre les marches du perron, une multitude d'aiguilles de conifères se sont accumulées sur l'étroite terrasse protégée par un imposant toit en pente encore intact. Il lève le nez vers le ciel qui s'assombrit et d'où tombent en silence quelques flocons qui s'écrasent et fondent sur sa peau. La lumière décline rapidement et le crépuscule est bref en cette saison, sous ces latitudes. Graduellement, la maison abandonnée prend des allures de lieu aussi maudit que son dernier occupant.

Allons satisfaire cete vilaine curiosité. adresse-t-il à Jason près de lui. Reportant son attention sur l'édifice, il reprend sa marche jusqu'à poser un pied sur le court perron menant à la terrasse parfaitement abritée. C'est ici qu'on abandonnait ses chaussures gorgées de neige fondue et de boue pour ne pas faire naître les hauts cris de la maîtresse de maison. Même après sa mort, Alastor Burton avait continué à perpétuer ce rituel plus par habitude que par réelle conviction. Mais c'est également de cette petite place qu'il a abattu un chasseur et qu'il a découvert l'Instant. Ôtant un de ses épais gants, Boogie l'enfonce dans une poche avant de poser la main sur la rampe. Muscles et nerfs retrouvent des routines qu'il pensait avoir oublié, remplacés par d'autres. De l'index, il pointe le chambranle de la porte d'entrée où sept encoches plus ou moins régulières raient le bois. Avec une expression mi-figue mi-raisin, il arque un sourcil, se revoyant enfant, maugréant et pestant, droit comme un i le temps qu'on grave un souvenir de sa croissance.On ne m'aura rien épargné jusqu'à ce que je sois capable de les envoyer bouler.
Engageant la clé dans la serrure et tournant la poignée de la porte, Boogie doit s'y appuyer de tout son poids et gratifier cette dernière d'un rude coup d'épaule pour qu'elle daigne enfin s'ouvrir. Les questions qu'il se posait précédemment ont aussitôt leur réponse. Non, les lieux ne furent pas pillés mais intégralement vidés. A-t-on vendu le mobilier, l'a-t-on transféré dans une pièce sous scellés pour le démembrer à la recherche d'un quelconque indice? Il l'ignore mais la maison est maintenant vide...ou vierge selon le point de vue. Le bruit de ses pas résonne tandis qu'il pénètre dans le petit hall d'entrée pour s'engager dans un court couloir menant à ce qui a du être un salon. A droite une cuisine ouverte et à gauche ce qui avait été le bureau administratif de la scierie. Les yeux bleus parcourent rapidement la tapisserie défraîchie que des mots graffés en noir recouvrent. Faute d'avoir un véritable coupable, la populace s'est défoulée comme elle le pouvait. Qui furent ces vaillants petits soldats qui ont réussi à trouver suffisamment de cran dans leur rage pour venir jusqu'ici?

Se postant au centre de la pièce, Boogie tourne lentement sur lui-même avant de s'avancer vers un mur. Tendant la main, il effleure délicatement, du bout de ses longs doigts fins, les graffitis injurieux. Assassin, meurtrier, monstre, on lui promet sur ces murs l'enfer, le feu, une mort lente et forcément douloureuse. Abject, odieux, inhumain, on le qualifie de créature de l'obscurité, de damné. Les espérances de revanche d'une communauté meurtrie s'étalent tout autour de lui. Attends moi à l'étage, Jason. Première porte à droite dès que tu arrives sur le palier. J'arrive. Et déjà, la présence de Jason disparaît au fur et à mesure que son coeur se met à tambouriner de plus en plus vite à ses oreilles. Et ferme derrière toi, veux-tu. Il attend le cliquetis de la porte avant de suivre de l'index, une ligne presque invisible, raccord d'un pan de tapisserie avec un autre, il sent céder le papier sous ses ongles lorsqu'ils se glissent dessous. La colère gronde chez la Bête...vilaine territorialité qui revient au galop. Au-delà de l'irrespect dont on fait preuve à son égard, c'est le viol de son domaine qui éperonne l'animal d'ombre tapi au fond de lui. Comment ont-ils osé? Tu t'y attendais...non? susurre la voix raisonnable. Oui, il s'attendait à ce genre de manifestation et de démonstration stupidement humaine de la part des habitants du Grove mais il ne s'imaginait pas s'en emporter aussi violemment. Lui, l'être de glace aux réactions sans cesse mesurées, mûrement pesées, lui qui avait relégué aux oubliettes toute notion de possession matérielle...il l'avait confié à Jason la raison de son dépouillement. Une fois, une seule fois, on lui avait arraché tous ses biens, la frustration avait été longue et difficile à avaler, l'amertume qui en avait découlée avait été tenace, la digestion avait pris des années. Et voilà que le Clown le remet dans ce décor, dans "son" décor que des êtres impies avaient osé profaner. Ces insultes, ces malédictions bancales griffonnées à la hâte, il les aurait encaissé n'importe où, n'importe quand. Il les aurait ignorées et méprisées comme il ignore et méprise ceux qui en sont à l'origine. Mais ici...et surtout maintenant...c'est une impulsivité, une animalité qu'il a toujours maîtrisée qui gronde. La bête territoriale se dégage de son joug, folle. Ses doigts se recroquevillent sous le papier et c'est dans un geste plein d'une rage, les traits crispés et le nez froncé, rage qu'il ne contient plus qu'il arrache un large pan de tapisserie. Son crissant du papier qui se déchire, le manque d'entretien que les lieux ont subi rend la tâche aussi aisée que de planter un surin entre deux côtes. Jetant par-dessus son épaule le large lambeau délavé, il s'attaque aux bords déchiquetés restant sur le mur et arrache encore et encore ces graffitis. Cet endroit, cette maison est la sienne et rien ni personne n'a le droit d'y mettre les pieds.
Boogie n'entend plus rien et ne voit que ces manifestations muettes d'intrusion dans son petit univers malade. Cet endroit, il l'a détesté enfant et adolescent, il a appris à le chérir en devenant adulte et libéré de toutes ces conventions sociales épuisantes. Cette maison a été le théâtre d'une pièce banale à pleurer pour devenir la salle d'accouchement d'un monstre innommable. Le Croque-Mitaine est hors de lui, littéralement. Il ne reste que le tueur en série soumis à ses pulsions, un monstre fou et dépossédé qui reprend ses droits de la seule manière qu'il connaisse...avec violence. Et il force la bâtisse à muer en écorchant les murs de cette pièce. Tu es de nouveau à moi.

Les murs pelés révèlent une teinte de tabac sous le papier peint rendu raide par les années qui couvre dorénavant le plancher. Le fauve enragé ne cesse de s'arracher les griffes que lorsque son regard n'est plus offensé par la présence de tiers qu'il ne désire pas. Il ne reste plus que lui, hors d'haleine, la peau brûlante et un râle de colère achevant chacune de ses expirations. Claquement de langue désapprobateur quand Boogie baisse les yeux sur la tapisserie au sol. Les choses qu'on possède finissent par vous posséder, voilà pourquoi il ne voulait plus rien avoir après avoir tout perdu.
Les iris clairs retrouvent leur lumière sans chaleur tandis qu'il parcourt le plancher qui disparaît sous le papier déchiqueté. Cette réaction frénétique et impulsive, ce n'est plus la sienne. Ce n'est pas celle du Croque-Mitaine, l'iceberg du Sud inébranlable et glacial. Lèvres pincées, il soupire, détestant l'imprévisibilité dont il vient de faire preuve. Coup de pied presque las dans la peau morte de la pièce, coup donné sans grande conviction avant de se diriger vers la porte close qu'il rouvre. Sans un regard pour la manifestation de ce coup de sang furieux, il la passe et la referme sans un bruit, retrouvant dans ce geste mesuré la quiétude presque indifférente qui le caractérise. Rejoignant l'escalier, il gravit les marches qui gémissent à chaque fois qu'un de ses pieds se pose sur elle. Les autres murs n'ont pas été épargné par la vindicte populaire trop longtemps tenue à l'écart pour les besoins d'une longue enquête stérile mais maintenant il s'en moque. Rien n'est éternel même pas la colère. Il est de nouveau chez lui, libéré de sa rage par le dépeçage furieux d'une pièce qu'il étend symboliquement à toute la bâtisse.

