La nuit on ment [PV]

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MessageSujet: La nuit on ment [PV] Sam 15 Aoû - 19:39

One night in Bangkok and the world's your oyster
The bars are temples but the pearls ain't free
You'll find a God in every golden cloister
And if you're lucky then the God's a she
I can feel an angel sliding up to me


Journée banale. Journée blanche. Avec un soleil blanc, qui a plombé toutes les autres couleurs du ciel, comme débarrassé de son atmosphère. Jane déteste ce genre de jour, où il n'y a que du blanc et du bleu, rien à contempler à l'horizon sinon la chaleur qui danse au milieu des ruines. La chaleur qui fait rentrer tout le monde, toute forme de vie, prétentieux et inutilement tonitruants rayons de soleil. Le ciel bleu c'est bon pour les baigneurs et les vendeurs de piscine.
Journée terminée, heureusement.
Le dernier client est salué d'un sourire, d'un merci et d'un au revoir, à peine un regard, ces automatismes que la fatigue a instaurés en lieu et place de véritables réactions. Sonnée, elle essuie d'un revers de main son front où la sueur séchée a plaqué des mèches filasses, foncées par l'eau nauséabonde. Elle délie les muscles endoloris de son dos et va retourner la pancarte de la porte qui l'indiquait ouverte aux clients. L'horloge indique 23h07 quand elle retourne à son comptoir pour faire les comptes.

Journée pareille aux autres sinon cette chaleur assommante. Derrière elle, elle entend son patron grommeler quand elle sépare l'argent pour le loyer, comme tous les soirs, que si c'est ça ses créanciers n'ont qu'à venir directement lui saigner les veines eux-mêmes, que ça ira plus vite. Elle s'arrache un sourire derrière sa fatigue et ses automatismes. Il y a quelque chose de fondamentalement rassurant à la répétition des jours. Un cocon réconfortant d'habitudes où se tisse certains fils de tendresse. Glissant d'un geste sûr une liasse de billets recomptés dans une petite enveloppe de kraft, elle fourre le reste de l'argent dans un sac en toile et descend du petit tabouret qui lui fait office de promontoire, heureuse de rentrer retrouver sa maison, et Cassidy qui doit être encore entrain de bricoler des petites pièces en métal, avec un peu de chance.

" Je ne peux pas prendre la caisse avec moi ce soir. Il vaut mieux que tu ne l'emmènes pas chez toi, on te tuera dix fois pour le fric qu'il y a dedans. J'ai appelé Tony, il me doit un service, tu n'auras qu'à lui déposer. Tu connais Tony ? "

Papillonnant des cils, Jenny met un temps à entendre la phrase qui vient de lui être adressée. Dans une moue un peu dubitative, elle acquiesce pourtant et s'empare docilement du sac en toile, les yeux rivés sur son patron, affairé à chercher dieu sait quoi au milieu des rayons de l'épicerie.

" Vous allez tuer quelqu'un ? " elle marmonne après quelques secondes, interrompant ses recherches, pour se voir lancer un regard un peu étonné. " Vous avez la tête de quelqu'un qui va tuer quelqu'un. "

Un rire assassine le nouveau silence qui cherchait à s'installer. Grave et guttural, un peu cynique, assez condescendant.

" Tu n'as jamais tué personne, toi ?
- Moi je suis un poids plume. J'ai pas le choix. Si je tue pas je meurs. Vous vous êtes très grand et costaud, vous êtes pas obligé. "

Et Jenny reste là, debout au milieu de la boutique, son sac en toile pendu au bout du bras, à attendre une phrase rassurante au milieu de cette journée qu'elle n'aimait déjà pas beaucoup. S'entendre dire qu'elle a raison, qu'il n'ira pas tuer quelqu'un, qu'elle peut rentrer chez elle regarder des petites pièces se faire bricoler et que tout ça est bien un jour ennuyeux comme les autres.

" Qu'est ce qui t'a gardée en vie tout ce temps là, tu crois ? " Elle ouvre la bouche pour répondre mais il enchaîne et l'empêche de dire une bêtise. " Tu crois que c'est moi ? Ou ton petit copain ? Les murs de ton appartement ? " tord les lèvres en une moue coupable, hausse les épaules comme une enfant prise en flagrant délit d'ignorance. " Tu es en vie parce que tu as égorgé un type avec tes dents. Parce que quand un autre a essayé de te tuer dans les ruines, tu lui as enfoncé un tesson de bouteille dans le crâne.
- Comment vous savez ça ?
- C'est mon job de savoir ce qui se passe. Ce qui sauve ici, c'est pas la capacité à se défendre, c'est l'aptitude à inspirer la peur. Certaines personnes savent très bien que tu es encore recherchée par les autorités, que les autorités seraient prêtes à payer. Pas beaucoup, mais elles payeraient. Et pour un drogué, pas beaucoup, c'est déjà un bon trip de plus. Un jour des types y regarderont de plus près, et tu devras peut-être encore tuer pour qu'ils aient peur de vous attraper ton amoureux et toi. Même si t'y es pas obligée. "

Elle laisse échapper un grondement désapprobateur, remue un instant sur ses pieds. Jane est un être primaire et on ne peut pas dire qu'elle a toujours fait les bons choix. Mais l'idée de planifier la mort, de planifier le sort des autres tout court, c'est une chose trop cruelle pour ses réflexes idiots d'être trop primaire.

" Laisse tomber ta morale, petite. Tu n'es déjà plus en position de la mettre en avant. Et c'est très bien comme ça. La morale est une saloperie inventée par des types au chaud dans leur canapé, pour éviter que le monde soit détruit. Quand on voit ce que ça a donné... " Du coin de sa bouderie, elle croit voir une ombre de tristesse sur son visage, bien vite secouée par la remise en marche de son énorme carcasse. " Apporte la caisse à Tony. "

Pourtant Jane encore là un instant. Elle le regarde, elle l'agace sûrement un peu. Mais même s'il ne lui dira jamais, il l'aime assez pour ne pas lui en tenir trop rigueur.

" Pourquoi vous m'avez pas vendue, vous ?
- Du fric j'en ai. De la drogue j'en ai pas besoin. Par contre, j'avais pas d'assistante.
- ... Vous le recouvrirez ? Le corps... Vous le recouvrirez ? "

Elle attend qu'il ait acquiescé à son tour, dans une moue dubitative, avant de partir.


But thank God, [you're] only watching the game
Controlling it
...


Jane a passé son corps transpirant sous un jet d'eau pour le rincer. Elle a troqué ses vêtements sales contre un débardeur blanc flottant un peu sur sa poitrine maigre qu'elle ne soutient jamais et rien d'autre qu'un jean sur ses jambes. Une ceinture et accrochée à elle, dans une pochette cousue à partir d'une veste en cuir trouvée au sommet d'une poubelle, son couteau à cran. Elle a glissé l'enveloppe de papier kraft dans une boîte aux lettres ouverte, parce que de toute façon les créanciers du sud ne sont pas le genre qu'on prendrait le risque de voler, et qu'on lui a dit de faire de cette manière quand elle a commencé à travailler. Elle s'est glissée dans un dédale de ruelles appris par coeur, les plus sûres, celles qui n'intéressent que les sans abris et des consommateurs, pas des tueurs ni des vendeurs. Il fait encore très chaud quand elle atteint les portes du vieux bar mais c'est une étuve suffocante qui la prend au moment de les franchir. Un regain d'énergie dans des dizaines de degrés. Le genre de chaleur qu'elle aime et qui lui fait plaisir. Pas de joli ciel bleu ni de soleil de plomb, juste la moiteur poisseuse de corps pressés les uns contre les autres. Elle retrouve les odeurs d'une autre vie, la vie avant Cassidy, de sueur, de mauvais alcool, d'herbe pas chère et d'excitation sexuelle. Le bar est un petit cloaque juste assez propre pour être vivable, réputé pour être le lieu de croisement entre vendeurs, marchandises et consommateurs.

Sauf que ces marchandises là ont deux jambes et que le trip offert est à leur point d'orgue. Tony est l'un des trafiquants les plus pesants de ces produits là, l'un des moins tendres aussi. Il a voulu mettre la main sur Jane à l'époque où ses nuits se passaient à observer les filles et leurs clients, à leur en voler parfois, et seul son travail à l'épicerie a sauvé la jeune femme. Son patron ne parle jamais de sa vie en dehors de la boutique. Mais quand Jenny a vu la réaction de Tony en apprenant qu'elle y travaillait, elle a su qu'il valait mieux ne pas poser la question.

Exaltée par la danse des corps à travers lesquels elle se fraie un chemin étroit, son précieux sac en toile enfermé dans un autre sac à main qu'elle porte contre elle et dont elle a scellé la fermeture éclair avec un cadenas, Jane n'entend pas immédiatement l'appel lancé par dessus l'électronique minimaliste que les enceintes passent en fond sonore pour vaporiser un peu le cerveau des clients déjà bien endormis par les diverses drogues.

" Johnny ! "

Elle sent une main la tirer en arrière et un corps presser le sien, reconnaît l'identité de son ravisseur à l'odeur qui en émane.

" Ambre. "

Ambre, une grande blonde plantureuse, en tête de file de toutes les filles convoités dans ce taudis, dont on dit toujours qu'elle est trop belle pour avoir échoué ici. Ambre et Jane ont toujours eu en commun d'aimer les choses sales et les hommes eu glorieux et se sont toujours aimées pour ça. Elle dit qu'elle est là parce qu'elle en a envie et même si Jenny soupçonne une part de mensonge, elle a envie de la croire. Ambre n'est pas une fille élégante, elle est même un peu vulgaire. Une vulgarité qui tranche avec ses mots parfois trop riches, trop bien agencés. Comme si elle n'était pas née vulgaire, et qu'elle n'avait pas complètement choisi de se retrouver là.

Tony n'est pas là, lui apprend on quand elle dit le rechercher. Elle se glisse à l'écart des mouvements de foule quelques minutes avec sa compagne avant qu'elle ne doive se remettre à travailler.

" Apollon est descendu de son char pour poliment nous éconduire. " marmonne la grande blonde, un mouvement de menton vers une autre tête dorée assise au comptoir. Lisse, propre et bien habillé quoiqu'il faille lui reconnaître une certaine tentative de discrétion, il détonne au milieu des corps devenus trop laids et trop durs pour s'offrir autre chose que des femmes dans un cloaque. Un espoir inattendu pour ces femmes qui doivent aimer ces hommes. Mais s'il est une leçon de vie apprise très tôt, c'est que les espoirs inattendus font bien souvent preuve de leur improbabilité.  " J'espère que ce petit con sera crevé avant la fin de la nuit. " souffle la femme entre ses dents, d'une voix glaciale et un peu effrayante, avant de se radoucir dans un mouvement souple de son impressionnante chevelure. " Va te servir un verre, Tony va pas tarder. Dis au patron que c'est pour moi. "


One night in Bangkok makes a hard man humble
Not much between despair and ecstasy
One night in Bangkok and the tough guys tumble
Can't be too careful with your company


" Vous les avez vexées. " Assise au comptoir, Jane commande un jus d'orange et le paye avec la monnaie qu'elle a dans la poche pour ne pas peser sur celui d'une prostituée en plein travail malgré son offre. Elle se tourne vers la tête dorée assise à côté d'elle dans un sourire calme, assez vaporeux, qui se tord un instant en une moue amusée. " Et vous ressemblez à une oeuvre d'art au milieu des ornithorynques. "

C'est la curiosité qui la pousse, un peu. Sa condition d'être primaire et trop spontané, beaucoup. Une part infime de générosité, qui ne voudrait pas qu'une oeuvre d'art se fasse crever pour avoir commis le crime de donner trop d'espoirs à des femmes désespérées.