La porte de son ancienne chambre est restée ouverte et face à la fenêtre se découpe la silhouette de Jason. Là aussi, le mobilier a presque entièrement disparu. Il ne reste que le squelette d'un lit et une chaise désossée au sol, délicieusement sinistres dans la lumière spectrale et fantômatique d'un crépuscule qui vit ses derniers instants. Des formes plus claires marquent les murs dorénavant nus, emplacements d'antiques meubles car Alastor Burton ne les jamais recouverts de posters dédiés à une quelconque idole adolescente. S'adossant au chambranle, bras croisés, c'est d'une voix apaisée que Boogie manifeste sa présence. Ils ont passé l'endroit au peigne fin, dis-tu... Pas suffisamment fin pour découvrir la seule chose qui aurait pu l'inculper et qu'il a caché dans ce lieu. S'avançant dans la chambre, il tape du talon sur le sol. Son forcément creux, les lattes de bois n'ont plus leur belle harmonie et elles ont du être déssolidarisées une par une avec l'espoir secret qu'elles cachent quelque chose. N'importe quoi qui aurait pu permettre de l'inculper définitivement et de transformer des doutes et des suspicions en certitudes. Hum. Trop banal. ronronne-t-il avant de laisser filer ses doigts sur les murs. Les murs ont peut-être des oreilles mais je ne les ai pas gavés au risque qu'ils me trahissent en vomissant. Posant un pied sur le squelette noir de la chaise, Boogie la brise pour s'emparer d'un morceau du dossier avant de lentement lever les yeux au plafond. Trop arroguant, Alastor Burton. Il a vécu au-dessus de tout et de tous. Même ses vices sont supérieurs et échappent aux regards portant des oeillères. Montant sur la carcasse du lit, il tend la main, caresse le plafond délicatement comme s'il s'agissait d'une de ses victimes avant de refermer les doigts sur le morceau de bois effilé qu'il plante sans difficulté. De la poussière grisâtre chute au premier coup, puis des morceaux de plâtre qui élargissent l'ouverture pratiquée. Boogie frappe encore et encore jusqu'à ce qu'un rectangle brun tombe lourdement au sol. Le journal d'un fou...les rêves d'un déviant...mes échecs et mes premières réussites. annonce-t-il en sautant souplement au sol. Les yeux clairs abandonnent l'objet pour croiser les abysses alors qu'il se baisse. Confession ou héritage...je laisse à mon lecteur le soin de faire sa propre conclusion et d'émettre son avis. énonce-t-il en ramassant les lourds carnets encore enveloppés d'une épaisse couche de tissu moisi qu'il tend à Jason. Tout ne sera pas plaisant à lire pour le possessif et exclusif serpent. Premières tentatives de manipulation mentale, premières émotions et sentiments qu'il a appris à faire naître chez les autres, premières tortures. Alastor Burton a rempli ces pages de notes, de schémas rédigés dans une écriture fine et régulière. Le véritable carnet intime qu'il a rempli durant des années par les ténèbres qui peuplaient son âme et son esprit.La genèse secrète du monstre est tienne.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Jeu 11 Sep - 1:01

" Ice Road "

Faible chaleur d’une brusque étreinte, le Clown sourit et glisse une main contre le dos de son alter ego sans rien ajouter. De merci, Boogie n’en a pas à prononcer car aux yeux noirs de l’autre il s’agit clairement d’une récompense et elle est hautement méritée. Aucun en ce monde n’aurait eu la patience -le courage sinon- (ou la folie?) de partager en tout et pour tout le quotidien d’un homme dont les revirements d’humeurs n’ont d’égal qu’une cruauté dépouillée de scrupules. Sa terre, le Croque Mitaine ne l’aura pas volée. Oui Jason connaît bien son maudit chat, mais l’inverse vaut, sans doute... ou dans l’idée au moins. Le Clown ne saurait le certifier car ses réactions, ses coups de sangs ou inversement ses plus noirs passages à vide, lui même ne les voit pas venir et n’en a jamais fait grand cas. Il s’en fout, purement et simplement. Au bras qu’on lui offre il se plie d’une légère révérence et non sans se fendre d’un rictus, y accroche le sien avant de se laisser entraîner.
Difficile pour le fantasque Lecter de résister à l’envie piquante -pour ne pas dire dévorante- de parler encore et encore mais ici, en ce lieu singulier il en oubli jusqu’à cette atmosphère dénuée de toute chaleur et de toutes couleurs qui lui avait quelques peu hérissé les cheveux sur la nuque à leur arrivée. Car autre chose domine, par delà ce blanc qu’il ne saurait trouvé plaisant et ce froid mordant qui s’infiltre sous ses vêtements. Monstrueuse et immonde chose rampante qui ricane, qui jubile, soupire … c’est la folie qui respire. Il l’entend, il sait, parce qu’ils sont issus du même moule tordu. Face à la construction imposante, il ose un souffle amusé loin de toute moquerie car dans la bâtisse -aussi ancienne soit-elle- demeure un charme et ce petit quelque chose qui la rend bien particulière. Originale sans fioriture, hautaine sans parure elle semble le toiser comme une Reine refusant de céder une couronne pourtant rouillée. « Vraiment charmant. » Ne peut-il retenir, la curiosité plus vive encore. Et quand Boogie annonce qu’il est temps de satisfaire cette même curiosité le Clown est déjà prêt à observer chaque détail, à entendre le récit qu’on voudra bien lui offrir. Ainsi suit-il du regard les encoches, souvenirs d’un rituel d’une banalité à faire pleurer mais trouvant grâce au Croque Mitaine une autre saveur. « Ton visage horriblement blasé aurait dû suffire ; mais que veux tu certains trouvent ça drôle... je crois. » Il grimace à peine, haussant les épaules dans un air d’incompréhension. Ce qui est amusant ou utile pour l’un ne l’est pas fatalement pour l’autre après tout.

Porte ouverte non sans un moindre mal et Lecter suit, son regard d’encre lézardant aussitôt les murs où la haine d’une populace frustrée s’étale sans classe ni intelligence, le faisant rouler des yeux. Un petit couac, une chose dont il se serait bien évidemment chargé si le temps n’avait pas manqué. Son bémol gênant, ne pas avoir pu s’assurer lui même de la perfection du cadeau offert... Il grogne derrière ses dents, à peine mais voilà qui pique son cher perfectionnisme. Alors lorsque Boogie le congédie à l’étage il sait d’avance que protester serait aussi inutile qu’irrespectueux. La bête est outrée, vexée et sa jumelle comprend trop bien. Sans même un hochement de tête, le balafré s’engage dans les escaliers dont le grincement régulier des marches ne saurait être suffisant pour masquer les grouillements noirs d’une âme courroucée.
Toutefois il ne ferme pas la porte, préférant un écho lointain de cette rage qui doit exploser plutôt que le silence. Nez froncé et se mordant la lèvre, il avance vers la fenêtre et s’y plante aussitôt dans l’espoir un peu stupide de trouver dans l’observation du paysage hivernal une compagnie quelconque. Dommage, ce bug mais il passera c’est évident car les manifestations de ce genre chez son glacial second ne durent jamais. Sourire mauvais, rire ravalé... le Clown a manigancé mais quoi ? Ce n’est pas l’heure encore, pas maintenant. Il est peut-être bien le seul à l’aimer son scénario au fond.

Lorsque l’escalier gémit à nouveau le Clown comprend que la sauvagerie est arrivée à son terme et ce n’est qu’une fois son second arrivé dans la même pièce qu’il daigne pivoter, croiser son regard. Du passé déjà, on enchaîne bien entendu et quand Boogie évoque ces recherches soi disant méticuleuses, Lecter se contente de hausser à nouveau les épaules. C’est ce qu’ils disent, lui aurait désossé la maison entière jusqu’à trouver quelque chose, mais la police et les riverains en colère n’auront sans doute pas eu cette … patience impatiente ni la folie de détruire les lieux pièce par pièce pour mettre la main sur un indice trop bien dissimulé. Le plafond, bien entendu. Il éclate aussitôt d’un rire court et enfin avance, planté face au fauve qui se baisse et bientôt confesse tenir entre ses mains le journal de ses premiers crimes. L’aube de sa monstruosité couchée sur papier... ça a quelque chose d’horriblement romantique, ou de touchant, Jason ne saurait le dire avec certitude tandis qu’il observe fixement la liasse encore emballée... qu’on lui tend. Le noir plonge aussitôt dans le bleu, perplexe et bien que l’hésitation ne se lise aucunement, quelque chose traverse l’encre. Indéchiffrable. C’est bien au delà d’une banale offrande et le Clown en mesure pleinement la valeur. C’est là l’histoire de son seul, son plus cher allié... Mais comme à son habitude le voilà souriant, une main tendue pour s’emparer des volumes dans une délicatesse qu’on lui connaît bien peu et soufflant à voix basse, un nuage de fumée blanchâtre aux lèvres. « Je lis peu, mais pour cette histoire ; ton histoire... Tu peux avoir la certitude que je serai hm … assidu ?! » Personne n’en doute ; on doute bien plus de ses réactions face à ladite lecture cependant...