I can feel the Devil walking next to me

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ANNÉE D'ÉTUDE : 6ème

DC : Calypso R. Storm (à privilégier pour les MPs !), Nine Werthem, Samson H. Hugher et Harmony Chanteloup

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COMMENTAIRES : J'ai tué, j'ai été arrêté, j'ai été placé dans un hôpital psychiatrique mais j'en suis sorti. Je suis retourné dans cette académie juste pour La revoir encore et encore. Mais désormais je ne suis plus le même. Mon objectif ? Vous prouver que le gouvernement est la meilleure chose qu'il soit et si vous venez me dire l'inverse, je vous tuerai. Je suis Platine et celui qui se dressera devant moi connaîtra le même sort que Jonathan Winson.
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MessageSujet: Re: La nuit on ment [PV] Dim 16 Aoû - 20:16

Le temps était étrange. Vraiment étrange. On était en plein mois de décembre et pourtant la météo ressemblait fortement à celle de mi-juillet. Il faisait une chaleur étouffante et la ville était boueuse à cause de la neige fondue. Les gens ne savaient plus comment s'habiller tant la différence était flagrante entre la veille et le jour J. Hier, le temps était glacial et le verglas s'était invité, rendant les démarches peu assurées et rapidement grotesques. Le vent avait soufflé fort. Très fort. Et puis le soleil s'était levé et avait chauffé la ville comme s'il s'était trompé de saison. La neige avait fondu, le verglas avait disparu et pas une once de pluie ne s'était abattue. New-York s'écrasait sous une température beaucoup trop élevée pour être vivable, après des semaines de froid mordant. Les new-yorkais tentés de sortir en tenue légère le regrettaient lorsque les pieds nus s'enfonçaient dans la boue mais ceux sûrs de leur tenue d'hiver finissaient pas retirer épaisseur sur épaisseur, s'inventant une double-vie d'artichaut. Il fallait choisir entre avoir trop chaud ou être trempé et certains choisissaient la voie de facilité en emportant deux tenues avec eux. James, lui, avait choisit une autre possibilité : il avait prit un parapluie. Un temps pareil, ça ne pouvait qu'annoncer de l'orage. Un orage particulièrement violent, à en juger par le choc des températures.
Le Platine avait passé sa matinée à s'entrainer puis il avait virevolté entre les cours, l'entrainement du club et la lecture. Depuis quelques jours, James se sentait fatigué sans pour autant se démener plus que d'habitude alors au lieu de s'entrainer une fois de plus, seul dans la salle de sport, il se détendait en lisant encore et encore. Et pourtant, il continuait de se fatiguer. Son esprit était en pleine forme mais son corps peinait à suivre le mouvement. Quelqu'un de normal se serait sûrement dit qu'il était en train de puiser dans ses réserves et qu'il fallait dormir encore plus. Mais James n'était pas spécialement normal et si son corps ne suivait plus, c'était sûrement parce que quelqu'un d'autre l'utilisait. Quelqu'un comme Justin, par exemple. La deuxième personnalité du Platine n'était pas quelqu'un de fréquentable et s'il laissait à James le plein-pouvoir pendant la journée, il lui arrivait de profiter de la nuit pour sortir. Sauf que si Justin se souvenait de tout, même lorsque c'était James qui gérait, la réciproque n'était absolument pas valable. Ce que Justin faisait, il était le seul à le savoir et James devait se contenter des restes : fatigue et mains douloureuses. Auparavant, cela aurait fait paniquer James. Pourquoi de tels trous noirs ? Pourquoi cette terrible fatigue ? Mais depuis qu'il avait accepté sa double-personnalité et décidé de marcher main dans la main avec elle, les choses avaient changé. C'était illusoire que de dire qu'ils discutaient tous les deux : Justin était et resterait le plus fort. Néanmoins, Justin faisait plus attention à l'impact de ses actions et il écoutait plus attentivement les instincts de James. Ils arrondissaient les bords de manière à ne plus se marcher dessus. Un cas d'école, sûrement. Mais un cas secret. La double-personnalité de James n'était pas quelque chose de connue. Ou plutôt, on ne la pensait pas encore active. Et qui irait soupçonner ce garçon bien sous tous les rapports, hum ?

22h10.

Les lettres rouges du réveil finirent de réveiller complètement Justin. Il tendit ses bras vers le plafond, fit craquer sa nuque et contracta ses abdos : James avait suivit à la lettre son entraînement habituel, faisant fi des résidus de fatigue accumulés par son corps. Qu'importe. Il ne comptait pas tuer aujourd'hui : Justin sortait pour se changer les idées. Officiellement du moins.
Parce que James s'entrainait encore et encore depuis la fusillade, son corps ne cessait de prendre toujours plus muscles et de s'endurcir. La carrure du Platine était déjà impressionnante de base mais avec tout ces entrainements, elle gagnait en puissance. Néanmoins, il restait loin des carrures étranges des bodybuilders. Lui ne se renforçait pas pour paraître, il se renforçait pour aider. Pour sauver. Pour que jamais plus il ne soit forcé de regarder des gens innocents mourir sous les balles de la Résistance. Il se musclait pour pouvoir servir son pays. Pour rendre Gordon fier. Pour être utile. Et Justin en profitait largement, voyant ses capacités de combat se renforcer jour après jour. L'un se battait pour Gordon sous couvert de paroles bien placées et de charisme dangereux. L'autre se battait pour sa Nation en usant de ses poings suffisamment souvent pour repeindre une maison en rouge sang. Mais au final, tous deux se battaient pour le gouvernement. Pour Gordon. Pour les États-Unis d'Amérique, seule Nation valant la peine de mourir pour elle.

« Vous les avez vexées. »

Justin tourna la tête vers la femme assise au comptoir, près d'elle. Il n'avait pas fait attention à elle. Pas plus qu'à toutes les femmes lui proposant diverses services tous plus sexuels les uns que les autres. Il n'était pas venu pour tirer un coup, du moins pas tout de suite. Il était venu pour étudier la populace. Pour sentir ce qui animait ces gueux de sudistes. Il était venu pour ressentir.

« Et vous ressemblez à une œuvre d'art au milieu des ornithorynques. »

Justin regarda fixement la femme à côté de lui. Il aurait pu la casser en deux tout en continuant de boire sa bière mais il n'en avait pas spécialement envie. Il ne connaissait pas sa réputation et ne la craignait pas tout comme elle ne pouvait pas connaître la dangerosité de l'homme qu'elle comparait à une œuvre d'art. Cela étant, Justin était une œuvre d'art. On l'avait formaté, polit jusqu'à en tirer le meilleur. C'était une œuvre d'art, certes, mais une œuvre morbide qu'on admirerait jamais à moins de continuer dans l'au-delà.

« Je vais prendre ça pour un compliment. Merci. » Justin avait la voix légèrement plus grave que James. C'était sans aucun doute dû à sa personnalité beaucoup plus sombre. James jouait dans la lumière et charmait grâce à sa voix et sa mentalité. Justin, lui, se jouait de l'ombre et n'utilisait jamais son charme, sauf pour attirer une prostituée à lui confier des informations ou un dealer à être un peu plus « ouvert d'esprit ». James était un saint. Justin en était loin. « J'ai bien conscience de faire ''tâche'' mais j'avais besoin de m'assoir dans un endroit comme celui-là. Pour... reprendre mes esprits. Désolé d'avoir vexé vos... amies. Mademoiselle... ? »

Pas que Justin en ait quelque chose à faire, de son nom, mais les habitudes prises par James ne s'oubliaient pas en quelques secondes. Justin n'avait pas l'habitude de parler beaucoup mais la femme en face de lui lui rappelait quelqu'un. Quelqu'un qu'il appréciait plus que la normale. Quelqu'un de faible en apparence mais d'une force à ne jamais sous-estimer sous peine d'y laisser la vie.

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Texte : #A87940

« Le gouvernement a pour mission de faire que les bons citoyens soient tranquilles, que les mauvais ne le soient pas. J'aime le gouvernement et je remplis donc cette mission pour lui. Prends garde à toi car je ne reculerais jamais. »
©️ chaussette


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MessageSujet: Re: La nuit on ment [PV] Lun 17 Aoû - 15:01

Les passants sur son chemin soulèvent leur galure,
Le chien lui lèche les mains, sa présence rassure.
Voyez cet enfant qui beugle, par lui secouru,
Et comme il aide l'aveugle à traverser la rue.
Dans la paix de son jardin, il cultive ses roses;
Monsieur est un assassin
Quand il est morose.


" C'en était pas un. " Jane esquisse un sourire, dans le silence très relatif que laisse planer le frottement des corps, les grognements de gorge et la techno en fond sonore, le regard braqué sur le visage qui lui fait face sans un battement de cils. " C'est un simple constat."

Son sourire s'étire, un peu. Ce qui n'était qu'une petite insolence franchit les limite de l'intrusion à rester plantée ainsi, le regard rivé dans celui de l'autre, à le fixer avant même de s'être correctement présentée, non sans un amusement perceptible. Si son intuition crie au prédateur - ou son simple esprit de déduction : la littérature nous aura tous appris que les hommes assis dans des bars à pute sans consommer sont tous soit des prêtres soit des psychopathes et il n'a pas la tenue d'un prêtre; son esprit se rappelle sans mal qu'il n'est qu'un requin dans un banc d'espèces de poissons tout à fait similaires. Pas besoin d'attendre qu'il se lève pour savoir qu'il lui broierait le crâne d'une simple pression mais pas besoin de sortir les griffes pour si peu. Si on n'accepte pas de mourir pour rien dans un bar pareil aux autres au milieu d'une journée en tout point semblable aux précédentes, il vaut mieux ne pas vivre dans le quartier sud. Et ce requin là est plus curieux à observer que les autres, quoiqu'un tantinet trop parfait à son goût. Une oeuvre d'art est faite pour se contempler et Jenny s'amuse beaucoup à ce jeu de qui décrochera le regard en premier, pendant les quelques et interminables secondes où elle s'y adonne.

Elle est pourtant la première à briser le contact visuel, retournant à son comptoir dans un rire un peu discordant. Elle pivote sur son tabouret pour arracher un paquet de tabac et quelques feuilles froissées de sa poche, pose son matériel devant elle, entame d'enrouler soigneusement l'une autour de l'autre.

" Ce sont des putes, vous savez. " Elle ajoute avec un peu moins de malice, s'interrompant juste pour lécher un bord de la feuille et le coller à l'autre. " Ce n'est pas comme si elles avaient l'habitude de se faire cajoler. Je me contentais de vous prévenir. " Si les hommes sont des requins dans ce bar, certaines filles sont leurs dignes cousines et la plupart d'entre elles n'hésiterait pas à trancher une paire de testicules si un homme se permettait de les insulter sans le moindre soutien logistique pour assurer ses arrières. Murmurer des mots doux à un client pour qu'il le fasse lui même, la lune offerte en échange de leurs services - et on ne parle pas ici de l'astre céleste. " On m'appelle Jane, le plus souvent. Ici c'est plutôt Johnny. Mais vous pouvez bien m'appeler comme vous voulez, Monsieur ... ? Monsieur l'oeuvre d'art ? "

Jane dépose la première cigarette devant la main de l'homme trop parfait à côté d'elle sans plus de cérémonie et s'en roule une deuxième qu'elle embrase à la flamme d'un briquet presque vide. Sa paume de main se brûle légèrement à vouloir protéger la flamme trop petite et incertaine, une piqûre qui lui arrache un nouveau sourire.