« Ah ! J’allais presque oublier! » S’exclame-t-il soudain, accompagnant sa tirade d’un claquement de langue. « Aurais-tu l’obligeance de m’orienter vers la cave ? » Rictus enfantin et innocent aux lèvres, il sautille désormais plus qu’il ne marche, talonnant son cher compagnon de route jusqu’à une porte qu’on lui ouvre et là, sans attendre de permission le Clown passe à l’avant. Inutile de compter sur la moindre électricité, l’interrupteur sur sa droite ne sert à rien mais en revanche, une lampe semble l’attendre sur la première marche. « Si tu le souhaites je m’occuperai du système électrique, je crois avoir vu un groupe électrogène sur le côté de la maison... pas sûr qu’il fonctionne encore ceci dit. » Il propose, la décision reviendra à Boogie et à personne d’autre. Qu’il veuille laisser les lieux en l’état ou bien les arranger ne dépend que de lui, le Croque Mitaine est seigneur en son fief. Pied posé au bas de l’escalier Lecter balaye la pièce du faisceau lumineux, à la recherche -semble-t-il- de quelque chose de bien précis. Il paraît évident que la maison est vide, en grande partie et que cet endroit devrait être plus vide encore que le reste pourtant, apparaissent soudain -parfaitement empilés le long d’un mur- de nombreux cartons proprement conservés. Un regard coulé en direction du Croque Mitaine un léger mouvement de menton et sans suspens Jason annonce, le ton chantant et pas peu fier de ce qu’il estime être un parfait bonus. « J’ai une sainte horreur qu’on me dépossède ; de fait je peux parfaitement imaginer ce que tu as pu... ressentir en les laissant derrière toi. » D’un mouvement de poignet il tend la lampe, se décale pour laisser champ libre. « Tes livres, et crois moi sur parole parce que je ne sais rien faire à moitié... il n’en manque pas un seul. »  Comment a-t-il fait ? Il aura payé pour, oh plus qu’il fallait sans doute mais de tous il est le premier à savoir que dans ce monde, on a rien sans rien.

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mer 22 Oct - 22:53



Dorénavant, il n'y aura plus de zone d'ombre entre le Clown et son Croque-Mitaine. Les omissions éventuelles, les jugements différents sur ce qui est important et ce qui est anodin, rien ne sera plus masqué par le voile du temps. Aucun souvenir inconsciemment sublimé ou dilué, les seuls événements ayant eu de l'importance pour Alastor Burton sont dépeints dans ces carnets. Bien plus qu'une plongée dans l'esprit dérangé d'un monstre froid, c'est une lente descente, méthodique et logique, dans les entrailles du mal qui y est expliquée. Pas après pas, tâtonnement après tâtonnement, c'est un sphinx à tête de mort qui éclate le cocon, pas un papillon de nuit aux ailes poudreuses. Ce qu'en fera Jason importe peu à Boogie. L'usage qu'il en tirera sera forcément le bon. Qu'il le lise, le feuillette ou le brûle. Le Clown n'est pas homme à se poser pour une durée indéterminée et à se laisser emporter par la voix sépulcrale d'un conteur invisible qui murmure dans son crâne lorsque ses yeux sautent les lignes d'écriture. Pourquoi, il assure trouver de l'assiduité pour se ploner dans cette lecture. Un demi-sourire étire les lèvres de Boogie. Il y a quelques expériences, quelques projets que je n'ai jamais mis en oeuvre si je ne m'abuse. On dit que les premières idées sont souvent les meilleures. Qui sait...tu trouveras peut-être, là-dedans, l'ébauche du prochain traumatisme que l'on va infliger à la population de New York. Le regard clair se déporte jusqu'à la fenêtre, jusqu'aux ténèbres qui s'épaississent dans la forêt tranchant avec la pureté blanche de la neige. Une fraction de seconde, il revoit le bureau, maintenant disparu, qui y faisait face et sa silhouette maigre penchée sur ces confessions monstrueuses destinées à aucun lectorat si ce n'est la voix de sa raison. Une exclamation lui fait tourner les yeux sur Jason et ce dernier émet une demande insolite.

La cave? Une franche expression d'incrédulité apparaît sur le visage de Boogie. A croire que revenir en ces contrées figées par la glace rendent ses traits bien plus expressifs. Tu sais, il n'y a rien d'intéressant là-dessous. J'étais le seul être vivant à venir ici, je prenais soin à séparer mes deux existences. Le misanthrope restait ici et le psychopathe avait la scierie et la forêt pour lui. Rien d'intéressant. Le fourbi paternel, des pièces détachées et rouillées de machineries énormes, des cartons pleins de paperasse administrative, des vieux souvenirs qu'on ne désirait plus dans la maison mais dont on ne pouvait  se résoudre à se séparer. Le seul attrait que cette zone de la maison avait pu avoir sur lui, c'était que cela l'éloignait de sa détestable génitrice. Boogie avait compris très tôt qu'elle détestait cet endroit et n'y descendait que très très - très - rarement. Alors, quand il voulait avoir la paix, armé d'une lampe torche, il s'enfonçait dans les entrailles de la maison. Souriant de toutes ses dents dans l'obscurité, il l'entendait l'appeler, lui ordonner de remonter, le menacer. Puis venaient les tentatives de charme, les promesses, les appâts et le chantage. Enfin, elle abdiquait, prétendant que ça lui était égal qu'il reste "là-d'ssous". Hum...t'as l'air tout frétillant et fier de toi...allons-y. soupire-t-il en haussant les épaules. Tu ne m'as quand même pas déniché un couple de campeurs? Ca serait fort, c'est pas la saison.

Après avoir rejoint le rez-de-chaussée, Boogie amène Jason jusqu'à la cuisine. Au fond du cellier attenant, une porte. Nous y voilà. annonce Boogie en ouvrant cette dernière. L'endroit a toujours été éternellement sombre et aussi froid que si on se trouvait en extérieur. Face à la porte ouverte, les escaliers de bois semblent plonger dans un gouffre infernal et seule la luminosité blafarde de la cuisine éclaire chichement les premières marches. Là-dessous, même avec de l'électricité, on n'y voit guère mais une lampe torche est proprement posée sur la première marche. S'il le désire, Jason propose de rétablir le courant. Le Croque-Mitaine répond par un marmonnement songeur. L'obscurité et le froid ne me dérangent pas. Et toi? demande-t-il sans attendre vraiment de réponse. Jason se penche pour ramasser la lampe qui semblait les attendre et balaie du faisceau lumineux les profondeurs noires. Sans surprise, Boogie remarque des traces de passage d'intrus mais les murs sont vierges de tout graffiti. Un bref reniflement amusé brise le silence. On a beau être au XXIIème siècle, les gens ont toujours une crainte instinctive et animale de ce qui se tapit dans les profondeurs. Ce n'est qu'une bête cave et l'aura qui peut émaner de la maison, de ses pièces et de sa cave n'est produite que par un seul de ses anciens habitants. Alastor Burton parti, il n'y avait plus de mal à redouter de ces murs. Il n'y a que dans l'imagination collective que des infortunés ont perdu la vie au bas de ses marches.
Les craquements familiers de l'escalier de bois résonnent lugubrement mais qu'ont-ils à redouter, eux, en ces lieux? C'est d'une allure légère que Boogie pose le pied sur le sol de béton de la cave. Le pinceau de lumière crue balaie des étagères de métal qui ne portent plus rien, un chaos de fer rongé par la rouille sous un soupirail qui vomit de la neige, des murs de brique nus où saillent à intervalles réguliers d'énormes clous boursouflés par l'oxydation et puis le trait de lumière de Jason se pose sur des cartons sagement alignés contre un mur comme des enfants attendant de rentrer en classe. Contrairement à la cave et au peu de choses qu'elle a gardé et ne sont qu'ordures en décomposition, ces boîtes ont toutes l'air neuve et n'ont pas eu le temps de se gorger de neige fondue. Tandis que Boogie s'avance vers ces dernières, le ton chantant de la voix de Jason résonne sous le plafond bas de la cave et ce qu'il dit fait brièvement froncer les sourcils du Croque-Mitaine qui s'empresse de récupérer la seule source de lumineuse. Lampe de poche serrée dans le poing, il tend sa main libre pour ouvrir un carton. Des reliures luisent quand la lumière les frappe. Ces tranches, il ne les connaît que trop bien.