Il étrangle son prochain quand il a le cafard,
Allez hop! dans le bassin, sous les nénuphars.
Car sous son air anodin, c'est un lunatique,
Monsieur est un assassin, chez lui c'est chronique.

Le goût âpre, d'une qualité trop médiocre pour être réellement imprégné de saveurs, se mélange à l'acidité sucraillée du jus d'orange contre sa langue. De grosses gouttes de sueur lui coulent dans les cheveux, la nuque et sous les bras. Dans le fond de la salle, en dessous de rideaux grossiers qui ne vont pas jusqu'au sol, elle peut voir les genoux aux collants effilés d'une fille devant les jambes bien tendues d'un homme. Un autre garde une femme fermement prisonnière sur ses genoux, pour dépenser son argent à la tripoter plus qu'à en faire quelque chose de concret, parce que plus on garde une prostituée avec soi avant de conclure son affaire, plus on montre l'argent qu'on a dans sa bourse. A gauche, un groupe de trois rit aux éclats, penchés sur les traces aspirées de lignes de poudre. Ambre est occupée à refuser les avances d'un homme qui n'a pas les moyens de la payer pour pouvoir surveiller le troupeau en attendant que Tony revienne et Jane la voit jeter des regards dans leur direction à deux ou trois reprises. Ou plus précisément dans la direction de ce garçon parfait, de sa bière, ses bonnes manières inutiles et son indifférence. Elle semble méfiante plus que réellement agressive pour l'instant mais au milieu des drogues et des rires, des gémissements et de la musique affreuse, un instinct supérieur à la moyenne peut relever une tension légère, si subtile qu'elle en est presque impalpable. Une tension due à l'absence d'un seul, et à la présence d'un autre.

Moins les codes d'une société sont normés, plus l'équilibre est précaire.

"  Quel genre d'esprit a besoin d'un endroit comme celui-ci pour se reprendre, au juste ? " Jane reprend un peu brutalement après ce silence contemplatif, un oeil bref plus que réellement insistant lancé à son voisin de table, cette fois ci. Elle incline légèrement le visage et reprend avec politesse malgré ses manières indéniablement brusques. " Je ne veux pas être indiscrète. " Rallume sa cigarette éteinte à force de s'intéresser à autre chose, ajoute dans un constat déjà plus appréciateur que le précédent. " Ce n'est pas tout le monde qui se sort de son petit confort pour contempler les entrailles de l'humanité. Je veux dire, ne vous leurrez pas. Moi je n'ai rien contre ça mais c'est évident pour tout le monde ici, que vous n'êtes pas d'ici. "

Une phrase pour dire ce qu'il y a à dire, sans le dire. Il y a des mots qu'il vaut mieux ne pas prononcer dans les entrailles de l'humanité, sous peine de se voir braquer une dizaine de flingues sur la tête en moins d'une seconde. Citoyens, gouvernement, société, légalité... Dans le doute, s'abstenir. D'ailleurs, avec un peu de recul sur la situation et même si elle est parfaitement incapable de recul sur les choses concrètes, Johnny ne devrait pas copiner avec sa curiosité du soir. L'oeuvre d'art n'est pas du tout étrangère à ces subtiles tensions ressenties dans la pièce, quoiqu'elles ne soient pas encore assez fortes pour lui attirer de vrais ennuis pour l'instant. On le tolère alors qu'il n'est pas d'ici, tout comme on tolère Jane alors que ce n'est pas une pute ou une droguée. Parce que le Sud serait idiot d'agresser le moindre citoyen venu s'encanailler dans ses bas-fonds, s'il est isolé et ne fait pas preuve d'agressivité. Ce serait troquer du fric déboursé dans sa poche, parfois même une âme offerte à la criminalité, contre des ennuis et des projecteurs braqués sur lui. L'ombre n'aime pas trop les projecteurs. Et moins on s'intéresse à lui, plus le crime peut s'épandre en toute sérénité.

Bien sûr, le revers de ce genre de tolérance, c'est le facteur aléatoire. Un homme plus crétin que les autres, un geste mal interprété, une attitude mal appréciée, ou l'absence d'un leader pour canaliser les mouvements de masse. Un équilibre précaire et délicieusement galvanisant.

Déposant sa cigarette dans un cendrier, Jane se décale légèrement vers l'oeuvre d'art. Elle se penche. Elle franchit les limites de l'espace vital qui fait de l'homme un être social et respectueux des autres, pour souffler dans une complicité inconvenante, pour un rebut de la société qui n'a échangé jusqu'à lors que quelques mots avec cet homme tellement plus parfait qu'elle.

" Le problème quand on découvre les colonies de bactéries dans les entrailles, monsieur l'oeuvre d'art, c'est qu'on devient très fortement tenté d'aseptiser tout ça à grands coups de désinfectant. " Et le sourire ourlant les lèvres de Jane se fait moins social, moins camarade. Plus énigmatique. Sans la moindre menace, pourtant. " Les purifier en vue d'un système moins rudimentaire que de simples organismes dévorant d'autres organismes. Mais vous n'êtes pas assez idiot pour aspirer à ce genre de fantasmes, n'est ce pas ? "
- Tony n'est toujours pas revenu ? " Interrompue dans ses étrangetés, Johnny se redresse promptement. Elle adresse un regard quelque peu interloqué à la chevelure blonde venue se planter derrière elle et secoue la tête, déstabilisée.  " C'est bizarre. J'espère qu'il ne lui est pas arrivé quelque chose. Quelque chose ou quelqu'un. "

Le regard de Jane suit la silhouette qui s'éloigne avec son téléphone, réprimandant une autre silhouette au passage pour qu'elle se remette au travail. Fronçant les sourcils, elle ramène machinalement son sac sur ses cuisses et refait un tour de la salle, contemplant la tension qui continue de s'installer, sans rapport aucun avec l'oeuvre d'art accrochée dans la pièce, cette fois. Ce sont les filles qui nourrissent cette inquiétude, parce qu'une prostituée sans mac est une cible potentielle à des atrocités bien pire que ce que lui leur ferait subir.

L'inconvénient quand on est au milieu d'un équilibre précaire c'est qu'un dommage collatéral est tout aussi exposé qu'un facteur déclenchant à un effondrement potentiel. Si l'un des hommes se galvanise assez de cette nouvelle liberté offerte à la violence, elle gagnera tous les autres comme une traînée de poudre. Et tout ce qui n'est pas du même acabit finira sacrifié en place publique.
Imperceptiblement, le corps de Jane se tend à son tour, bandé comme un arc. Le regard prêt à relever la moindre étincelle, les jambes parées à courir et les mains à tuer.

L'aléatoire est la chose la plus fascinante de ce monde, Tu ne trouves pas ?

Il étrangle son semblable lorsque minuit sonne,
Et moi je pousse le diable,
Dans le bois d'boulogne.

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MessageSujet: Re: La nuit on ment [PV] Jeu 27 Aoû - 12:56

12h37

James était fatigué. Épuisé, même, mais il continuait de faire bonne figure. De sourire, de rire, d'aider ses voisins et de surveiller les Plombs : il ne pouvait pas abandonner. Il n'avait pas le droit de laisser l'Académie sous prétexte d'une deuxième identité empruntant son corps. Dans les faits, il aurait tout à fait pu utiliser ce prétexte mais James était bien trop fanatique pour accepter la défaite. Et aller se coucher, c'était battre en retraite. C'était tourner le dos aux batailles quotidiennes à l'intérieur de l'établissement. C'était laisser tomber les troupes et laisser l'infamie Plomb prendre du terrain. Pas que James n'ait pas confiance en ses collègues couleur or, ho non !, mais il ne faisait pas confiance aux Plombs. La plupart était inoffensive et il devait alors se contenter de les surveiller de loin pour pouvoir apparaître aux bons moments pour enfoncer un peu plus le clou de la bénédiction Gordonnienne. Mais d'autres étaient dangereux. Très dangereux. Certains Plombs s'imaginaient pouvoir se faire un place parmi les puissants dans l'Académie. Ils rêvaient d'une Reine Plomb, d'un groupe puissant et de nouvelles recrues régulières. Elle était belle, l'Académie Weins, mais elle était tellement divisée... On rêvait de son avenir, de ses cours, de ses ennemis et de complots répugnants. Certains Plombs s'imaginaient suffisamment intelligents pour comploter loin des Platines mais ils oubliaient que l'Académie n'était pas neutre. Tout le monde n'était pas capable de se la jouer dame de fer comme Calypso Storm ou H. Allegra Lockhart. Et parmi les Plombs, il y avait des traîtres. Ou plutôt des espions. Car n'est pas traître celui qui se bat pour le gouvernement. Est traître celui qui crache sur les faveurs accordées par l'établissement et par Gordon. Et qui dit traître, dit source potentielle de problèmes. Mais elle était bien loin l'époque où les Platines devaient redoubler d'inventivité pour espionner les Plombs et pour crever leurs plans dans l’œuf. Désormais, ils pouvaient prendre du recul et afficher une non-intervention totale. Les Platines n'espionnaient plus et pourtant elles étaient au courant de tout. Alors plus les tentatives échouaient et plus les Plombs dangereux perdaient en force et en courage. Quoi qu'ils fassent, l'opération n'arrivait jamais à terme et ce sans que les Platines n'interviennent. Comment était-ce possible ? Y avait-il un traître parmi eux ? Ho que oui. Pas qu'un et pas des moindres. Alors les Plombs se déchiraient, s'accusant à tout va, pointant du doigt des « innocents » qui finissaient sauvés par des Platines ou par des Zincs. Plus les Plombs se débattaient et plus ils coulaient. Parce que c'est au pied du phare que l'obscurité est la plus noire. Parce que n'est pas saint celui qui parle fort. Et surtout, parce qu'ils n'étaient pas capables de prendre du recul grâce à la présence des Platines. Les Plombs étaient acculés. Et James ne pouvait pas s'absenter sous peine de faire baisser la pression. Parce que sous ses airs de gentil garçon à l'aise avec tout le monde, James était imposant et intimidant. Il souriait, il riait, mais il regardait. Et il n'oubliait rien.

« Eh mais c'est la petite Alanis, non ? »

James tourna la tête en direction d'une petite rousse dont il faisait battre le cœur à toute vitesse, à ses dépends. Bien trop obsédé par sa conquête des Plombs et à son sacrifice quotidien, James n'était pas capable de s'imaginer en héros et il n'était pas capable de voir dans les yeux des filles cette petite lueur incertaine qui criait « aime-moi ». James ne voyait pas ça parce que son regard était pointé plus haut. Beaucoup plus haut. Sur Gordon. Sur les États-Unis d'Amérique. Sur la toute-puissance du gouvernement et sur tout ce qu'il restait à faire pour que jamais plus un Plomb ne puisse proférer des insultes à l'égard de la politique. Pour qu'il n'y ait plus de Plombs. Plus jamais.

« Arrête ça, elle va voir que tu la pointes du doigt. »

James n'aimait pas se faire remarquer et surtout il n'aimait pas provoquer la gêne chez les autres. Compatissant ? Non. Égoïste. Ne fait pas à ton voisin ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse. Mais n'hésite pas à lui montrer le droit chemin lorsque tu sais que tu empruntes la bonne voie. Et James empruntait la bonne voix. Sans hésitation. Alors James utilisait son charme et sa réputation pour faire plier les autres. Pour leur montrer le bon chemin et pour effacer de leurs conscience l'existence des autres chemins. Il n'y en avait qu'un de bon, les autres n'étaient que des tentations dangereuses. Et si jamais certains continuaient de parler de ces chemins interdits, eh bien c'était le rôle de James de les discréditer, de les faire douter et de gommer petit à petit ce qu'ils pensaient justes pour qu'ils adhère à ce que lui savait être juste. Écoute la voix de la Raison. Écoute ma voix.