Comment...comment as-tu... Boogie laisse là sa phrase en suspens en secouant lentement la tête. Outre la question de pourquoi ces possessions ci n'ont pas été dispersées aux quatre vents, c'est la façon dont Jason a bien pu les réunir qui étonne le Croque-Mitaine. Ils y sont tous, précise le Clown. Pas un ne manque, sauf les petits privilégiés que Boogie a emporté dans sa fuite. Il lâche un soupir se muant en sifflement bref tout en ouvrant les cartons au hasard, les uns après les autres. C'est le savoir d'une vie qui est rangé soigneusement dans ces cartons. Les meilleurs repas d'un boulimique de lecture qui dévore tout ce qui lui tombe sous la main sans qu'il n'y ai de lien entre ses lectures. Dieu côtoie la philosophie, les sciences succèdent à la mythologie, les contes sont coincés entre poètes maudits et livres d'histoire. Boogie plonge la main dans un des cartons, feuillette un exemplaire du Prince de Machiavel, il n'y découvre aucun tampon révélant l'appartenance de ce livre à une quelconque médiathèque, aucune autre corne sur un coin de page autre que celles qu'il a lui même faites il y a des années. Déjà, il essaie d'élaborer une stratégie qui aurait amené à ce résultat. Recomposer sa bibliothèque. Par où commencer? Agenouillé près d'un carton, Boogie lève son regard pâle sur son compagnon. Satisfait ma logique, explique moi, semble-t-il réclamer dans cet échange muet. Et puis, il lève la main. Laisse tomber. Je te concède de bonne grâce cet exploit incompréhensible. C'est juste...là. Insensé mais bien là. soupire-t-il avec un demi-sourire. Glissant le Prince entre ses confrères dans un carton, Boogie referme le carton avant de se relever. Pointant le faisceau de la lampe vers Jason, il s'approche de lui. Récupérer mon vieux domaine, maintenant ça. Leur perte a toujours été lancinante et tu y mets un terme. Je suis abasourdi, admiratif et je suis en train de me demander de quelle façon je pourrais exprimer ma gratitude, avant de me rendre compte que je ne peux pas parce que c'est quelque chose que je ne sais pas faire. Les yeux clairs se figent dans les abysses et le rayon de la lampe frappe leurs visages par dessous. Penchant légèrement la tête sur le côté, un sourcil arqué et un sourire énigmatique aux lèvres, la voix de Boogie bruisse avec légèreté.Mets ça sur le compte de ma foutue paranoïa mais...pourquoi tout ceci, Monsieur Lecter? Approchant son visage de celui de Jason, il poursuit, la voix suave réduite à un murmure. Tu n'es pas un touriste banal et je ne suis pas un pèlerin ordinaire. Qu'est-ce-que toutes ces merveilles cachent, hum? On a rien sans rien, n'est-ce-pas?

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 24 Oct - 5:41

" Ice Road "

Comment ; comment a-t-il pu ? La question demeure et semble pouvoir demeurer longtemps car le Croque Mitaine ne manifeste guère une pleine envie de voir sa curiosité satisfaite. Le mystère possède son charme diraient certains mais au delà, peut-être n’y a-t-il simplement rien à trouver de si fantastique. Lecter veut, Lecter prendra et Lecter fini toujours par obtenir ce qu’il cherche d’une façon ou d’une autre. Hier un domaine, aujourd’hui une collection d’ouvrages et demain qui sait, New York ou Paris ?! Ses lubies se doivent d’être assouvies sans cela il n’en démord pas et creuserait la terre jusqu’à la traverser de part en part à moins qu’il finisse tout bonnement en Enfer. L’habitude des caprices Jasonnesque faisant, rien de si étonnant au fait que Boogie ne cherche pas tant à comprendre.
C’est un haussement d’épaules, un demi sourire qui répond au fauve déjà affairé à ses retrouvailles et le Clown n’irait pas mentir en prétendant que ce spectacle n’a rien de touchant, de parfaitement compréhensible aussi. Alors quand son alter ego le rejoint, que la glace se fige aux abysses et que la voix murmure, évoque la possibilité qu’il puisse y avoir serpent sous roche Jason étire en long un sourire au demeurant innocent, honnête sinon. « Dans l’idée... » Avoue-t-il à travers un soupir. « Il n’y a rien de plus qu’une envie de... te prouver une certaine forme de reconnaissance telle que je l’avais promise. » À la suite de quoi il pivote, s’engage dans les escaliers grinçants en vue de quitter la cave tout en poursuivant. « J’ai beaucoup songé à tes paroles -parce que oui ça m’arrive parfois de penser sur le long terme- et... tu as comparé ta propre perte à la perte éventuelle de ma meute. Chose que je vivrai affreusement... mal. Terriblement en fait.» Un reniflement amer, une pointe de mélancolie peut-être au souvenir d’un seul qui parvint le jour de sa mort à lui arracher une larme furtive mais sincère, à lui dont les yeux étaient secs depuis l’enfance. Son premier compagnon d’un autre genre mais jamais moins précieux car il avait partagé ses premières galères, ses débuts trop peu reluisants au goût de l’anarchiste en puissance qu’était le balafré autrefois. De fait Jason pouvait comprendre, admettre qu’il existe -même pour un monstre- des choses en ce monde qu’on se refuse à perdre autrement que par une unique contrainte : la fin. Non la mort mais juste ça, le temps venu où il faut fermer les yeux, rejoindre la tombe et alors on y peut juste rien, on n’y pourrait rien. Il n’y pouvait rien.

Arrêté sur le perron il contemple le domaine, le ciel sans cesse assombri à mesure que les minutes défilent et un nouveau sourire marque son visage. « Si je ne te rend pas... justice disons, si je ne te manifeste aucune gratitude à toi qui m’auras suivi plus fidèlement encore que mon ombre alors... je ne le ferai pour aucun autre. C’est simple, sans me sentir obligé j’avais ce sentiment qu’il était grand temps de le faire. Oui, largement... » Un brin pensif, il préfère conserver les yeux baissés sur une nouvelle cigarette qu’il allume car ce genre d’élan lui va peut-être mal, autant qu’un costume noir dirait quelqu'un mais le Diable lui même n’est-il pas entouré et n’a-t-il jamais rien offert à ses alliés ? Lecter estime la chose logique, elle ferait rire ailleurs. Mais qu’importe les autres, il s’en fiche. D’autant que ses surprises n’ont rien de simple et lorsqu’il relève la tête, plonge ses yeux noirs au fond d’autres qui semblent lui apparaître plus bleus encore, l’évidence tombe. La bête est campée sur ses pattes et quelque chose rampe, grouille sur la neige... comme le vent d’un immonde mauvais présage.

« Mais je te le concède, ta paranoïa a toutes les raisons du monde de supposer que nous ne sommes pas ici sans raisons, ensemble, seuls. » Glisse-t-il d’une voix basse avant d’allonger quelques pas sur la poudreuse et de la chasser d’une souche sur laquelle il se pose, nonchalant au possible. « Pour tout te dire je tenais d’une part à te remettre tes biens en mains propres et oublier New York, ces récents instants forts... déplaisants aussi. Faire table rase de tout ça, nous retrouver... » Jalousie et possessivité malsaine d’un animal scarifié qui lèche encore ses plaies, incapable qu’il était de fermer l’oeil sans imaginer qu’on vienne à nouveau le voler. Qu’on lui lacère le dos une fois encore. Lecter avait besoin de ça, cette intimité retrouvée et la conviction profonde qu’à des centaines de kilomètres, rien ne saurait élever de murs entre eux.
Puis le ton change, quitte la confidence pour les aveux et ce qui luit à travers le regard lancé en direction de Boogie a cette allure menaçante, déplaisante comme le serait un décompte fantôme précédant l’explosion d’une bombe déglinguée. « J’avais une chose à te dire ; accessoirement. » Sourire mauvais qui crache un nuage blanchâtre, un tic tac s’enclenche.

« Tu ne lis pas les rubriques nécrologiques n’est-ce pas ? Non, bien sûr on s’en fout comme du Moyen âge des clamsés. » Il ricane, se moque mais aucunement des deux monstres qu’ils sont. « Il y a envirooon... trois semaines ? J’ai vu un truc hilarant là dedans pourtant ; tu sais quoi ? Un tout-petit-foutu-nom-de-merde … Amnesia-Van-Grad... » Théâtrale méprisant qui crache comme on maudirait jusque sous terre ces mots qui sonnent comme une insulte faite à ses diaboliques oreilles. Puis il se marre, un sale éclat de rire aux sonorités d’humiliation destinée à celle qu’il avait haït plus profondément que Calypso Storm. Son retombé qui résonne encore au loin lorsqu’il reprend la parole sans plus quitter le Croque Mitaine des yeux. « Aucune surprise réelle hein, pour ma part je veux dire. Après tout il faut bien que je t’avoue que... c’est moi qui l’aie faite buter. »

Chose qu’il prétendait lui laisser, pour l’unique raison qu’il estimait que cette tâche ingrate ne lui revenait pas du tout. Mais Monsieur a la patience limitée, Monsieur a tendance à changer d’avis et pire, Monsieur a la possessivité trop, oh bien trop maladive. « Tu tardais trop Boogie, vraiment. » Lâche-t-il alors comme on jette un reproche à un gamin, l’air blasé collé au visage et les lèvres plissées d’une moue un rien vexée. Après quoi il tire sur sa cigarette et continue de plus belle, l’acide aux lèvres et un relent de cendres sur la langue. « Charmante cette petite sauterie en forêt au fait, juste vous deux... » Incapable définitivement de se tenir éloigné, il devait savoir, voir... une fois lui avait suffit. « Oui bon je sais je sais j’avais... dis que je me tiendrai trèèèès loin de vos affaires mais tu me connais, j’aime les fêtes et quand je t’ai vu filé ce soir là... apprêté comme pour une de nos parties de... chasse digne des plus alléchants films d’horreurs tu penses bien... je n’allais pas rester à faire du tricot au repaire. » D’une main gantée il repousse ses cheveux blonds en arrière, écarte les bras ensuite signifiant un : j’avais pas trop le choix. « Coupons là où y’a un nœud comme on dit ! J’ai donc coupé court... très très court. Le comment on s’en fout bien, au fond seul le résultat compte n’est-ce pas ? Ce n’est qu’une rature de plus sur une liste, AH ! Tu sais un peu comme la blondinette du motel ! Sans saveur, une quantité négligeable. »

Tu sais trop que non ; maudit fou furieux. Celle là était autre chose, une valeur moindre en comparaison d’autres mais elle avait un poids, beaucoup trop lourd à son goût et comme un caillou logé dans une chaussure elle le gênait, lui faisait trop grincer les dents pour qu’il daigne supporter longtemps la seule idée que dans cette ville, elle puisse respirer le même air qu’eux. La solution était simple, comme pour chaque obstacle posé en travers de sa route Lecter l’avait bousillée, détruite par ce qu’elle craignait le plus : sa face cachée. Balancée au grand jour à qui de droit, révélant une position aussi instable que le caractère de la donzelle et un pacte avec un ennemi que ses supérieurs s’obstinaient à traquer par tous les moyens. Anéantie par une seule bande son qu’on imaginait inexistante, un échange proprement nettoyé des jours entiers par ce cinglé jusqu’à ce que la voix féminine -si bien masquée au demeurant- apparaisse aussi limpide qu’une averse au printemps. Il avait son nom, fourni de la bouche de son complice fétiche, sa voix ensuite et Jason se moquaient bien qu’on ajoute à la liste de ses victimes deux supposés disparus qu’elle lui avait offert sur plateau. Son casier judiciaire occupant un bureau de flic à lui seul, il n’était tellement pas à ça près...

« Réputation salie, défaite, jetée en pleine lumière elle qui n’acceptait pas sa propre nature et psy-cho-tait à l’idée qu’on la découvre. Elle n’aura eu pour hommage que deux lignes en bas d’une page, oh, coupée à l’impression sur quelques lettres en plus ! Ils auraient aussi bien pu corner le coin de ladite page tiens ça aurait été superbement drôle ! » Il soupire d’aise, digne d’un employé satisfait du travail accompli et s’étire, bondit sur ses deux pieds. « Pourriture, tu retourneras à la pourriture. Je crois qu’un truc disait ça en tout cas. Une fin digne d’un déchet dans son genre ; bouffée par les vers sans même un cercueil valable. Tiens si ça tombe ils l’auront même cramée et auront foutu ses cendres avec les miettes de cantine d’un crématorium quelconque... Histoire d’économiser le fric de la pierre tombale quoi. Encore que... c’est dommage, j’aurai bien été tagué sa tombe au marqueur ! »

Et tu piétines et tu danses Jason Lecter, sur le cadavre déjà décomposé de ta vengeance immonde mais là encore tu y trouves avantage. qu’importe la finalité tu sais, tu tiens le bon fil et celui là, c’est le fil du rasoir.

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Lun 27 Oct - 14:47



On ne peut se contenter de la saveur du miel lorsqu'on a autant besoin du fiel. Ce présent - ces présents - ne peuvent se suffire à eux-même, il y a autre chose. Il doit y avoir autre chose. Jason avance le fait qu'il ne s'agit que d'un acte de reconnaissance pour une décennie de bons et loyaux services à agir sans renâcler, à traverser sans sourciller les meilleures tempêtes et les pires accalmies. Dix années que Boogie a vécu en restant droit dans ses bottes quoi qu'il se passe, dix années d'incorruptibilité et de droiture. Même les monstres ont une ligne de conduite et celle du Croque-Mitaine a toujours été parallèle à celle de Lecter sans jamais se dévier de sa trajectoire. Si Jason est une comète destinée à détruire la ville, Boogie a toujours été la chevelure de glace qui déchirera les survivants...s'il y en a.
Se pourrait-il que lui rendre ses anciennes possessions surgissant d'outre-tombe soit uniquement un acte de reconnaissance désintéressé? Une forme de largesse et d'attention que personne jusqu'ici n'a bénéficié? Oui et non, car il y a ce pressentiment étrange qui tiraille la sacro-sainte logique du Croque-Mitaine. On a rien sans rien et après les caresses délicates, il y a irrémédiablement quelque chose qui écorche, qui érafle, qui rappelle qu'ils ne sont ni des saints ni des hommes "normaux". Un soupir file des lèvres étirées du Clown, il s'agit de la simple réalisation d'une promesse, une façon de mettre les choses à égalité. Se détournant des iris clairs, Jason s'avance vers l'escalier de bois, s'apprêtant à remonter au rez-de-chaussée et Boogie éclaire une dernière fois les cartons avant de s'empresser de suivre la voix qui lui parvient d'une petite hauteur déjà.
Abandonner ses livres a toujours été vécu comme une perte terrible. Oh, il aurait pu reconstituer l'intégralité de sa bibliothèque durant les années passées à New York mais c'est un attachement bien particulier qui le liait à ces exemplaires-ci. Le sentimentalisme du collectionneur qui rend chacune de ses trouvailles unique et précieuse. On dit que les livres ont toutes une "voix" différente, c'est un fait et rien ne pouvait remplacer cette dernier ni l'odeur particulière des feuilles jaunies d'une édition datant d'avant l'explosion de la nano bombe. Sans compter que certains des ouvrages dans ces cartons sont dorénavant introuvables car illégaux ou censurés. Merci Gordon.

Silencieusement, ils traversent de nouveau la maison plongée dans l'obscurité où ne résonnent que leurs pas pour déboucher sur le perron. Un noir d'encre a englouti les sous-bois, le ciel est presque entièrement dévoré par la nuit et les seules choses que l'oeil peut distinguer avec plus ou moins de netteté sont les obstacles disséminés autour de la maison et de la zone déboisée qui l'étrangle. Les récompenses et hommages personnels sont rares au Sud. On marche ou on crève. On dévore ou on est dévoré. Avoir la vie sauve a toujours été l'ultime signe de gratitude. Si le remerciement ne sied guère au Croque-Mitaine et ne le met pas à l'aise, le Clown ne l'est pas plus avec ces marques de gratifications aussi justifiées soient-elles à ses yeux. Ce voyage n'est pas qu'une révérence à la fidélité du Croque-Mitaine, c'est également l'occasion idéale pour tourner définitivement une page douloureuse de l'histoire du Sud, clore enfin ce chapitre aux relents de chianti qui l'a ébranlé de la tête jusqu'aux fondations. Il y a des plaies qui ne se lavent ni dans le sang ni dans les larmes des fautifs et que l'on ne peut refermer qu'en ayant l'absolue et entière certitude qu'elles ne se reproduiront plus. Personne n'arrachera de nouveau ces deux-là et dans un assentiment muet, Boogie se contente de presser l'épaule de Jason dans sa main avant que ce dernier ne s'aventure au-delà du perron. Il ne reste au Clown qu'à expliciter ce qui semblerait bien être la raison la plus désagréable de ce périple à travers le pays.

Eclairant les pas de Jason dans la poudreuse, Boogie le rejoint près d'une souche noire où il s'est posé avec nonchalance comme s'il délestait de toute forme d'importance ce qu'il s'apprête à dire. Car le ton employé en ce moment et l'oeillade bien loin d'être anodine que le Clown a adressé à son second n'évoque chez ce dernier qu'un vide aussi froid qu'un âtre en plein été. C'est une saveur poussiéreuse qui met le fauve en alerte.
Léger froncement de sourcils lorsque le Clown parle de rubrique nécrologique. Evidemment que le Croque-Mitaine se fout des récents disparus de New York et pour cause...le Sud en est généralement la cause principale et les monstres ont dépassé depuis longtemps le stade de la collection dans un album de souvenirs de leurs méfaits. Pourquoi aurait-il du éplucher ces entrefilets parfaitement ineptes à ses yeux? Jason ménage son petit effet avant de lâcher un nom. Amnesia. Des semaines de silence radio que Boogie a interprété le plus logiquement possible. Elle l'avait grandement déçue par le passé et ne pouvait donc appartenir à un quelconque futur. Il n'en attendait rien dans le présent si ce n'est une chute irrésistible dans ses pires vices et il voulait être la voix tentatrice venant des abysses qui l'y abandonnerait avec ses propres fantômes jusqu'à ce qu'elle soit intégralement diluée dans ces ténèbres qu'elle a toujours refusé d'embrasser. Elle avait fui Alastor Burton, elle n'échapperait pas au Croque-Mitaine. Il semblerait que la mante religieuse ai trouvé une issue de secours qui la préserve maintenant éternellement de la damnation que Boogie lui avait promis.
Et Jason poursuit car la révélation qu'il vient de faire n'est pas qu'une simple information qu'il a volontairement tue. Ce simple fait est déjà irritant en soi. Ne s'étaient-ils mutuellement engagé à ne plus laisser de petits secrets entre eux? Boogie fronce le nez mais c'est loin d'être terminé, ce léger déplaisir urticant s'accompagne de cette foutue saveur cendreuse.
Et l'aveu tombe avec insolence.
Et tout se fige.