23h10

« Alors beau-gosse, tu es tout seul ? »

Qu'avait-elle de plus que les autres pour que Justin daigne lever les yeux sur elle au lieu de décliner l'invitation sans regarder ? Rien. Si ce n'est qu'elle semblait plus naïve. Comme si une petite parcelle d'elle-même voulait croire en la possibilité d'attirer Justin dans ses filets. Ou comme si elle croyait encore, malgré elle, au prince charmant. Et les partielles d'espoir chez les gens comme cette rousse à la peau pâle, Justin détestait ça. Ça lui donnait envie de broyer la tête de cette pouffiasse. De l'écraser sous sa chaussure et de la faire souffrir jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espoir. Justin haïssait ça. Ces gens qui, comme elle, avaient renié le droit chemin et se plaisaient à vivre dans les chemins interdits mais qui continuaient d'avoir le culot de s'imaginer qu'on viendrait les sauver. Ou qu'on les rejoindrait dans leur tanière. Ces gens qui s'octroyaient le droit d'espérer alors qu'ils n'étaient plus des êtres humains aux yeux de Justin. Ces gens-là, ces traîtres, ces impurs, ces rats. Ces gens-là, il les éliminerait tous. Il leur montrerait le vrai chemin, le vrai monde pour qu'ils voient ce qu'ils avaient raté, ce qu'ils avaient consciemment évité. Le Sud n'était que pourriture et dépravation et il serait brûlé. Un jour ou l'autre, il brûlerait car il n'y avait plus rien à sauver. Plus personne de digne d'être sauvé. Rien qu'un ramassis d'animaux dégoûtants et stupides. Comme cette rousse. D'une certaine façon, elle rappelait la petite Alanis. Sauf que Alanis, elle, était innocente et pure. Elle était pour l'instant à l'arrêt mais elle mettrait bientôt le pied sur le droit chemin. La rousse en face de Justin, elle, avait volontairement pissé sur le bas côté. Qu'à cela ne tienne, les portes du paradis n'étaient pas ouvertes à n'importe qui. Surtout quand ce n'importe qui n'arrivait même pas à la cheville d'une gamine haute comme trois pommes et avec des yeux curieux et naïfs. Un tas de merde. Ce Quartier n'était qu'un gros tas de merde sans intérêt.
Justin avait renvoyé la rousse le plus poliment possible, de manière à ne pas faire trop de vagues. Déjà que sa présence lui valaient différents coups d’œils méfiants, alors il n'allait pas en plus en rajouter une couche en explosant le nez d'une pute. C'était tentant. Très tentant. Mais Justin n'était pas stupide. Au contraire. Il était monstrueusement intelligent. Il savait l'effet que provoquerait sa présence dans ce bar miteux. Il savait que les gens se poseraient des questions parce qu'il était trop parfait. Trop propre pour être malhonnête. Mais il savait aussi qu'en restant là, il bloquait certaines choses tout en récupérant ça et là quelques brides d'informations plus ou moins intéressantes. Justin écoutait et tout en mettant volontairement en lumière sa présence, il gênait. Il gênait parce qu'il était trop parfait. Et en étant aussi parfait, il montrait aux autres qu'ils ne l'étaient pas. Et si certains s'en fichaient royalement, d'autres s'en préoccupaient beaucoup trop. Et c'est justement ceux là que Justin voulait viser. Il ne faisait rien de répréhensible. Il avait le droit d'être là. Et pourtant, il foutait une pagaille monstre. Et ce n'était que le début de l'opération... Et puis la petite brune était arrivée et elle avait distrait Justin. Petit moment de fraîcheur dans un bar puant la dépravation et la pisse. Elle l'avait affronté du regard, avait décroché la première puis s'était présentée. Elle pouvait paraître normale et pourtant, Justin ne la considérait déjà pas comme telle. Elle pouvait faire la fière ou la lâche : elle était sudiste, ça se sentait. Là où l'odeur de Justin était inexistante, invisible et inodore, celle de cette demi portion puait le sud. Elle puait la dépravation et à voir son comportement, Justin sentait qu'elle ne serait jamais capable de retrouver le droit chemin. Qu'elle n'en avait même pas envie, en fait. Ce serait la sauver que de la tuer maintenant, pour lui éviter de s’enfoncer encore plus dans la misère. Mais Justin n'était pas quelqu'un de compatissant. Qu'elle souffre, qu'elle s'embourbe et qu'elle crève. Elle avait choisit ce qu'elle était devenue et elle était parfaitement capable de l'assumer. Et si physiquement rien ne laissait entrevoir les pensées du beau brun, quelqu'un d'aussi avisé que Jenny serait capable de sentir cette indifférence. Cette capacité à regarder le monde droit dans les yeux et à ne rien ressentir. Peut-être fonctionnait-elle de la même façon ? Peut-être pas. Justin, en tout cas, baladait son regard vide sur le monde. James s'occupait de l'Espoir. Lui, c'était le Désespoir.

« On m'appelle Jane, le plus souvent. Ici c'est plutôt Johnny. Mais vous pouvez bien m'appeler comme vous voulez, Monsieur ... ? Monsieur l’œuvre d'art ? »

Justin leva un sourcil amusé. Jane, Johnny... Tant de noms et de surnoms pour une si petite femme. C'est qu'elle ne devait pas être si innocente que ça et Justin laissa percer un petit sourire entendu : il ne lui ferait pas l'affront de la prendre pour une conne et de la sous-estimer. Elle était peut-être enfoncée dans la merde du Sud mais elle gardait cette fierté et cette vision d'aigle. Elle n'était pas à sous-estimer et Justin le sentait bien.