Boogie voulait briser Amnesia, l'amener là où elle refusait d'aller. Sa chair, ses os et ses nerfs avaient été siens mais elle n'avait jamais réellement baissé ses barrières devant lui. Détruire un esprit est bien plus long que casser une nuque ou tirer une balle au milieu d'un front. Quand au petit jeu malsain auquel ils s'étaient adonné dans un refuge au fond des bois, Boogie ne s'en était pas caché. Il avait promis clarté et lumière sur l'avancée de son travail de sape sur la mante religieuse et il s'y était tenu scrupuleusement.
Mais cela n'allait pas suffisamment vite pour son hâtif compagnon qui a toujours préféré l'explosion à l'implosion. Et la perspective que Boogie partage ses petites perversions avec autrui n'avait pas été aussi digeste que l'on aurait pu le croire.
Volé. C'est le sentiment qui pointe chez Boogie. Il a été volé et pas par n'importe qui. Peu importe les raisons que Jason invoquera, s'il en invoque, aucune ne sera recevable pour la Bête volée par des mains alliées et elle gronde. Elle s'ébroue. Elle est encore retenue mais les mains qui la tirent en arrière sont sur le point de s'ouvrir et de la laisser filer. L'indifférence de Jason vis à vis de cette annonce est un essaim de guêpes qui agace le Monstre et dans le crâne de Boogie ne retentit que deux mots, répétés comme une litanie. Tais toi, tais toi, tais toi. Les dents du Croque-Mitaine se plantent dans sa langue lorsque le Clown prétend qu'Amnesia n'est qu'une blonde aussi insignifiante que celle du motel. Il se trompe.

Jason poursuit mais Boogie ne l'écoute déjà plus. Il voit bien les lèvres s'agiter, il entend les paroles mais la Bête ne voit plus qu'un voleur tentant de minimiser son larcin. L'air visiblement satisfait, le Clown met un terme à sa mauvaise blague aussi indifférent que lors de son annonce. Boogie ferme un instant les yeux en expirant longuement comme s'il chassait une colère sur le point de se manifester. Hochant la tête, il avance d'un pas faisant face à son compagnon toujours assis sur la souche. Les yeux clairs se baissent, étrangement calmes après une telle révélation. Une moue blasée apparaît sur ses lèvres, l'air de dire que le mal est fait maintenant et qu'il n'y a rien qu'il puisse faire pour le changer.
Est-ce la clémence qui lui fait tendre une main et effleurer du bout de ses doigts glacés la joue balafrée?
Des semaines de silence sur une tricherie peuvent-elles être aussi insignifiantes?
Est-ce le calme avant une tempête?
Un froid polaire rampe et fourmille sur son bras et lui fait étreindre avec fureur la lampe qu'il tient à la main et n'a pas lâché. Légèreté et douceur dans le tracé délicat d'une ligne pâle le long de la mâchoire de Jason que le Croque-Mitaine redessine, mais c'est une bourrasque violente et polaire, venue de nulle part et accompagnée d'une lumière vive qui percute le visage du Clown. Les yeux pâles de la Bête sont aveuglés par la glace et tout devient blanc, simple, basique. Il n'y a plus que la rage d'une créature que l'on a dépouillée et qui ne voit plus l'allié derrière l'offense mais uniquement l'offense. Et la fureur aveugle s'abat une nouvelle fois, aussi rude et sèche que la première. L'épaule geint sous la brutalité des coups qu'il inflige. Un son cristallin résonne lorsque le cercle de verre de la lampe se brise sur le crâne de Jason mais la Bête n'y prête nulle attention. Muet, le Monstre s'acharne. Sourd, le Monstre cogne. Aveugle, le Monstre ne s'arrête que lorsqu'il sent que le voleur a cessé de remuer. Alors, et seulement alors, la Bête lâche sa proie et se redresse avec lenteur. S'éloignant du corps allongé dans la neige, elle jette au loin la lampe de poche en miettes avant de tourner le dos à la scène et de filer à grandes enjambées trouver le couvert des arbres et les ténèbres de la forêt.

La respiration du Monstre redevient régulière. La colère glaciale ne tambourine plus à ses oreilles. La possession s'achève, le givre se craquelle et c'est le Croque-Mitaine qui dévale la petite pente qui mène au grand parking blanc. Non, il ne se retournera pas. Non, il ne reviendra pas sur ses pas. Est-il inquiet? En baissant les yeux sur ses mains luisantes dans les ténèbres, il faudrait qu'il soit le dernier des imbéciles pour ne pas l'être. Mais ira-t-il voir? Non. Du moins pas maintenant. Pas tout de suite. Amnesia n'était pas aussi insignifiante que Jason voulait le prétendre. Que cela plaise ou pas et bien qu'elle n'ai été que sa plus grande déception, elle a fait partie de sa vie. La mépriser, c'est mépriser ce qu'il a été. Elle méritait de mourir mais de sa main. Ce n'était qu'un châtiment à la hauteur du désenchantement qu'elle a fait naître en lui. Il lui avait tissé un linceul sur mesure qui restera maintenant définitivement un acte manqué. Se baissant pour plonger les mains dans la neige et se débarasser de la couche de sang , il décide de se laisser une demie-heure avant de se mettre à s'affoler et de galoper jusqu'à la maison. Attendre plus longtemps serait fatal avec ce froid.

[...]

Assis en tailleur sur le toit de la voiture, les paupières closes, Boogie écoute le chant de la nuit. Craquements de branches, chuintement soyeux de la neige que l'on écrase, ce ne sont là que des manifestations purement animales. Rien d'humain là-dedans jusqu'à présent. Le temps file, les minutes passent dans la solitude et le Croque-Mitaine commence à percevoir les affres de l'inquiétude lui tisonner les entrailles. Il s'efforce de tenir éloignés les pires scénarii qui menacent d'embraser sa cervelle. Mais il était hors de lui. Littéralement. Et il sait qu'il ne connaît aucune mesure lorsque l'impulsivité le possède. Jason était lourd et inerte lorsqu'il s'est relevé et l'a abandonné. Un knock-out rassure la raison. La mort, lui répond une autre voix d'un ton funèbre. Bordel mais c'est de sa faute, essaie-t-il de se justifier à son tour. Pourquoi avoir fait ça? Ce n'est pas comme si Boogie était un parfait inconnu. Ce n'est pas comme si Jason ne savait pas quel genre d'animal il était. Courbant la nuque, il retrousse sa manche pour voir qu'il ne reste plus qu'une poignée de minutes avant l'échéance qu'il s'est fixée et toujours aucun son si ce n'est ceux de la forêt. Sautant du toit, Boogie pénètre dans la voiture et s'installe au volant. Feux de route allumés, chauffage activé au maximum, il oriente le véhicule dans la direction de la maison, de façon à ce que les phares éclairent la butte qu'il a dévalé il y a maintenant une demie-heure. Ouvrant la boîte à gants, il y plonge la main jusqu'à trouver une massive lampe de poche avant de courir sur ses traces à peine recouvertes de neige.
Maintenant, Boogie les considère comme quittes et même si l'assimilation de cette information tarde à se faire, il n'y a pas d'autre alternative. La Bête doit passer au-dessus de cette tromperie et avancer. A défaut d'oublier, il peut accepter.

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Mar 28 Oct - 2:50

" Ice Road "

Tu entends ce son ? C'est celui d'un truc qui craque, ou bien plusieurs. Tu entends ? Ouais possible, mais il rit trop fort, beaucoup trop pour réaliser qu'il s'agit de ses os, d'un cartilage quelconque ou bien. Lecter attendait les représailles, l'instant fatidique ou la bête briserait ses chaînes et lui bondirait au visage. Te voilà enfin, fauve arraché des Enfers les plus terribles, libéré de tout contrôle et aveuglé de cette rage qui te va oh, à ravir. La mesure des coups portés sonne à ses oreilles comme une mélodie particulièrement grisante, violente comme un certain Hiver de Vivaldi. Et il rit, il sourit, aveuglé de nombreux flash arythmiques. Son regard vacille, sa stabilité bat de l'aile et bientôt l'arrière de son crâne heurte la neige froide, blanche. Ensuite voilà le noir, tombé comme un énorme rideau.