« Appelez-moi Justin. » Ce n'était ni une proposition ni une injonction : c'était un fait. Justin était un caméléon et il s'adaptait à ce qui se trouvait en face de lui. « Merci mais je ne fume pas. »

L'homme a beau être un assassin, il n'a pas à cœur de ruiner l'entraînement intensif de sa deuxième personnalité. Et puis de toute façon, fumer ne l'a jamais intéressé. Pas même lorsqu'il se plaisait à jouer des tours à son double.
Autour d'eux, les gens continuaient de s’enfoncer toujours plus dans la dépravation. Un tel spectacle apitoierait sûrement James. Il se dirait qu'il y a tant de personnes à sauver, à remettre dans le droit chemin... James était un rêveur né pour être un héros. Né pour représenter l'Espoir d'une Nation. Justin, lui, ne rêvait pas. Il ne dormait jamais, d'ailleurs. James contournait la réalité pour la former selon sa vision. Justin, lui, regardait la réalité sans jamais baisser les yeux. Il la prenait telle qu'elle était et si elle le répugnait, il n'en laissait rien paraître. Il s'occupait de ces rats, de cette noirceur et il l'éliminait. Petit bout par petit bout. Parfois pour laisser entrer le possible espoir de son double mais plus généralement pour créer le chaos et pour que ce chaos s’autodétruise. Justin ne connaissait pas l'Espoir. Son monde était fait de blanc et de noir. Le gris n'existait pas et s'il en trouvait des traces, il l'éliminait. Et tant que le monde serait infecté par ces germes répugnants, Justin ne se reposerait pas. Ses yeux ne se fermeraient que lorsque tout serait devenu blanc.

« Quel genre d'esprit a besoin d'un endroit comme celui-ci pour se reprendre, au juste ? »

La petite brune n'étant visiblement pas repoussée par l'absence de sentiments de Justin, l'assassin retourna son attention vers elle.

« Le mien. »

Justin n'était pas James. Il ne se perdrait pas en explications et en sourires sympathiques. Justin n'estimait pas avoir de comptes à rendre à la petite brune et c'est pour cela qu'après sa petite réflexion, intelligente, sur la présence de Justin et de son effet dans le bar, le tueur s'accorda un temps pour regarder les gens se frôler, se heurter et s’enfoncer toujours plus bas dans la médiocrité.

« Et si je ne suis pas d'ici, pourquoi je ne pourrai pas le devenir ? »

Justin haïssait le Sud et pourtant il y revenait, irrémédiablement. C'était comme s'il était attiré par cette masse de moutons noirs. Comme s'il ne se sentait, finalement, pas si différent d'eux. Après tout il vivait dans l'ombre et accomplissait tout ce que le gouvernement condamnait. Était-ce parce qu'il dégageait cette sorte d'indifférence brutale ou était-ce parce qu'il était à moitié Platine ? Qu'importe. Justin ne s'était jamais senti chez lui où que ce soit et qu'on l'accueille ou le rejette, le résultat restait le même : Justin faisait ce qu'il voulait. Qu'ils pensent ce qu'ils veulent, ces dépravés, Justin n'était pas mieux qu'eux mais au moins, un partie de lui l'était.

« Le problème quand on découvre les colonies de bactéries dans les entrailles, monsieur l'oeuvre d'art, c'est qu'on devient très fortement tenté d'aseptiser tout ça à grands coups de désinfectant. Les purifier en vue d'un système moins rudimentaire que de simples organismes dévorant d'autres organismes. Mais vous n'êtes pas assez idiot pour aspirer à ce genre de fantasmes, n'est ce pas ? »

Ce serait mentir que de dire que la réflexion de la demi-portion était tombée dans l'oreille d'un sourd. Cette petite femme était décidément bien bancale : tantôt sans intérêt, tantôt avec trop d'intérêt. Elle était capable de franchir l'espace entre Justin et elle alors que même les prostituées s'étaient arrêtées un peu en retrait. Cette Johnny n'était pas quelqu'un d'inintéressant et surtout ce n'était pas quelqu'un de stupide. Si seulement elle n'avait pas appartenu à ce quartier de rats, Justin aurait pu être complètement intrigué par le personnage.

« Les fantasmes ne m'intéressent pas. » Justin n'ajouta rien d'autre. Il ne tenta pas de se justifier ou de calmer la suspicion de Johnny. Ce n'était pas James. Et Justin, lui, n'avait rien à prouver et savait parfaitement qu'à certains moments, on gagnait à ne pas trop se justifier. Après tout, les menteurs ont toujours milles et unes excuses pour cacher leurs actions...

L'intervention de la blonde força la brune à se reculer. Justin avala une gorgée de bière, se désintéressant complètement de la conversation entre les deux femmes. Qu'elles pensent ce qu'elles voulaient : il n'avait tué personne. Mais si on lui demandait de se battre, il n'hésiterait sûrement pas. Mais Justin n'était pas encore assez stupide pour lancer le combat par lui-même. Il était là pour se ressourcer, pas pour exterminer. Ce Tony, il n'en avait rien à faire. C'était peut-être le cadavre croisé quelques temps plus tôt. Celui entouré par quatre hommes. Mais ce n'était peut-être pas lui. Dans tous les cas, Justin n'en avait rien à faire.

La position de la brune change et le caméléon s'adapte également. Il continue de boire sa bière d'un air nonchalant mais il faut se méfier de l'eau qui dort, n'est-ce pas ? Justin n'a aucunement envie de faire régner la justice dans ce taudis mais si on l'attaque, il saura se défendre. Physiquement comme verbalement... A force de traîner dans le Sud, il sait des choses. Des choses que des personnes présentes dans cette pièce ne voudraient pas voir dévoilées... N'est-ce pas ?

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Texte : #A87940

« Le gouvernement a pour mission de faire que les bons citoyens soient tranquilles, que les mauvais ne le soient pas. J'aime le gouvernement et je remplis donc cette mission pour lui. Prends garde à toi car je ne reculerais jamais. »
©️ chaussette


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