Black Out. Tu es mort on dirait. Nan, pas si vite ce serait d'un disgracieux ! On a vu plus grandiose comme fin, plus clownesque aussi et celle là manquerait de couleurs. De musique aussi ; d'un décor plus familier si possible et soyons fous, de petites bombes entre amis. Non il n'est pas mort et aura poussé le laisser aller jusqu'à ne pas décoller les doigts de son mégot désormais achevé qui lui reste, humide et racorni entre l'index et le majeur. Sa main se crispe d'un spasme nerveux, le Clown bat des cils et le ciel est sombre comme l'encre au dessus de lui. Conscient, il l'est maintenant et déjà il cherche du regard ce cher monstre qui l'a salement allongé. Aucune trace, il a filé le bougre. Le reptile plisse les lèvres, semble bouder et sans plus patienter entreprend de se relever avec un minimum de précautions. Assis dans la poudreuse, ses vêtements trempés -puisque inadaptés à l'environnement- indiquent qu'il aura sommeillé un certain temps même si c'est là la dernière de ses préoccupations. Du bout des doigts Jason examine son visage et une grimace rieuse tire ses traits à la sensation poisseuse du sang, aux contours enflés de sa pommette et de sa mâchoire devenue fichtrement douloureuse. Nouvelle découverte d'une entaille qu'il juge profonde au sommet de son crâne, des cheveux collés et emmêlés qu'il lisse à moitié du bout des ongles. Par le diable, cette fois son acolyte adoré ne l'aura pas raté. Bah, c'est le jeu ma pauvre Lucette comme dirait l'autre et il ne l'a pas volé celle là de dérouillée.      
Poussant sur son bras, aidé de la souche il se relève non sans quelques difficultés et vertiges, une migraine lancinante pour couronner le tout. Mais il en faudra bien d'avantage pour enrayer sa bonne humeur et la folie revenue le caresser de ses doigts agiles, celle là même qui lui enflamme le sang aussi sûrement que s'il s'agissait d'essence. Maintenant le jeu devient intéressant et maintenant la bête se déplie, déroule son dos dont elle ignore les craquements et les élancements. Nouvelle cigarette à ses lèvres barbouillées de son propre sang, Lecter frotte l'un de ses yeux qu'il sait plus rouge que blanc tant il pique et brûle avant de pivoter en direction d'un son nouveau dans cette bulle trop calme. Te revoilà, maudit chat !

« Tiens Boogie ! Venu t'assurer que je respirais encore ? Ou bien de retour pour m'achever... au choix. » Pouffe-t-il, la voix cassée quoique trop loin de sous entendre une éventuelle faiblesse. Lecter est un dingue, on le sait trop et ses rares alliés tellement plus. Sa dégaine de zombie du moment ne le perturbe pas plus que l'idée d'avoir la tête ouverte -entre autre- et possiblement le risque de crever pour ladite raison. Rictus dévorant à la bouche il reprend la parole comme s'il n'était jamais tombé, comme s'il n'y avait jamais eu d'entracte à cette scène. Seule l'apparence a changé dirait-on. « Je t'ai peut-être légèrement hm... froissé avec ce tout petit secret. MAIS ! Mais heu... mince qu'est-ce que j'allais dire ? Ah, oui... je suis content ; non ! RAVI d'un tel élan de ta part tu sais ? » L'enthousiasme dont il fait preuve cadre trop mal avec l'ambiance. Cette joie qui perce, fait vibrer ses cordes vocales d'un tremblement d'excitation à l'air trop malvenu mais venant de cet homme, hormis la cendre existe-t-il encore une seule facette capable de laisser prostré ? Sans doute pas, car on le connaît. Il ne se moque pas, ne joue pas d'autre rôle que le sien et éventuellement le seul détail perturbant serait cette avalanche infâme de propos tenus sous une allure qui n'a rien d'habituelle, elle. Dépouillé de costume et de fards, celui qui su se montrer artiste, créature charmeuse et séduisante dans le vice revêt l'habit du traître sinon celui de l'ennemi. « Et puis ! » Entonne-t-il de plus belle comme on raconte une histoire, agitant sa main libre et ayant l'air de tourner en rond dans la neige. « Te revoilà après avoir fuit, comme d'autres jours où tu mâches et remâches ta hargne jusqu'à la réduire en poudre pour mieux l'avaler... comme... d'habitude putain Boogie ! » Son cri s'envole, dérange un oiseau sans nom et puis il soupire, hausse les épaules avant de marmonner. À quoi joues-tu encore saleté de Clown ? « Toujours ta foutue glace revenue au quintuple galop pour t'habiller comme si t'étais pas foutu de faire sans elle ! Ah ouiiii c'est vrai tu sais pas parce que tu as besoin de ton cher et tendre contrôle sans ça... et ben sans ça ce bon vieux Boogie... et ben quoi justement hm ? » Il sourit, plie en avant tête de biais pour toiser par dessous le Croque Mitaine dont il cherche à intercepter le moindre regard et ce qu'il signifie. « Et quoi ? Ça ? Tu lâches le monstre et ça... déraille ? » Un murmure tandis qu'il pointe du doigt son propre visage si loin de l'angélisme. Il paraît encore plus cinglé.

Un silence plane, il croit entendre des rouages quelque part à moins qu'il ne s'agisse de son cerveau bientôt flingué en mode fatal error. Rien à foutre ! Jason bondit, trois fois en arrière et une paume posée sur un tronc dont la surface lui arrache la peau entre l'écorce et le givre. « D'ordinaire... je devrai juste te tuer. » Pour la forme et le geste ; on ne lynche pas si impunément le Maître de foire. « Cependant nos habits respectifs sont loin, alors... non. Puis je suis de bonne humeur, je me sens léger aussi parce que mine de rien ça me pesait un tel non dit de toi à moi même si c'était trois fois rien, tu vois ? » Menteur. Tu mens comme tu respires ; tu ne l'aurais même jamais avoué si le jeu n'en valait pas la chandelle. Véridique ; même si cela impliquait de cacher un vilain secret. Ne rien dire ce n'est pas mentir ; et puis il n'est plus à un cadavre près dans ses bennes hein.

Il fait froid, il a froid, pas le moment de rester planter à ne rien faire aussi se fend-il d'un nouveau sourire, provoquant et enjôleur tout en s'écartant souplement de l'arbre. « Tu es chez toi, c'est là ton monde. Considère cette autre surprise comme un bonus que je n'offrirai pas à un autre. Un test aussi... » Deux pas en arrière, l'obscurité l'avale, sa voix soupire. « La chasse au Clown est ouverte Boogie. » Des pas s'éloignent et comme une chape de béton, le silence retombe.

[...]

« Promenons nous dans les bois... pendant que le... chat est là ! » Murmure le fou qui ne ralenti pas. Chemin escarpé, glissant dans lequel il avance sans repère et sans but, sans savoir s'il s'éloigne où s'il revient bêtement sur ses pas. Ce n'est pas son univers et pourtant le voilà jeté sans filet à la chasse à l'homme, devenu gibier d'un fauve qu'il espère rendre au moins aussi malade qu'il l'est lui même. D'inquiétude pour commencer car l'homme des lieux sait parfaitement qu'un novice du terrain ne survivra pas ici et encore moins dans son état. De repères ou d'astuces le Clown n'en possède aucun et avance à l'aveugle dans tous les sens du terme. Nouvelle racine tordue et le voilà étalé de tout son long, crachant ses poumons en maudissant entre ses dents les blagues de la nature à son encontre. Derrière son front on joue du tambour, on hurle des choses incompréhensibles et il n'en fait pas cas. Relevé en bringuebalant tel un pantin sur ressort il continue sa route tout en chassant à intervalle plus ou moins réguliers le voile opaque et rouge sombre qui lui brouille la vue. Tu sortiras de tes gonds de glace cher comparse et si pour cela il doit risquer d'y laisser sa peau il le fera. Car il est temps juge Lecter après tant d'années, de vérifier si ses leçons ont été apprises, de les voir mises en pratique car lui même en est venu à la conclusion qu'une certaine sagesse, voir un soupçon de patience pouvaient être bénéfiques. Son dernier fait d'arme contre la mafia en témoignant grandement.

Et pour lui, le Croque Mitaine ?! Qu'on prétend devenu tellement pire au contact du Clown, qu'en est-il de tout ça ? Est-il prêt à entrevoir ce que Jason dépeint depuis des lustres comme étant la plus belle ascension qu'un monstre puisse connaître ? Se brûler, exploser, enlacer les flammes et accepter ce qui sommeil au fond de soi ; le summum du pire. Saura-t-il enfin étreindre ce feu que pour lui et lui seul... le Serpent espère bleu.    

© Jason L.

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« La dernière voix qu'il faut écouter dans ce putain de monde est celle qui te dit de regarder où tu mets les pieds, qui te met en garde et qui a terme ne cherche qu'à t'entraver. Les « attention », les « non », les « prudence » je les laisse aux lâches. On ne fait pas la révolution en se souciant de demain et en se posant des limites ! Sois arrogant, sois confiant et si demain tu crèves dis toi seulement que tu n'étais pas digne des armes que tu avais en mains. »

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MessageSujet: Re: Flame Turns Blue /!!!\ CLOS Ven 31 Oct - 8:41



L'allure est régulière et les pas sont souples. La lumière des phares de la voiture ont presque disparu réduits à un vague halo d'un gris très foncé sur le noir de la nuit. L'esprit vide et étrangement confiant, Boogie pénètre dans la trouée où se dresse la maison. Inutile d'allumer sa lampe-torche car la voix de Jason émerge des ténèbres. L'autre monstre est toujours vivant et il n'aura pas à rechercher un corps inconscient. Sans grande surprise, l'intonation se fait railleuse, forcément. Pourquoi est-il revenu? Boogie fronce le nez. Il est pas trop tard pour qu'il fasse de nouveau demi-tour et le laisse au milieu de nulle part. Il y a un immense abri face à lui. Pourtant, il stoppe sa progression et le laisse venir à lui. L'incident est minimisé et sa source est réduite à peau de chagrin au fur et à mesure que le Clown se rapproche. Seule l'explosion de violence pure mérite d'être retenue et elle remplit de ravissement le balafré. Un sourire blasé et sans chaleur étire les lèvres du Croque-Mitaine. Well done, songe-t-il. Les conséquences de la mort d'Amnesia ont été contenues et retenues durant des semaines. "Le petit secret" n'aurait pas été éventé sans que Jason n'en tire une quelconque satisfaction lors d'une occasion particulière. Et cette dernière est là. Ce soir, ce qu'il attend c'est de voir remonter à la surface la forme la plus primaire de sa monstruosité, ce qui a été entraperçu le temps d'une brève explosion. Car là, maintenant, même si ce n'est pas le second qui est présent, il reste Boogie.
Son nom crié par Jason le fait ciller tandis qu'on blâme, une fois de plus, le sacro saint fluide glacial qui coule dans ses veines et le ramène sans cesse à la raison. Ce calme olympien qui repousse et remplace la folie aveugle. Ce verrou qui a toujours épargné le Clown quand ils se laissent dévorer par leurs pires travers. Mais le balafré se méprend en considérant l'abandon de sa petite personne au sol comme une fuite. Patiemment et l'air indéchiffrable, Boogie attend une pause dans le laïus de Jason. Ce sont des griefs éculés qui méritent à peine sa totale attention. Je n'ai pas fui. annonce-t-il doucement du bout des lèvres tandis que le Clown salement amoché l'observe par dessous. Et on ferait mieux de... La phrase reste en suspens et s'achève dans un soupir presque amusé. On ferait mieux de quoi? De rentrer? Ce ton moralisateur qu'il vient automatiquement de prendre rend l'ébauche de cette proposition résolument risible. Sa silhouette se fait moins monolithique dans le noir. Il y a là une très mauvaise idée prête à éclore. Un silence ponctue le repli rapide du Clown vers les arbres. On déroule un tapis rouge sang et c'est une invitation à la traque qui est lancée dans tambours ni trompettes. Est-ce bien raisonnable? Absolument pas.
Noir et solitude. Prenant place sur la souche auparavant occupée par Jason, les yeux clairs de Boogie ne se détachent pas du point où il a vu disparaître le Clown. Mais pour le moment, il attend. Il attend, les yeux clos et les bras croisés, l'oreille tendue vers les sons qui lui parviennent de plus en plus lointains. Ca peste et ça râle. Ca ne doit pas avoir fière allure mais ça s'en fiche. Ca continue d'avancer en aveugle et dans le froid. Excellente mauvaise idée que le balafré vient d'avoir. Le silence s'étend et le monstre rappelle à lui cette colère aveugle et passionnément égocentrique. Plus de maître, juste un traître. Plus de Jason, juste un inconnu. Plus de Bête jumelle, juste une proie.
Encore pire.
Juste un humain.

On y est. La chasse au Clown...le monstre pousse un long soupir d'aise. Le temps est venu, il y a un petit curieux qui veut voir, il verra. Bien, petit gibier. Tu désires qu'on te traque, on te traquera. Qu'importe ton état actuel et celui dans lequel tu pourrais finir. Qu'importe qui tu es, tu seras considéré comme une nuisance à éliminer. L'ombre du Croque-Mitaine s'allonge au sol alors qu'il se lève. La forêt est de toujours plongée dans ce silence factice. Toute présence humaine a été engloutie par les ténèbres. Ou sa proie est suffisamment éloignée ou elle s'est écroulée quelque part sans connaissance. La seconde option n'est évidemment même pas envisageable.
Si les empreintes laissées par Jason ne nécessitent aucune attention particulière dans la clairière de la maison, dès qu'elles s'engagent sous le couvert des branches des conifères, il faut faire appel à d'autres signes. Les yeux clairs s'habitent aux ténèbres qu'il a toujours préféré aux grandes clartés, la végétation rare émerge de l'opacité en camaïeu de gris foncé et là, sur la mince couche de neige, des pas. Tu me facilites grandement la tâche...trop même. Le vent qui charrie la poudreuse les couvre à peine. La Bête relève la tête dans la direction empruntée, déplie sa silhouette fine et, légèrement courbée, s'engage d'un pied sûr et à une allure régulière ne souffrant d'aucune difficulté entre les troncs. Il s'arrête à peine, certain qu'il est d'être sur les traces de sa proie et au sommet d'une nouvelle butte lui parvient le grognement étouffé d'une chute. Il ralentit le pas jusqu'à se faufiler à quelques mètres sur la gauche du Clown, suffisamment en arrière pour se fondre dans les ténèbres. Il devient une forme silencieuse glissant d'arbre en arbre. L'allure du chasseur se cale sur celle du chassé. Les foulées de l'un deviennent celles de l'autre, les inspirations se font dans une étrange unisson. Déviante empathie qui donne l'impression au fauve d'avancer coude à coude avec sa cible. Chaque chute, chaque faux pas, chaque trébuchement est l'occasion d'allonger le pas et de le dépasser. Il n'a pas l'intention de passer éternellement son temps dans les traces de Jason. Sent-il sa présence? Assurément. Mais c'est une sensation diffuse, le fauve ne laisse pas filtrer un indice sur la position exacte qu'il tient. Il est là, quelque part et il le fait savoir. Ici ou là un craquement, un chuintement, un murmure incompréhensible indique qu'il a commencé à tourner autour de sa cible. Les cercles décrits rétrécissent, et que quelle que soit la direction que prend Jason, il en est toujours le centre. Et la spirale se resserre...se resserre...les déplacements se font de plus en plus proches. Les bruits deviennent des mesures battues à un rythme allant crescendo. A peine le temps de s'en rendre compte, à peine le temps de comprendre qu'il y a là une forme de schéma presque musical et donc prévisible que le chasseur le brise.
La forme d'un tronc se fend soudain en deux, un large pan s'en détachant pour se ruer vers Jason. Une épaisse et courte branche l'atteint en pleine poitrine avant que le fauve d'ombre ne lui tombe dessus, le renversant au sol. Reste à terre, l'injonction n'est pas formulée mais le coup de botte qui cueille le Clown au menton se passe de tout ordre oral.  C'est ça que tu veux? ronronne-t-il, mauvais. La croûte de neige durcie craque sous ses pas, le vent froid se lève comme pour saluer le retour de la Bête sous les branches noires. Il n'est pas devenu Croque-Mitaine à New York, il l'était avant d'y avoir mis les pieds. Une ombre, aux desseins aussi sombres qu'elle et que rien ne semble arrêter.
Se penchant au-dessus de Jason, il l'empoigne par le devant de son manteau avant de le rejeter rudement vers l'arrière. Un amas de branches sèches craquent sous le poids du Clown comme des os. Le fauve se laisse tomber à genoux sur la poitrine de l'autre Bête.  En pleine possession de ses moyens, le Clown se serait déjà substitué à sa poigne et le fixerait goguenard à un mètre de distance. Ses réflexes sont émoussés, il est diminué. La Bête noire le sait. Mais cela ne doit pas avoir importance. Cela n'a plus d'importance. Plus de maître, plus de second, c'est juste un blessé affaibli face à un monstre qui se repaît de sa supériorité. Et le reptile a beau se tortiller, tenter un tour de souplesse ophidienne pour s'arracher au Croque-Mitaine, c'est comme frapper une pierre avec une plume. Chaque tressaillement de sa part se solde par un coup de poing dans les côtes. Boogie se redresse, ses genoux écrasant les épaules du Clown. Le Boogie le plus primitif qui soit. A la fois délicatement et fermement, il attrape les doigts de Jason, amène son bras à lui, l'obligeant à le plier. La Bête agit vite, sans se poser la moindre question, les gestes viennent d'eux-même, routine faite de sang et de chair torturée. Il continue de tirer sur le bras, jusqu'à ce que la tranche du poignet du Clown glisse sur sa cuisse. Le coude du Croque-Mitaine s'abat. Le sinistre craquement d'une articulation qui se brise est le seul son que perçoit le monstre lorsqu'il lâche l'autre. Ramassant le gourdin qui lui avait servi quelques secondes plus tôt, le Croque-Mitaine se tourne vers Jason. Debout, sac de viande. On reprend.

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    "Il n'est point dessein de bourreau qui ne lui soit suggéré par le regard de sa victime." Pier Paolo Pasolini

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